Les retards au travail

Le hacking social se fait par le bas, en prenant à bras le corps des problèmes mineurs, quotidiens. Alors oui, titrer « les retards au travail » cela ne parait pas une perspective très épique, surtout quelques jours après le décès de Nelson Mandela.

Soit.

Mais j’ai dans l’idée que l’action qui mène au changement (de vie, de société, de paradigme tant qu’on y est) ça commence par corriger ce genre de détail qu’est le retard au travail. Parce que le retard soulève des questions profondes liées à la soumission, à l’absence de liberté qu’on se donne, au champ des possibles qu’on se restreint par servitude volontaire inconsciente et non avouée ; servitude volontaire évidemment fortement encouragée par la société, par les puissants, par les dominants… donc corriger ce genre de détails semble un pré-requis à une action plus « épique », car la liberté se conquiert d’abord en soi-même et pour soi-même et ce n’est pas chose si évidente qu’il n’y parait.

Donc le retard.

Je prends pour base cet article très révélateur de Rue 89.  L’auteur y compte deux perspectives face au retard. La première est le retard stress-panique qu’on pourrait résumer ainsi :

  1. On est en retard parce qu’on a oublié de se réveiller.
  2. On stresse, on panique : habillage en quatrième vitesse, pas de petit-déjeuner, tête de zombi.
  3. Sur la route, on s’énerve, on pique des crises contre les feux rouges, contre les conducteurs, on crie sur les gens qui n’avancent pas, on crie sur la guichetière pourtant gentille.
  4. On arrive en retard. On ment sur la nature du retard.
  5. Plus tard, suite à l’évaluation, on n’a pas sa prime parce qu’on a été en retard une fois.

 La deuxième perspective face au retard est le retard à la cool :

  1.  On est en retard parce qu’on a oublié de se réveiller.
  2. On s’habille tranquillement, on prend son petit déjeuner comme d’habitude. On prend son temps, on ne stresse pas le moins du monde.
  3. On fait son trajet comme d’habitude sans courir et sans insulter les obstacles à notre rapidité. Peut-être même qu’on profite des lenteurs du trajet pour se distraire.
  4. On arrive en retard. On ment (ou non) sur la nature du retard.  Parfois même on s’en félicite.
  5. Plus tard, suite à l’évaluation, on n’a pas sa prime parce qu’on a été en retard une fois.

Pas besoin de grande analyse pour comprendre que la première perspective est problématique : le stress, la panique, la colère contre l’obstacle, la culpabilité sont des émotions et comportements qui auront été totalement vains. L’issue du retard est toujours la même, qu’on se soit stressé ou non, qu’on ait gagné quelques minutes ou non.

C’est un problème pour soi-même en premier lieu :

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Et  sans même balancer sa haine à la tête des passants, personne ne va consciemment, avec plaisir se mettre dans cet état :

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On sait que personne ne fait exprès de générer un stress inutile et que la colère contre les innocents est un débordement du stress, une réponse à la culpabilité qu’on dénie, une réponse de dominant face à la soumission dont on fait preuve par ce présent stress. Cependant, le stress est là, prégnant, même si on est conscient qu’il est parfaitement inutile et qu’il nous pollue l’esprit.

Examinons un peu les causes de ce stress au retard afin de s’attaquer à ses racines :

Le conditionnement négatif 

013Par le passé, on a pu être conditionné à recevoir des punitions lourdes à cause de nos retards, à cause de nos manquements à l’autorité, qu’elles soient parentales, scolaires ou professionnelles. Notre corps a imprimé la menace et donc se stresse afin d’éviter la menace, même si c’est déjà trop tard pour y échapper.

Cependant, ces conditionnements appartiennent au passé. Ils ne se rapportent pas au présent pour la plupart : votre patron n’a pas le droit de vous mettre des fessées, de vous taper les doigts avec une règle. Même chez les chefs les plus psychopathes, il n’y a généralement pas de violence physique, car c’est un trop grand risque qui mettrait en péril leur position. De plus vous n’êtes plus un enfant, mais un adulte qui peut dire non à l’infantilisation, qui peut refuser qu’on le punisse, qui peut être le parfait égal du supérieur, même si le statut voudrait faire croire à une distinction. Il faut donc absolument rendre inopérants ces conditionnements négatifs, parce qu’ils sont de véritables poisons. Cela demande du travail et de la patience : il faut faire face à la panique soudaine, comprendre à quoi elle est vraiment rattachée (souvent des souvenirs malheureux), repasser en revue le présent et faire la distinction objective entre le souvenir et la situation actuelle, et se raccrocher au présent avec vigueur. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire : les démons du passé sont tenaces, il faut du temps pour les renvoyer à leur place (dans le passé) et les faire arrêter d’agir sur des situations présentes. Avec de la patience, de la ténacité, de la distanciation, chacun peut nettoyer son présent de ces conditionnements négatifs qui n’ont aucunement leur place dans des situations si différentes de celles qui les ont créés.

Les normes sociales

048 « Être en retard c’est mal » ou encore « être en retard et ne pas être stressé pour cela est une preuve d’un je-m’en-foutisme, donc d’un manque de sérieux ». Les normes sociales ne sont jamais explicitement dites, mais ce sont des règles implicites que chacun a intégrées très profondément et qui agissent avec beaucoup de puissance, à tel point qu’elles créent du stress et génèrent chez les collègues un jugement négatif automatique. Par automatique nous entendons  irréfléchi : ces collègues ne font finalement qu’un acte d’obéissance aux normes sociales de façon inconsciente, sans avoir pesé le pour et le contre de la situation.

Seulement, le boss ne verra nullement la différence entre la personne qui aura stressé et celle qui aura pris son retard « à la cool » (sauf si ce dernier s’en vante devant tous). Le boss n’est pas omniscient, il ne verra pas tous les gens que vous avez bousculés pour gagner une minute supplémentaire à votre travail ; tout comme il ne verra pas que vous avez rigolé avec la boulangère avant de prendre tranquillement votre petit déjeuner sur la terrasse de la boutique en question.  Au final, tout ce qu’il saura, il le tiendra de votre attitude lors de votre arrivée : ici, oui, il verra si vous êtes encore tout stressé, dégoulinant de transpiration à force d’avoir couru et rouge écarlate d’énervement. Mais est-ce que ce sera bien perçu ? On n’en est pas certain. Évidemment, si vous arrivez avec l’attitude je-m’en-foutisme, sac de courses perso au bras en papotant avec l’expresso que vous avez pris à la machine à café, oui ce sera mal perçu. Mais on peut être plus subtil que ça. Ce qui compte, c’est de feindre l’attitude la mieux perçue au moment de la confrontation. L’avant-stress est totalement inutile à la préparation de ce moment.

Le sentiment de responsabilité

042On sait que notre absence va entrainer une surcharge de travail pour les autres, les bloquer ou les agacer. Dans ce cas, c’est la culpabilité qui entraine le stress. Cependant, ce « sens du devoir » n’a pas lieu d’être dans bon nombre d’emplois : parce que le travail peut se faire à tout moment, parce que l’organisation du travail ne nécessite pas une coordination avec tous les employés, parce que vous travaillez seul, parce qu’un de moins ne change pas les habitudes (en tout cas pas si cela est l’espace d’une heure ou deux), etc. Même dans ces différentes configurations où votre absence de quelques minutes n’a absolument aucun impact sur le travail en lui même, les collègues peuvent néanmoins être agacés, vous juger négativement, vous accuser ou encore faire des vannes rageuses qui en disent long sur la façon dont ils jugent votre retard. Ce qui se passe chez eux, c’est simplement l’activation des normes sociales dont nous avons parlé précédemment : « être en retard c’est mal », donc qu’importe le non-impact sur le travail en lui même, la norme sociale prend possession d’eux et parlent à travers eux. C’est un comportement automatique, irréfléchi, qui fait abstraction de la réalité : en effet, leur travail n’a pas été profondément affecté par votre retard. Le comportement de déminage doit se préparer en amont : vous aurez pris soin d’être hyper tolérant à leur retard, fautes ou maladresses. Par loi de réciprocité, ils seront en retour tolérants à vos retards ou autres erreurs.

La loi de réciprocité

reciprociteOn vient de l’aborder à l’instant, cette loi est simple « je te donne, tu me rends en retour ». Tous les échanges humains fonctionnent selon cette loi : quand on est invité quelque part, on offre un petit cadeau. Si quelqu’un nous rend un service ou nous fait une faveur (par exemple en étant tolérant envers notre retard même si cela nous a gêné), on lui rend une faveur en retour (s’il fait une erreur dans son travail, on n’en fait pas de cas ou on ne cafte pas).

Le travail, étant un contrat, suit une loi de réciprocité : je te donne un salaire contre tel travail. En principe, tout contrat doit être réciproque, c’est-à-dire que l’échange soit gagnant gagnant, que le salaire soit à hauteur de la pénibilité du travail par exemple. Il doit y avoir une certaine forme d’honnêteté, d’équilibre juste.

La loi de réciprocité est tellement ancrée en nous que le fait de recevoir une faveur, un cadeau sans pouvoir le « rendre » nous met dans un état « d’obligé ». C’est un état particulièrement pénible dont on essaye de se débarrasser au plus vite et de façon non réciproque : on donne trois fois plus que ce que l’on a reçu. Imaginez une immense fête, très luxueuse, avec des dizaines de surprises toutes plus grandioses les unes que les autres : c’est un immense honneur que d’y être invité, cependant les hôtes ont précisés de ne pas apporter de cadeau en retour. Vous pouvez être certain que la plupart des invités, par sentiment « d’obligé » emmèneront tout de même un cadeau (et pas des moindres), parce qu’il y a quelque chose d’extrêmement dérangeant à ne pas pouvoir rendre en retour.

Il en est de même pour le travail en temps de crise : avoir du travail est perçu comme une chance, presque un « cadeau » de l’employeur, d’autant plus si c’est un CDI, s’il est payé plus que le SMIC ou qu’il a un avantage particulier. C’est ainsi qu’une grande majorité d’employés dérobent à la loi de réciprocité par eux-mêmes, en étant zélés à l’extrême (en travaillant plus que le contrat ne le prévoit sans être payé, en travaillant avec 40 degrés de fièvre ou avec la gastro, en travaillant à des tâches hors de leur contrat).

Le travail, quelle que soit sa nature, est considéré comme cette grande fête exceptionnelle dont nous avons parlé. On doit être redevable d’avoir un travail et cela, bien au-delà des termes du contrat. On sera donc vivement condamné par autrui si on ne respecte pas à la perfection (voire au-delà de la perfection) le contrat sous-jacent : ne pas arriver à l’heure au poil de cul près, par exemple. Ce manquement au contrat, et cela en temps de crise, est considéré comme un affront et est jugé très négativement. Celui qui arrive en retard est un « fainéant », un « incapable », il n’est « même pas capable d’arriver à l’heure avec le salaire qu’il gagne » (même si le salaire est dérisoire, un SMIC), « il ne fait même pas l’effort de se lever alors que lui, il a la chance d’avoir un CDI », etc. Là encore, ce sont des jugements automatiques, sans réflexion, c’est l’expression même des normes sociales et d’une interprétation à la va-vite du contexte de la société : ce n’est en aucun cas une réflexion, c’est l’animal social automatique qui réagit, tout simplement. Mais ces jugements ou la peur de ces jugements entrainent un stress.

Cependant, ce n’est pas parce que le travail semble être fondé sur un rapport réciproque, qu’il semble être une chance en temps de crise, qu’il parait être un statut enviable qu’on se doit de respecter, que c’est la réalité. 

Au cours de notre recherche préalable à l’ouverture de ce blog, nous avons pu constater que les contrats « gagnant gagnant », c’est à dire honnêtes dans leur réciprocité, sont rares : généralement le subalterne et même le cadre, se font sérieusement entubés sur leur salaire, sur leur temps de travail, sur l’effort fourni par rapport au temps de travail demandé et au salaire proposé, sur les frais périphériques nécessaires à l’activité mais non remboursés… Et on ne parle même pas de l’injustice du « partage » des bénéfices, qui ne va évidemment jamais à ceux qui fournissent le plus de sueur, d’efforts.

Donc, dès lors qu’un contrat n’est pas réciproque, la loi de réciprocité ne doit pas être suivie. Rien ne sert de se culpabiliser, quand bien même Madame Michu trouverait ça honteux : si le contrat est déjà bafoué d’un côté, pourquoi les obligations du côté du salarié devraient être respectées ? Voilà qui devrait donner du grain à moudre aux employeurs : si vous avez des employés en retard tout le temps, de l’absentéisme, du vol de fourniture, plutôt que de réfléchir aux sanctions (qui ne résoudraient aucun problème) il faudrait peut-être se poser la question de la réciprocité : si les gens bafouent les règles, c’est pour récupérer ce qu’il leur est dû, donc c’est qu’ils considèrent qu’ils ne reçoivent pas assez pour ce qu’ils donnent.

La soumission à l’autorité

Man-Woman-Slave-(1c)++2012Cette soumission est directement liée aux conditionnements, mais pas forcément par des conditionnements négatifs : on a tous été conditionnés à être soumis à l’autorité et cela depuis notre plus jeune âge, de façon plus ou moins arbitraire. Le stress ressenti lors des retards est une expression de cette soumission, de la peur de manquer aux obligations qu’impose l’autorité. C’est d’autant plus vrai si le travail n’est pas impacté par notre retard, que le chef n’est pas un sadique/dominateur/psychopathe/etc.

Nous sommes tous soumis à l’autorité. Se croire au-dessus de cette soumission est le meilleur moyen de se retrouver à obéir à des ordres meurtriers : l’expérience de Milgram en est la preuve et ses répliques comme le jeu de la mort confirment cette tendance à l’obéissance aveugle, même en un contexte où l’autorité est la télévision. On aura l’occasion d’y revenir dans d’autres articles, c’est un problème qui nous tient particulièrement à cœur.

Prendre conscience de cette soumission est déjà un excellent point pour éviter qu’elle prenne le pas sur nos décisions, mais cela ne se fait pas en un jour et on ne « guérit » jamais totalement, car les situations de domination/soumission se présentent dans des contextes où l’on ne s’y attend généralement pas.

Faut-il alors être dominant plutôt que soumis ? Là est l’erreur que certains commettent : domination comme soumission sont des comportements archaïques, communs aux animaux. Ce sont des façons de se comporter qui dénient nos autres compétences humaines, dont l’imagination, la créativité, l’astuce, etc.

Nous sommes humains, non loups, n’en déplaise à Hobbes qui crie que « l’homme est un loup pour l’homme » et à qui l’on devrait rétorquer que  « l’homme est un homme pour le loup ». On a la capacité de sortir de la binarité réductrice dominant/dominé notamment en empruntant la voie dite « neutre ». Le neutre n’est pas classifiable, il ne suit pas des comportements stéréotypés comme le soumis ou le dominateur, il est plus imaginatif, plus surprenant et il est difficilement catégorisable, donc difficilement manipulable ou influençable. La neutralité, c’est la voie du Hacker social.

Le hacker social en retard

hacking-social-retard4Ceci est un exemple, non une règle. En matière de hacking social, l’imagination et la créativité sont de mise, donc ne nous cloisonnons pas à cet exemple. On pourrait très bien s’en sortir autrement.

1. On est en retard parce qu’on a oublié de se réveiller.

2. On se prépare comme d’habitude et on planifie mentalement la rencontre avec le chef sans stresser : il s’agit de passer en revue les différentes probabilités de réactions en fonction des arguments avancés ou de la façon dont on les annonce. L’idée est de planifier cette « faute » comme un problème extérieur à nous, comme on traiterait un problème lié au travail, un client difficile ou le retard d’un fournisseur ou encore une panne de PC. C’est une tuile dans la mécanique, mais on est pro, on sait gérer le problème avec distance, sérénité et patience.

2.1 On se permet de rajouter une étape dont l’article n’a pas parlé : le message au chef afin de le prévenir. Il ne faut pas mettre ou dire : « je suis en retard, je fais au plus vite » ou « je ne serais pas là avant xHeure ». Il ne faut pas user de forme négative, il faut être direct, et si possible user d’un terme positif. Par exemple : « Retard. Je gère pour être là pour XH » ou « avant X heure ». Si il vous faut 30 min pour aller au travail, dites qu’il faut 45 min, ainsi, vous serez peut-être en retard de votre heure initiale, mais en avance sur l’heure donnée, ce qui donnera l’impression que vous avez fait plus vite que prévu. De plus, quand vous dites « je gère pour être là pour xH… », Vous suggérez votre « gestion » d’une situation délicate, chose plutôt positive. Bref, vous êtes pro !

3. On fait son trajet tranquillement en veillant  à ne pas être parasité par le stress. Vu qu’on a planifié le plus important, on ne devrait plus à avoir à penser au travail tant qu’on n’y a pas posé les pieds. On profite du chemin, de son snack, des courbures de la guichetière/du guichetier. Si un brin de stress persiste, il ne faut pas hésiter à se prendre de longues pauses de détente. L’ennemi n’est pas le retard, l’ennemi est le stress.

4. On arrive en retard. On constate que le travail n’a pas pâti de votre demi-heure de retard, même si certains de vos collègues semblent vous faire la gueule. Le boss demande des explications. Vous expliquez la panne de réveil comme si vous décriviez un problème extérieur. Utiliser le « parce que » même si la suite de la phrase n’est pas très exceptionnelle, car le « parce que » déclenche des réponses automatiques favorables à vous. Rajoutez également des termes qui vous étiquètent positivement dans votre explication, par exemple : « Honnêtement, j’ai du retard parce que je ne me suis pas réveillé » , cela donne l’impression que vous êtes directs, que vous ne cachez rien, que vous êtes honnêtes. Il faut le dire franchement, avec grande assurance, avec beaucoup de professionnalisme comme une auto-évaluation. L’idée est de profiter d’un accident pour prouver son sérieux.

Très vite, vous enchainerez votre argumentation sur votre prise de poste, la façon dont vous allez gérer le retard, comment vous allez le faire, avec beaucoup de détails si possible techniques (exprimés avec une distance professionnelle). En fait, vous ordonnez a vous même le travail. Mais  ne prenez pas trop de temps,  Il faut être court et précis, et conclure avec un  : « bon, je me mets au boulot tout de suite » afin d’éviter que ce soit le boss qui vous demande de vous remettre au travail. Il s’agit de dire ce qu’il aurait dit afin qu’il ne le dise pas, ce qui court-circuite sa démarche d’engueulade et lui donne l’impression qu’on est son égal .

 Une fois le boss géré, vous vous occupez de vos collègues : faites-les exprimer leur mécontentement et remédiez-y dans l’action, tout en les remerciant vivement de ce qu’ils ont fait durant votre retard. Il faut qu’ils se sentent fiers de ce qu’ils ont réussi à faire sans vous. Si c’est possible, proposez leur de prendre une pause, comme si vous preniez leur relève et qu’ils pouvaient récolter les fruits de leur dur labeur en votre absence.

5.  Si vous avez géré votre retard comme une question professionnelle donc, de façon très « pro », avec un grand sérieux, peut être qu’il sera oublié. Cependant, le moindre détail est bon pour enlever les primes d’évaluation, donc si ce n’est pas votre retard qui est retenu, si l’entreprise veut faire des économies, elle trouvera autre chose.

Pas besoin de faire des « mythos » : le mensonge est couteux en énergie mentale, déjà pour l’inventer, ensuite pour lui trouver des preuves et s’en souvenir. Non, mieux vaut travailler à l’entretien avec le boss, notamment par sa posture : on ne se tient pas le dos courbé, on ne regarde pas par terre ni en l’air, le patron interprétant cela comme un mensonge, on ne s’agite pas de tics nerveux. Par contre on peut prendre un crayon plume élégant à la main, cela rehausse le professionnalisme lors de la justification du stress, ou alors avoir un outil de travail à la main dans le cas d’un travail manuel. On reste serein et droit, on ne se répand pas en propos masochistes. Il faut avoir la même attitude que lorsque vous devez présenter un projet, convaincre un client de votre professionnalisme, bref, l’attitude que vous avez quand vous devez jouer votre rôle professionnel. Le retard n’est pas une affaire personnelle, le retard est un problème pour le milieu professionnel, donc il faut le traiter en problème professionnel et non personnel.

De plus, le stress est communicatif. Montrer son stress à son patron, son désarroi, oblige le boss a imposer une résistance qui se pratique souvent par le blâme. Le boss peut lui-même avoir été stressé par votre retard, il faut donc lui renvoyer une attitude calme, sérieuse, qui le rassurera. Il faut bien s’occuper de ses supérieurs, car vous faites la pluie et le beau temps : apportez leur du soleil, ils vous apporteront l’apéro, quelque soit l’heure à laquelle vous arrivez.

Mettre en faute autrui pour votre retard n’est pas une solution : si cela parait « dominant », cela traduit au contraire votre profonde soumission. En effet, c’est pour combattre et dénier la culpabilité qu’on accuse autrui, c’est un aveu de votre panique, de votre stress donc de votre incapacité à gérer une situation difficile. Cela passera pour de l’hypocrisie, de l’incapacité à assumer ses erreurs. Au mieux, à paraitre faussement dominant, on vous chargera des tâches de « chien de garde », tout bon à aboyer sur autrui.

Surjouer le stress, se répandre en excuses, se dénier, montrer sa panique et sa culpabilité vous étiquettera en soumis. Donc, on vous confiera toujours les pires tâches à l’avenir, sachant que vous êtes servile dans l’adversité.  Et surtout, on risque de vous « punir » tout autant que si vous l’aviez joué à la cool.

Être neutre et pro est donc une bonne solution, qui laisse en plus de nombreux « possibles ». Cette attitude permet de se séparer des affects liés à la situation problématique, elle montre au boss à quel point vous « gérez ». Si vous êtes bon acteur, le retard peut même être l’occasion de faire une démonstration promotionnelle de vous, serein et sérieux même face à l’erreur, trouvant des solutions efficaces satisfaisant tout le monde.

 Le boss est rassuré dans son autorité, car vous avez exposé le problème de retard comme lui l’aurait exposé, avec une même posture, un même vocabulaire, un même sérieux, une même distance, une même gestion optimale, avec les mêmes solutions. Vous l’avez compris, l’imitation est de mise, car globalement on aime les gens qui nous ressemblent : pour s’attirer un bon jugement, il faut imiter son interlocuteur ou l’image qu’il a de lui.  Cela marche également avec un patron dominateur : même s’il va tenter de réveiller votre stress et votre culpabilité, opposez-lui votre neutralité, il arrêtera son jeu faute d’avoir de prises sur vous et il se reconnaitra dans l’image du patron « neutre » que vous montrez, même s’il est un sadique.

À long terme, à force de jouer ce rôle dans bon nombre de situations, le boss peut voir en vous un égal, digne de toute confiance. Le hack est généralement gagné : non seulement il ne vous reprochera jamais plus rien, mais vous serez libre de toute emprise, ce qui vous permettra de faire bon nombre d’actions plus « épiques », plus seulement pour vous-mêmes, mais pour vos collègues.

Concernant les collègues, l’idéal est de préparer le terrain en amont : soyez tolérant envers les pires conneries, et ils seront tolérants envers vous en retour. La loi de réciprocité a du bon, elle construit la solidarité en bas, elle instaure des cercles vertueux.

Bisounours ! Naïf !

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On pourrait opposer qu’un changement d’attitude n’a aucun impact sur le milieu professionnel. Que cela ne change rien à l’exploitation, au harcèlement, à la manipulation, etc. Et, en effet, c’est vrai dans certains contextes : je pense par exemple à France Télécom durant la vague massive des  poussages à la démission, « par la porte ou par la fenêtre » (selon les termes de son ex-chef). Certains contextes nécessitent une action plus épique, plus groupée, plus stratégique et plus intense.

Cependant en contexte « normal », il est intéressant d’expérimenter des changements d’attitudes afin de voir leur impact. Vous pourriez être surpris de leur efficacité. En effet, cette voie « neutre » n’est pas sortie de notre imagination, elle a été testée et approuvée avec succès dans différents contextes.  

Concernant les contextes de crise, avec harcèlement institutionnel notamment, nous nous pencherons dessus plus tard. Chaque chose en son temps, on ne démêle par des câbles emmêlés en tirant dessus tous à la fois.

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38 commentaires sur “Les retards au travail

  1. Bonsoir,

    C’est Maitre Belzébuth qui vous écrit. Et il n’a rien à ajouter.
    Plus sérieusement, lorsque j’ai commencé à travailler – dans le BTP – il m’est arrivé, un jour, de courir pour aller chercher un outil manquant; le chef m’a vu passé à toutes vitesses. Il m’a arrêté, et m’a demandé s’il y avait eu un accident. Devant ma réponse négative, il m’a donné une tape dans le dos et m’a dit:
    « On ne court qu’en cas d’accident, ou de danger! »
    Depuis ce jour, j’ai faite mienne cette phrase. Toujours à la cool, au grand dam de mes collègues, mais à la grande joie de mon patron…

    Une astuce, lorsqu’un patron vous demande combien de temps il vous faut pour faire un travail quelconque, multipliez le temps que vous pensiez donner par 1.5, et faites-le comme vous avez l’habitude de le faire. Vous finirez forcément en avance sur votre estimation, vous aurez donc le temps de faire une pose, et de passer pour un faiseur de miracle auprès du boss. Simple et facile!

    Quand vous écrivez: « …votre patron n’a pas le droit de vous mettre des fessées… », je peux vous dire que j’ai eu des patronnes, et vous auriez sûrement aimé qu’elles vous mettent des fessées! 😉

    1. Merci Maitre Belzébuth, c’est toujours un grand plaisir de te lire ici et on espère te satisfaire encore par la suite.
      En effet, l’astuce du temps est excellente, mais à mesurer : cela peut vous faire passer pour un mauvais estimateur si l’écart est trop grand. On peut également faire dans le temps convenu, mais en pensant à y inclure une large pause durant la période de temps : c’est la technique du pile-poil-dans-les-temps, cela permet de varier les plaisirs. Et si le temps manque, on peut employer la même technique qu’avec le retard : « Honnêtement, le temps a manqué pour cette activité, il faut qu’on reconsidère le planning/l’organisation pour ce travail » cela permet en plus de possiblement négocier une plus grande plage horaire pour plus de pauses, ce qui n’est pas négligeable.
      Quant à tes patronnes, on pourrait songer à un autre article : « hacker l’organisation du travail : convaincre votre voluptueuse patronne de vous fesser à chaque erreur ». En entendant, on peut toujours embaucher des personnes pour nous frapper quand on va sur Facebook :
      http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/10/20/accro-facebook-employee-gifle_n_1993487.html
      Joyeux week-end caligula63, nous te souhaitons plein de fessées de jolies patronnes !

      1. Hélas, trois fois hélas; j’ai changé de patronnes, et j’ai un patron, maintenant, il ressemble à Magnum! ça donne pas envie!

        Je voulais juste dire une chose que j’ai omis de signaler hier, pour diminuer le stress un peu plus rapidement, un conseil: jetez votre montre!
        Ce n’est pas pousse-au-crime, ni même je-m’en-foutiste, c’est une réalité. Regardez bien autour de vous, je suis sûr qu’il y a une pendule, horloge qui traine. Et, en plus, vous avez sûrement votre portable sur vous, ne me dites pas qu’il ne donne pas l’heure, je ne vous croirai pas!
        Alors, pourquoi se mettre la rate au court-bouillon (je sais, j’aime bien les vieilles expressions)? Le temps est élastique, il s’allonge ou se rétracte à volonté. Gardez ceci à l’esprit, et faites en sorte de le contrôler en toutes circonstances.

        Certains m’objecteront que jeter une montre de marque est indigne. Objection refusée, c’est acheter une montre de marque qui est indigne. Si vous ne voulez pas la jeter, revendez-là, et avec l’argent, faites plaisir aux autres. Je ne parle pas du « plaisir d’offrir » – qui comme diraient nos hôtes peut être assimilé à un concept dominant/dominé – mais de la joie de « donner », qui elle est gratuite et gratifiante…

        Bon week-end – enfin, ce qu’il en reste – à vous.

        Amitiés…

  2. GG! Bon dossier, j’ai surtout apprécié le passage sur la loi de réciprocité.
    J’ai quand même relevé 2 bonnes coquilles
     » il ne verra pas tous les gens que vous avait bousculés  »
    « c’est pour récupérer ce qu’il leur ait du »

    Bonne continuation =)

    1. Merci beaucoup , c’est corrigé ! On reparlera de la loi de réciprocité, elle permet de comprendre pas mal de choses et est très utilisé par les manipulateurs pour nous soumettre, nous mettre en état « d’obligé ». A bientôt !

      1. Mon expérience de temporaire dans l’industrie en tant que technicien – comprenez ouvrier non qualifié – chez le numéro un de la moyenne tension me fait tiquer sur quelques petits détails.
        – « Honnêtement, j’ai du retard parce que je ne me suis pas réveillé »
        Ne jamais au grand jamais utiliser au cours d’une justification les mots Honnêtement, Franchement etc… Le chef vous rétorquerait que vous mentez donc la plus part du temps. Le chef n’aime pas être pris pour un imbécile.
        – Le rapport avec les collègues.
        Si c’est possible, proposez leur de prendre une pause. Ben tiens ! déjà qu’ils ne sont pas contents, maintenant vous vous dressez devant eux comme le chef lui-même, avec toutes ses prérogatives. Leur réponse sera directe :  » tu nous a bien mis dans la merde avec ton retard, et tu joues au boss à présent. »
        Notez la candeur de ces propos qui ne correspondent pas exactement au langage des ouvriers.
        Il est vrai que souvent l ‘intérimaire n’est pas apprécié par le salarié. Il est beaucoup mieux payé et peut choisir ses périodes d’activité, parfois même avec tact il s’empare des meilleures places.

  3. @grumeau.couillasse : En effet tu as raison, ce ne sont pas des méthodes qui marchent avec tous les patrons et tous les collègues : en tant qu’intérimaire encore moins ! Cela entre dans le cadre d’une stratégie à long terme de « travail » sur le chef en question. Je pense qu’on peut difficilement hacker quoique ce soit avec un statut d’intérimaire (mais si certains y arrivent c’est formidable), il faut un certain temps pour appréhender les lieux, les personnes, se faire une place pour ensuite se donner des missions hacking social. Je confirme, de par mon expérience certes lointaine mais vivace, quand on est ouvrier non qualifié, de plus intérimaire, c’est vraiment très dur d’être considéré ne serait-ce comme un individu ayant les mêmes droits que les autres salariés ; dans la mission que j’avais faite, on nous avait caché le droit à une longue pause, on travaillait d’arrache-pied 6h/7h d’affilée sans permission de boire un café (dans un environnement à -10° degrés…); comme on était tous très très jeunes, on n’avait pas conscience que ce n’était pas vraiment normal. Une CDI a repéré le problème fort heureusement et on a pu avoir le droit à cette pause. Bref, en tant qu’intérimaire, je pense que la première mission est d’essayer de se faire considérer au même titre que les autres, et c’est parfois déjà un défi, malheureusement…

    1. On peut faire changer les choses en tant qu’intérimaire, pas dans toutes les boites c’est certain, mais c’est possible quand on a des arguments.

      Voici une anecdote datant d’il y a quelques années :
      Je travaillais en tant que technicien en électromécanique industrielle (a la maintenance) dans une usine, un travail en trois pauses (6-14, 14-22, 22-6).

      Les pauses étaient organisées dans cet ordre, 1 semaine matin suivie d’1 semaine après-midi puis d’1 semaine de nuit.

      Après 1 mois passer dans la boite, arrive ma deuxième semaine de 6-14, et ce après avoir travaillé une semaine de 22-6.

      Le lundi, j’oublie de me réveiller, et me reveille a 7h…
      J’arrive du coup avec 2h de retard, en ayant eu 30min pour y réfléchir durant le trajet.
      J’arrive en présentant mes excuses a mon supérieur direct (chef mécano), mais j’enchaine sur les raisons de mon retard, il est pour moi physiquement impossible de me réveiller a 5h du matin après avoir travaillé durant une semaine de 22h a 6h, c’est contre nature, le corps n’ayant pas le temps de s’adapter en 2 nuits.

      Je suggère donc un changement du cycle des pauses, en inversant afin que la pause 22-6 soit suivie de la pause 14-22, changement de rythme plus facile a accommoder.

      N’étant qu’un petit intérimaire, j’aurais pu être remercié, mais au contraire, mon supérieur a appliquer ce nouveau cycle a tous les mécaniciens (6 mecaniciens) après leurs avoir demander leurs avis.

      Comme quoi, rien n’est impossible, même pour un intérimaire lorsqu’on a un humain comme supérieur.

  4. En temps que aide maçon dans 3 entreprise, je ne peux que être témoin que la tolérance en vers mes collègues ne marche pas a 100%, mais plutôt proche de 10 a 20% et que sur des personnes déjà tolérante.
    Peut être est-ce la cause a autre chose que la tolérance dans mon cas, mais je ne vois pas ou je me suis compromis.

    Bref vue que ma tolérance et ma neutralité ne m’a pas permis d’être en bon terme avec beaucoups de mes collègues (harcèlement moral, chantage moral, dévalorisation de la personne, évidement manipulation, suspicion ETC …

    Donc sur mes 2 dernière années dans le bâtiment, je me suis beaucoup mis sur la défensive voir l’offensive quitte a passer pour quelqu’un de vindicatif et biensur cela na pas changer la donne, mais cela ma permis de na pas finir en défenestration .

  5. Bonjour,

    Une bonne idée d’appréhender ses propres retards, il va falloir travailler là dessus (ou travailler sur le fait de ne pas se réveiller le matin…)!

    Une question pourtant, comment réagir face au retard d’un collègue? J’ai un exemple qui parait cliché mais qui est vrai et dont je ne grossirai pas les traits.

    J’ai une période de formation d’une semaine régulièrement. L’une des personnes qui suit cette formation, au même titre que les autres formés, a théoriquement choisi cette formation. Du moins, arrivé à un certain âge et en dehors du système de l’éducation nationale, on est en droit de le penser.

    Cette personne arrive en moyenne 3 à 4 jours sur 5 en retard. Un retard pas énorme, 5 minutes généralement, mais suffisamment important pour que la formation aie commencée et que son retard nuise à l’attention des personnes présentes. Son retard est particulièrement mis en valeur : casque de moto sur la tête, démarche nonchalante et petit sourire en coin, café tout juste sorti du distributeur. Bien sur pas d’excuses mais accessoirement il va dire bonjour à certains, mais pas un regard vers le formateur.

    Comment réagir face à ce genre de personnes? Je peux essayer de comprendre certaines chose qui font de lui une personne avec ce type de comportement, mais comment essayer de les changer?

    Effectivement on peut dire que la société nous habitue à être brimé sur nos retards dès l’enfance. Et arrivé au stade pro, on est en droit d’agir professionnellement lorsque l’on est en retard, car pour des personnes bien intentionnée ce n’est pas volontaire. Mais malgré tout, certains sont en retard, sans doute par choix ou par je m’enfoutisme. Avez vous déjà eu un cas similaire? Doit on l’ignorer, ou le respecter? Ou agir pour quelque chose qui nous semble irrespectueux, non pas par convention sociale, mais car cela trouble un moment que beaucoup souhaiterait partager sereinement?

  6. « on travaillait d’arrache-pied 6h/7h d’affilée sans permission de boire un café (dans un environnement à -10° degrés…); » –> J’ai du mal à t’imaginer dans cette situation aujourd’hui 🙂

    « Son retard est particulièrement mis en valeur » « mais pas un regard vers le formateur. » S’agit-il bien du même « type » de retard évoqué dans l’article ? Faire attendre un type qui est dans le même bateau que nous, sans s’excuser, est pour moi clairement de l’irrespect et non du hacking social.

    Le retard au « poste de travail » est un cas différent qui n’engendre pas forcément de perte de productivité et qui met en exergue la volonté de domination du dirigeant.

    J’ai une règle d’or pour ces cas là ; Ne jamais donner de justifications personnelles. Couper court aux discussions si on y fait allusion. Comme le dit Viciss, la sanction sera la même de toute façon. Il ne faut JAMAIS donner des informations nous concernant à une personne qui se veut dominante.

  7. Bonjour!

    Petit article très intéressant 🙂

    C’est marrant parce que je suis une très grande stressée de l’heure mais ce n’est pas à cause de brimades dans l’enfance au contraire!
    J’ai déjà un terrain favorable, ma mère arrivait toujours 1h en avance à ses rdv et mon père calculait toujours ses trajets en incluant les possibilités de bouchons etc.
    Mais au lieu de me brimer si j’étais en retard, j’avais des récompenses si j’étais en avance 😀
    (Et maintenant on se moque de moi parce que j’arrive (en moyenne) 30 minutes avant l’heure (parce que je fais des efforts!).

    Et sur les personnes en retard, on a eu un cas comme ça au travail (je travail chez McDonalds, je sais c’est maaaaaaaal 😀 ) et même 1 minute de retard peut être dérangeante en cuisine, on s’attend à ce qu’une personne arrive pour nous donner un coup de main, les clients arrivent tous d’un coup et la personne traine… ça nous stressait nous, mais la personne s’en foutait pas mal. Du coup on lui a expliqué pourquoi, on l’a félicitait quand elle arrivait à l’heure et au bout d’un moment ça a fonctionné, cette personne faisait en sorte d’être toujours là à temps, mais ça a été un travail de longue haleine, surtout pour que les collègues arrêtes de la braquer avec les brimades…

    1. « je travail chez McDonalds, je sais c’est maaaaaaaal ) » >>> 😀 ne t’inquiètes pas pour ça, Gull et moi avons travaillé très très longtemps chez Mcdo’ ; ce qu’ils peuvent faire de mal n’est pas de ton ressort, surtout ne prend jamais pour toi Mcdo, tu n’es pas leur représentante, garde ton individualité (et on peut la garder tout en étant altruiste, c’est plus que compatible) ! Je dis ça parce que j’ai vu beaucoup d’équipiers se transformer et perdre pied dans le système Mcdo (assez similaire à des méthodes sectaires selon le grade, le restaurant, l’allégeance des chefs au grand M et ses normes…). On en parle pas mal dans le pavé dans la section travail ( http://hacking-social.com/wp-content/uploads/2015/07/lhomme-format%C3%A9-red-3.2.pdf ) . Si tu as besoin de conseils à ce sujet, n’hésites pas, on peut t’aider !
      Bonne chance pour la suite 🙂

      1. Si tu savais où je bossais ! 😀 C’est pas moi qui vais te jeter la pierre ! Ah là là, on est tous confrontés à ce dilemme de « il faut bien vivre, mais à quel prix ? » et rien n’est statique dans la vie. 😉 On prends chemins, puis d’autres. L’essentiel est de ne pas se perdre au milieu, soi ! Garde un oeil sur l’ensemble, c’est plutôt une expérience géniale que d’être au milieu, ça forge, ça forge !

  8. Hey merci c’est gentil 🙂
    Pour le moment je pense être tombée dans un bon restau avec beaucoup de solidarité entre employés, un directeur assez absent, et des managers avec beaucoup d’humour 🙂
    Et j’ai toujours tendance à prendre pas mal de recul donc ça devrait aller 🙂

  9. A mon précédent emploi (réassortisseur), l’avant dernier jour de mon contrat (STP 6 mois pour les belges), j’arrive en retard : 11h30 au lieu de 8h00 car … ahem … soirée arrosée où j’ai perdu le contrôle.
    Réveil avec un énorme coup d’adrénaline, deux minutes pour me ressaisir, je téléphone au boulot pour annoncer à la secrétaire que je suis en chemin, je postpose une réunion que j’avais après le boulot, je m’habille en 30 secondes, je nettoie ma porte (cough cough) et je pars au boulot sans douche ni déjeuner.
    Au boulot, je ne croise pas le boss, j’ai pas envie d’aller le chercher de moi-même; je commence le travail avec un immense mal de crâne, je survis grâce à un cachet de je sais pas quoi que me donne un collègue. Vers 15h je croise le boss, je m’excuse pour le retard. Le boss me répond « Ah bon, tu commençais à quelle heure? ». Je me suis senti con d’avoir stressé comme un con pour rien.

  10. « vous aurez pris soin d’être hyper tolérant à leur retard, fautes ou maladresses. Par loi de réciprocité, ils seront en retour tolérant à vos retards ou autres erreurs. »
    ———-
    C’est totalement et absolument, et gravement, faux. Bien au contraire en fait.
    Je n’ai jamais fait aucune remarque négative à un collègue sur sa ponctualité, sa qualité de travail, ou son niveau de nuisance sonore. Ceci n’a bien entendu jamais empêché lesdits collègues de baver auprès de la hiérarchie à propos de mes écarts sur ces 3 domaines, pourtant objectivement bien moindre que les leurs.

    En réalité, ne pas faire remarquer aux collègues leurs nuisances les leur fait totalement ignorer, et relativement aux vôtres, ils jugent alors celles-ci toujours plus grandes, même si c’est objectivement le contraire qui est vrai. Il en va de même pour les retards.

    Je n’ai jamais nourri de préjugés à l’égard de mes collègues, donc grande a été ma surprise lorsque ceux de mes collègues à mon égard m’ont été révélés par mon manager. Et à mon « je n’ai pas de préjugés à l’égard des autres, j’estime être en droit d’attendre qu’on n’en aie pas à mon égard », me fut rétorqué un « ce n’est pas comme ça que ça marche »…

    J’aime beaucoup vos analyses, et je suis d’accord avec la plupart, mais là, désolé, mais non. La réciprocité ,n’existe pas au travail. Jamais.
    Conseiller à tout un chacun d’attendre une réciprocité de la part de collègues est illusoire, voire carrément dangereux.
    Evidemment, avec des collègues qui seraient des êtres humains respectables et doués d’un minimum d’empathie, je ne dis pas, mais des comme ça, je n’en ai que très peu connu.

    1. Bonjour,

      « Je n’ai jamais fait aucune remarque négative à un collègue sur sa ponctualité, sa qualité de travail, ou son niveau de nuisance sonore. Ceci n’a bien entendu jamais empêché lesdits collègues de baver auprès de la hiérarchie à propos de mes écarts sur ces 3 domaines »

      Certes, mais si tu aurais fais des remarques au préalable, peut-être qu’ils auraient bavé avec encore plus de hargne ?

      1. Ca dépend de la réaction de la hiérarchie ! Aller rapporter à la hiérarchie, c’est quand même assez puéril, non ? Un supérieur qui se marrera bien devant la tentative d’aller reporter ses différents comme si on allait rapporter à la maîtresse en 6ème, résoudra le problème d’emblée ! Nous sommes quand même des adultes, si nous ne réglons pas nos différents entre nous, c’est pas à la hiérarchie de prendre position. Au contraire, plus la hiérarchie refusera ce genre de « rapport des fautes des autres » et rigolera devant de telles tentatives, plus cela poussera les employés à vivre en bonne intelligence, et ne pas avoir recours à une forme de police ou de justice de l’entreprise. Rager sur une chose, d’accord, mais on s’explique entre nous. Si les supérieurs doivent intervenir, pour faire la justice, on va où ?
        Faire des remarques ou pas, ça c’est personnel, si on ne peut ni promouvoir la tolérance totale sur tout, ni la jalousie/critique permanente, c’est aux employés d’être adultes dans l’histoire, je trouve très archaïque que d’envisager l’entreprise avec un patron qui est là juste pour taper sur les doigts des mauvais élèves. N’engage que moi.

      2. Enfin, parce que j’ai pas tout développé (c’est agaçant de ne pas pouvoir éditer) tu prônes la tolérance et se taire comme si tu en serais un peu plus épargné. Faux et totalement faux. Si tu n’assois pas ta position et tes impératifs personnels à un moment ou un autre, tu vas te faire écraser dans ce monde impitoyable de Dallas ! 😀 Sérieux, tu crois que la tolérance amène la tolérance ? Du tout ! Soit effectivement tu as quelqu’un de suffisamment intelligent en face pour faire sa part de chemin, soit t’as un gros buté, qui est encore persuadé qu’il faut tout écraser sur son passage pour réussir lui tout seul dans son coin, et n’hésitera pas une seconde à te mettre dans la panade. Donc, tout est question de dosage. Et de savoir qui tu as en face.

        Si tu pars du principe que le mec, ou la nana, au même poste, a le droit de déroger aux règles communes, de temps en temps, là d’accord. Si par contre son attitude nuit au bon fonctionnement de l’ensemble, ou t’empêche de faire toit ton travail correctement, là, je dis : mais explique-toi avec lui ou elle ! Direct ! Parce que rien ne te dit qu’à force de tolérance, c’est pas toi qui vas finir sur la sellette, parce qu’une retombée de l’ensemble pourra finir sur toi.

        Donc, j’en arrive à ceci. La hiérarchie est parfois beaucoup moins distante que ce que l’on croit. Elle sait très bien ce qu’il se passe, les failles de chacun, les dents plus ou moins longues, les « soumis » et les « dominants » mais son but à elle, c’est de faire en sorte que l’ensemble fonctionne, non pas promouvoir le premier de la classe, vision bien archaïque, qui apparemment est encore d’actualité. Elle admettra des fautes, et interviendra si nécessaire sur des comportements répétés qui nuisent. Mais en aucun cas nous n’avons à prôner une tolérance excessive, ni l’absence de celle-ci. « Chacun chez soi, mais en équipe, et les moutons seront bien gardés » 😉

          1. Erf. Bien ciblée dans mon propre « brutalisme » aux débuts de l’article, je ne relève pas l’ensemble, parce que l’auto-critique est personnelle 😉 vers la fin, je me dis « mais zut, je suis surtout un foutu bisounours qui se heurte à de vrais murs. » C’est ça en fait le vrai problème, c’est que je crois qu’on assimile mal à la base que « affirmer une position » ne veut pas forcément dire l’imposer, ni se battre bec et ongles, mais avoir le courage de dire, quand c’est nécessaire. Je reste épinglée dans ma quête personnelle, tortueuse, que je ne peux pas expliquer ici, parce qu’il y a eu énormément de violence bien avant, sur le fait de m’exprimer plus que de raison et que plus n’ont à l’entendre 😉

            J’apprends -et là encore c’est personnel- énormément d’une espèce bien particulière, à savoir les chiens. Ils ne se posent pas autant de questions que nous, eux, ils restent dans l’instant présent, et totalement « bisounours » si vous allez par-là, tous autant qu’ils sont, même les plus « dangereux » Ils expriment direct ce qu’ils veulent, apprécient, où ne veulent pas. Ils ne vont pas abuser de fausse diplomatie, mais d’un autre côté, plus vous imposerez à cette espèce, de façon unilatérale, et brutale, plus vous récolterez l’échec. Et eux font pareil. Ils sont archi sympa, no problem, mais imposer, ils ne le font jamais. Il existent, juste, en tant qu’être.

            A différencier, j’insiste, mais peut-être ai-je mal compris, l’attitude bisounours, de « je n’affirme jamais ce que je suis ni pense » Un bisounours n’est pas passif, nous sommes d’accord ?

            Zut, encore un débat dévie ! 😀

          2. Bon, quand à court de paroles de toutes façon, il ne faut jamais insister, à exprimer, quand d’autres l’ont mieux fait avant, et revenir à l’essentiel. Je vous envoie un morceau. Je vous remercie tous, déjà, d’être dans le dialogue, c’est assez rare de nos jours, et c’est essentiel d’en revenir là, au plus simple des choses. J’en arrive à faire appel à vos sens, les plus primaires. Quelqu’un m’a parlé de ce morceau à un moment clé. Oh, l’auteur en question, je l’adorais déjà, rien à voir, mais ce morceau en particulier, je n’avais jamais écouté. L’auteur-lui même en avait dit ceci  » When I wrote this song [Here Comes The Flood] I had an obsession with short-wave radio and I was always amazed at the way in which the radio signals would become stronger as daylight faded. I felt as if psychic energy levels would also increase in the night. I had had an apocalyptic dream in which the psychic barriers which normally prevent us from seeing into each others’ thoughts had been completely eroded producing a mental flood. Those that had been used to having their innermost thoughts exposed would handle this torrent and those inclined to concealment would drown in it. (‘Peter Gabriel’ by Armando Gallo, Omnibus Press, 1986.) » Je vous sais tous, bien que pas forcément bilingues, capables de trouver une traduction. Et c’est bien là qu’on va : https://www.youtube.com/watch?v=vb7htoJAK7g

          1. 🙁 en plus au milieu, je ne comprends plus à qui tu réponds ! J’ai mal compris ? Quelqu’un d’autre ? Si tu n’as pas le temps ce n’est pas grave. Ce serait vachement plus simple d’organiser une télé voir visioconférence ! lol

  11. Zut, John Arktor marque un énorme point ! La tolérance n’est certainement pas une valeur sûre répandue. Et je ne sois pas vraiment certaine que ce soit souhaitable d’être tolérant en toute circonstance. Une tolérance trop grande à la base peut amener à empêcher de faire son propre travail correctement, si quelqu’un entame une atteinte à votre travail par son attitude ou mode de pensée. Au final, une soit-disant tolérance, peut être une entrave au bon fonctionnement d’une entreprise, surtout dans des postes charnière tel que celui que j’occupe, à cheval entre des directives du management, des équipes, et des directives d’un groupe totalement administratif. Taper du poing sur la table de temps temps pour dire « eh là, je veux bien que tout le monde soit sur le même pied d’égalité, et t’écouter, mais ton attitude empiète sur mon travail » est une forme de respect de soi-même et de son travail. Il faut nuancer une tolérance à la faute, et la tolérance de tout comme valeur sûre : non, on ne peut et on ne doit pas tout tolérer. Attendre la réciprocité de ce que l’on fait soi est très dangereux, car cela amène à croire que toute une organisation doit fonctionner de la même façon, ce qui est plus que faux : à chaque poste ses différences, ses nécessités, pour certains (dont le mien) la ponctualité sera bien accessoire, par contre, ne pas lésiner sur un travail de fond et de réflexion, et d’organisation sur la structure, là, c’est ce qu’on me demande. J’ai d’ailleurs fait inscrire dans mon contrat une clause concernant cette fameuse ponctualité et les heures passées, de façon à être flexible selon les situations. Mais ce n’est absolument pas possible pour quelqu’un qui travaille en équipe à la réalisation d’un objet bien concret et tangible, ni lors de l’exécution d’un service tel que la restauration.

  12. Enfin, je vais expliquer par un dernier exemple : les gars (parce qu’essentiellement masculin, comme milieu) font de la recherche, pure et simple, à coder sur leur ordi à longueur de journée, à avoir besoin de calme pour faire leurs recherches, et s’isolent souvent dans leur bulles, casque sur la tête, pour réfléchir. Ils se retrouvent plusieurs fois dans la journée pour débattre, mais hors de l’open space, pour ne déranger personne dans leurs réflexions. Moi, je suis celle qui essaie de coordonner les impératifs de la direction, des organisations impliquées (et il y en a trois, dont une totalement publique et une autre totalement privée et plutôt… comment dire ? A visée lucrative manifeste ?) et leur boulot, pour faciliter le tout. J’ai donc besoin d’un téléphone. Au milieu de gens qui ont besoin de calme. J’ai besoin de bouger dans tous les sens, de demander à untel ou à untel. S’ils exigeaient de moi que je travaille comme eux, le travail ne serait jamais fait. Heureusement qu’ils ne m’imposent pas les même règles ! Et heureusement qu’ils comprennent que je n’ai pas le choix, tout comme je comprends leurs besoins. C’est là que doit être la tolérance : non pas exiger par la tolérance que l’autre face exactement la même chose, mais la tolérance que l’autre a d’autres impératifs (et d’autres façons de fonctionner)

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