Tester votre flow avec un bot !

À la rentrée 2018, je vous avais laissé un dossier sur le flow, le flow étant un état de concentration optimale, extrêmement plaisant, qui révèle des sens à nos vies : cette activité où j’ai ressenti du flow, c’est ma voie, c’est ce que je veux faire toute ma vie. C’est souvent le signal de passions si intenses qu’elles deviendront des supports de notre vie à tout niveau, générant bonheur, épanouissement, connexion importante au monde, créativité… Le flow est un phare qui nous indique des voies signifiantes pour nous et notre relation à la vie.

Photo d’entête par langfordw

Un résumé du flow :

Dans cette partie les caractéristiques sont plus détaillées et des exemples sont donnés : https://www.hacking-social.com/2018/09/10/fl2-aux-sources-du-flow-les-creatifs/

À la fin de ce dossier, j’avais proposé plusieurs tests inspirés des outils de recherche pour calculer son flow. Il s’agissait d’analyser en détail les situations quotidiennes afin de voir ce qu’il y avait de modifiable, de transformable pour aller davantage vers des situations qui ont du sens, donc qui génèrent plus de flow.

C’était relativement compliqué en version « papier/crayon », parce qu’on devait tout gérer : se poser soi-même les questions, y répondre, et si possible de façon aléatoire dans la journée, et ensuite tout entrer dans un tableur et calculer.

Et, à ma plus grande joie, ce problème est amplement résolu grâce à Harry qui a codé un Bot reprenant le test !!! :

J’ai donc accueilli Alfred le bot sur mon téléphone afin de le tester, et c’est super, c’est amplement plus facile ; il se met pour l’instant sur messenger (mais le code est à disponibilité, avis aux codeurs 😉 ), et de façon aléatoire dans la journée, va vous biper pour répondre à quelques questions. Les résultats ne sont accessibles qu’à vous (et d’ailleurs c’est une condition éthique à reproduire absolument si vous coder ce genre de test ailleurs).

On peut les remplir très rapidement, c’est simple, les données sont privées.

Et quand vous avez quelques données, il suffit de lui demander le lien et vous avez ce genre de récapitulatif :

Vous saurez si vous êtes en flow pour telle activité avec tout d’abord l’« état théorique » : dans mes données cela a été dans une activité d’écriture sur le flow 😀 (« ajout d’un point HS d’une étude de Mihaly ») et l’état stimulé « pour l’activité « civ » (une partie du dernier Civilization où je galérais un peu, d’où l’état « stimulé », il y avait un peu plus de défis que je n’avais de compétence).

On voit aussi le flow via « potentiel de flow », qui représente un autre calcul, mais complémentaire. Par exemple « repas » avait un état théorique contrôle qui en principe est plutôt positif, mais on voit qu’il n’y a que 3/10 en potentiel de flow : autrement dit il y a trop de points à notes basses comme « objectifs clairs » ou les « conditions d’échec/réussite » pour y voir une situation profitable.

Comme lire les « états théoriques » ?

Les états théoriques c’est la balance entre défi et compétences, voici comment les traduire selon les études de Mihaly Csikzentmihayi :

Un visuel et la façon dont c’est calculé :

1. canal stimulé : C’est une situation propice à l’apprentissage, qui stimule, mais qui n’est pas forcément celle préférée : elle demande beaucoup d’énergie, peut être stressante.

2. canal flow : Ici on peut exceller face à une situation à défi pour laquelle on se sent compétent.

3. canal contrôle : La situation n’est pas exigeante pour l’individu parce qu’il a largement les compétences pour la gérer avec réussite. C’est une situation qui permet de renforcer des compétences, de l’estime de soi (parce que l’on voit qu’on réussit très bien), là aussi les chercheurs estiment que c’est une bonne position pour l’apprentissage.

4. canal relaxation : L’individu n’est pas du tout stimulé par les situations, mais ce canal est nécessaire après des situations exigeantes où il y avait des défis. Souvent, les personnes sont dans ce canal lorsqu’elles sont des situations où elles prennent soin de leur corps, quand elles se reposent, lorsqu’elles interagissent avec autrui, lorsqu’elles sont devant la télévision.

5. canal ennui : Selon les chercheurs, l’ennui est un signe qu’il faut augmenter le niveau de difficulté de la situation. L’ennui est un appel à vivre une situation plus complexe pour exercer ses compétences et en tirer plus de plaisir.

6. canal apathie : les caractéristiques de la situation influençaient le sujet à être dans un état d’apathie nuisible à l’individu pour sa motivation, son apprentissage, son développement, son efficacité, mais possiblement bénéfique pour son repos ou pour des activités psychiques bénéfiques. Cela peut représenter tant le summum de l’ennui qu’une activité de méditation ou contemplation, cela demande de regarder les autres données pour comprendre.

7. canal inquiétude : ici il y a inquiétude parce que la personne sent en elle un manque de compétence pour affronter la situation.

8. canal anxiété : Ici on est anxieux parce qu’on n’a pas les outils permettant de comprendre les défis (ou on s’imagine ne pas les avoir). Selon les chercheurs, l’anxiété est le signe d’un besoin de baisser le niveau de difficulté de la situation afin de pouvoir apprendre à la gérer selon des conditions plus accessibles (par exemple pour le joueur d’échecs, affronter une personne ayant sa même expérience plutôt qu’un génie réputé).

Potentiel de flow ?

C’est la moyenne de 7 caractéristiques qui suivent ; autrement dit si ce chiffre est supérieur à 5/10, cela valide davantage l’état théorique. Dans mes données, l’état de flow, l’état d’anxiété sont par exemple confirmé, par contre l’état contrôle est incohérent, il ne semble pas y avoir ni les possibilités extérieures et intérieures pour augmenter le flow de cette situation (je pense que le niveau de fatigue y est pour beaucoup :D)

Analyse du tout

Lorsqu’on essaye d’analyser le tout, on voit ce qui cloche ou pas ; par exemple « retour BU (Bibliothéque Universitaire) » et « retour chemin » sont des situations où je marchais, donc forcément le défi est bas et les compétences hautes étant donné que ça fait des décennies que je sais marcher. Cependant, on voit qu’elles sont différentes, le retour de la BU est un poil plus heureux parce que j’étais enthousiaste à l’idée de lire les documents trouvés (niveau de bonheur haut) et j’étais beaucoup plus « absorbée » que « retour chemin » : en effet j’écoutais de la musique en marchant :). Clairement, le fait d’écouter de la musique est, pour mon cas, un moyen de rendre les situations beaucoup plus plaisantes. On peut donc exporter ces petites découvertes à d’autres situations pénibles.

La variable « de mon initiative » est aussi extrêmement impactante sur le flow, généralement quand se voit imposer un événement, c’est beaucoup plus pénible. C’est assez inévitable pour tout être vivant, on est soumis à différentes adversités à gérer comme possibles. Mais pas de flow sans part de liberté. On voit ici que l’événement social négatif imprévu que j’ai nommé CK n’était en rien décidé, c’était un défi advenant dans une situation où j’étais déjà fatiguée, où je me sentais totalement démunie pour y faire face, sans aucun sentiment de contrôle sur la situation. Là, le défi n’est même pas comment avoir du flow dans la situation, mais comment faire en sorte de ne pas être plombé par ça, réussir à agir au moins un peu positivement. Le test dit ici clairement que pour que ce soit moins pénible, il me fallait plus de compétences, qui par rebond me donnerait un peu plus un sentiment de contrôle, possiblement des idées sur que faire. C’est ce que j’ai fait plus tard. Et effectivement, face au même événement un autre jour, le fait d’avoir juste potassé un peu le sujet du problème, trouver quelques trucs et astuces, puis de les mettre en action m’a permis de vivre beaucoup mieux cet événement arbitraire.

L’ambiance sociale est également déterminante ; cela ne se voit pas très bien sur mes données au-dessus, mais il peut y avoir des situations assez paradoxales où l’on fait ce que l’on adore, une activité à réel flow mais où l’ambiance sociale gâche tout (par exemple, se faire harceler durant son travail ou dans un cours). N’oublions pas que nous sommes des animaux sociaux, et quand bien même on est activé à faire ce qu’on adore, si jamais il y a un point social négatif, tout le plaisir peut être détruit. L’inverse est aussi vrai, on peut être sur une activité très médiocre, peu enrichissante, mais s’il y a une excellente ambiance sociale, qu’on la fait avec d’excellents amis, c’est un très bon moment, à ne pas louper.

Autrement dit, tous les points qui ne sont pas en bleu sont des points qu’on peut réfléchir, car possiblement des indices pour rendre la situation meilleure ; mais attention il ne sont pas forcément « négatif » ; par exemple que la marche ne soit pas un défi est plus pratique qu’autre chose, quoiqu’on pourrait penser que pour plus de flow, je pourrais aussi penser à courir ou faire des sauts en longueur pour rendre le trajet plus épique 😀 Attention aux biais à ne pas être trop dans la norme d’internalité allégeante ; ces points qui ne sont pas en bleu, ce n’est pas de « votre faute » ni totalement « grâce à vos efforts », de votre responsabilité. Par exemple, pour ma situation de flow à l’écriture, j’ai certes une part de responsabilité dans le sens où cela fait des années que je m’exerce à écrire, mais s’il y avait flow c’était aussi parce que le savoir sur lequel je travaillais, les recherches de Mihaly Csikzentmihalyi, sont brillantes, passionnantes, et que j’avais la chance de pouvoir m’y consacrer (plutôt qu’être sous les ordres d’un chef dans un boulot que je n’aimerais pas) grâce aux soutiens des personnes. Il y a toujours une part de causalité intérieure et extérieure, en plus ou moins grandes quantités selon les situations, et pour améliorer les états qu’on traverse, cela se joue à la fois sur le changement interne, et le changement des situations, de l’environnement physique/social, des interactions.

Ainsi, les solutions sont souvent à penser dans l’action à l’extérieur, comment modifier l’environnement, comment rendre les relations avec tout et tout le monde meilleures, comment rendre la situation plus sympa pour toute personne présente. Il s’agit plus de penser cet outil comme une aide au game design/level design des situations plutôt que d’y voir un outil de pur développement personnel, il s’agirait plus de développement social qui impacte positivement le développement personnel. Évitez donc toute culpabilité plombante si vous voyez des résultats bas, ces résultats ne sont là que pour vous aider à trouver les points où l’on peut trouver une solution aux problèmes.

Plus d’infos :

Pour plus d’infos sur comment interpréter les résultats, pousser l’analyse, voire en faire un outil complètement au hack social, au design des situations j’ai détaillé dans ces articles en particulier : https://www.hacking-social.com/2018/12/03/f10-evaluer-son-propre-flow/ ; https://www.hacking-social.com/2019/01/07/fl11-sinterroger-et-changer-les-situations-loutil-de-brainstorming-non-allegeant/ ; Et vous trouverez tout sur les recherches, les interprétations dans le dossier : https://www.hacking-social.com/2018/09/03/fl1-donner-des-sens-a-la-vie-la-piste-du-flow/

Sources scientifiques sur le flow :

  • Flow and the fondations of positive psychology, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Springer
  • Applications of flow in human development and education, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Springer
  • The Systems Model of Creativity, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Springer
  • Beyond boredom and anxiety, the experience of play in work and games, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Jossey-Bass Publishers
  • Psychological Selection and Optimal Experience Across Cultures, social empowerment through personnal growth, Antonella Delle Fave, Fausto Massimini, Marta Bassi, ed Springer
  • Vivre, la psychologie du bonheur, Mihaly Csikszentmihalyi, ed Pocket
  • The flow manual, The manual for the flow scales, Sue Jackson, Bob Eklund, Andrew Martin, ed Mind garden
  • Self-determination theory, Richard M. Ryan, Edward L. Deci
  • The flow model of intrinsic motivation in chinese : cultural and personal moderators, Antonella Delle Fave, ed Journal of Happiness Studies
  • Development and validation of a scale to measure optimal experience : the flow state scale, Susan A. Jackson, Herbert W. Marsh
  • First-Aid Activities and Well-Being: The Experience of Professional and Volunteer Rescuers, Raffaela D. G. Sartori, Antonella Delle Fave, ed Journal of social service research.
  • Assesing flow in physical activity : the flow state scale-2 and dispositional Flow Scale-2, Susan A. Jackson, Robert C.Eklund

 

 

 

 

Viciss Hackso Écrit par :

Attention, atteinte de logorrhée écrite et sous perfusion de beurre salé. Bisounours destructrice de choux-fleurs à temps partiel.

1
Poster un Commentaire

avatar
1 Comment threads
0 Thread replies
0 Followers
 
Most reacted comment
Hottest comment thread
1 Comment authors
Nyrélhos Recent comment authors
  Subscribe  
plus récents plus anciens plus de votes
Me notifier des
Nyrélhos
Invité
Nyrélhos

Bonjour ! J’arrive un peu après la guerre, mais j’ai enfin réussi à comprendre comment installer ce bot sur mon Messenger. D’abord, je voulais signaler qu’il me semble que les données ne sont pas vraiment privées… dans la vidéo il dit qu’il a accès aux données et qu’il a l’identifiant Facebook, donc c’est assez facile de relier un compte avec ses résultats. Par contre il dit clairement qu’il s’en fiche, et c’est sûrement vraiment le cas. Et ensuite j’avais juste une interrogation, deux questions très similaires me laissent un peu perplexe, celles-ci : « Tes compétences dans l’activité étaient… » et « Je… Lire la suite »

Nos livres piratables :