Être stupide, où l’art du sabotage social selon les leçons de la CIA

Mais quel troll, mais quel con ! Sur Internet, dans l’administration, au travail, il arrive toujours un moment où l’on croise le chemin de cet individu lent, stupide et inefficace. Un « connard » qui empêche tout le monde d’avancer, que ce soit à la caisse en posant des questions idiotes qui gênent tant le caissier que les autres clients ; au travail, faisant tellement de bourdes que toute l’équipe est sanctionnée ; dans les réunions en s’attardant sur des points inutiles ou en racontant sa vie durant des heures ; en formation, en vous donnant les pires conseils qui soient.

Ce troll de la vie réelle, ce boulet, on le taxe d’enflure puis on l’évite autant que possible. Mais peut-être qu’on a tort de classer son affaire dans le dossier « cons » avant de passer à autre chose. Peut-être même qu’au contraire, au-delà de sa stupidité et de sa connarderie apparente se cache un être qui a des objectifs précis et même des finalités bien plus épiques que sa tendance à être lent, idiot ou insupportable d’un point de vue social.

Peut-être même que ce con, même si c’est la douzième fois qu’on lui répète la même explication qu’un enfant de deux ans comprendrait et qu’il fait toujours tout de travers, est un agent de la CIA.

Oui, oui, vous avez bien entendu.

Un agent de la CIA, rien de moins.

LIRE CET ARTICLE EN PDF : CIA conseil sabotage social

Nous avons également fait une conférence de ce sujet ici :

WTF, Pourquoi la CIA ?

Non, nous ne virons pas du côté sectaire du complotisme illuminati-chemtrails-sioniste-franc-maçonnique, ce chapô n’avait que pour but d’introduire la traduction d’un document déclassifié de la CIA que nous vous proposons aujourd’hui. Il s’agit d’un petit manuel pour guider « le sabotage simple », une forme de sabotage du quotidien accessible au quidam, qui tient pour l’essentiel à se conduire comme un individu indésirable, stupide et gênant. Autrement dit, ce document est un véritable manuel d’instruction pour faire du « black hat trolling », se comporter comme un troll qui a des objectifs de destruction, de sabotage du travail de tout le monde.

Nous voulions dans l’article sur le trolling parler de cette forme de troll qui a pour visée le sabotage social d’un groupe, mais nous n’avions pas eu la place tant il y avait d’autres choses à aborder. Ce document fait office de rattrapage, on peut tout à fait le transposer au net, et oui ce type de sabotage (sur le net ou irl) est une vraie manœuvre utilisée par des services voulant détruire des groupes de l’intérieur.

Attention également, tous les saboteurs du quotidien, que ce soit cette administration qui fait tout pour vous ralentir, vous demandant des documents, mais oubliant de préciser ceux nécessaires, perdant votre courrier et vous accusant de cette perte ; que ce soit ce collègue qui pourrit toutes les réunions en contestant des détails idiots ; ces personnes-là n’ont pas forcément un plan de destruction du groupe, de l’entreprise, du projet. Elles peuvent le faire inconsciemment, parce que leur vie dans le lieu leur déplaît, parce qu’elles ne s’avouent pas qu’elles détestent leur entreprise, parce qu’elles ont du ressentiment ; parce qu’elles se haïssent et que saboter leur propre travail alimente et confirme l’image négative qu’elles ont d’elles-mêmes

Cependant, ce document reste passionnant dans les comportements qu’il décrit comme efficaces pour saboter une dynamique de travail. Étonnamment, on y reconnaît le mode de fonctionnement de pôle emploi par exemple, ce qui est fort questionnant.

Il est passionnant d’un point historique, également fort intéressant dans la représentation des citoyens par l’agence. On note cette phrase épique « Se déterminer à faire preuve de stupidité volontaire est contraire à la nature humaine. » qui est fort instructive d’un point de vue considération de l’humain.

Ce document a, étonnamment, un fort potentiel humoristique (humour assez noir quand même) bien qu’il soit tout à fait sérieux, ce qui nous l’a rendu fort agréable à traduire, et nous espérons que comme nous, vous en tirerez aussi beaucoup de plaisir et de réflexions nouvelles sur l’interprétation de ces rapports sociaux problématiques.

Ce « sabotage simple », vous le verrez, n’est pas sans rappeler des techniques de hack social telles qu’on a pu en décrire sur les conférences, par exemple. Excepté qu’ici, il n’y a strictement aucune bienveillance, il s’agit de tout casser, et même les collègues non-nazis sont mis dans l’embarras par les actions, voire mis en danger physique (pour la partie sabotage matériel que nous n’avons pas mis en ligne). Ce document est donc un manuel de crack social, il s’agit de hacks à but destructif qui n’ont pas d’éthique, si ce n’est protéger sa propre personne et lutter contre l’ennemi.

Le contexte du document

Il date de 1944 et est signé de l’OSS (Office Strategic Services, précurseur de la CIA) Il était distribué aux agents en Europe afin de former des citoyens-saboteurs dans les pays occupés (notamment la France et la Norvège). Ce document s’inscrit donc dans un contexte de guerre, les stratégies proposées ne s’effectuent pas dans le pays allié, elles sont préconisées pour ennuyer, ralentir, perturber les nazis. Il y a donc toute une partie du document que nous n’avons pas traduit qui donne des conseils pour détruire l’air de rien du matériel, provoquer des incendies, faire des dommages importants avec les moyens du bord. Nous n’avons gardé que les parties descriptives et psychologiques, ce sont celles qui sont les plus intéressantes et celles que la CIA actuelle trouve, encore aujourd’hui, les plus pertinentes : la caractérisation du sabotage, la formation des citoyens à devenir saboteur, les problématiques liées à la motivation des saboteurs, ainsi que les sabotages type cracking social/black trolling au travail.

Nous vous laissons le document tel quel, sans autre commentaire que les illustrations dont nous le parerons, afin que vous puissiez en juger par vous-même. On pourra toujours en discuter dans les commentaires si vous le souhaitez. Il est possible, mais pas certain, qu’on fasse appel à ce document dans d’autres articles.