[PS3.1] Les effets de la relation parasociale

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Compenser la solitude ou s’agrandir ?

Dès 1956, Horton et Whol pensaient déjà qu’un sentiment de camaraderie avec l’animateur TV pouvait contribuer au bien-être des personnes, notamment parce que cela pouvait leur permettre d’interagir avec des personnes d’horizons différents. Il n’y voyait rien de pathologique tant que cela ne remplaçait pas la vie sociale des personnes, que ce n’était pas une fuite.

Ainsi, le premier bienfait qu’on imagine au parasocial est qu’il comblerait voire compenserait une forme de solitude. C’est par exemple très présent dans les réponses du sondage qu’on a fait sur YouTube :

« Mais j’imagine que [le parasocial] peut apporter une part de sociabilité à des personnes qui en sont privées ».

« j’ai tout de suite l’image de quelqu’un qui se sent isolé et regarde des streamers/youtubers qu’iel apprécie et ça peut l’aider à se sentir mieux”

“[le parasocial] peut aussi laisser place à de nouvelles formes de rencontre, de compréhension des autres (parfois très différents et éloignés de nous) 

« [le parasocial] peut entraîner des biais ou bien une sensation de soutien dans le cas de personnes seules”

[le parasocial] peut faire beaucoup de bien (j’ai eu de grosses périodes d’isolement social, et je ne sais vraiment pas si j’aurais tenu sans certain•e•s YouTubeur•se•s et streameur•se•s, clairement ça m’a empêché de sombrer)”

Ce qui est très intéressant c’est qu’on le plaque chez autrui, mais pas vraiment sur soi. Et les recherches ont semble-t-il fait ce même mouvement d’imaginer que la solitude amplifiait potentiellement le parasocial, mais ce qu’ils ont découvert est plus subtil.

En 1985, Rubin montrera que le parasocial est corrélé effectivement à la solitude passagère, mais pas à celle chronique. Cela paraît étrange, parce que j’ai l’impression que certaines théories critique des médias de masse voire du divertissement en général nous ont mis en tête qu’on consommait des médias pour compenser notre mal-être  : la société moderne m’abîme, je compense en cherchant ce qui me manque dans le divertissement, les médias, le parasocial.

Dans les recherches sur le parasocial on parle d’hypothèse compensatoire, et ce n’est pas une idée qui date de hier : déjà Pascal1 disait qu’on fuyait nos problèmes dans le divertissement et l’agitation des jeux; La Boétie2 disait que les jeux et distractions étaient envisagées comme un détournement massif de nos forces et de nos attentions par les tyrannies, pour nous empêcher de nous rebeller.

Ainsi des critiques des médias (TV, Internet, jeu vidéo), à gauche comme à droite, on pu accuser successivement les médias, surtout de masse ou populaire, de divertissement, d’être à l’instar de la lumière qui attire le papillon : cette attraction finit par absorber toutes ses forces de réflexion, ses capacités à se rebeller3, ou l’empêchant de consommer de meilleures choses pour s’élever dans la société4. Or ce simple résultat que ce n’est qu’une solitude passagère et non une chronique qui est liée au parasocial révèle une autre hypothèse, qu’une des réponses sur youtube illustre bien :

« deja que irl je croule pas sous les amis, j’eprouve pas ce besoin au point de m’investir dans ce genre de chose… »

Autrement dit, pour compenser efficacement une solitude en parasocialisant, encore faut-il avoir les outils et différentes valeurs, voire croyance pour faire en sorte que socialiser, même à sens unique comme dans le parasocial, mène à combler quelque chose, apporter quelque chose. Une solitude profonde, quelles qu’en soient ses causes, pourrait être liée à un problème empêchant même de saisir le social et parasocial comme menant à une forme de bien être. On ne compense que ce qu’on a perdu et qui nous manque, pas ce qui peut nous être inconnu ou qui ne nous manque pas.

Pour donner une image, pour compenser un besoin existentiel de composer de la musique, qui serait bloqué par des conditions d’oppression au travail, encore faudrait-il avoir connu ce plaisir existentiel.

Une autre étude semble aussi montrer que pour parasocialiser, il y a déjà besoin de sentir un intérêt à socialiser : en 2022, Hu rapporte que le parasocial n’est pas lié à la solitude amoureuse, encore moins chez les hommes. Ceux en solitude amoureuse rapportaient moins de parasocial.

Autrement dit, ces résultats montrent que le parasocialiseur semble savoir ce qu’il lui manque, par exemple il est conscient de sa solitude passagère et il la comble partiellement avec l’usage des médias. Là où ceux en solitude profonde n’engagent même pas ce mécanisme qui semble demander des façons de faire soit qu’ils ignorent, soit peut-être qu’ils n’aiment pas, ou qui ne leur apporte rien.

Ceci étant dit, on pourrait maintenir l’hypothèse compensatoire avec d’autres recherches. Par exemple, l’étude de Berail 2019 montre que la solitude et l’anxiété sociale étaient prédictives d’une augmentation de l’interaction parasociale, et que celle-ci prédisait à son tour une plus grande dépendance à YouTube.

On trouve aussi beaucoup de liens du parasocial avec des schémas d’attachement anxieux5. L’attachement anxieux provient d’une enfance dont la chaleur et la fiabilité des figures parentales étaient inconstantes, ainsi l’individu a développé un besoin intense d’intimité, de validation et de réassurance de la part de ses partenaires. Ces personnes à l’attachement anxieux recherchent constamment de l’attention pour se sentir en sécurité dans leurs relations, ce désir étant plus grand que chez leur partenaire. Ces individus ont un manque de confiance chronique dans l’avenir de la relation, une peur du rejet qui les pousse à rechercher des preuves d’affections répétées. Ainsi en toute logique, ceux dans cet attachement rapportent un niveau d’interaction parasociale plus élevé6, des relations parasociales plus fortes7, des niveaux de détresse plus élevés en cas de rupture parasociale8.

Dans le même esprit, le fait que la société discrimine et écarte certaines personnes, fait que l’attachement est rendu plus difficile d’accès à celles-ci, donc elles développent plus de parasocial. Par exemple, les chercheurs9 trouvent que le lien entre solitude et liens parasociaux est davantage lié chez les LGBT+.

Ainsi des commentateurs politiques pourraient saisir ce résultat pour nous dire que c’est la preuve qu’effectivement la société bousille les gens (via la solitude dans un monde capitaliste, via l’anxiété sociale ou des schémas alimentés par nos structures oppressantes et les discriminations). Ils nous diraient que le media parasocialisateur permettant de compenser les dégâts empêcherait alors les individus de chercher à changer les choses parce qu’ils sont trop occupés à être « addicts » à cette maigre compensation.

Pourtant cette dépendance médiatique fonctionne comme celle qu’on a décortiquée sur les jeux vidéos10, il manque des éléments à cette réflexion politique faisant passer la compensation pour mauvaise, car anti-révolutionnaire11 ou anti-développement personnel12. Dans le trouble d’usage des jeux vidéos, il y a une combinaison d’environnements sociaux où il est impossible pour l’individu de combler ses besoins fondamentaux13, couplés à des problèmes de compétences socio-émotionnelles14. Or ce problème de compétence socio-émotionnelle accroît l’impossibilité de trouver ce qui comble IRL et peut effectivement être imputé originellement à des environnements sociaux qui n’ont pas permis d’apprendre celles-ci, notamment en diffusant des croyances individualistes verticales qui montent les gens les uns contre les autres. Mais alors, qu’est-ce qui permettrait à la fois un apprentissage relationnel ainsi qu’un un changement de croyances ? Les relations parasociales ! Et c’est qu’on verra juste après.

Autrement dit, pointer du doigt cette compensation comme un mal pour la société revient à accuser le doliprane d’accentuer des douleurs paralysantes, parce qu’on ne regarderait que l’état de la personne pendant qu’elle l’avale et pas quand le médicament a été pleinement digéré et peut être actif.

De plus, en explorant l’addiction aux jeux vidéos, on apprend que les joueurs addicts ne prennent plus aucun plaisir aux jeux, aucun sens, aucun apport. La situation de ce genre d’addiction n’est pas une compensation, elle est juste un espace-temps à moindre dégâts par rapport à d’autres situations. Et à l’inverse, ceux qui ont un rapport raisonnable au média sont justement ceux qui n’ont pas besoin de fuir des environnements sociaux sapants, au contraire ces environnements les comblent : ils ne jouent absolument pas pour compenser, mais parce que cela leur apporte quelque chose de plus. Autrement dit, il vont vers le médium non pas en affamé par la société, cherchant à survivre, mais pour croître. Alors que l’addict restant affamé, qu’importe sa surconsommation du média, ne peut pas croître.

Si on reste sur une théorie de gauche du divertissement comme compensation, si les gens y restent devant de façon problématique, c’est peut-être parce que le média est un territoire juste assez sympa pour ne pas les détruire davantage, mais il n’y resterait pas aussi accroché si celui-ci réussissait à les nourrir, donc les compenser a minima. Or pour cela, il faudrait qu’ils aillent suffisamment bien au quotidien.

Les théories de droite que j’ai trouvée à ce sujet15 considèrent le divertissement populaire comme une tyrannie, et ils accusent non pas les divertissements ou la société, mais les gens qui seraient trop bêtes, trop stupides, trop « primitifs »16 pour chercher à s’élever dans une hiérarchie sociale avec de « bons » loisirs. Si les gens vont mal, ce serait parce qu’ils ne savent pas choisir des activités et loisirs studieux comme le font les classes supérieures et que c’est ce qui les font rester au ras des pâquerettes. Dans cette réflexion, il y a une ignorance totale de ce qu’est l’expérience de la pauvreté (voire même des conditions de vie des classes moyennes), du surmenage des salariés, et des limites que les conditions posent dans l’équation. Rien de scientifique n’arrive à justifier un tel raisonnement, sauf à détourner et faire mentir les recherches et les propos des intellectuels ayant traité ces sujets17.

Selon l’hypothèse de la compensation, le parasocial adviendrait parce que les gens ayant des problèmes de besoins non résolus — pas excessivement frustrés — trouvent une compensation utile en parasocialisant avec des figures médiatiques. Du genre « La vie m’aurait abîmé avec des environnements sociaux malsains, qui m’ont fait développé un style d’attachement anxieux, ma queerness ou le fait d’être racisé étant synonymes de risques voire d’épisodes de rejet et d’ostracisation ou d’agression, difficile d’aller vers le monde en toute confiance, alors je développe une relation parasociale avec diverses figures pour compenser la solitude. Mais les problèmes persisteront puisque les facteurs sociaux n’auraient pas été réglés, le racisme et les lgbtphobie ayant pignon sur rue et se nichant dans l’attaque des droits, donc je suis fautif de me complaire dans le parasocial, cette arnaque capitaliste ». Voilà ce qui peut être pensé chez une certaine gauche. Et si je pense le problème à droite, ça va plus vite : « je parasocialise avec un divertissement de primitif parce que je suis trop con d’occuper mon temps ainsi alors qu’apprendre par cœur des citations de classiques, voyager à travers le monde, faire du golf pourrait me faire grimper dans la hiérarchie sociale parce que c’est plus “méritant” ». Évidemment tout non-accès à l’argent et au temps disponible que ça requiert est aussi de ma faute de « primitif » qui ne fait pas assez d’efforts.

Seulement voilà, l’hypothèse de compensation n’expliquant pas tout ce qui se passe dans le parasosocial et donnant parfois des résultats qui semblent s’y opposer18, les chercheurs ont proposé le concept d’élargissement de soi pour comprendre le parasocial.

Le parasocial plus que de compenser ponctuellement une solitude, pourrait permettre de s’éloigner de la réflexion sur soi, du stress, des problèmes, en s’immergeant dans un autre univers. Autrement dit, on met la vie habituelle sur pause pour se téléporter dans un nouvel univers, et de ce voyage on en reviendrait avec plus de choses pour s’aider, parce qu’on est soi-même devenu « plus ».

Par exemple, en 2021, Johnson montre que les menaces sur l’identité peuvent accroître la sensibilité aux récits, car ceux-ci élargissent temporairement les frontières du soi, détournent l’attention des menaces qui pèsent sur l’identité réelle. On élargit son identité en vivant dans une réalité différente.

Et effectivement, on trouve de fortes corrélations du parasocial avec le fait d’être transporté dans une histoire, ce transport est connu pour amener des changements significatifs dans les connaissances, les attitudes et les croyances des personnes19. Autrement dit ce n’est pas qu’une compensation où l’individu arrive en -1 d’humeur, d’état d’esprit et se ramène à 0 de façon transitoire, retombant à -1, car le problème perdure. Non, ici il peut arriver en -1 ou 0 et repart avec +1 voire davantage, l’empêchant de retomber sous le 0, car cela lui donne un outil, un élément supplémentaire qu’il va utiliser IRL pour résoudre les problèmes, y compris personnels, sociaux et d’ordre politique. Ainsi, les fans en parasocial positif, disant que tel contenu les a sauvés ne sont pas dans une exagération, il s’est bien produit un phénomène qui les a aidés, plus qu’une simple compensation.

Par exemple Derrick, en 2013, montre que se plonger dans un univers après avoir exercé une maîtrise de soi et lors d’épuisement, restaure la maîtrise de soi et de l’humeur. Mais les adeptes du divertissement comme détournement compensatoire pourraient encore y voir la confirmation de leur hypothèse, puisqu’en premier lieu il y a effectivement un environnement social qui a épuisé les forces de l’individu et c’est ça le problème. Je suis d’accord, mais si la personne de ce moment divertissant avec parasocial en ressort à la fois réparé et étant plus que ce qu’elle était avant, ce n’est pas qu’une compensation, mais une richesse à comprendre, car ce + pourrait être un prequel à l’esprit révolutionnaire que vous attendez. Et si vous êtes de droite, vous devriez aussi voir l’intérêt de ce plus comme potentiel de développement personnel20.

Alors, explorons de quoi peut être composé ce soi élargi et je ne vais pas faire de suspens, l’expérience parasociale est liée à une meilleure estime de soi21, une réduction des préjugés22, un empuissantement des minorités23, une meilleure sensibilisation aux problèmes de santé physique et psychologique (et donc une diminution de la marginalisation et des préjugés des personnes concernées)24, davantage d’engagements sociaux et politique25. Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai eu l’impression d’avoir été complètement manipulée par les vulgarisations au sujet du parasocial qui ne nous ont mis en tête que les points négatifs : cela nous empêchait de jeter un œil sur une source potentielle de pouvoir de progrès social libérateur, tant sur le plan collectif que personnel. On va essayer de « compenser » ça.

Ceci étant dit, cela ne veut pas dire que tous les contenus qu’on a cités ou vus sont « faux », manipulateurs et qu’ils ne relèvent pas des problèmes bien réels. On les verra au fur et à mesure, mais pour l’instant continuons à explorer les effets du parasocial en nous attardant sur l’estime de soi, qui est un sujet plus social qu’il n’y paraît.

L’estime de soi

Avant d’entrer dans le sujet, clarifions la notion d’estime de soi avec les vidéos de Psykocoac à ce sujet :

Si vous ne pouvez pas voir, ci-dessous je vais résumer les points qui vont nous intéresser pour voir en quoi le parasocial joue sur cette question.

L’estime de soi est simplement l’évaluation que l’on fait de sa propre valeur. Elle peut être globale ou spécifique à un domaine (corps, travail, etc.), elle est une question de valeur personnelle.

Ce n’est pas la confiance en soi, qui elle, est l’évaluation de ses capacités ou compétences. On pourrait avoir confiance en ses capacités « je peux réussir à faire un bon score à Tetris » tout en ayant une mauvaise estime de soi « je suis moins que rien », et inversement « je pourrais ne jamais réussir à avoir un score correct à Tetris » tout en se disant « ça va je suis une personne qui vaut autant que les autres ».

L’estime de soi n’est pas à confondre avec le narcissisme :

Le narcissisme implique aussi de nier ses propres aspects négatifs, avoir un manque d’empathie, et le sentiment de valoir plus que les autres. Alors que la personne à haute estime de soi ne se croit pas pour autant supérieure aux autres, accepte la critique, peut se mettre à la place d’un autre et agir en conséquence, etc.

Les chercheurs ne sont pas complètement d’accord sur la façon dont l’estime de soi se construirait : soit ça se ferait en interne, en faisant la somme de nos réussites, de nos compétences et de notre sentiment d’efficacité personnelle, soit ça serait dépendant du regard des autres. Autrement dit, que l’estime soit bonne ou mauvaise, elle serait partiellement le reflet de la façon dont nous avons été traités par le passé. Elle pourrait aussi être un mécanisme de calcul de notre rang au sein des groupes sociaux, ainsi plus on se sentirait bas dans les hiérarchies, plus l’estime serait faible et inversement. Cependant, attention entre l’affirmation explicite et le ressenti intérieur, il peut y avoir une différence : par exemple, les hommes peuvent affirmer une haute estime, car ils se sentent plus mis en avant, mais ce n’est pas forcément un reflet fidèle de ce qu’il y a à l’intérieur.

On sait néanmoins que la bonne estime est liée à la satisfaction des besoins fondamentaux, la capacité à prendre soin de son propre bien être, et le fait de pouvoir agir selon ses propres règles pour soi-même, autrement dit son autodétermination plutôt que les pressions extérieures. À noter que c’est lié à une intégration réussie dans un groupe, mais contrairement à ce que les chercheurs ont cru pendant des années, l’estime de soi ne pousse pas en soi à s’intégrer au groupe.

L’estime de soi serait donc un mélange de confiance en soi (gestion des succès/échecs) et de dignité (respect de soi-même). Elle a pour conséquence une meilleure affirmation de soi et une plus grande capacité à surmonter les épreuves.

Ce ne serait pas un bouton sur lequel appuyer pour aller bien : c’est un résultat complexe d’une opération entre nos compétences, nos relations sociales, nos besoins et de notre position dans la société. Ainsi, augmenter artificiellement l’estime de soi n’augmente pas la réussite scolaire ou la performance. Mais ceux qui réussissent ont statistiquement une meilleure estime d’eux-mêmes, car une bonne estime de soi permet de mieux encaisser les échecs et de continuer à essayer, là où une faible estime pousse à l’abandon pour éviter de souffrir à nouveau. Une basse image de soi peut mener à procrastiner et à être moins motivés, parce qu’on adopte des comportements qui valident l’image qu’on a de nous-mêmes (théorie de la self verification) et on est plus motivé par les environnements ou actions qui correspondent à l’image de nous même (motivation sélective).

Une bonne estime de soi est également en lien avec le fait d’avoir de bonnes relations : cela permet de ne pas surestimer le risque de rejet ou d’abandon, favorise l’ouverture aux autres. Se sentir valable rend plus enclin à s’affirmer, à écouter les autres et à exprimer ses émotions sans peur du jugement. Et contrairement aux idées reçues, une haute estime de soi réduit les comportements antisociaux, car c’est souvent la remise en question d’une identité fragile (faible estime ou narcissisme) qui génère de la violence.

Une bonne estime de soi favorise la satisfaction professionnelle, non pas en augmentant le salaire, mais en poussant à choisir des postes offrant plus d’autonomie et de liberté d’organisation. Elle peut aussi amener à de meilleurs comportements de santé (sport, activité physique), souvent grâce à un support social plus solide.

L’estime de soi ne doit pas être vue comme l’alpha et l’oméga de la vie. Elle fonctionne plutôt comme une huile qui fluidifie les différents aspects de l’existence et leur permet de se développer harmonieusement. Ainsi, se focaliser uniquement sur le travail de l’estime de soi peut être contre-productif. Les chercheurs suggèrent que pour l’améliorer, il est souvent plus efficace de modifier concrètement d’autres aspects de sa vie plutôt que de s’attaquer directement au sentiment d’estime de soi lui-même.

Dans sa troisième vidéo, Psykocoac donne des pistes concrètes pour sortir de la faible estime de soi. Le but va être de casser ce cercle vicieux de la basse estime :

  1. Ligne de base négative : « Je suis nul ».
  2. Prédictions négatives : « Je vais rater mon oral ».
  3. Conséquences réelles : Le stress entraîne des comportements inadaptés (parler trop bas, bégayer) qui provoquent un échec effectif.
  4. Confirmation : L’interprétation négative de cet échec vient renforcer la ligne de base initiale.

Donc pour casser ce cercle vicieux, on peut :


Définir qui on est : plus une personne définit clairement qui elle est, meilleure est son estime d’elle-même. Une identité cohérente sert de protection contre les remarques extérieures. Et cela passe par changer la ligne de base, les croyances telles que « je ne serais jamais assez bien ».


Être cohérent dans son identité plutôt que de viser le statu quo : L’important n’est pas de ne jamais changer, mais que le récit que l’on fait de sa vie soit cohérent. Le doute sur sa propre identité rend beaucoup plus vulnérable aux jugements d’autrui.

Obtenir des preuves réelles de notre valeur plutôt que de s’autopersuader qu’on a de la valeur : cela va passer par chercher à atteindre des objectifs concrets et réalistes dans divers domaines, par exemple tenter d’avoir une bonne note dans telle matière, travailler pour et l’avoir sous nos yeux.

Issu de mon travail sur l’autodétermination, je rajouterais ici qu’on peut changer ses croyances (pour soi ou pour autrui), sortir du cercle vicieux en s’aidant du champ lexical du possible et des possibilités, ainsi que du mode conditionnel : « je pourrais… », « il est possible de… », « on pourrait… », « si… alors je peux… » . L’avantage de reformuler les problèmes avec le champ des possibles et au conditionnel force à déceler toutes les possibilités variées d’une situation et son propre rapport à celle-ci. Cela amène à penser aux actions concrètes et variées qu’on pourrait tester.

Comme l’autodétermination est en lien avec une estime de soi suffisamment bonne, vous pouvez aussi la susciter chez autrui avec le langage orienté vers les possibilités et non vers les contrôles et les impossibilités. Évidemment ça ne marchera pas si ce sont des pseudos possibilités et que vous exercez des manœuvres contrôlantes par ailleurs

Le parasocial et l’estime de soi

En quoi alors le parasocial pourrait avoir un quelconque lien avec l’estime de soi, se situant dans un espace relationnel aux caractéristiques pourtant « irréelles » et n’allant que dans un sens ?

Les chercheurs26 expliquent que la relation parasociale peut renforcer l’estime de soi en permettant aux individus d’assimiler les caractéristiques de la figure médiatique, en augmentant le sentiment d’efficacité personnelle, en favorisant le sentiment d’appartenance, en valorisant la relation perçue, en établissant un lien avec d’autres personnes ayant un même parasocial.

Par exemple, Derrick (2009) montre que s’il y a une faible estime de soi, le visionnage de série préférée procure un sentiment d’appartenance, ce qui atténue les menaces sociales pesant sur leur estime de soi. À mon avis, cela permet de se sentir appartenir au groupe de fans de Twin Peaks par exemple, donc un sentiment d’appartenance menant à des relations facilitées par ce point commun de discussion. Non seulement ce revisionnage nous permet de ne pas nous sentir seuls, mais il nous rappelle un point sur notre carte d’identité sociale (être l’un des nombreux fans de Twin peaks), ainsi que sur des points personnels. Par exemple, dans cette conférence :

Un homme raconte comment il s’est reconnu dans la vie du personnage de Laura Palmer de Twin Peaks, et comment cela l’a littéralement aidé et donner de la force pour attendre le moment où, enfin adulte, il pourrait fuir une famille toxique.

Ainsi en 2008, Derrick montre que lorsqu’une personne à faible estime de soi écrivait sur leur célébrité appréciée, elle rapportait ensuite plus de similarité entre leur moi réel et leur moi idéal : c’est important parce que les personnes à basse estime de soi tendent à avoir un écart important entre la personne qu’elles pensent être et celle qu’elles souhaitent devenir, là où il y a peu de différence entre les personnes à haute estime.

Dans une autre expérience (Brown, 2015), si on dit aux participants de se rappeler d’un proche qui aime la même figure médiatique que nous, l’estime de soi grimpe. Dans le même ordre d’idées, si on dit aux participants que leurs émissions préférées est appréciées en général, alors l’estime de soi est comblée. Ce n’est pas le cas si l’avis général est dit neutre ou impopulaire. Ainsi cette expérience montre à quel point l’estime de soi est sensible aux indices sociaux, car quand l’appréciation est partagée, cela nous valide socialement, ce qui fait qu’on s’estime mieux.

On peut d’ores et déjà imaginer à quel point cela pourrait faire se sentir mal, isoler ou offrir un défi supplémentaire à l’estime de soi d’avoir des goûts qui sont impopulaires, peu partagés ou pire vus et considérés comme honteux dans nos environnements sociaux proches ou distants (par exemple des médias entiers qui vilipendent tout un genre de musique voire d’autre média, comme cela a été le cas pour le jeu vidéo, encore pas mal dénigré). Comme on s’identifie à l’œuvre, de façon sociale et/ou personnelle, qu’elle soit rejetée, peut nous faire nous sentir rejetés. Certains jeunes pourraient alors se forcer à changer leurs goûts pour opter pour ceux qui sont communément valorisés par leurs camarades. Ils pourraient arriver à aimer l’œuvre populaire, n’en étant éloigné que par méconnaissance ou mépris, blocage de leurs autres environnements (des parents qui par exemple vilipendaient les jeux vidéo ou un genre de musique), mais ça pourrait aussi continuer à les débecter même après les avoir testé. Ce désamour est assez particulier et la personne peut devenir antifan : autrement dit, le désamour construit tout de même qui on est, ce qui peut aider à l’estime de soi, si ce désamour amène à chercher vraiment ce qu’on aime et auquel on s’identifie.

On pourrait croire que le parasocial est néfaste pour l’estime de soi, parce que l’on connaît aussi les dommages, notamment liés aux réseaux sociaux, de n’avoir que des figures de références qui semblent tout réussir, être parfaites en compétences, physiques et sociales sur Instagram, ce qui renverrait un miroir négatif sur notre vie, bref révéler à quel point on est nul sur ces points. C’est effectivement le cas lorsqu’on prend le contenu de ces figures médiatiques comme point de comparaison sociale, l’estime de soi en prend un sacré coup.

Mais dans l’expérience parasociale, le fan n’est pas dans la comparaison sociale, il est dans ce que les chercheurs nomment l’assimilation à soi : quand on est dans une relation étroite avec quelqu’un, qu’on n’est pas narcissique, on peut ressentir une joie, une fierté quand il partage ses réussites, comme si c’était les nôtres. C’est ce moment de célébration avec cet ami proche qui vient d’avoir son diplôme ou ce poste rêvé, vous ressentez sa joie comme si c’était la vôtre, et ça l’est d’ailleurs, parce que vous festoyez. C’est exactement cette assimilation à soi, qui demande des capacités empathiques, qui fait qu’on ressent parfois même plus de satisfaction à offrir des cadeaux qu’à en recevoir, parce que la joie de l’autre nous rend encore plus joyeux, dans un échange constant et fluide d’émotions qui n’ont plus de barrières individuelles, mais se vivent démultiplier en collectif.

C’est comme ce qui se passe dans un échange social classique où des compétences socio-émotionnelles sont actives : (Moïra Mikolajczak, Les compétences émotionnelles)

Plus la relation est étroite et intime, plus il y a assimilation (Aron 1991) et plus c’est éloigné plus y a un effet de contraste (Dijksterhuis, 1998).

Eh bien tout ceci peut aussi être vécu avec des relations parasociale, puisque la relation a effacé les critères de distance qu’il y a pu avoir au début, comme on l’a vu juste au-dessus avec l’homme qui s’identifie à Laura Palmer à cause de conditions de vie commune, cette assimilation ayant pu lui fournir une force dont il avait besoin pour tenir bon et se libérer.

Même si avec le parasocial on est dans un espace temps de sociabilité qui semble être peu concret, notre identité (sociale et/ou personnelles) et nos capacités socio-émotionnelles peuvent se construire, se raffermir ou croître dans ce rapport parasocial.

Par exemple, Aubre (2018) et Tukachinsky Forster (2021) montrent que les jeunes mères trouvent du répit dans la romance parasociale, notamment parce que cela les reconnecte à leurs identités romantiques et sexuelles que la maternité tend à écarter pour des raisons de temps, de pressions et normes sociales. Idem dans le veuvage, la romance parasociale permet de retrouver une nouvelle identité sexuelle en dehors des relations précédentes. Pour les jeunes, cela permet de se préparer à des relations amoureuses.

Dans la baisse d’estime de soi, le sentiment d’efficacité personnelle est entaché ; or on voit que la connexion parasociale peut littéralement fournir ce sentiment d’efficacité personnelle. Par exemple, Tian et Yoo (2015) montrent que l’émission biggest loser a amené à plus d’efficacité personnelle ; Hoewe & Sherrill (2019) ont montré que la présence de femmes politiques dans les séries augmente le sentiment d’efficacité personnelle politique.

La connexion à des contenus peut amener à une comparaison sociale assez sapante pour l’estime de soi, mais dans le cas de l’expérience parasociale, il y a de la place pour une assimilation à soi. Ce qui va éveiller tout d’abord des émotions positives partagées avec la star, ainsi que des opportunités de connexions réelles facilitées avec d’autres fans, ce qui va combler le sentiment d’appartenance, et le sentiment d’efficacité personnelle. Ces différents amours, ces différentes relations parfois fortes, se connectent à nos identités sociales et personnelles, nous rapprochant de qui on veut être, et nous fournissant même des éléments de force pour l’être IRL.

Ainsi, au vu de tous ces bénéfices, l’affront contre les fans, leur ridiculisation, leur pathologisation, alors qu’ils sont capables d’une assimilation magnifique (car totalement signe d’une empathie fonctionnelle tant au niveau cognitif qu’affectif ) paraît hautement suspicieux.

Les connexions parasociales ne se contentent pas d’être un boost sur l’estime de soi, mais de façon encore plus épique, elles aident à notre autodétermination, à se sentir plus chez soi dans l’existence, avec des buts plus clairs guidés par des identités sociales et personnelles qui ont pu croître : pourquoi ridiculiser ça ? Pourquoi mettre la honte sur ces fans ?

Peut-être que c’est parce qu’il y a encore un autre bénéfice à ces liens parasociaux, qui idéologiquement peut ne pas plaire du tout à certains partis intolérants : la diminution des préjugés.

C’est ce qu’on verra la semaine prochaine !


Notes de bas de page

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La bibliographie complète est disponible ici :

1 Fragment Divertissement n° 4/ 7 — Papier original : RO 139, 210, 209, 217-2 et 133 Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Divertissement n° 186 p. 53 à 57 v°/ C2 : p. 76 à 81 Éditions de Port-Royal : Chap. XXVI — Misère de l’homme : 1669 et janv. 1670 p. 203-217/ 1678 n° 1 à 3 p. 198-211 Éditions savantes : Faugère II, 31, II/ Havet IV.2/ Michaut 335/ Brunschvicg 139/ Tourneur p. 205-3/ Le Guern 126/ Lafuma 136/ Sellier 168 https://www.penseesdepascal.fr/Divertissement/Divertissement4-moderne.php

2 La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576

3 On trouve ce genre de sous-texte dans les ouvrages de La Boétie, mais aussi chez des intellectuels utilisant des prismes marxistes, par exemple : Bellefleur, M. (1981). Travail et loisir : du loisir antique au loisir contemporain. Philosophiques, 8 (2), 303–341. https://doi.org/10.7202/203172ar ; Divertir pour dominer 1, éditions l’échappée, 2010

4 On trouve cette interprétation dans des ouvrages à droite comme ceux de Babeau.

5 Théorie de l’attachement de Bowlby (1969).

6 Cole & Leets (1999)

7 Greenwood (2008)

8 Cohen (2004)

9 Bond (2018), McCutcheon (2021), Woznicki (2021)

10 Quantifié par le fait de ne faire que ça de sa journée, allant jusqu’à parfois 16 h par jour de jeux.

11 Plus présent dans une certaine gauche.

12 Plus présent dans une certaine droite, couplé avec des questions de mérite, d’efforts, de réussir à gagner une certaine compétition.

13 Besoin de proximité sociale (se sentir connecté et important pour les autres), besoin d’autonomie (pouvoir prendre ces choix et décisions), besoin de compétence (pouvoir se sentir agir efficacement), cf Self-determination Theory, Deci et Ryan (2017).

14 Extrait de ETP où j’explique plus longuement la notion. Il s’agit de cinq compétences : capacité à identifier, à comprendre, à exprimer, à réguler et à utiliser ses émotions ou celles d’autrui. Ces compétences sont dites également sociales, car elles facilitent les interactions sociales positives, la résolution des conflits, la compréhension de l’environnement social, la résolution de problèmes dans l’environnement social voire sa modification, son évolution. À l’inverse, des lacunes dans ces compétences rendent difficiles les interactions, les relations, la compréhension des environnements et l’action sociale positive. L’humain étant un animal social, il a plus de bien-être et une meilleure santé avec de bonnes compétences socio-émotionnelles. Car elles lui permettent de mieux se connecter positivement à autrui. Ces compétences ne sont pas innées, elles peuvent se développer, s’améliorer, s’apprendre, évoluer ; voire parfois être sapées, brisées, entravées (par des traumatismes par exemple).

• L’identification est la capacité de repérer et nommer l’émotion en soi et/ou de la repérer et la nommer chez autrui.

• La compréhension est la capacité à comprendre les causes et les conséquences de l’émotion en soi et/ou d’en comprendre les causes et conséquences chez autrui.

• L’expression consiste en la capacité d’exprimer son émotion d’une façon socialement acceptable et/ou de permettre aux autres d’exprimer leurs émotions.

• La régulation est la capacité de gérer les émotions ou le stress lorsqu’ils sont inadaptés au contexte et/ou d’aider les autres à gérer leurs émotions et leur stress.

• L’utilisation consiste à utiliser ses propres émotions pour accroître son efficacité dans un domaine, une situation ou/et d’aider les autres à utiliser leurs émotions pour accroître leur efficacité dans un domaine.

15 Babeau, la tyrannie du divertissement

16 Ce sont les termes de Babeau, pas les miens.

17 J’en reparlerai un de ces jours dans un ouvrage.

18 Que les solitaires chroniques aient moins de parasocial, alors qu’on pourrait imaginer que par besoin de compenser ils en aient beaucoup plus

19 On reviendra sur la question du transport plus tard, mais si vous êtes curieux ou suspicieux, voici quelques sources sur le sujet : dans Slater, Ewoldsen et Woods (2018), les relations parasociales avec les personnages et les acteurs sont fortement corrélées à la transportabilité (la tendance habituelle à être transporté dans une histoire), avec .71 de corrélation entre parasocial, les personnages d’une histoire et le transport et, .63 entre parasocial, acteurs et transport. Silver et Slater (2019) ont répliqué l’expérience avec les mêmes résultats, de très fortes corrélations. On trouve aussi d’autres études telles que : Murphy, Frank, Moran et Patnoe-Woodley (2011) ; Wong, Lookadoo et Nisbett (2017 ; Nisbett et Schartel Dunn (2021) ; Murphy, Frank, Moran et Patnoe-Woodley (2011) ; Liebers et Schramm (2017) ; Green et Brock (2000) ; Brown (2015)

20 Je précise cela parce que je me mets à la place de personnes dans une même perspective que celle de Babeau, mais factuellement ce qui se passe dans un parasocial qui élève n’a rien de l’effort personnel, mais est totalement social, impliquant la participation active de plusieurs parties sociales, parfois immenses dans le cas de grosses productions.

21 Idem, je vais en parler dans les chapitres suivants, mais si vous êtes curieux ou suspicieux vis-à-vis de cela, vous pouvez d’ores et déjà fouiner dans ces recherches : Derrick, Gabriel & Tippin (2008) ; Young, Gabriel & Sechrist (2012) et Young, Gabriel & Hollar (2013) ; Derrick, Gabriel & Hugenberg (2009 ; Knowles (2013) et Knowles & Gardner (2012) ; Ward (2004) ; McCullough et al. (2021) ; Brown et al. (2015) ; Keaton, Gearhart & Honeycutt (2014)

22 Idem, je vais en parler dans les chapitres suivants, mais si vous êtes curieux ou suspicieux vis-à-vis de cela, vous pouvez d’ores et déjà fouiner dans ces recherches : Schiappa, Gregg & Hewes (2005, 2006), Bond (2021) , Massey, Wong & Barbati (2021) , Vezzali et al. (2015), Alrababa’h et al. (2021), Kim & Harwood (2020), Breves (2020), de Groot et al. (2022)

23 Idem, je vais en parler dans les chapitres suivants, mais si vous êtes curieux ou suspicieux vis-à-vis de cela, vous pouvez d’ores et déjà fouiner dans ces recherches : Gomillion & Giuliano, 2011 , Woznicki et al., 2021, Bond, 2018, Tukachinsky Forster, 2021, McInroy & Craig, 2017, Ward, 2004, (David et al., 2002, McCullough et al., 2021, Abrams & Giles, 2009), Lotun et al., 2022, Moyer-Gusé et al., 2019

24 Ici j’en parlerais moins, d’une part car le sujet m’est trop sensible en raison d’engagement IRL à ces sujets donc je vous laisserais le soin d’explorer vous-même le sujet ici : Wong, Lookadoo et Nisbett (2017) : cette étude sur Demi Lovato et son trouble bipolaire montre que plus l’interaction parasociale (PSI) est forte, plus les stéréotypes négatifs et le désir de distance sociale envers les personnes bipolaires diminuent ; Lotun et al. (2022) : une recherche menée sur des créateurs YouTube révélant un trouble de la personnalité borderline (TPB) démontre que la création d’un nouveau lien parasocial réduit significativement les préjugés explicites et l’anxiété envers les personnes souffrant de troubles mentaux ; Hoffner et Cohen (2018) : suite au décès de Robin Williams, les fans ayant une relation parasociale (PSR) forte avec lui ont rapporté une distance perçue moindre envers les personnes souffrant de dépression clinique et une plus grande volonté de chercher un traitement professionnel ; Jain, Pandey et Roy (2017) : l’étude sur la célébrité de Bollywood Deepika Padukone montre que le lien parasocial avec elle après sa révélation sur sa dépression a augmenté les intentions des spectateurs de chercher de l’aide et leur sentiment d’auto-efficacité face à la maladie ; Hoffner et Cohen (2012) : l’analyse des fans de la série Monk, dont le personnage principal souffre de troubles obsessionnels compulsifs (TOC), montre que l’attachement au personnage influence positivement les perceptions et les comportements liés à la santé mentale ; Rasmussen et Ewoldsen (2016) : ils ont montré que la confiance accordée au Dr. Phil via une relation parasociale encourageait les téléspectateurs à envisager des traitements de santé mentale pour eux-mêmes ou leurs enfants ; Brown et Basil (1995)/Casey et al. (2003) : l’annonce de la séropositivité de Magic Johnson a eu un impact massif sur la connaissance du VIH/SIDA, augmentant les discussions sur le sujet et les taux de dépistage, particulièrement chez ceux qui s’identifiaient fortement à lui ; Kosenko et al. (2016) : l’étude de « l’effet Angelina » (Angelina Jolie), la force de la PSR avec l’actrice a prédit l’intention des femmes de se faire dépister pour les mutations génétiques liées au cancer du sein, car le lien parasocial rend le risque « plus réel » ; Myrick et Willoughby (2021) : après que Tom Hanks a révélé avoir contracté le COVID-19, les individus ayant un lien fort avec lui ont montré une plus grande intention d’adopter des comportements de prévention (masque, distanciation), l’acteur agissant comme un “canari dans la mine” pour son audience ; Moe (2012) : la recherche sur Michael J. Fox montre comment son plaidoyer public pour la maladie de Parkinson a permis de sensibiliser le public et de lever des fonds en utilisant son capital de sympathie parasociale ; So et Shen (2016) : des récits mettant en scène des personnages souffrant de maladies sexuellement transmissibles (MST) ont réduit la distance sociale envers les malades et augmenté la perception du risque personnel chez les spectateurs

25 Idem, je vais en parler dans les chapitres suivants, mais si vous êtes curieux ou suspicieux vis-à-vis de cela, vous pouvez d’ores et déjà fouiner dans ces recherches : Nisbett et Schartel Dunn (2021) ; Gabriel et al. (2018) ; Paravati et al. (2020) ; Wen et Cui (2014) ; Hoewe et Sherrill (2019) ; Levy (1979) ; Bond (2021) ; Bae, Brown et Kang (2010)/Bae et al. (2011) ; Chattoo et Feldman (2017) ; Tukachinsky et al. (2019) ; Beck et al. (2014) ; Brown et Basil (1995) ; Kosenko et al. (2016)

26 Tukachinsky Forster, Rebecca (ed.), The Oxford Handbook of Parasocial Experiences (2023)


🃏Cartes
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Définir qui on est : plus une personne définit clairement qui elle est, meilleure est son estime d’elle-même. Une identité cohérente sert de protection contre les remarques extérieures. Et cela passe par changer les croyances telles que « je ne serais jamais assez bien ».

Agir en cohérence. L’important n’est pas de ne jamais changer, mais de prendre des décisions qui restent reliées au récit que l’on fait de sa vie. Le doute sur sa propre identité rend beaucoup plus vulnérable aux jugements d’autrui.

Chercher des preuves réelles de notre valeur plutôt que de s’autopersuader qu’on a de la valeur : cela va passer par chercher à atteindre des objectifs concrets et réalistes dans divers domaines.

Point commun, pour faciliter les relations on peut rechercher les points communs et les mettre en avant, car on (para)socialise plus rapidement avec ceux qui nous ressemblent : cela diminue l’incertitude.

La comparaison sociale avec les célébrités peut déprimer ; mais si cela advient c’est signe qu’il n’y a pas de relation parasociale de qualité avec elle. A la place, on peut passer son chemin ou chercher à se lier.

Assimilation à soi. On peut vivre les émotions d’autrui exactement comme si c’était les nôtres.

Parasocial empuissantant. Certaines expériences parasociales augmentent le sentiment d’efficacité personnelle, y compris politique.

Téléportation élargissante. Plutôt que fuir, se téléporter dans un récit permet d’élargir son identité, élargir les frontières du soi, en vivant dans une réalité différente. C’est plus qu’une compensation, c’est une augmentation.

Parasocial réparateur. Certaines relations parasociales aident à reconstruire une continuité de soi après des changements, des difficultés, des ruptures de liens.


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