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Excellente nouvelle pour les personnes honnêtes : connaître la méthode de manipulation qu’est le DARVO peut vous éviter d’être instrumentalisé par des agresseurs, que vous soyez témoin, spectateurice, ou tiers impliqué (professionnels de la justice, du social, du soin, etc.).
En tant que cible/victime, ou simplement personne qui se sent écrasée par la culpabilité sans comprendre pourquoi, connaître le DARVO peut déclencher une prise de conscience, vous aider à fuir un agresseur, un groupe, voire une institution manipulatrice, et peut-être vous permettre d’amorcer un long chemin de réparation des dommages subis.
Si vous êtes un agresseur, groupe ou institution participant à la défense, au maintien d’agresseurs et à l’humiliation des victimes, voir que le DARVO est compris pourrait peut-être vous faire commencer à réfléchir sur le bienfait qu’il y aurait, ne serait-ce que pour votre intérêt, à développer de meilleures stratégies dans vos relations, communications, choix sociaux et politiques. Vous pourriez avoir autant de paix voire de bonheur que ces autres qui n’ont pas besoin de DARVO, ni même d’agresser autrui pour atteindre vos buts.
Le Darvo est un cauchemar, comprendre ses mécanismes peut permettre d’en sortir, de repérer s’il redémarre ailleurs, qu’on soit cible, tiers, groupe ou institution tenue de respecter en principe les droits humains, voire les défendre quand il s’agit d’institution liée à la justice. Le Darvo concerne tout autant les affaires interpersonnelles (entre personnes) que de lourdes affaires politiques et structurelles.
Ainsi connaître le DARVO permet aussi de ne pas se faire instrumentaliser politiquement comme un pion pour des intérêts qui vous desservent, ne vous apportent qu’un espoir de supériorité ou de « moins » d’infériorité dans une hiérarchie sociale que vous valorisez. C’est évidemment une arnaque : vous ne gagnerez jamais rien à prendre le parti d’agresseurs qui ne penseront qu’à leur intérêt, et se moquent bien des pions alliés qu’ils respectent autant que leur papier toilette.
Le Darvo est sans doute l’une des techniques de manipulation les plus insalubres qu’il m’a été donné de parler, l’une des plus cauchemardesques dans ses conséquences, mais aussi l’une qui perd son aura dès lors qu’on la connaît. Ainsi, je ne parlerais pas de choses à trigger warning dans le but de rendre cela au plus accessible, je me centrerai sur les mécanismes eux-mêmes.
Comprendre ce qu’est le DARVO
La violence, les faits et les étiquettes
Tout commence avec une violence qui advient, qui pourrait être d’ordre physique, psychologique, structurelle, parfois tout à la fois ou en partie. Même si on a l’impression de savoir ce qu’est la violence, parfois on peut avoir des doutes ou encore être en désaccord sur ce qu’est la violence ou non, ainsi pour cet article j’entends la violence selon cette définition :
⬛Violence : utilisation intentionnelle de la force, de la menace risquant d’entraîner des dommages, des traumas, des problèmes de développement voire un décès ; est violent ce qui atteint un humain dans son intégrité physique, morale, psychologique et sa dignité, la dignité étant définie et caractérisé par les droits de l’homme. La négligence est aussi une violence, car les personnes ont le devoir de faire des actions pour les autres, d’être responsable d’autrui dans bon nombre de rôle (parent, employeur, autorités ou personnes ayant des pouvoirs, etc.). La violence est descriptible par des actes et faits dans une situation et non des étiquettes, qualificatifs attribuée à des individus.1
Et si cela n’est pas clair, voici une liste des violences physiques, psychologique et structurelles notamment punies par la loi :
Cliquez ici pour voir la liste des violences ⬇️
- Empêcher les personnes d’être libres et égales en dignité et en droit, partir du principe que les individus ne sont pas doués de conscience et de raison et inciter les individus à agir les uns contre les autres sans aucun esprit de fraternité.2
- Insulter dans l’intention de blesser ou offenser3
- ne laisser que certains individus avoir des droits humains et pas d’autres, selon des caractéristiques qu’ils portent tels que l’origine ethnique, la nationalité, le genre, l’orientation sexuelle, les opinions, l’origine sociale ou toute autre situation. 4
- Inciter à la haine (notamment raciale), à la violence ou à la discrimination ; faire l’apologie du terrorisme5
- estimer que certains n’ont pas le droit à la vie, la liberté à leur sûreté (ou pas autant que nous ou notre groupe). Donc qu’on peut légitimement leur faire vivre dans des situations réellement mortelles et dangereuses6 (et cela comporte le fait d’être négligent à leur égard si on est responsable d’eux légalement, comme le sont les parents envers leurs enfants, les employeurs à l’égard de leurs employés, etc.)
- Maltraiter les enfants (négliger leurs vrais besoins vitaux, les forcer à consommer des substances, opérer du proxénétisme sur eux, etc.)
- Tuer autrui de façon volontaire
- Porter de vrais coups et blessures7
- Violer ou agresser sexuellement les personnes8
- Permettre d’organiser et de pratiquer l’esclavage et la servitude de vraies personnes.9
- Permettre d’organiser et de pratiquer la torture, les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants sur de vraies personnes.10
- Harceler moralement, sexuellement ou par des moyens de communication tels que le téléphone ou via cyberharcèlement11
- Refuser la personnalité juridique de certains, c’est-à-dire priver certains de droits ou d’accès aux droits ou exempter d’autres de devoirs12 ; empêcher certains d’être protégés par la loi13
- Inciter à faire arrêter, détenir ou exiler arbitrairement une personne14.
- S’immiscer dans la vie privée de la personne, sa famille, son domicile et ses communications, s’attaquer à son honneur et sa réputation et empêcher la protection par la loi à ce sujet15.
- Empêcher le droit à circuler librement et résider dans un Etat, empêcher de quitter un pays ou d’y revenir, refuser le droit d’asile, empêcher d’obtenir une nationalité ou d’en changer16.
- Empêcher le mariage (ou concubinage) des personnes sous des prétextes de nationalité, de religion ou autre ; forcer à des mariages où l’une des parties n’y consent pas17
- Empêcher les personnes d’avoir une propriété pour s’y loger/vivre ou priver arbitrairement d’une propriété18.
- Imposer aux personnes une pensée, une religion ou interdire aux personnes de pratiquer une religion ou une pensée19 ; menacer et inquiéter les personnes selon les idées qu’ils expriment20
- Interdire que des personnes s’associent pacifiquement. Forcer à être dans une association21.
- Interdire la participation de certains à la politique, les fonctions publiques, les affaires publiques de leur vrai pays. 22
- Supprimer (à certains ou à tous) l’accès à la sécurité sociale23
- Interdire (à certains ou à tous) l’accès au travail, imposer un travail, soumettre à des conditions inéquitables et insatisfaisantes de travail24
- Interdire (à certains ou à tous) le repos25
- Saper le niveau de vie (de certains ou tous), de sorte qu’ils ne puissent pas assurer l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux. 26
- Empêcher (certains ou tous) d’accéder au droit à l’éducation27
- Empêcher (certains ou tous) de participer à la culture, l’art, de bénéficier de la science et des bienfaits en résultant.28.
À noter que cette liste peut faire politiquement débat, notamment parce que les droits humains peuvent être rejetés par certains mouvements d’extrême droite qui estiment que seul leur groupe d’appartenance 29devrait avoir des droits sur « leur » territoire, voire partout, alors que les autres groupes devraient en avoir moins, voire pas du tout (par exemple, volonté d’exterminer des groupes de personnes).
La liste des violences condamnées par la loi est très descriptive : ce sont des faits décrits. Décrire un fait, c’est dire ce qu’il se passe dans une situation et ce qui la compose (lieu, personne présentes, objets, météo, comportement, tout est possible), le déroulement des actions, les effets des actions. Par exemple, si je dis « le vendeur était vraiment un sale type, ce magasin est horrible » ce n’est pas un descriptif des faits, ni des comportements factuels, on ne peut savoir ce qui s’est passé, il pourrait s’être passé quelque chose de très grave comme pas du tout. Cette phrase décrit en réalité le jugement négatif que je porte à ce vendeur et son magasin, en employant des étiquettes. Comme je communique à quelqu’un ce jugement, si mon interlocuteur croit en mon jugement automatiquement (car nous sommes amis depuis longtemps, ou encore parce que j’ai de l’influence sur lui en raison du statut qu’il me prête) alors la réputation autour de ce magasin prend un coup, perd peut-être un client si le jugement a eu de l’influence.
Mais si je raconte à la place « hier après-midi dans la ville de X dans le magasin de bricolage Y, je suis allée acheter des outils, j’ai demandé Z au vendeur A, il a alors éclaté de rire, m’a dit “mais enfin ce n’est pas pour vous ce genre de chose difficile !” en prenant un ton que j’ai senti infériorisant, méprisant et condescendant, je me suis senti humilié », là, je décris des faits. Ce n’est pas un jugement, puisque même lorsqu’on décrit le ton infériorisant, on dit comment on l’a senti sur nous. Ceci étant dit, même si on n’avait pas décrit l’effet que nous a fait cette phrase, un interlocuteur qui utilise son empathie peut, en principe, sentir comment la situation a pu être humiliante. Mais des personnes peuvent refuser de se mettre à notre place quand bien même elles sont capables d’empathie, parce qu’elles peuvent consciemment ou inconsciemment estimer que nous avons moins de droits qu’elles, donc que la liste des violences vues précédemment ne nous concerne pas, parce que nous sommes d’une couleur, d’un genre, d’une orientation sexuelle différentes. Comme certains estiment que seul le groupe d’appartenance a des droits, alors que les violences commises à l’égard d’un autre groupe n’en sont pas selon eux. Selon eux ce n’est même pas de la violence, puisqu’ils n’ont pas le droit d’être aussi dignement respectés, voire même qu’il est de leur bon droit d’être violent à leur égard. Être violent est donc pour eux un droit qu’ils s’accordent en raison de leur place hiérarchique.
En général, dans la vie courante, quand on se raconte nos vies, il y a à la fois des faits et des jugements : cela nous permet de prendre des décisions collectivement (ne plus aller dans ce magasin, éviter ce vendeur-là, peut-être communiquer à la direction les soucis, en parler sur les réseaux sociaux). Cela permet de s’épargner ensemble des problèmes, ce qui peut avoir pour bénéfice de se souder en tant que groupe, ou solidifier nos identités sociales.
Et parfois aussi, on se passe de faits concrets pour prendre des décisions, sans même se rendre compte qu’on se passe de faits, qu’on agit juste sous influence de jugements et de réputations dont les faits ne nous sont pas connus.
Par exemple, on peut avoir entendu que telle streameuse est une personne ennuyeuse et pénible, voire mauvaise, et donc à l’ouverture de Twitch on veillera à ne pas ouvrir sa chaîne, ou éviter de la côtoyer si on est du milieu.
On trouve des témoignages similaires à cet exemple, et l’origine de ces réputations est lié à un harcèlement massif violent :
On part du principe que des jugements attrapés par influence sont la suite « logique » de faits, on fait confiance à ces réputations même si on n’a aucune autre information de cet ami qui nous aurait dit que ce magasin était nul, sans nous informer du pourquoi.
Nos vies sont très remplies, notre attention est limitée, alors on fait au plus simple pour orienter nos décisions. Il n’y a pas de mal en soi à être influencé, quand la personne qui influence est honnête, qu’elle n’hésite pas à donner et renseigner les faits si on demande, il peut être tout à fait sain de lui faire confiance. On peut d’autant plus faire confiance si l’influence en question n’est pas une influence qui nous encouragerait à faire des actes qui engagent notre responsabilité du genre « ce vendeur est un sale type, utilise ce bidon d’essence pour brûler son magasin ». Là, il y a bien à se rappeler que vos actes vous appartiennent en toute circonstance, ce que vous faites de vos doigts, que ce soit pour brûler un magasin ou incendier d’insultes une personne sur le Net, ce sont vos actes à vous, et dans les deux cas, ce sont des violences répréhensibles par la loi actuelle, quelles que soit les influences interpersonnelles ou structurelles qui ont pu vous pousser à l’acte, même si un juge ou des formes de justice peuvent y mettre des circonstances atténuantes allégeant la peine, l’acte lui-même reste interdit dans les règles actuelles.
Parfois, il arrive qu’on entende des faits précis, par exemple « untel a violé x, y et z à telle date, dans tel contexte », parfois même sourcés d’investigations très sérieuses de plusieurs groupes tout aussi sérieux, mais on estime que ce sont des mensonges ou des jugements faux. Dans l’article, on verra que des agressions peuvent même être filmées, passées en direct sans montage, et pourtant l’agression reste niée comme agression, quand bien même chacun peut prendre connaissance de l’intégralité des faits sans aucune pression, avec tout le temps souhaité.
Ce phénomène peut correspondre au fait qu’on donne plus de droits (y compris celui de violenter) à certains et à d’autres moins : peut-être qu’on s’identifie à lui (même groupe), peut-être qu’on l’estime supérieur (soumission à l’autorité), peut être que c’est sa cible qu’on estime indigne de droits humains (par sexisme, racisme, etc.). Autrement dit, cette vision se passe de faits et s’appuie davantage sur des étiquettes « bon »/« mauvais » accolées par le passe-droit de certains statuts, certains critères arbitraires du genre, etc. Mais cela peut aller encore plus loin.
Il est même possible qu’on s’associe ou s’identifie tellement à l’agresseur qu’on parte en croisade pour lui, pour restaurer sa réputation, son honneur, par exemple en traquant à quel point l’accusé est la véritable « mauvaise » personne dont l’agresseur serait en réalité victime, et on criera sur tous les toits cette « vérité ». Nous commençons là à entrer dans le monde du DARVO.
La mécanique du darvo

⬛ Le DARVO est l’acronyme de Deny (dénier), Attack (attaquer), Reverse (inverser), Victims et offender (victime et offenseur).
Autrement dit, on nie, on rejette le fait de violence comme étant une violence (« non le vendeur n’a pas été humiliant »), puis on attaque la cible qui le rapporte (« ce client est vraiment trop sensible »), et on inverse les rôles (« le vendeur doit souffrir terriblement de cette accusation mensongère »). Là, mon exemple montre le DARVO endossé par un spectateur, mais dans les recherches, les chercheurs se sont concentrés sur les cibles et leurs agresseurs.
La mécanique darvo s’enclenche dès lors qu’une cible s’exprime sur le comportement préjudiciable de l’agresseur, l’agresseur nie le préjudice, puis met la culpabilité sur la cible30 :
| Dénier | Attaquer | Inverser |
| Je ne me souviens pas du tout que cela se soit produit. J’étais juste stressé(e). Ce n’était pas aussi grave que tu le dis. Ça ne vaut pas la peine d’en parler. Ce que tu dis n’était pas de ma faute. Ça aurait pu être bien pire Il ne s’est rien passé de grave Je ne sais pas de quoi tu parles. Tu exagères. Rien de mal s’est jamais produit. Je ne suis pas responsable de ce qui s’est passé. Je n’ai rien fait de mal. J’étais juste ivre. Je ne ferais jamais une chose pareille. Ce n’était pas si grave. C’était juste un malentendu. Tu exagères. Tu te souviens mal des faits. | Personne ne te croirait si tu disais quoi que ce soit à ce sujet. Tu te plains juste. Tu regrettes ce que tu as fait et maintenant tu me blâmes. Tu essaies juste de me faire passer pour un(e) méchant(e). Tu essaies juste de me manipuler. Tu imagines des choses. Tu es juste trop sensible. Tu es fou/folle. Tu délires. Tu es trop sensible. Pourquoi devrais-je croire un mot de ce que tu dis ? Tu inventes tout pour attirer l’attention. Tu as toujours été un(e) raté(e). Tout le monde sait que tu es dysfonctionnel de toute façon. Tu es un menteur. Si tu n’avais pas agi comme ça, ça ne serait jamais arrivé. Tu as besoin d’aide. Ce qui s’est passé est de ta faute. | C’est moi qui ai le plus souffert. Tu m’as vraiment blessé(e) avec tes actions. Tu devrais t’excuser auprès de moi. Même si tu m’as fait ça, je vais quand même essayer d’être gentil (le) avec toi. J’essaie encore de te pardonner ce qui s’est passé. C’est toi qui m’as provoqué. Tu m’intimides. Pourquoi me punis-tu ? Tu n’es pas juste envers moi. C’est moi la vraie victime. Tu m’as traité plus mal que je ne t’ai jamais traité. Tu m’as poussé à bout. Tout le monde va penser que je suis une personne horrible à cause de tes mensonges. Tu m’humilies. Tu m’as blessé en m’accusant de ça. Pourquoi tu m’attaques ? J’ai toujours été gentil avec toi, pourquoi tu me traites comme ça ? Je n’arrive pas à croire que tu essaies de me faire porter le chapeau. |
Ce tableau est une partie de l’échelle de mesure du DARVO, et cela peut être à mon sens un véritable bingo de la communication des agresseurs qui veulent continuer à l’être sans être inquiétés le moins du monde. Évidemment, les phrases peuvent être légèrement différentes selon le contexte, les styles de la personne.
Dans ce documentaire ci-dessus, on peut voir par exemple des agressions sexuelles s’étant déroulées en direct à la télévision : les faits sont donc totalement visibles, et pourtant certains agresseurs ont dénié les actes prétextant que c’était de l’humour (donc que ce ne serait pas grave puisque c’est juste pour rire).
Attention, le déni n’est pas à lui seul une preuve de culpabilité. Il est évident qu’un innocent va nier dénier les fausses accusations à son égard. Mais Freyd (1997) explique que la différence est que le déni de l’agresseur est rapidement beaucoup plus violent, suivi d’une forte attaque :
« les agresseurs, menacent, intimident et font vivre un véritable cauchemar à quiconque les tient pour responsables ou leur demande de changer leur comportement abusif. Cette attaque, destinée à intimider et à terroriser, comprend généralement des menaces de poursuites judiciaires, des attaques ouvertes et cachées sur la crédibilité du lanceur d’alerte, etc. L’attaque prend souvent la forme de ridiculiser la personne qui tente de demander des comptes à l’agresseur. Elle se concentre également probablement sur des attaques ad hominem [retourner contre l’adversaire, en vue de le confondre, ses propres actes et ses propres paroles “c’est toi qui m’as attaqué avec x ou y”] ou ad feminam [attaques basées sur des préjugés envers les femmes “tu es trop sensible”] plutôt que sur des questions intellectuelles ou factuelles. »
Ainsi vous voyez pourquoi j’ai insisté dans les paragraphes précédents pour décrire ce qu’était un fait et les différencier des étiquettes : dans le Darvo, si la cible a des faits descriptifs des comportements préjudiciables à son égard, ce n’est pas le cas de l’agresseur qui s’est contenté d’être préjudiciable à l’égard de la cible. Il peut n’avoir aucun élément logique, dans le contexte, qui puisse convaincre quiconque que c’est lui la victime. Il va donc s’appuyer sur des étiquettes pour dénigrer sa cible de « fou/folle », chercher à en créer, trouver des méfaits lointains, hors contexte, voire carrément faux. L’idée générale est de faire passer sa victime ou les défenseurs de la victime pour de méchantes personnes qui l’ont attaqué. C’est très visible dans le tableau.
Quand l’affaire est publique, ils peuvent aussi inventer ou trafiquer des faits pour soutenir ce narratif d’être la vraie victime. Ils peuvent aussi détourner l’attention en parlant d’une autre souffrance : dans le documentaire précédent, on voit par exemple l’animateur de TMPP ayant commis une agression sexuelle en direct tenter d’attirer l’empathie des spectateurs, pleurant sur le fait que les accusations le touchent. Et cela, sous les yeux de sa victime qui avait été littéralement piégée à revenir sur le plateau, croyant que son agression serait compensée par l’offre d’un poste.
Dans sa première étape de déni, le Darvo peut être considéré comme du Gaslight : c’est-à-dire que ce qu’a vécu la cible n’est pas cru, l’agresseur ayant travaillé rapidement à mettre du doute dans sa perception de la réalité.


Ensuite, la phase d’attaque peut être considérée comme une seconde agression, puisque la cible peut être humiliée à nouveau, et subir la nouvelle violence d’être en plus considérée comme coupable.
Conséquences sur les cibles
- Dans les études, on voit que les cibles d’agression ayant en plus subi du Darvo ont davantage de traumatismes, de dépression, un sentiment de culpabilité, de honte, une basse estime d’elle même31
- De plus, comme les agresseurs arrivent avec le Darvo à faire douter de la réalité des faits, les cibles se sentent coupables des actes qu’elles ont subis et elles se taisent32 sur les méfaits subis. C’est une des raisons pour lesquelles certaines cibles ne portent pas plainte immédiatement ou n’en parlent que beaucoup plus tard : les agresseurs, en plus d’être violents, travaillent ardemment à manipuler la cible pour qu’elle se sente coupable de tout, que leur sens de ce qui est réel ou non soit complètement mis sens dessus dessous. Ainsi ils continuent leurs comportements sans avoir à s’inquiéter de la justice ou des conséquences sociales. Ceci étant dit, d’autres facteurs peuvent expliquer ces délais : les enquêtes et les procédures judiciaires peuvent prendre du temps, donc en tant que spectateur, nous pouvons n’être au courant que très tard des méfaits. Si les violences se sont déroulées dans l’enfance, par des proches ou des parents, les souvenirs peuvent être rendus difficiles d’accès à cause des mécanismes de survie mis en place par le cerveau, capable d’isoler les mémoires de façon extrême33. Pour survivre, le cerveau de l’enfant n’a que pour solution d’enterrer très loin le souvenir de violence. Et il ne déterrera pas le souvenir facilement tant celui-ci est considéré comme de la dynamite pouvant faire exploser la structure de survie. Freyd explique que les gens croient à tort que ce mécanisme est une faiblesse ou que c’est pathologique. Or, au contraire, c’est une dynamique puissante qui permet la survie. Dans cette situation, s’il y a problème, c’est dans l’acte de violence commise par les agresseurs ou par les spectateurs les défendant, aidant les agresseurs. Ce n’est jamais la cible d’une agression la responsable de l’agression, mais bien celui qui agresse.
- Dans une étude de 89 étudiantes ayant subi un viol, la moitié des violeurs avaient utilisés la méthode du Darvo.34
- Le Darvo est lié à la perpétuation du harcèlement sexuel et au mythe du viol (= croyances qui nient, minimisent ou justifient les violences sexuelles)35
- Subir du Darvo est lié à des symptômes de traumatismes chez les cibles36
- Il y a un lien entre les poursuites en diffamation et le Darvo37
- Le Darvo n’est pas que le fait d’un agresseur isolé, mais peut être employé par toute une institution : dans une étude sur les survivants d’abus sexuels par le clergé, il a été constaté que le Darvo est utilisé tant par les auteurs que par l’institution religieuse, ce qui aggrave les symptômes des cibles (PTSD, dépression)38 ; l’institution judiciaire peut utiliser des mécaniques du Darvo.
- Et enfin, ça peut être une technique politique, à échelle nationale, prisé des autoritaires pour se permettre de continuer à être violent en multipliant les soutiens à l’égard de cette violence39
La prochaine fois, on verra comment ne plus se faire instrumentaliser par le Darvo !
Notes de bas de page
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1Sur la base de la définition de l’OMS et celle de Semelin et Mellon (1994)
2Article 1er : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
3https://www.justice.fr/fiche/injure
4Article 2 : 1. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. ; 2. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.
5https://www.justice.fr/fiche/incitation-haine-violence-discrimination
6Article 3 : Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
7https://www.justice.fr/fiche/coups-blessures
8https://www.justice.fr/fiche/viol-commis-personne-majeure
9Article 4 : Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
10Article 5 : Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
11https://www.justice.fr/fiche/harcelement
12Article 6 : Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique. Article 11 : 1. Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées. 2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d’après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l’acte délictueux a été commis. Article 7 : Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination. ; Article 8
Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi. ; Article 10 : Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.
14Article 9 : Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé
15Article 12 : Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
16Article 13 : 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
Article 14 : 1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays.
2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.
Article 15 : 1. Tout individu a droit à une nationalité.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.
17Article 16 : 1. À partir de l’âge nubile, l’homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.
2. Le mariage ne peut être conclu qu’avec le libre et plein consentement des futurs époux.
3. La famille est l’élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l’État.
18Article 17 : 1. Toute personne, aussi bien seule qu’en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.
19Article 18 : Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.
20Article 19 : Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.
21Article 20 : 1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques. 2. Nul ne peut être obligé de faire partie d’une association.
22Article 21 : 1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis.
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d’égalité, aux fonctions publiques de son pays.
3. La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.
23Article 22 : Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l’effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l’organisation et des ressources de chaque pays.
24Article 23 : 1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
25Article 24 : Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.
26Article 25 : 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
2. La maternité et l’enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu’ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.
27Article 26 : 1. Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.
2. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.
3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.
28Article 27 : 1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.
2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur.
29Lié au genre, à la couleur de peau, à l’orientation sexuelle, au parti politique.
30Issue de https://dynamic.uoregon.edu/jjf/DARVO.measures/DARVO-LF.pdf
31https://dynamic.uoregon.edu/jjf/articles/dhf2025.pdf
32https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/10926771.2017.1320777
33Par exemple le trouble dissociatif de l’identité (TDI), voir par exemple TDI : survivre aux violences dans l’enfance 1/6, avec Maïlé Onfray — SHOCKING #26
34DARVO — Jennifer Joy Freyd, PhD. Rosenthal & Freyd (2022) From DARVO to Distress: College Women’s Contact with Their Perpetrators after Sexual Assault (JAMTA)
35lHarsey, S., Adams-Clark, A.A. & Freyd, J. J. (2024 ) https://dynamic.uoregon.edu/jjf/articles/ahf2024.pdf ;
36 https://dynamic.uoregon.edu/jjf/articles/dhf2025.pdf
37https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/15299732.2022.2111510
38 Impact of institutional betrayal and DARVO on the mental health of survivors of clergy-perpetrated sexual abuse https://openresearch.okstate.edu/server/api/core/bitstreams/4bceebcb-6a83-47f0-8e19-fdcbb05a6c75/content
39 https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/10852352.2024.2398898

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