Pourquoi nous ne commentons pas les présentes actualités ?

Jusqu’ici nous nous sommes peu exprimés sur les attentats de vendredi dernier qui, comme vous tous, nous ont particulièrement frappés. Nous recevons des messages, des mails, des commentaires, où l’on nous demande de rédiger un article ou de faire une vidéo sur les récents événements.

Nous ne le ferons pas, mais nous voulons en exprimer les motifs afin qu’il n’y ait pas de malentendus sur notre silence, silence qui n’en est pas un, car nous sommes particulièrement attentifs à ce qui se passe en ce moment tout autant dans les médias, par les réseaux sociaux, ou sur le pas de notre porte.

Ce présent site et la chaîne Horizon sont destinés à partager des outils et des pistes de réflexion afin que chacun, selon sa propre perspective et sa propre sensibilité, puisse s’épanouir dans sa pensée et dans son action au quotidien. Nous prônons avec modestie et douceur l’ouverture au monde, la complexité de l’humain dans toutes ses dimensions, et par là même nous luttons contre tout discours, attitude et activité qui consisterait à réduire et simplifier ces dimensions humaines. Nous inscrivons notre démarche dans la durée, non dans l’actualité, bien que nous aspirons à ce que ces outils que nous cherchons à partager puissent permettre à chacun d’appréhender lui-même les événements quotidiens ; nous inscrivons notre démarche dans la compréhension, jamais dans l’explication qui consisterait à identifier des causes (ce qui reviendrait à réduire et à simplifier des effets, effets eux-mêmes simplifiés), jamais dans un jugement moral.

L’être humain est un être qui cherche à donner et à créer du sens. En cette période, il est tout à fait légitime, et même salutaire, de chercher du sens à des événements qui nous en semblent dénués et qui échappent à notre compréhension. « Pourquoi ? » répétons-nous.
À ce « pourquoi cela s’est produit », certains préfèrent plutôt poser la question « comment », « comment en est-on arrivé là ? ». Certains cherchent alors du côté de l’individu, des ressorts de la psyché ; d’autres invoquent la géopolitique et les interventions de la France dans le monde ces dernières décennies ; d’autres invoquent les idéologies ; les processus de radicalisation ; ou encore des contextes socio-économiques, etc…. Chacun y va de son interprétation, et légitimement d’ailleurs, car encore une fois nous avons besoin de comprendre. En cherchant à comprendre, on essaye de saisir, en cherchant à saisir on essaye de retrouver un peu de pouvoir et de contrôle sur ce qui nous échappe. Là encore, c’est une réaction légitime.

Pour autant, à vouloir comprendre, à vouloir expliquer, on en arrive à cette croyance qu’il serait envisageable de pouvoir mettre le doigt sur une sorte d’infra-cause, cause qui nous permettrait de tout expliquer, cause qui nous permettrait ainsi, comme par magie, de démonter définitivement ce cercle vicieux de l’horreur. Mais ce faisant, nous nous risquons là une simplification de l’histoire, à la négation du singulier propre au monde humain ; nous oublions que comprendre, ce n’est pas expliquer, que les comportements humains ne sont pas des phénomènes physiques, qu’à vouloir tout interpréter, on en vient au délire. Soyons particulièrement vigilant, tous autant que nous sommes, à ne pas tomber dans un tel délire.

Et comme nous l’évoquions dans le syndrome du grand méchant monde, évertuons-nous, dès maintenant, surtout maintenant, à ne pas nier les autres événements, en France et dans le monde. Évitons l’info-centrisme (excusez le néologisme) où notre attention sur un sujet réduirait notre champ de vision.

S’il y a bien des questions à se poser, s’il y a bien réponses qu’il sera essentiel de donner à l’avenir par des actions concrètes, il faut d’abord effectuer un travail sur soi. Non, nous ne sommes pas des êtres froids qui du haut de leur montagne peuvent analyser ces présents événements en toute objectivité. Ne nions pas que nous sommes aussi des êtres d’émotion, respectons la manière dont chacun vit les présents événements. Certains ont besoin de comprendre, ils s’informent, ils se documentent, c’est légitime. Certains ont besoin de s’exprimer, d’autres ont besoin de prendre un peu de distance. Certains ont besoin d’exprimer leur solidarité en se liant via des symboles de toute sorte, là encore c’est légitime, et ce n’est pas parce qu’on voit des gens se conformer à ces mêmes symboles que cela est mauvais. Tout conformisme n’est pas mauvais. Nous sommes des êtres sociaux, et en cela on peut ressentir le besoin de matérialiser une solidarité par des symboles de toute sorte. La symbolique est un langage, et comme tout langage le symbole peut créer des passerelles et des prétextes à la réflexion, à l’échange, au débat. Mais aussi, comme dans tout langage, le symbole est parfois mutilé, certains essayant d’y associer des discours et des idéologies nauséabondes, tels que les nationalismes d’extrêmes droite ; cela ne signifie pas pour autant que tout porteur de ce symbole adhérerait aux discours de ces mutilateurs. Encore une fois, ne réduisons pas les singularités.
Il faut lutter contre les dérives, mais cela ne doit pas se muer en un refus et une réduction de la sensibilité de chacun.
Nous pensons que le péril après ces événements est d’abord un péril personnel avant d’être un péril collectif ou même politique, où il pourrait être tentant de se définir par opposition à l’autre, là où nous pensons qu’il n’y a définition que par l’action et la construction.

On nous a demandé dans les messages que nous avons reçus : et maintenant, que devons-nous faire ?
Nous n’avons pas la prétention de pouvoir répondre à une telle question. Mais avant même de poser la question du « faire », nous pensons qu’il est essentiel de s’interroger soi-même sur sa propre réception des présents événements. Avant de vouloir transformer le monde, adonnez-vous à vous transformer vous-même. Si vous voulez d’un monde meilleur, commencez par essayer (et sans pression, toujours dans l’ouverture et avec modestie, sans mauvaise prétention) à vous rendre meilleur par un travail constant sur soi (et par travail n’entendez pas l’effort du dur labeur, mais la douceur et l’apaisement, un souci de soi). Et soyez soucieux des autres, soucieux à ne jamais les écraser. Pour cela, éveillez votre curiosité, renoncez à cette quête d’une « cause » magique qui permettrait d’expliquer tous les maux de la société (et c’est là le terreau des extrêmes) ; ne cherchez pas à prendre les autres de haut, à vous imaginer comme « au-dessus de la masse », car à trop haïr les moutons on finit soi-même à se transformer en loup enragé ; ne réduisez pas le monde, ne renoncez pas au complexe.
Comprendre n’est pas juger, comprendre n’est pas simplifier, comprendre n’est ni adhérer ni justifier. Comprendre c’est avant tout se donner des repères, des repères mouvants mais solides, c’est se donner des clefs, des outils à l’action, et surtout c’est s’ouvrir à l’autre.

Quant à nous, nous continuerons, autant que possible, à échanger et partager ces outils.

Gull Hackso Écrit par :

Gardien de l’île d’Horizon, grand amateur de ricochet nocturne.

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9 Commentaires sur "Pourquoi nous ne commentons pas les présentes actualités ?"

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ThibSaiyen
Invité
Merci pour cette précision sur le fait qu’il n’y ai pas eu d’article sur les récentes actualités. J’étais aussi en attente de quelque chose et je comprend la démarche de ne pas en parler pour l’instant. Et puis effectivement, vous nous avez déjà donné des pistes pour changer la vision que l’on peut essayer de nous donner. De plus la complexité et de l’homme et des conséquences/raisons de ses événements rend difficile une analyse complète et des réponses concrètes. Je pense que comme dit dans cet article il convient de se documenter le plus possible (si on cherche des explications)… Lire la suite »
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[…] Pourquoi nous ne commentons pas les présentes actualités ? http://hacking-social.com/2015/11/20/pourquoi-nous-ne-commentons-pas-les-presentes-actualites/ […]

Necromak
Invité

Merci pour cet article.

AmaSan
Invité

Merci d’apaiser à votre niveau ce climat que je trouve assez malsain.
Bonne continuation pour la suite.

Eva
Invité
« […] Mais ce faisant, nous nous risquons là une simplification de l’histoire, à la négation du singulier propre au monde humain ; nous oublions que comprendre, ce n’est pas expliquer, que les comportements humains ne sont pas des phénomènes physiques, qu’à vouloir tout interpréter, on en vient au délire. Soyons particulièrement vigilant, tous autant que nous sommes, à ne pas tomber dans un tel délire. » => Je suis tout à fait d’accord. Beaucoup de personnes dans mon entourage ne cessent de vouloir trouver des raisons, des causes, des explications à ce type d’acte, et souvent pour tout faciliter en arrivent… Lire la suite »
Peuimporte
Invité

Merci.

Etienne
Invité

Superbe article, merci beaucoup.
Mon fils m’a fait découvrir vos vidéos et je suis venu lire votre blog.
Je m’abonne à l’instant et je vais vous lire avec grand intérêt.

Isabelle
Invité

Merci pour cette belle définition de ce qu’est comprendre.

Permalink Dispo 6 Jours
Invité
« Ne nions pas que nous sommes aussi des êtres d’émotion, respectons la manière dont chacun vit les présents événements. Certains ont besoin de comprendre, ils s’informent, ils se documentent, c’est légitime. Certains ont besoin de s’exprimer, d’autres ont besoin de prendre un peu de distance. Certains ont besoin d’exprimer leur solidarité en se liant via des symboles de toute sorte, là encore c’est légitime » C’est très bien dit, j’ai analysé un peu les commentaires youtube, il y avait de tout ça. J’ai suivie également cette semaine, l’émission 28minute d’Arte, qui ont donnaient une semaine spécialement pour l’occasion. Lundi: Comment la… Lire la suite »
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