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C’est l’encre qui doit couler, pas le sang

Ils ont tué Cabu ! Ils ont tué Cabu, le pacifiste, le généreux, le meilleur homme de la Terre autant que le meilleur dessinateur.

Ils ont tué Wolin, Charb, Tignous, Bernard Maris, et les autres ! Wolinski, le plus drôle, le sybarite tendre, celui qui aimait le plus la vie. Charb le père courage, Tignous le gentil teigneux, Bernard, le professeur d’éco que tout le monde aurait voulu avoir, le lettré plein de conviction et de culture. Ils ont failli tuer Philippe, notre ami. Philippe Lançon, brillant critique à Libération, journaliste et écrivain, qui en réchappe de justesse. Libération est touché au cœur. Charlie et sa bande, ce sont nos cousins. Avec leurs amis, leurs familles, nous pleurons.

Charlie, c’était le rire intelligent, le rire impitoyable, la dérision, le refus du tragique, l’ironie pleine d’espérance, Voltaire en vignettes, un coup de pied au cul des fanatiques. Contre les crayons, les fusains et les bulles, ils ont sorti les kalachnikovs. Quel aveu de faiblesse ! Quand on n’a pas d’arguments, on tire.

Alors ils ont tué Charlie ? Non. Ils ont raté leur coup. Charlie vivra, grâce à ses lecteurs, Charlie vivra en esprit, à travers nous tous. Nous sommes tous des Charlie. Libé avait accueilli Charlie il y a quelque temps, en raison d’un attentat, déjà, qui avait détruit leurs bureaux… Si nécessaire, nos locaux sont disponibles, naturellement.

Ils ont raté leur coup. En tuant nos amis, ils nous ont meurtris mais ils nous ont fortifés. Les dessinateurs de Charlie, depuis un demi-siècle, illustrent tous les jours la raison d’être de la presse : savoir et juger, débusquer les ridicules et les injustices, se hâter d’en rire pour ensuite les combattre, mesurer, en même temps, la vanité du monde. Ils étaient des symboles de la génération 68, dont on dit tant de mal, mais dont on oublie qu’elle a ferraillé sans cesse pour plus de liberté. Ils ont renversé tous les tabous, ridiculisé tous les dogmes, mis un bonnet d’âne à toutes les statues du commandeur, fait un bras d’honneur à tous les donneurs de leçon.

Né sous la Ve autoritaire, Charlie a servi de bréviaire aux enfants de Mai. Chaque semaine, c’est un sarcasme jeté à la tête des puissants, un pied de nez à l’esprit de sérieux, le tout au service d’une société différente, un peu meilleure, un peu plus fraternelle. Si nous vivons avec moins de préjugés, moins de censure, moins de corsets et de principes désuets, avec un peu plus d’autonomie, de libre arbitre, d’humour, c’est aussi grâce à ce gang de viveurs tonitruants et chaleureux, qui ont toujours préféré un bon mot à un renoncement et qui l’ont payé de leur vie. Au long de leur longue histoire, ils n’ont jamais dévié. Tous les autoritaires, les solennels, les répressifs, les obscurantistes, les pisse-froid et les importants de France ont eu à se plaindre de Charlie. Les voilà vengés… Charlie fut jadis censuré par le gaullisme, scandale oublié. Charlie est poignardé par l’islamisme. On a changé d’époque.

Est-ce un hasard ? Les terroristes ne se sont pas attaqués aux «islamophobes», aux ennemis des musulmans, à ceux qui ne cessent de crier au loup islamiste. Ils ont visé Charlie. C’est-à-dire la tolérance, le refus du fanatisme, le défi au dogmatisme. Ils ont visé cette gauche ouverte, tolérante, laïque, trop gentille sans doute, «droit-de-l’hommiste», pacifique, indignée par le monde mais qui préfère s’en moquer plutôt que d’infliger son catéchisme. Cette gauche dont se moquent tant Houellebecq, Finkielkraut et tous les identitaires… Les fanatiques ne défendent pas la religion, qui peut être accueillante, ils ne défendent pas les musulmans, qui sont révoltés dans leur immense majorité par ces meurtres abjects. Ils attaquent la liberté.

Ainsi la voie est toute tracée. Pour se défendre, la liberté respectera son propre principe : poursuivre sans relâche les criminels, les arrêter et les traduire devant les tribunaux réguliers, où ils recevront la punition méritée, ni plus, ni moins ; réunir dans une juste mobilisation tous les républicains, qui désigneront sans ambages l’adversaire, le terrorisme et non l’islam, le fanatisme et non la foi, l’extrémisme et non leurs compatriotes musulmans, qui sont les premières victimes de l’intégrisme et qui sont solidaires dans l’épreuve.

Quant à nous, journalistes, amis des journalistes assassinés, nous continuerons. Avec un peu moins de cœur à l’ouvrage, sans doute, pour quelque temps, mais avec une résolution plus forte. Nous savons que cette profession est parfois dangereuse. C’était jusqu’à présent le lot des reporters qui partent nous informer sur les pays en guerre. Il en meurt des dizaines chaque année. Maintenant on veut porter la guerre jusque dans nos salles de rédaction. Nous ne ferons pas la guerre. Nous ne sommes pas des soldats. Mais nous défendrons notre savoir-faire et notre vocation : aider le lecteur à se sentir citoyen. Ce n’est pas grand-chose mais c’est quelque chose. Avec une certitude mieux ancrée : maintenant, nous savons pourquoi nous faisons ce métier. » SOURCE : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/07/charlie-vivra_1175771

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Rassemblement à Paris, 35 000 personnes en hommage aux victimes ; avec un message qui nous parle depuis longtemps…

[note : même si dans l’équipe, Libération ou Laurent Joffrin ne sont pas forcément représentatif de nos opinions/nos pensées, cet édito nous a touché et nous voulions le partager afin de marquer l’événement. Même si on ne fait généralement pas dans l’actu ici, nous sommes tous Charlie]

Si vous souhaitez nous soutenir, c’est par ici :

tipeee hacking social

Gull Hackso Écrit par :

Gardien de l'île d'Horizon, grand amateur de ricochet nocturne.

19 Comments

  1. 9 janvier 2015
    Reply

    Je suis surpris que vous publiiez ceci sur votre blog. L’émotion sans doute, mais une belle bavure journalistique que pourtant vous dénoncez dans certains articles précédents.
    La seule chose que je puisse affirmer sur ce triste événement qui puait la manipulation de masse dés le début de sa médiatisation, est que je me fiche totalement de charlie hebdo. Au regret de vous dire que je ne suis et serai jamais charlie. Merci de ne pas décider pour les autres :).
    Quand à entrer dans ce jeu  » vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué » comme vous le faites, vous qui faisiez preuve d’esprit critique et de capacité d’analyse, j’en suis tourneboulé !
    Vous auriez du rédiger un bon petit texte à vous, quitte à apprendre à faire court (^^)

    • 9 janvier 2015
      Reply

      On a publié parce qu’on ne pouvait pas ne pas marquer le coup. On ne pouvait pas publier un article comme on le fait d’habitude. Par respect pour tout le monde, par respect aussi pour ce que l’on pense, par respect pour notre vécu. Quels que soient les tenants, les aboutissants, les interprétations de cette affaire… On défend la liberté d’expression, donc détruire tout une équipe – qu’on cautionne ou non son travail – et un problème qui nous touche.
      Avant ce présent blog, nous étions dans une équipe de rédaction (Vox). On a reçu, surtout au début d’énormes pressions pour arrêter, le travail de plusieurs personnes a tenté d’être détruit. On a pu mesurer concrètement, au jour le jour, la difficulté de cette question de liberté d’expression. C’était extrêmement dur pour nous comme pour ceux qui étaient engagés aux côtés de Vox. Donc, il est absolument cohérent, pour nous, d’être touché par ces questions : ne pas l’être reviendrait à être totalement inconsistant et avoir oublié notre passé. Il fallait qu’à cette date, le blog soit marqué, comme nous l’avons « marqué » à d’autres dates.
      Nous ne sommes pas un site d’actu, d’opinion, d’interprétation de news etc. ; si on a repris cet édito de libé, c’est principalement parce qu’il fait écho à notre « droit-de-l’hommisme », notre « bisounours attitude », qu’on a déjà bien abordé ( https://hackingsocialblog.wordpress.com/2014/01/15/qui-veut-la-peau-des-bisounours/ ) et qu’il condamne le brutalisme comme nous le condamnons dans l’article en lien.

      -« Au regret de vous dire que je ne suis et serai jamais charlie. Merci de ne pas décider pour les autres :). »
      Je ne pense pas qu’on ait incité qui que ce soit à « être charlie », le « nous sommes tous Charlie » que nous avons mis à la fin, c’était le « nous » de l’équipe du blog/des vidéos. Je ne me permettrais jamais d’accoler des opinions aux lecteurs et visiteurs du site comme ça, sur un coup de tête.

      – « Vous auriez du rédiger un bon petit texte à vous, quitte à apprendre à faire court (^^) »
      😀 Comme je disais, on n’est pas un site d’actu, je ne me sens pas apte à bien parler de ces questions, surtout « sur le coup ». Si je devais en parler avec mes mots, j’attendrais environ 6 mois après l’affaire et je le ferais certainement en parlant du dessin engagé en général, par exemple. Parce que cela me semble, plus pragmatique, plus accessible au citoyen pour changer les choses dans son monde, plus à propos en terme de hacking social ; mais c’est un point de vue très personnel, il n’est pas meilleur ou pire qu’un autre, c’est juste ma ligne éthico-éditoriale en fonction de mes compétences et mes idées. Et faire court est un défi au dessus de mes forces, pour l’instant, comme en témoigne ce trop long commentaire.

      • 9 janvier 2015
        Reply

        Limite 🙂
        je parle de la longueur du texte.
        Merci de cet ajustement, un peu pompeux mais ajustement, avec sa cohorte de justifications comme il faut.
        Vraiment, il serait bon de sortir de cette emphase, de ce dictionnarisme, afin d’atteindre ou de côtoyer la percussion, celle qui va droit au cerveau et qui meut .
        Cet article ne captivera pas les foules, seuls rigoleront ceux qui voient le hackeur hacké.
        j’arrête les claques et je passe aux choses sérieuses.
        Qu’est ce qu’on va faire maintenant que cette nouvelle valeur monte en flèche, le cadavre ? Ouvrir sa gueule revient à boire des bières avec Borniol, fermer sa gueule n’est pas humain. Dans les deux cas c’est la misère à tous les coups !
        L’homme est une merde, qu’il soit petit ou grand, riche ou pauvre, mâle ou lesbienne. Pourtant il continue sottement d’espérer une vie meilleure, quel qu’il soit.
        Et nous allons ensemble, psalmodiant des cantiques, vers un enfer providentiel. MedefMan, je prends la moitié, tu n’ as pas le choix !
        réflexion faite je te laisse 3 % . De toutes façons tout ce pognon qui miroite n’aura bientôt plus cours, la force pure devient notre monnaie.
        (Si un lecteur est intéressé, j’ai 240 palettes de boîtes d’épinards, faire offre)

        Je sais que c’est pas facile, mais on ne peut plus procrastiner. Il faut absolument trouver nos points communs et les mettre en valeur, pour notre avenir à tous.
        Cherchons du côté des choses simples. Evitons les excès. Nous ne sommes pas une technologie nous sommes des animaux.

  2. caligula63
    9 janvier 2015
    Reply

    Encore une fois, je suis d’accord avec Grumeau.
    Dur! 🙂
    Si ça continue, il va falloir que l’on se pacse… Ah ben non! Suis-je bête! On peut se marier, maintenant! Pas certain que sa pie apprécie mon chat…

    Bref, sans vouloir entrer dans des détails politico-obscurs et sans vouloir à tout prix savoir qui à fait quoi, ni pourquoi; je me pose simplement cette question: Où commence la liberté de la presse et où fini l’humanisme?

    Je compatis avec les familles des victimes, bien entendu; c’est un acte ignoble – comme tous les assassinats, viol, etc – mais à vouloir chercher la merde, on fini toujours par la trouver (proverbe auvergnat). C’est un peu facile de taper toujours sur les mêmes, d’un autre côté il est interdit de se moquer des juifs, et la communauté chrétienne peut être aussi dégénérée que les ahuris qui ont causé ce massacre; donc, va pour l’Islam! Lors de la sortie des caricatures sur l’Islam, une partie des USA a applaudi; mais auraient-ils fait de même si les dessins se moquaient de Washington et de son peuple? Pas certain…

    Peut-on vraiment croire que quelques dessins vont changer les choses? Peut-on décemment insulter un quart de la planète à cause d’une poignée d’extrémistes? Peut-on croire que l’on est intouchable parce que l’on est connu? Peut-on parler de liberté de la presse quand celle-ci est subventionnée par l’État? Certes officiellement c’est uniquement pour porter les valeurs nationales et défendre la liberté d’expression – concernant le Journal de Mickey, j’ai des doutes – mais si ces subventions venaient à être supprimées… plus de journal! Ah zut! On ne pourrait plus lire les articles du Monde consacrés aux courageux-rebelles-qui-se-battent-en-Syrie-contre-le-méchant-Bashar-al-Assad-et-ce-sous-les-bombes-remplies-de-gaz-sarin-et-qu’ils-n’ont-pour-se-protéger-que-des-masques-à-gaz; surtout qu’il est impossible de porter lesdits masques avec une barbe à la ZZ Top..Bref, si certains journaux sont utiles (au moins pour le tiercé et les résultats du loto) le reste n’est que de la propagande de bas étages…
    http://www.contrepoints.org/2013/12/24/151104-le-montant-des-aides-a-la-presse-revele

    Certes, je ne mets pas toutes les parutions dans le même sac, mais peut-on vraiment encore parler de liberté de la presse, de liberté d’expression? On est pas encore en Corée du Nord, ni en Chine, encore moins en Turquie (marrant! Parmi les premiers à condamner la tuerie à Paris, il y a eu Ankara; un comble lorsque l’on sait que Erdogan a fait emprisonner des journalistes le mois dernier…), mais une information biaisée est-elle plus enviable qu’une absence d’information?

    Et surtout, peut-on vraiment rire de tout? En privé certainement, mais à grande échelle?

    • 10 janvier 2015
      Reply

      Surtout, surtout surtout qu’il ne s’agit point d’une bête affaire de liberté de la presse ! c’est beaucoup plus grave que ça, c’est la liberté de chacun qui est gravement menacée, chacun d’entre nous devrait ressentir, en plus de la tristesse comme le souligne Annrandar, la présence du glaive au dessus de sa tête.
      Au lieu de manifester comme des veaux et de placarder ces affichettes stupides et inutiles (vilains pollueurs) un peu partout, la vraie réaction humaine eut été de plaquer boulot, affaires politiques et commerciales, pour entamer une vraie résistance à ce fléau sociétal qu’est la manipulation . Une bonne diète de quelques jours n’a jamais tué personne et se reposer chez soi ou se divertir/discuter avec ses enfants ou ses amis ne serait que profitable.
      Mais rien de tout cela, rien ne se passe, ou quasiment.
      Et puisque l’équipe de Hacking Social s’est hélas endormie,
      je vous pose cet édito d’entrefilet, qui résume la pensée de pas mal d’internautes et de blogueurs, à mon humble avis
      http://www.entrefilets.com/les%20amis%20des%20amis%20de%20la%20Syrie%20chez%20Charlie.html

    • Georges Abitboll
      11 janvier 2015
      Reply

      Bonjour,

      je me permet de relever ce que je considère comme des énormités dans votre discours. (sauf le dernier point, c’est pas une énormité juste une question, je vous donne juste mon point de vue)

      1e) « à vouloir chercher la merde, on fini toujours par la trouver »: un peu comme les victimes de viols, elle l’ont bien cherché nan ? Bien sur que non, ce petit parallèle horrible est juste la pour rappeler que l’injustifiable est injustifiable: on ne répond pas aux insultes par l’assassinat; ils ne l’ont pas « bien cherché ».

      2e) »C’est un peu facile de taper toujours sur les mêmes, d’un autre côté il est interdit de se moquer des juifs, et la communauté chrétienne peut être aussi dégénérée que les ahuris qui ont causé ce massacre; donc, va pour l’Islam! » Les caricatures en général, et de Charlie Habdo en particulier, n’épargnent personne. Il n’y a pas de stigmatisation des musulmans (seulement stigmatisatio,n et à juste titre, des intégristes musulmans). On peux trouver une caricature insultante, mais, plutôt que de sortir la hache de guerre, pourquoi ne pas demander des explications au caricaturiste ? Et si l’insulte demeure pourquoi ne pas aller vers des tribunaux compétent ?

      j’ajouterai à cela que des insultes, Mahomet en a bouffé des quantités pendant sa vie. Il n’y a jamais accordé la moindre attention. De plus, quelle arrogance pour n’importe quel croyant, de vouloir défendre son prophète ou son Dieu. Par définition, ils sont bien supérieur au croyant moyen et à même de se défendre seuls. Ols n’ont pas besoin de sa protection, et s’ils(Dieu et/ou prophète) n’ont pas « puni » Charlie hebdo c’est tout simplement car la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe. Se placer en défenseur du prophète c’est quelque part se croire au dessus de lui. Quel genre de croyant s’estime au dessus de son dieu ?

      3e) « Peut-on vraiment croire que quelques dessins vont changer les choses? »
      Les auteurs de Charlie Hebdo n’ont jamais voulu changer le monde, seulement faire rire, en tapant sur les points sensibles. Ils nous livraient un constat désabusé sur le monde, ni plus ni moins.

      4e) »Peut-on croire que l’on est intouchable parce que l’on est connu? »
      Non. C’est pourquoi ils acceptaient la protection policière. Policiers qui l’ont d’ailleurs payé de leur vie. L’avaient-ils « mérité » eux-aussi ?!

      5e) « Et surtout, peut-on vraiment rire de tout? En privé certainement, mais à grande échelle? »
      Si l’on ne peux pas rire de tout, car cela risque de froisser de petits égo et susceptibilités, alors on ne peux plus rire de rien. Si l’on commence à interdire certaines blagues de mauvais goût, ou va-t-on placer le curseur des interdictions ? Petit à petit on ne pourra plus rire de rien. L’on vivra alors dans un monde de censure et d’interdit, ou les blagues et les opinions seront exprimés en cachette, dans la peur que le voisins nous dénonce. Quel monde de merde ce serait alors.

      • caligula63
        11 janvier 2015
        Reply

        Bonsoir!

        Je vais moi zaussi reprendre vos points un par un.

        1- Chercher la merde… Lorsque les danois ont lancé cette mode de caricaturer Mahomet, tout le monde à vu ce que cela donnait au niveau des reproches. Mais Charlie Hebdo a suivi, pour quelle raison? Aucune idée, peut-être par solidarité, par manque d’idées, ou en ayant vu le nombre d’exemplaires vendus. Ils savaient ce qu’ils faisaient, depuis Salman Rushdie tout le monde connait les risques; et pourtant ils l’ont fait… On peut croire que c’est pour l’amour de l’humour, pour défendre les libertés, etc etc; mais le fait est là, ils l’ont fait, en toute connaissance de cause. De la à dire que c’est bien fait pour leur gueule, je n’irai pas jusque là, mais lorsque l’on tente de libérer quelqu’un de flammes (où la liberté d’expression au sens large), il ne faut pas s’étonner de se brûler… Statistiquement, il y avait un risque sur plusieurs million que deux dégénérés décident de les supprimer, c’est finalement arrivé, c’est dommage, mais on ne peut pas revenir en arrière (heureusement pour certaines choses, d’ailleurs).

        2- Les deux « intégristes » qui ont commis le forfait étaient wahabbites. Si vous ne connaissez pas le wahabbisme, pour résumer il est à l’Islam ce que Raël est au christianisme… Tout à fait à l’opposé. Le wahabbisme est un mouvement sectaire et radical de l’Islam, ils sont contre les représentations du prophète, de Dieu, allant même jusqu’à raser des tombeaux et des mosquées. Mais peut-on condamner l’ensemble de l’Islam, à cause d’une poignée d’intégristes? Non? Et pourtant…

        3- Cf le premier paragraphe.

        4- Là on touche de près à ma pensée profonde. « Je suis Charlie »… Mais il a fallu attendre deux jours avant de lire « Je suis policier », « Je suis un quidam qui n’avais rien demandé à personne et qui venais juste faire mes courses au supermarché du coin », etc…
        Je suis Charlie me hérisse. Je ne suis pas Charlie, je ne me reconnais pas en Charlie Hebdo. Par contre, je suis humain. Un slogan du genre « Je ne suis pas un Canard » aurait peut-être été plus dans l’ordre des choses…

        5- « Si l’on commence à interdire certaines blagues de mauvais goût, ou va-t-on placer le curseur des interdictions ? Petit à petit on ne pourra plus rire de rien. L’on vivra alors dans un monde de censure et d’interdit, ou les blagues et les opinions seront exprimés en cachette, dans la peur que le voisins nous dénonce. Quel monde de merde ce serait alors. »
        Bienvenue dans le monde réel…

  3. Annrandar
    10 janvier 2015
    Reply

    Simplement une question : peut-on être juste triste de voir 17 vies humaines détruites par la violence ici?

    • 10 janvier 2015
      Reply

      Merci annrandar, ta question résume bien notre posture. Les autres questions, les analyses, la prose et les figures de style viendront plus tard. Ou pas. Oui on a le droit de se permettre d’être juste triste. Et ça n’empêche pas de garder un œil vigilant.

      Là, une de mes plus grandes craintes quant à la suite de cette affaire est l’installation d’INDECT à l’échelle européenne :

      [youtube https://www.youtube.com/watch?v=8OQba_yyi8I&w=560&h=315%5D

  4. Gull
    10 janvier 2015
    Reply

    Nous sommes tristes, en effet. Pourquoi faudrait-il argumenter? 17 personnes tuées, des journalistes tués, que voulez-vous qu’on dise de plus. Pourquoi devrait-on se lancer dans un faux débat stérile?
    Parce qu’il est difficile de trouver les mots, parce que par moment on veut juste être solidaire, parce que par moment on veut mettre de côté ce qui nous sépare, qu’on préfère partager une expression commune, un symbole qui lie le divers…. Ce symbole a pris depuis mercredi les lettres suivantes: « je suis Charlie ». On n’est pas obligé de le dire, on n’est pas obligé d’aimer le journal, encore moins d’aimer les médias en général, on n’est pas obligé d’être d’accord avec les caricatures de Charlie Hebdo, on n’est pas obligé d’être d’accord avec son voisin sur la vision du monde, sur son interprétation des faits, pourtant on est parfois capable de se réunir autour d’un symbole, chacun y inscrivant le sens qui lui tient à cœur: « je suis Charlie ». Ça ne veut pas dire « j’aime Charlie Hebdo », ça veut juste dire: nous partageons cette tristesse.
    Notre équipe l’a écrit dans cet article, moi-même je le dis à titre personnel « je suis Charlie ». J’ai juste envie de le dire, j’ai juste envie de le signifier, que tout cela m’a touché, non par adhésion, non par idéologie ou quoique ce soit de ce genre, mais par compassion. Je ne vois pas où est le problème, je ne vois pas en quoi on parle de manipulation de masse, ou en ce cas tout mouvement spontané et populaire relèverait de la manipulation de masse, et à ce stade c’est de la pure parano. A ceux qui prétendent que Charlie Hebdo était anti musulman, vous devriez en prendre de la graine de ces musulmans, un peu partout, qui devaient sans doute peu apprécié les caricatures du prophète, mais qui dissent pourtant « je suis Charlie ». Avec Charlie Hebdo, toutes les religions en prenaient pour leur grade, de même pour les politiques de tout bord… Les dessinateurs combattaient toute forme de racisme, de discrimination. On peut, bien entendu, leur reprocher des maladresses, critiquer leur travail dans la forme. Mais dans le fond, non, on ne peut pas dire qu’ils étaient anti musulman. Je constate, de mes diverses lectures en ce moment sur Internet, sur les réseaux sociaux, notamment à partir du dernier lien de Grumeau, que le « je ne suis pas Charlie » est davantage un cri de ralliement instrumentalisé par les partisans de la quenelle, Soral et compagnie. Je crois que ce ça veut tout dire.
    Et si vous trouvez que nos sentiments, notre position vis à vis de cette tragédie est incohérente avec ce que vous pensiez que nous étions ou que nous pensions nous-mêmes, alors sans doute jusqu’ici vous nous avez mal compris, et nous en sommes désolé.

    • Annrandar
      10 janvier 2015
      Reply

      Tout est dit et je partage votre sentiment. Je suis d’accord sur Gull et Viciss sur beaucoup de points mais je comprends tout à fait que l’on dise « Je ne suis pas Charlie ». Je ne veux imposer personne d’être. Vous avez le droit de ne pas adhérer à ce mouvement parce qu’il y a des gens que vous ne supportez pas qui le disent ou que vous n’avez pas envie de pleurer des gens que vous détestez. Mais personnellement, je le soutiens. Car, si Gull a donné son avis sur « Je ne suis pas Charlie », on pourrait juste identifier « Je suis Charlie » comme un cri de ralliement pour tous les humains, afin de montrer que, malgré nos différences de pensées, nous pouvons nous unir, bien que cela soit dans la tristesse. Je préfère que cette tristesse, bien que légitime, s’efface progressivement de nos esprits, afin que nous puissions à nouveau réfléchir, voir commencer à réfléchir pour certains, même si un évènement pareil ne devrait pas amorcer la pensée d’un individu. Et hélas pour nous, il nous faut vite nous remettre, face à des mesures liberticides qui sont déjà envisagées (voir ce lien de la quadrature du net : https://www.laquadrature.net/fr/charliehebdo-non-a-linstrumentalisation-securitaire ).
      Alors oui, on a le droit de ne pas être Charlie, je le comprends. Mais alors accordez nous le droit de l’être. Car au delà d’une possible instrumentalisation de l’opinion publique, il y a des sentiments véritables et sincères qui veulent s’exprimer mais qui ne doivent pas, bien sûr, déterminer notre pensée.

      • 10 janvier 2015
        Reply

        Ha mais oui aucun souci, soyez Charlie. Personne à ma connaissance ne vous demande le contraire. Je trouve simplement ce slogan bidon. Je pense qu’il est dommage de marquer ce vendredi passé alors que d’autres jours ont été certainement plus tristes. Personnellement j’utilise le mot horribles, à chacun sa sensibilité.
        Quant au déni de manipulation, mieux vaut ne pas s’attarder. Et l’image qu’il te reste, Gull, de Charlie Hebdo, me semble incomplète. Tu n’as pas du lire beaucoup de numéros 🙂
        Le reproche que je formule c’est un manque de réactivité . Impossible de pondre un article là dessus en quelques heures, je comprends bien; mais tout de même, rebloguer ce genre de stupidité après tous les cours magistraux que vous avez sortis, c’est pas croyable.

  5. 12 janvier 2015
    Reply

    Il faut reconnaître que le titre est bon : l’encre coule.
    On se démarque dans un débat pas si stérile que ça en fait, et c’est positif.
    Nous avons pu extraire chacun à notre façon un noeud d’angoisse, tenté de convertir ou protéger, ce qui revient au même.
    Nous avons exprimé le refus de ce que nos sens perçoivent, avec complémentarité.
    Nous serons récompensés et irons encore plus loin maintenant dans ce dialogue, ce partage, grâce à ce monde fou, fou et toujours plus fou.
    Et puis… l’heure viendra, trop vite (snif-snif) de remettre le modem dans son carton. Ou de coller un carré de moquette sur le clavier. Ou d’aller en prison.

  6. macno
    24 janvier 2015
    Reply

    De toute évidence.
    Nous sommes TOUS Charlie car cette tragédie n’a strictement rien à voir avec Charlie.
    De toute évidence il s’agit là d’un Hacking infernal à l’échelle de la Planète qui a débuté un certain 11 septembre 2001 mensonger.
    De toute évidence depuis ce temps là, le Monde disjoncte de peur.
    LE POUVOIR DES CAUCHEMARS http://www.dailymotion.com/video/xcn73w_le-pouvoir-des-cauchemars-11-septem_news
    De toute évidence, une certaine nation, depuis plus de 70 ans, se moissonne un Empire en labourant le globe pour y cultiver le chaos.
    De toute évidence, un hebdo au bord de la faillite, à l’audience confidentielle, était la préoccupation première d’un Monde Musulman pour le moins assez occupé en ce moment.
    De toute évidence, il fallait vraiment de tels assassinats pour peaufiner l’image d’un islam déjà perverti qui en avait… »bien besoin ».
    De toute évidence, par contre côté chaos, ce fut parfait.
    De toute évidence, même chez un assassin si professionnel qu’il soit, subsiste une certaine dose « bien sympathique » d’amateurisme dans le fait de laisser traîner un peu n’importe où ses papiers d’identité…comme vous et moi.
    De toute évidence, un jeu de piste monstrueusement guignolesque allait crescendo embrumer les esprits.
    De toute évidence, il faut féliciter les forces de l’ordre pour leur rapidité… « d’exécution ».
    De toute évidence il est bien connu que le silence est d’or.
    De toute évidence, il ne sera pas perdu de temps en palabres d’inutiles plaideurs.
    ….Et d’ailleurs pour apprendre quoi?
    Pour apprendre ceci ?
    Les mass-médias sont-ils les seuls terroristes?
    http://www.dedefensa.org/article-les_mass_media_sont-ils_les_seuls_terroristes__24_01_2015.html
    Et si on désire quelques « détails », en voici:
    Terrorisme – États-Unis | Terrorisme : mort d’Anwar al-Awlaki, « l’imam américain » | http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2648p052.xml0/
    De toute évidence il les fallait bien ces millions de Charlie, même s’ils ne savaient pas trop bien pourquoi ils étaient là.

  7. 22 février 2015
    Reply

    Je me demande bien où vous coupez les ficelles avec ce genre d’article… dommage.

  8. deepnofin
    28 mars 2015
    Reply

    Merci à macno pour son commentaire qui résume bien ce que je pense de cette affaire.
    Et merci au 9/11 d’avoir ouvert les yeux à tant de personnes dans le monde ( dont moi ) qui ont compris qu’on vivait décidément pas dans un monde de bisounours.
    Vive la Stratégie du Choc 😀

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