Horizon – La soumission au costume

Au programme de cette nouvelle vidéo, des uniformes, des costards, des cravates, de la soumission, de la domination, des expériences en psychologie (liés au biais de jugement des apparences), des pubs, des pompiers, « Bouche-Man », un Gull qui grogne encore et toujours, des plages, des remarques presque pertinentes du technicien, etc.
Ci-dessous nous vous délivrons le scénario, pour ceux qui ont une préférence pour la lecture… (si, si, il en existe encore 😉 ) ; notons au passage que le dernier paragraphe n’a pas été inclus dans la vidéo pour des raisons technico-scénaristiques. Ce scénario comporte des passages supplémentaires qu’on a du supprimer pour éviter quelques longueurs.

[scénario]
Horizon
La soumission au costume

Gros plan sur les lunettes de Gull où se reflète un individu à quatre pattes en train de fouiller le sol.
Plan large: Gull est en tenue de pompier, deux personnes, à sa gauche et à sa droite, fouillent le sol à la recherche de quelque chose.
Gull donne des indications de la main en montrant des parties du sol.

  • Gull : Par ici s’il vous plaît, oui très bien… comme ça.
  • Technicien : Gull, heu… Qu’est-ce que… c’est quoi ce plan !?
  • Gull : J’expérimente !
  • Technicien : hein hein… Tu expérimentes quoi au juste, parce que là, c’est pas bien clair…
  • Gull : Je prolonge l’expérience de Bushman.
  • Technicien : De quoi ? Bouche-man ? J’connais pas. J’sais bien qu’ils ont poussé le vice à créer un « fourmi man », mais bouche-man…

Gull râle et grogne.

  • Gull : Bushman est un chercheur en psychologie et il n’est pas encore super héros selon les dernières informations à ce sujet. En 1984, il met en place une expérience afin de mesurer l’influence de l’uniforme d’autorité sur les individus lambda. Un premier compère se tient dans une zone de stationnement près d’un parcmètre en faisant semblant de chercher de la monnaie dans ses poches. Un second compère, à proximité du premier, arrête les passants en leur disant « cette personne est garée près d’un parcmètre et elle n’a pas de monnaie. Donnez-lui une pièce de 5 cents ».
  • Technicien : Gné ? C’est absurde!
  • Gull : C’est l’idée! Plusieurs situations sont testées : dans la première, celui qui ordonne au passant est habillé en mendiant.
  • Gull en mendiant : Cette personne est garée près d’un parcmètre et elle n’a pas de monnaie. Donnez-lui une pièce de 5 cents
  • Gull : Deuxième situation, le second compère est habillé en costard, type cadre.
  • Gull en costard : Cette personne est garée près d’un parcmètre et elle n’a pas de monnaie. Donnez-lui une pièce de 5 cents.
  • Gull : Troisième situation, le second compère porte l’uniforme d’un pompier.
  • Gull en pompier : Cette personne est garée près d’un parcmètre et elle n’a pas de monnaie. Donnez-lui une pièce de 5 cents.
  • Technicien : En même temps, ça fout un peu les jetons les lunettes rouges et tout le tralala, ça fait terroriste hippie, c’est pas franchement commun de voir des pompiers qui…

Gull grogne.

  • Technicien : Mais quoi encore ! [léger temps de réflexion] Ok c’est bon j’ai compris ! Super bouche-man avait pas les lunettes. Et pas la cagoule. Ok ok c’est bon. Continue. C’est quoi les résultats ?
  • Gull : 44% des passants apostrophés se soumettent à la demande quand le second compère est habillé en mendiant. Ils mettent un certain temps avant de donner les pièces.
    50% quand le second compère est habillé en cadre. Là aussi, le temps de réflexion est assez long avant de donner des pièces.
    82% quand le second compère est habillé en pompier. Ceux qui donnent l’argent le font rapidement, presque automatiquement, sans s’interroger. Plus les donneurs sont âgés, plus ils sont rapides à obéir.
  • Technicien : Wahou! 82% ! Mais pourquoi un pompier en fonction irait à la pêche à la monnaie pour payer un parcmètre?
  • Gull : C’est là que l’expérience est révélatrice : face à l’uniforme qui incarne l’autorité, nous cessons de poser la question de la légitimité des injonctions proférées. Nous nous inclinons à l’autorité sans plus de réflexions. Même quand la situation est absurde, que le pompier n’a pas à donner ce genre d’ordre et qu’on n’a pas à lui obéir.

Retour sur la plage. Les deux badauds fouillent toujours le sol.

  • Gull : (s’adressant aux badauds) Ca ira, je vous remercie pour votre aide. Détendez-vous maintenant, la température de l’eau est excellente.

Les badauds, en joie, quittent la scène. On entend un bruitage de « plouf ».

  • Technicien : Qu’est que tu leur avais demandé de faire ?
  • Gull : De m’aider à chercher une pièce de 5 cents perdue sous les cailloux.
  • Technicien : Tu veux que je t’aide à chercher?
  • Gull : [grognement]…

Générique

Séquence 2

Gull a déposé son déguisement de pompier sur la chaise. Il est en train de mettre sa veste. Tout en parlant, il resserre une cravate.

  • Technicien : Donc, si j’ai bien compris, c’est encore le vêtement qui influence les gens, et pas le… AH [cri de panique]!
  • Gull : Qu’y a-t-il?
  • Technicien : Tu portes une cravate!
  • Gull : Oui, je me disais que ça collait bien avec mes propos.
  • Technicien : Hein? Je pensais qu’on allait parler des pompiers….
  • Gull : [petit rire] Non pas du tout. Ce n’était qu’une mise en bouche. Il paraît tout à fait compréhensible que l’uniforme classique d’un soldat du feu inspire la confiance et le respect….
  • Technicien : Ouais, les pompiers c’est cool quand même.
  • Gull : Ce qui nous intéresse présentement, ce sont ces uniformes auxquels nous ne pensons pas mais qui nous influencent selon le degré d’autorité que nous lui accordons.
  • Technicien : Oui, j’ai retenu la leçon la dernière fois: l’habit fait le moine.
  • Gull : Exact ! Pour reprendre Pierre Bourdieu, « le corps est dans le monde social, mais le monde social est dans le corps ». Ce que nous portons, vêtements et accessoires, suggèrent une appartenance sociale, un caractère, une profession, des responsabilités allant jusqu’à inspirer de la confiance, ou de la crainte. L’aspect vestimentaire est constitutif de la figure d’autorité, dans des proportions qu’on mésestime.
  • Technicien : Je te vois venir! Tu vas nous dire que le port d’un costume cravate suffit à faire le chef.
  • Gull : En effet.
  • Technicien : Ouais mais on s’en fout, ça change pas notre comportement, on est au-dessus de ça!
  • Gull : Ah vraiment? Alors cela mérite une petite expérience, celle de…
  • Technicien : [le coupe] de super bouche-man, héros de la psychologie des costumes !
  • Gull : [grogne puis reprend] celle de chercheurs en psychologie, Guéguen et Pascual.

[motion design]

  • Gull : Un individu doit acheter un croissant, mais au moment de payer il se rend compte qu’il lui manque 8 centimes.
  • Technicien : ah, c’est con!
  • Gull : Il y a alors deux possibilités: soit il demande gentiment et avec un large sourire de la manière suivante:
  • Gull [en tenue normale] : Je suis confus, mais il manque 8 centimes. Pourriez-vous m’en faire grâce s’il vous plaît?
  • Gull: Soit l’individu demande la même chose, mais sans douceur ni politesse.
  • Gull [en tenue normale] : Oh merde, il me manque 8 centimes. Vous me le filez quand même?
  • Technicien : En gros l’expérience c’est de savoir si ça marche mieux d’être poli ou d’être un connard quand on veut quelque chose…
  • Gull : Pas que. Les résultats dans cette condition « tenue normale » sont sans surprises. Les boulangères s’avèrent généreuses avec le poli, soit 93% d’acceptation, et quand notre individu se montre rustre, les boulangères ne cèdent qu’à 40%.
  • Technicien : Ok… Et c’est tout, fallait faire une expérience pour prouver ça ?
  • Gull : Ne te hâte pas technicien. L’expérience a été renouvelée dans d’autres conditions :
  • Gull [pauvrement vêtu]: Je suis confus, mais il manque 8 centimes. Pourriez-vous m’en faire grâce s’il vous plaît?
  • Gull [pauvrement vêtu]: Oh merde, il me manque 8 centimes. Vous me le filez quand même?
  • Gull : Pas de changement concernant la politesse : la boulangère accepte à 93%. Cependant quand le pauvrement vêtu est impoli, la tolérance est bien moindre : seulement 20% des boulangères répondent positivement à l’homme impoli.
  • Technicien : En gros l’impolitesse, ça passe mieux si on est fringué normalement. Par exemple, le « clodo »a pas le droit…
  • Gull : … »Sans domicile fixe »!
  • Technicien : Ouais, pardon, le « sans domicile fixe »a pas le droit d’être impoli contrairement au mec normal. J’ai pigé?
  • Gull : C’est ça, mais je n’ai pas encore terminé. Exécutons une dernière fois l’expérience, mais cette fois notre individu sera d’apparence très valorisante, en costume, type cadre.
  • Gull [costard]: Je suis confus, mais il manque 8 centimes. Pourriez-vous m’en faire grâce s’il vous plaît?
  • Gull [costard]: Oh merde, il me manque 8 centimes. Vous me le filez quand même?
  • Technicien : Ben là, j’sais pas pourquoi le type impoli en costume me sort par les trous de nez plus que les autres .
  • Gull : (petit rire) Quand l’individu en costume est impoli, les boulangères acceptent cette fois à hauteur de… 75%. Soit deux fois plus que celui d’apparence moyenne, et quatre fois plus que le pauvrement vêtu.
  • Technicien : C’est dégueu !Le gars c’est celui qui est sensé avoir le plus de fric, donc il a pas à demander de ristournes…et, et, le SDF là, on peut comprendre que c’est difficile pour lui d’avoir ses huit centimes… Merde, c’est l’inverse qu’elle aurait du faire la boulangère !

[Retour en décor naturel]

  • Gull : La politesse est souvent efficace pour casser les clivages sociaux, pour que chacun se respecte, quelle que soit la tenue. Mais l’acceptation de l’impolitesse, de l’irrespect, est réservée à des privilégiés qui n’ont pas plus de légitimité que le simple port d’un costume.
  • Technicien : C’est absurde, pourquoi on se plierait en quatre face à eux?
  • Gull : Si les boulangères se plient aux caprices des hauts statuts, c’est parce que leur tenue fait figure d’autorité. Ce qui était une demande impolie dans la bouche de l’individu d’apparence très modestes et dans celle de celui à l’apparence moyenne devient un ordre dans la bouche du bien habillé. La situation de l’expérience est celle de l’achat d’un croissant dans une boulangerie, mais cela fonctionne de la même manière dans tous les autres contextes.
  • Technicien : Attends, tu dis que le costume, type costard-cravate, fait preuve d’autorité, comme le pompier?
  • Gull : Quand il s’agit de ce type d’injonction, oui.
  • Technicien : Non parce que quand on me parle de costume d’autorité, je pense à des uniformes, genre ceux des militaires, des policiers….
  • Gull : Mais le costard cravate est un uniforme technicien.
  • Technicien : Un uniforme?

[motion design]

  • Gull : Le complet, le costume, le veston-costume ou plus familièrement le costard, apparaît au XIXe, en pleine révolution industrielle, en Angleterre. Nous pouvons bien sûr faire remonter ses origines plus loin dans le passé, mais c’est pourtant là que la plupart des critères, et surtout sa fonction, seront adoptés. C’est un vêtement masculin, généralement de couleur noire, le noir étant une couleur masculine (le blanc et le clair étant pendant longtemps réservé aux femmes). La cravate est un héritage militaire de l’ancien régime, au XVIIesiècle. Un régiment croate créée sous Louis XIII portait un foulard rouge autour du coup, foulard qui fut repris par la cour et qu’on nomma, en déformation du terme « croate », « cravate ». La cravate incarnera le symbole de la haute bourgeoisie en Europe, au point où elle sera sujette à controverse durant la révolution française, ce qui n’empêchera pas cet accessoire de se démocratiser encore plus.

La musique s’arrête, retour sur Gull assis sur sa chaise. L’homme et la femme du début apparaissent et lui donne quelque chose avant de repartir.

  • Technicien : Qu’est-ce que c’est?
  • Gull : Des pièces de 5 centimes….

La musique repart.

  • Gull : Porté par une certaine catégorie de la population, le complet deviendra un véritable uniforme civil. Hormis les grands évènements, comme les mariages par exemple, porter la cravate aujourd’hui, c’est s’incorporer dans un cadre professionnel. La cravate rappelle au porteur qu’il doit répondre et correspondre aux exigences de son entreprise ou de sa fonction. Ce n’est pas pour rien si certains salariés en arrivent à détester cette cravate qui les étrangle symboliquement. Cela en devient parfois un véritable poids. Quand on se sent mal au travail, le port du costume est une véritable torture, tout autant que les salariés en uniforme au plus bas de l’échelle, car comme eux, le costard cravate est un moule. Le costard impose un rôle, tout ce qui le constitue (matière, accessoire, couleur) indique un rang, et rappelle aux porteurs qu’ils sont sous les ordres. Mal porter l’uniforme dans son entreprise pourra être motif à sanction ou à blâme, comme à l’armée.

Bien qu’on laisse une certaine liberté dans le choix du costume, tu remarqueras qu’il y a un véritable dress code du costume dans le monde du travail qui doit correspondre à des critères particuliers et qui coïncident généralement avec l’inconscient collectif.

[Plage]

  • Technicien: Inconscient collectif? expliques.
  • Gull: Prenons par exemple la couleur de la veste du costume.

[Motion design]

  • Gull: Plus cette veste sera sombre, plus elle connotera l’idée d’importance ou de pouvoir. Sauf quelques exceptions, tu verras toujours les chefs d’État vêtu d’une veste noire ou bleue marine, voir gris foncée. On retrouve cette couleur dans les postes à responsabilité des entreprises, mais tu remarqueras que dans le monde des affaires c’est le gris qui est privilégié avec parfois quelques fantaisies comme les rayures qui sont tolérées. Quant à la chemise, la couleur blanche correspond au pouvoir; dans le monde des affaires et de la finance, ce sera souvent la chemise bleue claire, hormis les grands patrons qui se réapproprieront le blanc.
  • Technicien: Ça marche pas ton truc! J’en connais qui utilisent pas du tout ces codes.
  • Gull: Bien sûr. Mais quand tu veux correspondre à une certaine image, ces codes fonctionnent parfaitement, influençant notre regard.
  • Technicien:J’suis pas convaincu…
  • Gull: Alors laisse-moi te le prouver.

S’affiche plusieurs costumes: un marron, un gris, un noir avec une chemise bleu clair, un noir avec une chemise blanche.

  • Gull: Sans réfléchir, et en me répondant de bonne foi, si je te disais que l’un de ses costumes est porté par un banquier, tu me dirais lequel?
  • Technicien: …. (Soupir) Le costume gris, ou celui avec la chemise bleu clair.
  • Gull: Et si je disais que l’un d’eux est le supérieur des trois autres, ce serait lequel à ton avis?
  • Technicien: OK, je reconnais, on est tenté de choisir le noir-bleu-marine avec la chemise blanche. Mais le marron alors, ce serait qui?
  • Gull: Qui porte ce genre de tenue aujourd’hui? Tu connais la réponse… laisse parler ton imaginaire.
  • Technicien: j’imagine un universitaire, ou un intellectuel, un docteur peut-être aussi… C’est ça ?
  • Gull: Bien vu! [technicien dit « yes! »] Le marron est la couleur rétro par excellence, fortement apprécié par les intellectuels. Couleur foncée pour la veste, chemise blanche et cravate sobre. Voilà notre costume du pouvoir.
  • Technicien: Et si on faisait l’inverse, si nos dirigeants ne s’habillaient que de couleurs claires ?
  • Gull: Ce fut le cas dans le passé technicien. Cela a même constitué notre vocabulaire du pouvoir. Dans l’antiquité par exemple, à Athènes ou à Rome, l’exercice du pouvoir se pratiquait vêtu de blanc. Le blanc étant la couleur de la pureté, de l’incorruptibilité. Devenir candidat au pouvoir, c’est faire pattes blanches, se montrait sans vice. Le blanc en latin se disant candidus d’où le mot candidat en français.
  • Technicien : Candidat veut dire blanc?
  • Gull : Oui, être candidat aux présidentielles par exemple, c’est prouver sa pureté. Le blanc est très lié au pouvoir.
  • Gull en toge : Et pour cela que je suis candidat ! Car je suis pure !!!!!!
  • Technicien : Mouais, enfin je vois mal les hommes politiques vêtus de blanc aujourd’hui…

Musique de mariage, apparaît Valls tout de blanc vêtu.

  • Technicien : Ah ouais quand même !
  • Gull : Au XXe siècle, de nouvelles expressions se sont formées autour du port du vêtement, confirmant à nouveau le blanc comme symbole du pouvoir: col blanc, en référence à la chemise que porte les hommes dans le monde des affaires. À l’inverse, en référence au bleu de travail, les classes ouvrières furent nommées col bleu. Et tous ces accidents normatifs qui s’établissent au grès de l’histoire forment des stéréotypes qui déterminent notre regard présent.
  • Technicien : Mais je comprends pas, comment on peut être influencé par tout ça ? D’où ça vient? Je veux dire, pourquoi quand tu me montres des photos j’ai tendance à dire sans savoir pourquoi: tiens lui c’est un banquier, lui c’est un dirigeant, lui c’est un universitaire… Faut bien qu’on soit influencé de quelque part, non? Si on partage tous les mêmes préjugés, d’où viennent-ils?
  • Gull : Plus on voit quelqu’un d’apprêté d’une certaine façon, plus notre cerveau en conclura que ce costume est la norme pour tel type de personne. Nous construisons ces stéréotypes par habitude, par induction. La culture populaire accroît ces normes en diffusant des codes à échelle massive. La culture se nourrit de ces codes sociaux et nourrit à son tour les stéréotypes qui nous conditionnent.

Des extraits de films, de séries et de jeux vidéo défilent à l’écran. Gull est sur un canapé en train de zapper avec une télécommande.

  • Gull : Si on se base essentiellement sur les dernières décennies, on remarquera que le costume occupe une place très importante. Dès qu’il est question de pouvoir, il y a costume. Le costume noir en particulier est redondant (Reservoir Dog, Blues Brothers). Le costume enveloppe des mystères, des secrets, il se nourrit d’une aura issue de notre imaginaire collectif. Le business man n’est plus un simple employé, il incarne le guide, celui qui sait, celui qui est dans confidence (Men In Black, half life, Matrix). Il n’y a qu’un pas pour qu’il incarne parfois la peur viscérale (Sliderman). Si je te demandais par exemple de m’imaginer des hommes mystérieux qui dirigeraient secrètement le monde comme dans tes folles théories du complot, je suis persuadé que tu te les représenterais tous en costard noir. Pas marron, ni gris, ni blanc. Non! Noir!
  • Technicien : Gull, tu n’es pas à jour. Les comploteurs illuminati sont des extraterrestres reptiliens, ils ne portent pas de costumes! Tout le monde sait ça!
  • Gull : Grrrr… Le costume devient paradoxalement le vêtement d’action par excellence (extrait de James Bond), le chevalier intrépide a troqué son armure contre un costard.
  • Technicien : Ouais, alors attention hein! Ca c’est un Tuxedo monsieur je sais tout, faut être précis quand même!
  • Gull : Mille excuses. Ajoutons à tout cela un ingrédient essentiel. Le costume noir est symbole de pouvoir, mais d’un pouvoir anonyme. Le costard étant l’uniforme civil par excellence, il est un passe-partout. Ce n’est pas un hasard si des hacktivistes comme Anonymous ont choisi le costume noir comme l’un de leurs symboles, incarnant ainsi le pouvoir anonyme du peuple en réponse au pouvoir anonyme des cravatés. Et n’omettons pas l’indicateur socioculturel par excellence: la publicité, contributeur principal des stéréotypes en tout genre. Le costard devient le costume type de l’homme moderne.

Publicité: Escape.

  • Technicien : What the Fuck! Le type a tout plaqué, désirant une vie simple, libre de toute pression… Il voit une bagnole et hop, retour au taff!
  • Gull : Retour dans le moule, oui. Et cela se traduit par le port du costume, bien rasé comme il faut, les cheveux correctement coiffés…. Les paroles en disent long: il a choisi sa vie, il était libéré de toute contrainte, il vivait simplement selon ses choix. La voiture le rappelle à l’ordre. Le petit soldat ré-enfile son uniforme, le costard, perdant ainsi cette espace de liberté qu’il avait construit. Cette publicité est à mettre en parallèle avec certain film de guerre: le soldat a quitté l’uniforme, il mène une vie retirée, quand son commandant le rappelle sous le drapeau, l’incitant à remettre l’uniforme pour faire son Devoir. [extrait de Rambo]
  • Technicien : Ouais, mais là c’est pas le commandant qui vient le chercher. C’est une PUTAIN DE VOITURE!
  • Gull : La soumission prend bien des formes….

Retour sur la plage.

  • Gull : Les vêtements que nous portons nous enveloppent d’histoires, de récits plus ou moins valorisants. Quand l’imaginaire collectif est si fortement imprégné par la mythologie du costard sombre, il en devient le symbole même du pouvoir, de l’élégance, de l’autorité légitime. Ce n’est pas pour rien que certains agents de sécurité dans les magasins s’habillent d’un complet noir et blanc, cela renforce leur autorité.
  • Technicien : Ah ouais?
  • Gull : Regarde ces deux agents de sécurité (l’un est en uniforme classique rouge, l’autre en costard). Lequel te semble le plus impressionnant?
  • Technicien : Ouais, c’est sûr….
  • Gull : Toi, comme moi, comme n’importe qui, partageons les mêmes représentations qui nous conditionnent, et c’est ainsi que nous valorisons exagérément celui qui porte un tel accoutrement.
  • Technicien : Et donc, quand notre boulangère acquiesce à la demande agressive de l’homme en costume, c’est parce qu’elle est imprégnée de tous ces récits!
  • Gull : Oui, mais pas seulement. Il faut ajouter à cela les principes de distinctions et de violences symboliques élaborés par le sociologue Pierre Bourdieu. On se distingue en terme de goût, de jugement, de mode, en fonction de sa classe sociale, de sa profession, affirmant ainsi sa différence. Porter le costume est à la fois une forme d’appartenance, mais aussi une différence affirmée et assumée contre ceux et celles qui ne le portent pas, une façon de dire: « je ne suis pas du même monde ». Il y a violence symbolique du dominant sur le dominé qui s’exerce par une série de symboles tels que le vêtement porté, les accessoires. Un salarié en uniforme face à un homme en costume sera symboliquement dominé, écrasé par le poids des symboles, et il se pliera plus facilement à ses exigences. Comme notre boulangère. Et n’oublions pas que ceux qui portent le costume doivent aussi se distinguer entre eux. Il y a une hiérarchie qui s’affirme cette fois dans la qualité du costume, ou dans le port d’un accessoire qui fera office d’un ornement méritocratique.
  • Technicien : C’est à dire?
  • Gull : Rappelle-toi de Jacques Séguéla défendant Nicolas Sarkozy qui usait et abusait de cette violence symbolique. Quand le journaliste pointe du doigt le port ostentatoire de la Rolex de l’ancien président, Séguéla répond: « C’est une erreur journalistique. Comment peut-on reprocher à un président d’avoir une Rolex. Enfin… tout le monde a une Rolex. Si à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ! » On est souvent choqué par la dernière phrase, pourtant ce qui précède est tout aussi révélateur:  » Comment peut-on reprocher à un président d’avoir une Rolex. » L’homme de pouvoir doit légitimement porter des accessoires qui symbolisent le pouvoir, la Rolex étant réservée à l’élite, accessoire indispensable pour se distinguer des autres, s’élever au-dessus d’eux.
  • Technicien : Gull!
  • Gull : Oui?
  • Technicien : Je crois qu’on a raté notre vie….
  • Gull : [Rire], Diantre!
  • Technicien : Ouais enfin bon, pour en revenir sur le style des présidents ou aux hommes de pouvoir, on les voit de plus en plus sans cravate….
  • Gull : Evidemment! À partir du moment où le port du costume se démocratise, il faut pouvoir se distinguer par rapport aux autres. Prenons un exemple.

Photos de plusieurs personnes en costume cravate, avec l’un d’eux en chemise simple.

  • Gull : Qui semble le plus haut hiérarchiquement?
  • Technicien : Ben là c’est marrant, c’est celui en chemise.
  • Gull : Tout à fait, car il se distingue du groupe. Inversons!

Tout le monde est en chemise sauf un qui est en costard cravate intégral.

  • Gull : Et dans cet exemple?
  • Technicien : Ouais, le type en costard sort du lot, c’est certain.
  • Gull : Il y a d’ailleurs une anecdote intéressante à ce sujet. Lors du G8 de camp David, il avait été demandé aux participants de ne pas porter de cravate, afin d’afficher une apparence plus accessible, détendue (et notamment afin d’éviter le cliché des puissants en costume, ce qui peut accentuer une certaine défiance, toujours selon l’imaginaire collectif).
  • Technicien : Oui je me rappelle. François Hollande était arrivé avec la cravate.

[Extrait]

  • Gull : Obama lui demande de la retirer, car il est essentiel que les dirigeants se prêtent aux mêmes codes afin que personne ne sorte du lot et ne se distingue. Le principe même du G8 est de mettre chaque participant sur le même pied d’égalité, du moins en apparence.

[Retour sur la plage]

  • Technicien : Alors tu proposes quoi? Ça nous mène où tout ça?
  • Gull : Bonne question! Dans un premier temps, il faut avoir conscience que tous les détails comptent, que les vêtements que nous portons déterminent les rapports et les relations humaines, distinguent les individus entre eux selon des rangs, des normes, des goûts; allant jusqu’à exercer des violences symboliques légitimant absurdement des autorités de pacotilles. En avoir conscience, c’est déjà un début. Ensuite, à nous de briser ces codes! Évitons autant que possible de porter l’uniforme, qu’il soit dévalorisant ou valorisant. Construisons-nous un imaginaire collectif moins stéréotypé. Et pour les plus actifs d’entre nous, cassons les codes vestimentaires de manières ludiques.
  • Technicien : C’est à dire?
  • Gull : Prenons un exemple. En 2011, Improve every where s’est amusé à investir en groupe un grand magasin, en s’habillant comme les salariés, c’est-à-dire pantalon beige et chemise bleue. Ce faisant, ils ont réussi à mettre en évidence l’importance de la distinction dans les logiques de vente. Qui est vendeur? Qui est client? Qui est dominant? Qui est dominé? Qui joue un rôle? Tout est remis à plat. Ils ont fait là quelque chose de très simple, de tout à fait sympathique je dirais, et pourtant les responsables de ce magasin ont tout de suite appelé la police.
  • Technicien : La police? C’est pas un peu excessif! C’est pas comme s’ils portaient le logo et tout. Pourquoi les clients ne pourraient pas porter une chemise ou un t-shirt bleu et un pantalon beige?
  • Gull : Car ils cassent la fonction de l’uniforme, ils brisent les distinctions, un salarié dans ce type de magasin ne peut ressembler aux clients, et inversement.L’habille fait le moine : la culture jamming l’a bien compris dans ses usages et parfois sa critique et c’est au cœur même du hacking social. Jettes un œil aux travaux des Yes Men par exemple : un costard cravate, un air sérieux, et les voilà financier, journaliste, représentant d’une grande compagnie… Sans omettre leur génie bien entendu !
  • Technicien : J’adore ces types !

Retour sur la plage. Un homme pose sur la chaise de Gull une montre, avant de repartir.

  • Gull : Oh! Ils ont retrouvé une Rolex!
  • Technicien : Gull, tu es un monstre!
  • Gull : Peut-être, mais au moins j’ai réussi ma vie.
  • Technicien : Erk!
  • Gull : Il est tout à fait légitime que l’employeur souhaite de ses employés une tenue propre et décente, mais il est absurde que cela se traduise par l’uniformité des vêtements et l’impossibilité aux salariés de choisir en dehors des canons établis. Le vêtement est une seconde peau, une peau qui se donne au regard des autres et qui en dit long sur ce que nous sommes. Or, que ce soit le port d’un uniforme dévalorisant ou le port d’un costard, l’individu est déguisé, travesti, dépouillé de la liberté d’apparaître comme il le souhaite. Il est aliéné par les symboles du costume. Être bien dans sa peau commence par la possibilité de choisir sa tenue en dehors des codes stéréotypés. Il existe un évènement aux États unis, The Burning Man, un évènement annuel qui prônent la liberté totale. On remarquera que les participants découvrent ou redécouvrent la liberté de se vêtir comme le souhaitent, sans peur des préjugés, sans influences des stéréotypes, sans jugements… Les codes sociaux quant aux vêtements sont bien plus contraignants qu’on le pense. Nous avons certes fait des progrès si on jette un œil en arrière, mais il y a encore du chemin à parcourir, et les mentalités ne sont pas encore prêtes.

Changement de scène: Gull est en noir et blanc, au ralenti. Il y a en fond une musique épique. Durant le monologue il retire sa cravate et s’approche d’une falaise.

  • Gull : En attendant, il nous faut garder à l’esprit que nous sommes déterminés par des stéréotypes, que des détails insignifiants comme la tenue, les étoffes, les couleurs, accessoires et autres parures participent à conditionner nos rapports, apposent des distinctions de goûts, de genre, de classe… Nous croyons nous vêtir d’étoffe, mais en réalité nous nous vêtons exclusivement de symboles, ciment d’un inconscient collectif qui se renouvelle selon les mœurs. S’il ne nous ait pas possible de nous extraire de ces conditionnements, nous pouvons en revanche en avoir conscience, en tenir compte, être en capacité de prendre du recul. Et peut-être un jour aurons-nous le courage de porter un costume à notre taille, un costume selon nos propres codes, vecteur de nos propres symboles.

Musique s’arrête.

  • Technicien : Et devenir un hipster ? [dit en se retenant de rire] ou lady gaga ! [éclate de rire]
  • Gull : Ces looks sont en effet signe de la conscience de la prison vestimentaire. Mais la mode et la « contre mode » ne sont qu’une suite sans fin de prisons vestimentaires temporaires, elles n’ont que pour utilité de faire consommer toujours plus, donc d’aliéner à une autre rôle peu flatteur et vide : celui de « consommateur » [dit avec une grosse voix grave traînante]…
  • Technicien : Mouais ok,c’est encore une prison qui ressemble à la liberté, sauf que là c’est le portefeuille qui est exploité. Bref… Je t’ai coupé dans ton élan épique, vas-y reprends !

Grognement de Gull,  la musique revient.

  • Gull : Et peut-être un jour aurons-nous le courage de porter un costume à notre taille, un costume selon nos propres codes, vecteur de nos propres symboles.
  • Technicien: Mais toi, Gull, tes vêtements ils symbolisent quoi?
  • Gull : Des lambeaux de mon passé. Ce costume me rappelle d’où je suis parti, ce jour où j’ai décidé d’abandonner la cravate.

Gull lâche la cravate qui s’envole et tombe dans l’eau. La musique est épique.
Plan rapproché sur Gull qui regarde la mer au loin, en noir et blanc. Soudain, la musique s’arrête, tout redevient couleur, on entend les mouettes. Une femme (celle du début de l’expérience) accourt auprès de Gull et lui donne sa cravate mouillée avant de repartir.
Gull reste sans bouger, la cravate dégoulinante dans les mains.

Fin

[partie non présente dans la vidéo]

Musique dramatique d’Enrico Morricone (le professionnel). On voit à nouveau la publicité de la voiture, avec le chien qui reste seul et on entend Gull qui parle :

Max était ce qu’on nomme un « bon » chien : docile sans être envahissant, il demandait peu à son maître. Un peu d’amour, de partage et quelques menus repas. La nature faisait le reste, offrant aux deux êtres grandeur d’âme et sérénité.
C’était si beau, cette communion avec les éléments !

Mais Max avait perçu la menace bien avant son maître. Au-delà de la forêt, il avait entendu un grondement sourd, un de ces bruits que seul l’instinct animal peut comprendre comme danger.

L’aboiement était pourtant clair : attention, nous allons tout perdre, tout rompre !

Mais le maître n’avait rien saisi de la menace. Pire, le grondement sourd avait volé son âme, l’arrachant à cette symbiose avec les éléments.
Coupé les cheveux, ceinturé le corps ! La seule vision de la voiture avait travesti son âme, l’avait coupé de la vie elle-même. Le maître s’était corseté en un déguisement qui n’augurait rien de bon, il s’était vendu à un maître dont Max pressentait les exigences macabres : l’usage immodéré, répétitif et cauchemardesque d’Excel et Access, lui permettant d’obtenir la voiture tant jalousée. Mais une fois l’objet diabolique acquis, il lui en faudrait une autre. Et d’autres costumes. Et une rolex. Deux Rolex. Trois voitures. Encore un autre déguisement… Le cercle vicieux n’avait pas de limites.
C’en était fini.
Max était seul.
Max avait faim.
Plus jamais le maître ne reviendrait. Pas même pour une simple caresse…

 

 

You May Also Like

18 thoughts on “Horizon – La soumission au costume

  1. Deux plantages en moins de dix minutes, c’est décidé, je me mets aux pigeons voyageurs…

    Bonsoir à tout le monde,

    Tout d’abord, merci à Gull et à toute l’équipe, pour cet épisode ô combien intéressant.
    Puisque je suis de retour au pays de la wifi, je vais donc en profiter pour commenter – super! mon égo se lamentait de ne pouvoir écrire une ligne depuis Lundi…

    Sur l’expérience de Bouche-Man, il aurait été intéressant de brouiller les cartes. Je m’explique. Si j’en crois mon cerveau, un pompier se doit d’être jeune, un cadre se doit d’avoir la quarantaine (à minima), et les mendiants n’ont pas d’age défini (ils sont soit vieux, soit jeune). Donc, le temps de réaction aurait-il été le même, si c’était un pompier sexagénaire (ou plus) qui avait quémandé l’argent? Ou un cadre de vingt ans? Et si le deuxième compère avait été une femme habillée d’une blouse blanche estampillée « Servier For Ever »? J’entends par là une personne à la moralité douteuse…

    Idem pour la boulangerie. L’expérience serait sûrement valable si on prenait trois clients – tout à fait quelconques mais sensiblement identiques – mais habillés différemment. On pourrait choisir:
    – Le premier habillé à la mode actuelle, avec la barbe de trois jours,
    – Le second en jeans, baskets et T-shirt (moi, en quelque sorte),
    – Et le dernier façon star-système…

    Ahhhh! Les zapparences… Elles sont de plus en plus présentes dans nos sociétés.
    Réussirons-nous, un jour, à répondre à cette question hautement philosophique mais néanmoins primordiale:
    « Si la race humaine était aveugle, les apparences auraient-elles autant d’importance? »

    1. Bonjour Caligula !

      Si l’espèce humaine était aveugle, elle trouverait encore le moyen de juger selon le timbre de la voix ou tout simplement l’odeur…

      Il y a deux solutions contre la discrimination, contre les préjugés et la toute-puissance de l’apparence : soit on fait comme si tout cela n’existait pas, il n’y a pas de différence (devenir aveugle), on nie ; ou bien au contraire on essaye de voir les différences pour passer au-dessus en toute connaissance et éventuellement reconnaître celui ou celle qui abuse des apparences. Si on pouvait arrêter de coller des étiquettes sur les gens, se rendre indifférent à la différence, ce serait l’idéal… Sauf qu’on ne fonctionne pas comme ça. Les symboles du vêtement, de l’apparence, ses conations, le rang et le pouvoir qu’on donne, ne peuvent être dépassés qu’à partir de la prise de conscience et d’un certain effort. Je pense encore à Bourdieu : l’homme libre est celui qui sait que la liberté est illusoire, et la seule façon de surpasser les déterminants sociaux, c’est de les comprendre, de les connaître et les reconnaître. Bref, il faut identifier les influences symboliques. Si seulement on pouvait sensibiliser les jeunes à tout cela dès le collège, avec des cours de sociologie par exemple, ou en proposant la philosophie plus tôt (et quand je dis philosophie, je n’entends pas le programme indigeste qu’on propose aux pauvres terminales…).

      Pour brouiller les cartes quant à l’expérience Bushman, j’ignore si des variantes de ce type ont été testées. Pour le pompier, je pense que cela n’aurait rien changé, qu’il soit jeune ou vieux. Un pompier jeune, selon les stéréotypes, cela marchera sans problème, et si le pompier a la cinquantaine, je suppose que son autorité sera renforcée (il n’a plus seulement l’uniforme, il incarne aussi l’homme expérimenté). Un cadre de vingt ans par contre, là la donne peut changer effectivement. Un individu trop jeune dans le costume casse la symbolique. Tout ce que je viens de dire n’est que théorique, je ne m’appuie là sur aucune donnée, mais effectivement, pour le costume le temps de réaction serait sans doute différent, et les résultats définitifs aussi.

      La mode joue aussi. Mais en ce qui concerne la mode, tout dépendra du milieu, de la personne concernée… Contrairement au costume, quand on touche à la mode ou à des habitudes vestimentaires qui appartiennent à des groupes plus restreints, il faudra limiter les résultats à une population particulière. On ne pourra sans doute pas poser de conclusion aussi globale que les expériences sur le costume ou les uniformes.
      On m’a fait découvrir cette vidéo récemment : http://www.youtube.com/watch?v=SGPjUyVtTQw&list=UUAH60iFWfmlNKP2AkLeJ35A

      Ce n’est pas le premier à faire ce type d’expérience, mais une chose est sure, la solidarité sans discrimination en prend un sacré coup….

      Merci à toi Caligula, et maintenant que tu as une boulangerie, méfie-toi quand un homme en costume te réclame 8 centimes 😉

      1. L’expérience de la boulangerie me remémore une anecdote ayant eu lieu dans un restaurant du centre de la France et qui a le même nom qu’un coquillage marin (étonnant, surtout à 400 km de la première plage, et en plus le patron est un ancien garçon boucher…). Avec un collègue on était devenu des habitués de cet établissement, qui en général n’accueillait pas plus de deux ou trois clients par jour, et encore, c’était – pour la plupart – des voisins.

        Ce jour-là, pour oublier le chantier sur lequel on travaillait, on avait décidé de boire plus que de raison…beaucoup plus, même. Le patron lui-même nous a accompagné dans cette beuverie peuplée de Picon-bière et autres blancass. Vers 13h30 (à la fin du service), un cadre du genre commercial aux dents longues entra dans le resto pour savoir s’il pouvait encore manger à cette heure-ci. Il était l’archétype du requin économique; costard noir, chaussures vernies, 4×4 allemand et air plus que fier…bref, le Co…. de base. Le patron l’a regardé de haut en bas, avant de se tourner vers nous et de dire: « Y présente bien, le petit! Allez, pour 50€ je devrais vous trouver quelque chose à manger. » Devant l’air surpris du représentant, il a cru bon de rajouter: « Mais non, je plaisante! Pour vous se sera 75€! J’peux pas encadrer les cadres… » C’est la première fois que j’ai vu un cadre s’enfuir en courant…

        Pour la vidéo – » Apparences », si je me souviens bien – elle met le doigt sur la solidarité au sein d’un groupe. Il y a eu un exemple dramatique, avec l’agression de la jeune femme dans le métro de Lille. Dix témoins étaient présents, mais pas un n’a bougé. On peut mettre ça sur le compte de la peur de se prendre un coup, mais plus certainement, chaque personne présente s’est dit que c’est son voisin qui allait intervenir…Du coup, personne n’est intervenu. Et pire encore, il y a de grandes « chances » qu’ils n’aient aucuns remords, puisque pour eux c’est la faute du voisin qui n’a pas fait son boulot.

        C’est un fait, mais si vous devez prendre le métro, ou le RER ou autres, de nuit et que vous n’êtes pas tranquilles, il vaut mieux privilégier les rames les moins peuplées. En gros, si vous avez le choix entre un wagon avec une dizaine de personnes et un autre avec deux quidams, vous aurez plus de chance d’être secouru dans le deuxième wagon, car si l’une des deux personnes vous agresse, l’autre réagira puisqu’il n’y a que lui pour vous sauver – ceci dit, si les deux quidams vous en veulent, bonne chance!

        Cette non réaction face à la souffrance d’autrui a été analysée en profondeur, au USA, suite au meurtre de Kitty Genovese en 1964 à New-York. En est sortie la théorie de « L’effet du Témoin »; cet effet contre-intuitif s’explique par l’idée d’une diffusion de responsabilité qui se met en place parmi les personnes présentes et que la perception et la réaction des témoins sont ainsi affectées par la présence des autres (réelle ou non). Ceci est la définition made in wiki, mais je suis certain que les bibliothèques regorgent de littératures à ce sujet. En fait, la seule chose qui est capable de faire bouger un témoin, c’est son individualisme, sa perception du bien et du mal, et surtout sa volonté de pouvoir encore se regarder dans une glace…

        Pour en revenir à la mode, je ne suis pas tout à fait d’accord. Je vois la mode comme le costume universel.
        Certes, elle n’est pas à la portée de tous, mais elle marque un statut, une volonté de suivre le mouvement. Quand je parle d’universalisme, je ne sous-entends pas qu’elle est la même pour toute la population mondiale – elle est différentes suivant les blocs géopolitiques (quoique, de moins en moins), mais les canons de beauté sont sensiblement identiques – elle varie, mais elle est l’expression d’une élite au sein de la population. C’est un miroir aux alouettes – et surtout une publicité ambulante – qui donne une idée assez précise de la personne qui la revêt. Le plus intéressant est de voir les réactions des vendeur(euse)s face aux clientes fagotées façon Kate Moss. Si, en général, une post-ado se pointe dans une boulangerie en réclamant 8 cts tout en étant affublée de la panoplie complète de la parfaite décérébrée tendance (avec le sac à main coincé au niveau du coude), la patronne ne sera rien moins qu’exaspérée; mais si c’est une trentenaire qui réclame la ristourne cela passe un peu mieux. A noter que passé la cinquantaine, la cliente à la mode Kate Moss a tendance à provoquer l’hilarité.
        Je ne me base pas sur une étude, mais sur mes observations au quotidien.

        Et pour ce qui est des ristournes de 8 cts dans ma boulangerie, je tiens à rappeler que je suis auvergnat. Donc l’endimanché peut s’asseoir dessus…

        1. je connais bien le cas Kitty Genovese ; on l’étudie en fac de psycho, parce que cela a donné lieu de à de nombreuses expériences, expériences qui se concluent ainsi : plus y a de monde, moins on a de chance d’être aidé si on a un problème… La seule solution, c’est alors de cibler une personne et de lui demander son aide « vous le monsieur en rouge, aidez moi s’il vous plait ! » et généralement l’effet s’inverse, tout le monde se met à aider (cf Cialdini, dans « influence et manipulation »).
          Ce qui se passe avec les cas type kittty, c’est un effet de preuve sociale : « machin ne fait rien, c’est qu’il n’y a rien à faire » (donc que les secours ont peut être déjà été appelé) ; « tous ces gens dans la rue font comme si de rien n’était face à cet homme inerte sur le sol, c’est que ce n’est pas grave ». On colle automatiquement notre comportement sur celui des autres, donc pour le coup, c’est notre grégarité inconsciente le problème… Un homme seul réfléchira toujours mieux qu’un homme en groupe.

          1. « Un homme seul réfléchira toujours mieux qu’un homme en groupe. »

            Tu me rassures!
            Il y a donc un espoir pour les candidats des Anges de la Téléréalité…

  2. J’imagine qu’un montage où on demande un billet de 5 euros au lieu d’une ptite pièce n’est plus du domaine de la science… Belle vidéo cependant, et qui dit les choses c’est assez rare. Cela dit le gars dans la cabane ne quitte pas son nouveau confort pour une bagnole mercedes, mais parce qu’il a décidé de suivre son chien, effrayé certainement d’avoir perdu l’autorité sur son seul compagnon… Ou alors j’ai mal vu 😉

    1. Ouais…Moi je pensais plutôt que le chien en avait marre de vivre dans une cabane au fond des bois. Le confort ne touche pas que les humains.

      Sinon, une autre explication – un peu limite – voudrait que le gars soit zoophile…

      Bienvenu chez WordPress.

  3. Bonjour,

    Bon je commence à rentrer dans le blog de plus en plus. J’avais déjà vu toutes les vidéos d’horizon gull et j’avais envie d’en savoir plus sur ce blog, je ne regrette pas. Des heures de lectures s’annoncent!

    Et donc, j’ai testé la chemise bleue. J’avais l’habitude d’aller au travail dans une tenue simple : jean noir ou bleu, tshirt gris ou noir. Pas de marque apparente, éventuellement une légère excentricité dans les chaussures mais globalement neutre. Après avoir vu la vidéo, j’ai voulu tester cette fameuse chemise bleue (j’avais déjà fait des rapprochement sur les animateurs de conférences que j’avais pu voir mais j’ai voulu expérimenter les choses de moi même. Je me suis donc rendu dans un magasin dédié aux vêtements « classes décontractés » et j’ai acheté deux chemises : une bleue claire et une bleue satinée.

    Les réactions de mes collègues vont vous étonner! [clickbait]

    – Mon collègue de bureau m’a dit « Bonjour » au lieu de « Salut » habituellement.
    – J’ai eu le droit aux phrases clichés venant de mes collègues « proches » : « Bah alors qu’est ce qui t’arrive? », « Ça te va super bien! », etc. Mais globalement le ton était plutôt positif. (Certains se sont même lever pour me saluer alors qu’ils ne le font pas habituellement.)
    – On m’a confier un projet dans la matinée. Ce projet avait déjà été évoqué mais après analyse des risques était resté un peu en suspend. Le port de la chemise bleu a débloqué les choses.

    En conclusion, le port de la chemise a effectivement un impact sur l’entourage. Suite à l’expérience j’ai eu plusieurs choix. J’aurais pu retourner a mes habits neutres, pour ne pas participer à la société qui dicte le fait que porter une chemise bleu me rend plus important, plus digne de confiance. J’ai fait le choix, pour l’instant, de garder cette chemise. Je veux voir si elle va m’apporter d’autres choses dans d’autres domaines. Je veux voir si les gens continuent de garder confiance en moi(ce qu’ils semblent faire pour l’instant), si les contacts se font plus facilement. Je crois même, suite à cette experience, avoir gagné confiance en moi. Non pas parce que je porte une chemise, mais parce que j’ai vu que mes idées habituelles peuvent être prise en considération, si j’y met la forme. On dit que 20% de la communication se fait avec les mots, à quel pourcentage se situe l’habit?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*