La télévision, pourquoi pas ? Un aperçu du formatage des ch’tis et autres merveilles télévisuelles

Encore une fois, nous voici tout à fait d’accord avec Usul ; Cependant nous aimerions ajouter quelques petites précisions au sujet des divertissements. Le texte qui va suivre est issu d’un gros projet sur lequel nous travaillons actuellement il est donc probable qu’il paraisse découpé.

La téléréalité s’appuie sur la comparaison sociale

« — C’est dommage, mon unijambiste, il est pas bon client !

— Moi, mon SDF, il n’aligne pas deux mots… Laisse tomber, Jean-Luc va piquer une crise !

— J’ai un abus sexuel pour toi, mais elle est déjà passée sur ça se discute…

Reservoir prod, aquarium de misère… Vingt employés accrochés au téléphone comme des charognards à la recherche du pire. »

La tentation d’une île, p150 Phillipe Bartherotte

On se compare à autrui pour se rassurer sur sa position, renforcer son ego, mais aussi pour l’opportunité de se sentir dominant : c’est le fonds de commerce de « confessions intimes », « tellement vrai », « l’amour est dans le pré » « strip tease »…

La comparaison sociale peut renforcer l’impression de supériorité, être un moyen d’expression de sa domination, de sa valeur plus élevée que celui qui est comparé. Il y a plusieurs raisons possibles à cette comparaison sociale malfaisante : la personne comparant avec dédain subit de grosses frustrations, un manque de reconnaissance qui la pousse à retrouver un ersatz de dignité en se comparant à plus faible. C’est le gros dur de la cour de récré (mais moqué des professeurs de par ses échecs) qui s’en prend à l’élève qui a eu le malheur de mettre un tee-shirt démodé.

Mais les émissions, par leur cadre, par leur sélection du point de vue, par le montage peuvent créer un terrain propice à la moquerie et donc inciter celle-ci. Les émissions exploitent alors la frustration des spectateurs, leur position incertaine en leur offrant un défouloir, une arène où l’on met à mort socialement les témoins ou candidats. Pour reprendre la métaphore de la cour de récré, c’est comme si le professeur, voyant que le démodé était moqué, organisait une épreuve de sport pour lui seul, lui disait que cela améliorerait sa réputation. L’élève se préparerait pendant que le prof expliquerait aux autres élèves que le démodé était ridicule et qu’il allait le prouver dans la future épreuve physique, qu’il les conviait tous à observer à quel point il était définitivement idiot comparé à eux. Vous imaginez l’horreur…

 L’argument des chaînes pour justifier ces arènes à mort sociale sous les huées de dédain est qu’elles ramènent de l’audience : les gens aiment ce genre d’émission, ils sont mauvais, ils aiment à se moquer d’autrui pour se rehausser. Certes, l’humain gère mal ses frustrations en s’attaquant à autrui, certes il a parfois des pulsions voyeuristes malsaines. Mais tout la différence de ce processus tient à l’orchestration du programme, à son cadre et au pouvoir de la télévision : la TV est une autorité (cf le jeu de la mort, vidéo un peu plus bas) et, pour faire une métaphore plus appropriée, elle serait le surveillant de la cour qui organise les jeux des élèves. On peut faire des jeux différents, on peut amuser une grande partie de la population sans faire une victime, sans avoir pour moteur la destruction sociale d’un individu.

Les chaînes pourraient alors répliquer qu’elles ne font pas exprès : leurs témoins sont réels, ils sont réellement idiots, ridicules ou pathétiques et elles ne font que faire part de cette réalité. Non seulement, nous le verrons plus tard, cette réalité arguée est un pur mensonge, mais ils la manipulent clairement pour que le témoin soit plus idiot, plus moquable. Il y a une volontaire censure de l’intelligence du candidat, une censure de sa culture, de sa sérénité ou de toute qualité dont il pourrait faire preuve. Ces comportements décriés ne sont pas expliqués, le témoin n’a pas de place pour faire comprendre aux téléspectateurs ce qui l’anime.

En résumé :

— la télévision est une autorité, c’est elle qui pose un cadre d’action au témoin, un cadre restreint et orienté de réflexion aux spectateurs. Sortir de ce cadre de réflexion demande des efforts, or le divertissement n’est pas pris comme cela, bien au contraire.

— les téléspectateurs ne sont pas des sadiques frustrés qui se vengent sur la mort sociale d’un individu en direct. C’est le cadre de l’émission qui les pousse à produire cette attitude, c’est le cadre de l’émission qui les incite à réveiller leur voyeurisme, à faire de la comparaison sociale malsaine.

— Comme on connaît tous des frustrations, il est très facile de stimuler cette comparaison sociale malsaine et de l’accroître pour rendre efficient le programme.

Bon si vous ne croyez pas que la télévision est une autorité, regardez ceci :

Le divertissement à la télévision nous formate

Le divertissement nous séduit en exploitant certaines de nos failles, il s’agrippe à notre mode de vie en trouvant son répondant social dans la vraie vie. Entre temps, il s’est installé dans notre cerveau confortablement, en prenant des places vides comme la représentation d’une personne qui cherche la célébrité, d’un ch’ti plongé en terre de stars. Si consciemment, tout le monde s’accorde sur la non-importance des divertissements, le fait qu’il ne faut pas les prendre au sérieux, le fait qu’ils soient crétins ou qu’on ne voit pas toute la réalité, ce n’est pas le cas de notre inconscient.

La pub, qu’on rejette, qu’on ne veut pas voir, pour laquelle on râle, arrive néanmoins à imposer ses représentations : la voiture = domination. Parce que même sans volonté de voir, les procédés utilisés, répétés s’inscrivent néanmoins dans notre cerveau, forment des représentations actives.

Qu’en est-il quand le programme est regardé consciemment, régulièrement, qu’on ne le rejette pas, même si on l’accuse ? Qu’en est-il quand l’émission se vante en plus de montrer la réalité d’un certain contexte ?  Le cerveau code encore plus profondément et plus solidement les représentations données et les prend pour vraies.

On ne connaissait pas de personnes souhaitant devenir célèbre à tout prix, c’est chose faite avec tellement vrai : on stocke alors l’image d’une jeune femme écervelée sans talent. On en déduira inconsciemment que toutes les personnes cherchant la célébrité sont des femmes, qu’elles sont idiotes et qu’elles n’ont pas de talent. Le stéréotype est créé et s’activera au moment de juger le monde, avec le recours d’autres représentations piochées dans ce qu’on a vu le plus. Or ce qu’on voit dans la réalité est restreint : parce que les gens n’exhibent pas tous les aspects de leurs vies, parce qu’on ne côtoie pas tous les modes de vie possibles, parce qu’on ne discute pas de tout avec tout le monde. La télévision, les médias font illusion pour notre cerveau de tout connaître sur ces différentes vies : or les médias ne recherchent que le spectaculaire, l’atypique, le bizarre, le dramatique. Spectaculaire qui est en plus remanié, manipulé pour l’être encore plus. Au final, les représentations stockées via la téléréalité sont complètement caduques, à des lieues d’une représentation issue de la réalité.

Notre cerveau est alors dupé, nos opinions sont changées et notre représentation du monde, des gens, de la société est alors totalement faussée. Nous ne sommes pas tous des récepteurs naïfs, nous combattons ces fausses représentations, nous combattons nos automatismes intolérants, mais cela nécessite de retravailler continuellement tout ce qu’on a absorbé, de toujours remettre en question ce stock d’images. Cela peut s’avérer fatigant, et cela revient à manger de la nourriture avariée (mais très appétissante) puis la vomir, car on la sait nocive : on arrivera jamais à tout vomir, certains éléments seront absorbés par l’organisme. Autant alors manger de la nourriture saine dès le départ.

Si vous voulez aller un peu plus loin et que vous avez déjà regardé tout ce qu’a proposé Usul voici un petit doc’ bien sympa :

Viciss Hackso Écrit par :

Attention, atteinte de logorrhée écrite et sous perfusion de beurre salé. Bisounours destructrice de choux-fleurs à temps partiel.

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18 Commentaires sur "La télévision, pourquoi pas ? Un aperçu du formatage des ch’tis et autres merveilles télévisuelles"

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caligula63
Invité
B’soir! Ben non, je ne suis pas mourru. Connaissez-vous le catch? Cet ersatz de sport de combat, dont les protagonistes; nonobstant le fait qu’ils soient gonflés aux hormones (Voir Chris Benoit, le canadien); ne sont que des comédiens/chorégraphes. Peu d’entre vous ont des doutes là-dessus, c’est un fait bien connu. Alors, lorsque l’on regarde ces « combats » on ne peut que se lamenter sur la lucidité des ados et certains adultes nord-américains. Mais moi, j’y vois autre chose, le talent des comédiens. Je regarde chaque match comme une pièce de théâtre, avec son metteur en scène, ses comédiens, son auteur, etc,… Lire la suite »
Barbalala
Invité
<3 <3 <3 Caligula !!!!! Moi aussi je kiffe trop les pubs, grace a elles j'ai appris beaucoup sur ma condition de femme : – un homme preferera toujours sa voiture a moi. – je dois avoir un orgasme quand je prend un shampoing, quand je mange du chocolat quand je bois du café, quand je mange un yaourt […] – je supporte pas les taches je dois nettoyer tout le temps ; mais en même temps je sais pas boire/manger du yaourt, les 3/4 me tombent sur la tête, la poitrine, donc ceci explique peut etre cela. – je… Lire la suite »
caligula63
Invité
Que de points communs avons-nous! Vite! Sans tarder, inscrivons-nous sur e-darlinge, mitiq (avec un Q, ils sont là pour ça), adopte un trou-du-Q point con… Ensemble, nous pourrons nous marier, inviter le gugusse écolo/irradié de cétélem afin de pouvoir nous acheter un maison dont rien que la cuisine est plus grande que mon appart actuel… Pour redevenir sérieux (!), j’ai un collègue de boulot qui est une sorte de synthèse du machisme, madame s’occupe de tout, des gosses, du ménage, des courses, etc etc. LUI, rien! A part picoler ses bouteilles de rouges. Il y a quelques temps, sa femme… Lire la suite »
docteur claire enclocq
Invité
L’utilisation abusive du verbe kiffer est ce que l’on appelle dans notre jargon professionnel élitiste la « kiffonarie », on l’estime pathologique dès que le « kiffer » intervient tous les 10 mots. Elle est indissociable de l’acné et donc peut persister à l’âge adulte avec plus ou moins d’intensité, s’accompagnant généralement de smiley, de langage SMS incontrôlé. Cependant la kiffonarie est bien moins intense que la kevinerie. Elle s’arrête normalement avec l’apparition des cheveux blancs ou avec plusieurs décennies de psychanalyse très coûteuse (le compte en banque en négatif a pour effet d’arrêter tout envie de dire le mot « kiffer »). Cordialement, Docteur Claire… Lire la suite »
caligula63
Invité

« (le compte en banque en négatif a pour effet d’arrêter tout envie de dire le mot « kiffer ») »

Cela ressemble étrangement à un leitmotiv.
Il me semble avoir déjà lu une phrase sensiblement identique, il y a peu…
Sachant que j’ai des cheveux blancs, un compte en banque quasi vide (et ce même si je ne me suis jamais approché à moins de vingt mètre d’un psychanalyste quelconque) je me fais peut-être des idées.

Docteur Claire Enclocq
Invité

Vous avez un compte en banque en négatif sans avoir de psychanalyste pour autant ? Vous m’en voyez extrêmement surprise ! Selon la theorie de Hubbert Gloridondon, connu pour sa découverte de l’effet « tête-dans-le-bocal », je cite « Seuls les psychanalystes sont habilités à vider les comptes bancaire ; les responsables seront poursuivi pour « vol de marché potentiel » et hypnosé sur le champ ».
Quant à votre déjà-vu, il est absolument normal : si vous avez des cheveux blancs vous avez du voir et revoir beaucoup de choses, notamment des mots, des phrases similaires. Cordialement, Docteur Claire Enclocq.

caligula63
Invité

Pour ce qui est du compte en banque, la conjoncture actuelle, et le fait d’avoir une femme une ado deux voitures (françaises) et un désintéressement viscéral pour l’argent; explique sûrement l’électroencéphalogramme totalement plat dudit compte…

Et pour les cheveux blancs, à la lecture du commentaire de la dénommée Racine sur mon dernier article, je pense qu’il ne sont pas prés de reprendre des couleurs, surtout si je continue à la arracher à force d’essayer de comprendre…

En fait je plaisante, ils tombent tout seul.
L’en reste pas beaucoup, en plus.

Moule
Invité

C’était vraiment très intéressant !

caligula63
Invité

Merci!
Ah? Cela ne m’était pas destiné?
Finalement j’ai du choper la grosse tête…
Que va dire le Doc Enclocq? Je vais avoir droit à une thérapie de choc, du genre plus de 17 000 mots.

Thomas Cmoi
Invité
Salut l’équipe, Je viens de retomber sur cet article (vieux de plus de 2 ans déjà ! O_O) et je me demandais où étaient les sources ? Bon j’imagine qu’elles ressemblent à celles des autres articles qui parlent de télé. Pour être franc, je fais un petit tour « d’horizon » pour trouver des lectures sur les influences de la télé, les déterminismes et comment se faire une opinion. J’ai déjà trouvé les 150 XP en psy média, TV lobotomie et l’opinion ça se travail. J’espérais en trouver d’autres ici, donc j’ose vous demander si vous avez d’autres titres sympa pour moi… Lire la suite »
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