★Ne plus être instrumentalisé par la manipulation Darvo

📄Ceci est la suite (et fin) de cet article qui explique le Darvo : Darvo : une manipulation mentale cauchemardesque
📎

Un résumé de la manipulation en image :

DARVO

tactique de manipulation d’un agresseur *

D — DENIER

PREMIÈRE ÉTAPE
Une cible réagit à une agression, l’agresseur nie les faits, pratique le gaslight.

« c’était pas si grave »
« je ne sais pas de quoi tu parles »
« tu exagères »
(etc.)

A — ATTAQUER

DEUXIÈME ÉTAPE
Après avoir nié la réalité des faits, l’agresseur attaque.

« tu essayes de me manipuler ! »
« tu délires »
« t’es folle/fou »
« tu mens ! »
(etc.)

R — REVERSE

= inverser

V — VICTIME
O — OFFENSEUR

TROISIÈME ÉTAPE
Après avoir attaqué, l’agresseur inverse la culpabilité.

« c’est moi la vraie victime »
« pourquoi tu m’attaques ? »
« j’ai toujours été gentil »
« tout le monde va penser que je suis une personne horrible à cause de tes mensonges »
« t’as vu ce que tu me fais ! »
(etc.)

EN SAVOIR PLUS

Freyd (1997)

Harsay & Freyd (2020, 2022, 2023) (…)

Hacking social (2026)
« Darvo une manipulation cauchemardesque »

L’excellente nouvelle apportée par les études est que connaître la méthode du DARVO permet aux spectateurs de ne pas tomber dans le panneau : dans une étude de Harsey et Freyd, on présentait à des personnes des récits d’agression avec ou sans Darvo. Les personnes ont moins cru la cible, l’ont rendue plus responsable de la violence qu’elle avait subie. Puis ils ont renouvelé l’expérience, mais cette fois en informant certains participants de ce qu’était la méthode du DARVO : ceux qui avaient reçu cet enseignement croyaient davantage la cible et l’auteur de violence était perçu comme moins crédible1.

Chercher à comprendre ce qu’est le Darvo

Cependant, vous voyez le coup venir : des agresseurs ou leurs soutiens actifs pourraient informer de la méthode du Darvo pour accuser les cibles de le faire, alors qu’elles essayent juste d’alerter sur la violence qu’elles reçoivent. Et je n’expose pas cette idée saugrenue par hasard : la première fois que j’ai entendu parler du Darvo, c’était parce que je faisais des recherches sur le Gamergate, donc un contexte où des cibles de harcèlement étaient accusées d’être de méchantes manipulatrices utilisant le Darvo, donc « méritant » selon les agresseurs encore plus de harcèlement violent. Le serpent se mord la queue. Cependant, dès lors qu’on cherche des faits sur ces personnes accusées de Darvo, leur narratif manipulatoire ne tient pas : on ne trouve que des mensonges, des inventions totales, des centaines d’étiquetages violents voire indécents et pervers. Par contre pour eux, il y a au contraire des tonnes de faits, de structures élaborées spécifiquement pour harceler et des traces de dizaines de manœuvres perverses menées par les agresseurs, sourcées solidement, que les cibles ont à peine pu canaliser. C’est vraiment prendre les gens pour des idiots, y compris leurs propres « alliés » que d’avoir tenté de faire passer ce harcèlement massif pour une critique des médias légitimes.

  • Une accusation de Darvo ne prouve pas qu’il y en a un, il y a besoin de voir où sont les violences primaires (par exemple la liste qu’on a vu précédemment) et secondaires (négation des faits et violence secondaire retournant l’accusation). Accuser les cibles de Darvo alors qu’elles n’ont pas agressé c’est pratiquer le darvo.

Ainsi, c’est à cause de ce genre d’affaires sur Internet que j’ai insisté sur l’importance de distinguer les faits des étiquettes. Les agresseurs ou soutiens de l’agresseur ont des versions des faits peu solides et visant un jugement de la personne comme étant une mauvaise personne. L’idée est de pourrir les réputations, tout simplement, et ils ne voient pas vraiment l’intérêt de travailler les faits puisque — et malheureusement ils ont raison — les gens ne cherchent pas nécessairement à savoir quels faits concrets se cachent derrière la mauvaise réputation, ou se contentent de croire ce que dit leur groupe, sans chercher à comprendre le phénomène.

Demander les faits concrets derrière l’étiquette négative permet parfois de révéler un Darvo.

Ainsi sur Internet, la simple demande de faits permet de révéler les Darvo et autres tentatives de manipulation, puisque l’agresseur n’en a pas et que ces accusations sont totalement gratuites, voire complètement mensongères. Il va tourner autour du pot en changeant de sujet, tenter de faire croire qu’on a mal compris et qu’il parlait d’autre chose, insulter de nouveau avec une virulence renouvelée. On peut le faire en tant que spectateur ou cible, par exemple en demandant qu’est-ce qu’on a fait de mal qui justifie l’étiquette de *insérer ici une insulte ou une accusation* : si la personne n’a rien à donner de concret, c’est qu’elle voulait juste s’en prendre à vous gratuitement. Si au contraire elle peut expliquer des faits concrets qui sont totalement cohérents avec l’accusation (par exemple vous accuser de racisme et vous rapporter vos propos racistes), c’est légitime de sa part au vu des offenses que vous avez commises. Attention quand même à ne pas jouer au juge et à l’enquêteur exigeant un niveau de preuve indécent : si on une personne rapporte un viol de la part de celui qu’elle traite de connard par exemple, le terme « viol » renvoie déjà à une forme de fait contrairement à juste connard qui est une étiquette qui est floue sur les comportements problématiques.

Comprendre qu’un militantisme, un engagement pour une cause n’a pas un besoin viscéral de s’acharner sur une personne sans pouvoir politique important, étant donné que les causes pour lesquelles on s’engage sont généralement des problèmes structurels qui ne seront pas réglés par la punition, la correction, le contrôle sur cette personne.

J’en ai parlé déjà de long en large dans le dossier sur le militantisme déconnant et récemment en live ici :

Par exemple s’acharner sur le carnivore si votre cause est l’antispécisme ne va pas protéger les animaux, vous acharnez sur l’influenceur qui utilise des outils ou consomme des produits peu écologiques ne va pas résoudre la question du réchauffement planétaire, harceler la créatrice ou le créateur que vous ne trouvez pas assez politisé ne va pas augmenter le taux de vote et d’engagement politique. Au contraire, toutes ces façons de faire ça pourrait avoir l’effet inverse à cause de la réactance.

Sur la réactance :

Les nouveaux auront alors peur de s’exprimer mal ou de partager leur engagement, et les motivations à cet engagement ne reposeront que sur des motivations de piètre qualité (peur d’avoir honte par exemple) qui n’aident pas. Attaquer des gens lambdas au nom d’une cause est connu pour être une tactique de sabotage de mouvement, par des infiltrés2. C’est donc à éviter si vous tenez à votre cause et que vous ne cherchez pas à la saboter. Ce n’est pas de la force de faire ça, et une cause honnête et réfléchie n’exige en principe pas de ses membres ce niveau de violence pour qu’elle soit reconnue et acceptée, sauf à être d’extrême droite (donc validant la violence), avoir des mécaniques sectaires ou de gang.

La violence contre un individu est une méthode qui n’a de l’utilité que dans des contextes d’urgence où l’employer pourrait arrêter le problème, comme réussir à maîtriser un terroriste qui s’apprête à tuer des centaines de personnes, stopper des plans de meurtres, empêcher des violences. Par exemple la potentielle violence que pourrait déployer les blacks panthers pourrait être tout à fait légitime, car ils ne vont pas l’initier, mais l’employer en légitime défense pour protéger les gens des milices violentes que sont ICE :

Ainsi il n’est pas inutile de se rappeller ce qu’est une légitime défense :

Légitime défense : on a le droit de se défendre ou de protéger quelqu’un par des moyens violents, du moment que l’attaque est injustifiée, qu’on le fait immédiatement, que c’était la seule solution, et qu’on le fait de façon proportionnelle (doit être d’égale gravité à l’attaque)3. Ce concept peut être manipulé pour inverser les blâmes, ou d’une façon qui n’inclut pas ces caractéristiques (l’attaquant dit que c’est de la légitime défense, mais son attaque était plus grave que le méfait initial, n’était pas nécessaire à la protection, etc.

Se rappeler qu’on est toujours responsable des actes de violence qu’on mène, quelles que soient les explications.

Pour éviter de se faire instrumentaliser par le Darvo, se rappeler qu’on est toujours responsable de nos actes n’est pas inutile. Les agresseurs menant du Darvo tente d’avoir des alliés-pions qu’ils vont convertir à la violence contre une cible, ce qui est pratique pour eux, car ils ont la violence, mais sans se salir les mains et être inquiétés. Vous pouvez être utilisé comme un pion et cela ne peut que vous desservir parce que, quelles que soient les configurations, participer à des comportements préjudiciables sera jugé de votre responsabilité devant un tribunal, qu’importe les raisons qui vous ont influencé à le faire, la liste des violences reste une violence dans tous les cas.

Et même si nous avions des structures de justice différentes, telles que la justice réparatrice ou transformatrice, cela ne change pas la nature de ce qui est considéré comme une violence : par exemple, dans l’article x on voyait des personnes accusées d’inceste qui ont été prises en charge par leur communauté à toutes les étapes en justice transformatrice. Et la première étape était de les sortir du déni pour qu’elles puissent mesurer en pleine conscience la violence injustifiable, intolérable de leurs actes. Ce processus de responsabilisation, d’endosser ses actes comme de sa responsabilité et endosser le devoir de réparation vise à éviter toute récidive. Ces justices alternatives n’excusent pas les violences, bien au contraire, et le travail qu’il y a de compréhension des éléments sociologiques, psychologiques, politiques et culturels alimentant la violence est fait en plus de cette responsabilisation, justement pour tenter d’apprendre à dépasser des conditionnements et des déterminations qui mèneraient à la violence. Par exemple, les offenseurs dans l’article x apprenaient comment la colonisation avait participé à détruire des structures culturelles dont il aurait eu besoin pour développer des interactions pacifiques et hors de la violence, et ils se sont attelés à dépasser tous ensemble ce problème pour que la violence ne se reproduise plus, travaillant individuellement comme socialement. Bref tout ça pour dire que non, les éléments explicatifs sociologiques, psychologiques, politiques, culturels relevés ne sont pas là pour tracer une destinée sordide, mais pour relever tous les problèmes à surmonter en même temps, ou travailler individuellement et collectivement à la fois pour résoudre les problèmes. Un agresseur qui se cache derrière les déterminations sociales, psychopathologiques, politiques pour se déresponsabiliser a un chemin de prise de conscience à faire pour endosser ces actes en même temps qu’une transformation collective de la société, qu’on soit en faveur d’une justice classique, réparatrice ou transformatrice, de droite ou de gauche. Par exemple dans l’ouvrage « L’Homme qui voulait cuire sa mère », Magali Bodon-Bruzel, une psychiatre s’occupant de personnes ayant commis des crimes sous l’impulsion de délires travaillent en premier lieu à faire émerger de façon sécurisante la prise de conscience de l’acte de crime, afin que la personne puisse s’engager dans tous le travail qu’il y a à faire pour ne plus recommencer. Il est particulièrement validiste et psychophobe d’associer les troubles à d’implacables et inévitables comportements antisociaux, parce que de nombreuses personnes à fort troubles n’emploieront jamais la violence, même dans des conditions de vie délétères. Ainsi les agresseurs qui mettent sur la responsabilité de leur comportement antisocial sur leur trouble révèlent en fait un manque de prise de conscience pour les effets de leurs actes, et opèrent par là même une association trouble-antisocialité très injuste pour les autres personnes pacifiques ayant les mêmes troubles.

  • La violence (qui n’est pas de la légitime défense) n’est pas une force, mais un manque d’accès à l’imagination des possibilités quant à la résolution de problèmes ou de façon d’être en relation sociale avec autrui

Cette vidéo de spécialiste de la justice transformatrice est assez parlante : la plupart des agresseurs n’avaient pas d’idée de comment se connecter aux autres d’une façon qui n’employait pas différentes violences, et iels travaillaient à leur apprendre différentes possibilités. Ainsi, si vous agressez et que vous vous sentez fort de l’avoir fait, factuellement c’est juste vos croyances qui vous fournissent ce sentiment de force illusoire. Extérieurement et quand on regarde les faits, ce qui est visible ce sont vos limitations, votre manque de contrôle, car pour les personnes qui n’ont pas besoin de la violence pour résoudre des problèmes ou être en relation, cette violence est l’échec manifeste d’avoir perçu les dizaines voire les centaines d’autres possibilités non violentes qui n’ont pas été prises en compte. Ainsi, tout le monde gagnerait à se demander s’il n’y a pas d’autres possibilités à tester pour atteindre un but avant d’aller piocher dans la liste des violences, ne serait-ce que pour sa propre dignité et son propre honneur, si vous avez du mal à vous mettre à la place d’autrui. Si la violence vous motive intrinsèquement, elle peut être pratiquée dans des conditions qui vont davantage vous honorer et vous développer, par exemple dans les sports de combat, ou pour l’aspect relationnel dans le BDSM. Ainsi, il y a à se rappeler qu’en être réduit au Darvo en permanence a un aspect pathétique à dépasser, parce que c’est se priver de tester d’autres possibilités.

En tant que cible cette fois, il s’agit d’éviter ou réparer les conséquences du Darvo (se sentir complètement coupable de notre agression, être honteuse, déprimé, en PTSD), voire réussir à fuir les terrains du Darvo quand on sent qu’il peut advenir. Les milieux militants disent souvent que la honte doit changer de camp, mais c’est un « devoir » qui ne devrait pas être une responsabilité de plus sur le dos des cibles qui ont déjà trop à faire, d’autant plus dans le cas des Darvo où elles sont rendues coupables en permanence. Faire changer la honte de camp est un devoir qui appartient aux structures ayant les pouvoirs suffisants pour enquêter, encadrer les agresseurs, les éduquer, prévenir ces phénomènes dans la société.

Ainsi, il n’est clairement pas facile d’arrêter la honte de soi quand le Darvo a été sans cesse pratiqué sur nous : avoir eu honte, ou être à terre parce que traumatisé, déprimé, permettrait potentiellement de diminuer voire faire s’arrêter les agressions, puisque l’agresseur y voyait une victoire. Il estimait alors que la victime et sa vérité n’est plus un problème le menaçant vu que ces tentatives de faire éclater la vérité sont alors étouffées avec succès avec ce gaslight et ces nouvelles attaques. On en vient à force à avoir le réflexe des hontes en amont des attaques préventives pour se protéger, même dans des situations de non-agression, mais dont on sent qu’il pourrait y avoir un risque d’attaque et de jugement (par exemple le fait très commun et classique de s’excuser auprès des invités de l’état de la maison même si on vient de ranger, ce n’est pas de l’hypocrisie, c’est de la crainte et une tentative d’éviter son jugement négatif). La honte est un sentiment complexe et il faudrait tout un dossier pour en parler donc je ne peux pas vous fournir de solutions miracles dissolvant les hontes dont on vous a chargé sur les épaules, mais quelque petits trucs provenant de la justice transformative peuvent aider à réparer tout ça.

L’information c’est le pouvoir. Prendre l’habitude de collecter le maximum de preuves, noter ce qui se passe : écrits, notes vocales, enregistrements discrets, le filmer, prendre des captures d’écran, etc.

Tous les moyens sont bons du moment que vous vous assurez de les sécuriser surtout si vous vivez avec l’agresseur ou qu’il a accès à vos affaires. Tout ce qui est collecté pourrait être déposé dans un lieu sécurisant (par exemple un syndicat, chez un ami/voisin de confiance qui ne connaît pas l’agresseur, un cloud qu’il ne connaît pas, sécurisé au maximum avec des mots de passe qu’il ne peut pas deviner). Durant l’agression, je pense par exemple à un harcèlement, effectivement cela peut être une torture que de prendre les captures d’écran violentes à votre encontre (parce que c’est revoir les horreurs), et si vous pouvez trouver une personne de confiance qui peut le faire à votre place c’est encore mieux ». Cette collecte de preuves peut d’une part bloquer la phase de déni du Darvo, ou les techniques de gaslight parce que vous avez un dossier plein de faits qui démontrent les différentes violences que vous pouvez observer. Par exemple, sur Reddit des enfants de parents narcissiques très agressants racontent parfois que même s’ils ont réussi à couper les ponts, ils ont des sentiments de culpabilité qui peuvent revenir à cause des normes sociales de devoir s’occuper de ses parents. C’est à ce moment-là que le dossier de preuves des agressions a toute son utilité, ils le reconsultent et voient que non, leur décision était plus que justifiée. Je pense qu’on peut s’aider de la même manière pour des histoires de couple, de travail, d’environnement sociaux qu’on a décidé de ne plus fréquenter. Se garder des preuves à consulter permet d’éviter des gaslights. Le faire matériellement a un effet encore plus fort, puisque ça prend de la place. Par exemple, si une institution affirme à quel point elle a tout fait pour vous et est si vertueuse, qu’à côté vous voyez un classeur plein à craquer de rapports de toutes les fois où ces actions étaient catastrophiques, sa propagande mensongère est annulée. Cela peut être un travail tant individuel que collectif, aidé par des groupes syndicaux ou militants.

Cela peut aider à contrer l’envahissement des ruminations et le mal être injecté par l’offenseur : voir la situation posée sur papier ou dans un fichier permet de pouvoir dire que ça, au moins c’est en quelque sorte archivé. Ce n’est pas magique, mais parfois ça aide d’écrire et de poser les fardeaux dans un autre lieu que dans notre tête. Parfois même en anticipation, activer des enregistrements rassure vraiment, car quoi qu’il se passe en termes de Gaslight et même si on n’arrive pas à tenir, les faits sont enregistrés et peuvent être observés par des témoins capables de vous humaniser, ce qui leur permet de voir potentiellement à quel point c’est un cauchemar injustifiable qu’on vous fait subir, puisque les Darvo répétés vous ont peut-être habitués à ne plus voir comme des violences à votre encontre des tas d’éléments.

Si le problème est d’ordre institutionnel, quand vous le pouvez, préférez les communications écrites et demandez à ce que les demandes soient écrites et pas juste orales.

Évidemment, au niveau judiciaire c’est potentiellement très précieux.

Ne pas rester seul.

Dans la mesure du possible, ne restez pas seul ou ne cédez pas à l’isolement installé sciemment par l’agresseur qui va vous séparer de ceux qui peuvent savoir et croire les faits ou veulent vous aider. Il est possible qu’ils détruisent la réputation de ceux qui ont le pouvoir de révéler ces manigances ou tout simplement d’offrir un environnement social sûr, puisqu’il peut chercher à contrôler votre vie parce que la vérité que vous portez sur lui peut le mettre en défaut. Il y a donc à vraiment évaluer par vous-même les relations avant de croire à sa propagande. Le contact ou tout simplement l’information entre personnes ciblées par le même agresseur peuvent aussi faire fondre les méthodes du Darvo parce que vous vous rendez compte que ce n’est pas vous le problème, car c’est la même dynamique à l’œuvre. Là encore, il peut empêcher ça en pourrissant les réputations des personnes impliquées, voire même en attaquant comme étant une faute grave toute connexion : sur Internet, ça va être le simple follow ou like, irl ça pourrait être d’avoir un numéro de téléphone, d’avoir été à tel endroit, de connaître untel qui connaît telle autre personne, etc. Méfiez-vous des placardisations injustifiées par des faits, qui empêchent aussi des échanges aidants.

Fuir

Rien ne justifie la violence dans une relation, couple ou famille, qu’on vous force à la subir ou à l’employer. Vous avez le droit de prendre vos distances, d’arrêter d’être agressé et de vivre en paix. Si vous avez des doutes, des remords et de la culpabilité à avoir coupé les ponts, rouvrez le dossier de preuves qui vous montrera que l’enfer devait être fui. Ce qui peut aider à fuir c’est d’avoir déjà un pied dans des environnements sociaux qui ne fonctionnent pas de la même manière : par exemple dans ETP on voyait l’exemple d’une personne en restauration rapide qui a arrêté de marcher dans les combines et la propagande de son entreprise à mesure qu’elle était en université. Dans la question du harcèlement scolaire on a vu aussi que les activités extrascolaires pouvaient être un lieu alternatif qui permet à la fois de se ressourcer et de révéler à la personne que ce n’est pas normal ce qu’elle subit ailleurs, puisque les politiques à l’œuvre y sont différentes. Le défi quand on est la cible est de croire à l’existence d’alternatives où il pourrait y avoir une meilleure vie, parce que les agresseurs à force de contrôle, de propagande ont réussi à se rendre exclusif. Il en résulte une peur d’être totalement isolé, seul, privé de relation sociale satisfaisante (ou potentiellement « pire ») ou une peur de perdre des accès au travail militant, professionnel dont on aurait besoin car il nous offre des ressources pour vivre, pour donner du sens à nos vies, etc. C’est faux. On peut toujours retrouver des environnements sociaux avec lesquels se connecter et retrouver du sens, et parfois on a du mal à se rendre compte d’à quel point cela pourrait même être mieux et plus sensé. On peut aussi créer cette alternative, mais ça, j’en ai déjà beaucoup parlé dans ETP.

Comprendre nos/les besoins et réfléchir à ce qui restaurerait convenablement, puis dans la mesure du possible, appliquer cette restauration.

Tout le processus est décrit là, et je trouve cela utile même sans avoir une association de justice transformative à dispo, car c’est déjà combattre le sentiment d’infériorité que nous a refilé l’agresseur et faire naître des possibilités qu’on pourra peut-être mettre en œuvre. Ça peut valoir pour les tiers assistant à des affaires : on aperçoit une injustice, un darvo et la tentation est grande de « punir » l’agresseur en retour pour restaurer la justice. Seulement ce n’est peut-être pas ce que souhaite la cible, ni ce dont elle a besoin, à cause des risques de faire escalader la violence. À la place on peut proposer son aide à la cible (par exemple l’aider à collecter les preuves), affirmer notre soutien, restaurer son image. Une attaque a toujours détruit quelque chose, alors il y a besoin de reconstruire : par exemple dans le livre « Tiny habit » de BJ Foggs, il rapporte l’histoire d’une femme qui était en instance de divorce et devait encore subir des attaques de son ex. Pour s’aider à tenir, à chaque insulte ou maltraitance, elle s’offrait un bon moment, une sortie dans un bon café, une bonne balade. L’idée n’est pas que de s’acheter des choses, il s’agit surtout de s’offrir de bons moments pour soi pour contrer les mauvais. On peut faire ça à d’autres échelles, par exemple si vous vous énervez de voir des discours racistes sur les réseaux sociaux, partager encore plus de contenus de personnes racisées ou antiracistes avec enthousiasme pour restaurer l’équilibre général. Attention, je ne dis pas de les partager aux racistes, ce serait la pire idée. L’idée est de restaurer un équilibre de justesse et de justice : ainsi on peut aussi viser directement le fait de construire le monde juste dont tout le monde a besoin, et pas seulement réagir aux injustices.


Pour aller plus loin/Bibliographie


D’autres idées peuvent aider, issues de la justice restauratrice :

Toujours sur la justice transfo, un énorme guide récemment traduit en français pour aider à mettre fin aux violences interpersonnel (qu’on soit cible, allié, agresseur, facilitateur, etc) : https://www.creative-interventions.org/wp-content/uploads/2025/04/CI-Toolkit-French-CI-Boite-a-Outils-Francaise-May-2024.pdf

On peut aller encore plus loin pour reconstruire des environnements sociaux où les Darvo ne sont pas acceptés ni acceptables :

Pour s’aider à reconnaître les situations inacceptables de violence :

Les roues de Duluth (http://www.duluth-model.org) qui font le point sur ce que sont les violences :

— La violence dans le couple :

La violence envers l’enfant :

La violence durant le divorce/séparation :

Et aussi ce qu’est une relation qui n’est pas fondée sur la violence, mais l’égalité ; ici c’est davantage écrit à destination des couples, mais clairement c’est assez applicable entre collègues, que ce soit dans un groupe militant, professionnel, associatif, etc. :

Dans le même ordre d’idée, le livre de psykocouak donne aussi beaucoup d’astuces : https://nouveautes-editeurs.bnf.fr/accueil?id_declaration=10000001235473&titre_livre=Ce_ne_sera_plus_toi_la_victime_ !

Concernant la légitime défense et le fait de se solidifier face aux attaques notamment sexistes, ce livre est très empuissantant et donne des conseils très pertinent : https://www.editions-zones.fr/livres/non-cest-non/

Comme on l’a vu des étapes du Darvo ressemble au gaslight et le fait de ré-attaquer peut aussi s’apparenter à ce qu’on appelle une seconde victimisation, donc connaître ces notions n’est pas inutile : Gaslighting — Wikipédia

Chayka parle de la seconde victimisation ici aussi :

La notion de victimisation compétitive ressemble elle aussi à un Darvo, c’est lorsqu’un groupe dominant a un sentiment de menace, se victimise et apporte du soutien à des politiques de violence envers un groupe qu’il domine. C’est par exemple Israël s’attaquant violemment à la Palestine. Une recherche très intéressante à ce sujet : Threatened, hence justified: Jewish Israelis’ use of competitive victimhood to justify violence against Palestinians.

Le site de Freyd, la chercheuse qui a initié cette notion de Darvo, résume la notion et présente différents articles à ce sujet, y compris les mesures du darvo : https://www.jjfreyd.com/darvo


Bibliographie / Notes de bas de page


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Image d’entête : œuvre de Michalina Janoszanka, Zima (Winter), ca. 1920s https://publicdomainreview.org/collection/michalina-janoszanka/

Adams-Clark, A. A., Harsey, S., & Freyd, J. J. (2024). Factors of Institutional Betrayal Associated with PTSD Symptoms and Barriers to Service Use Among Campus Sexual Assault Survivors.

Bordaberry (2025), Ce ne sera plus toi la victime.

Campbell, R., & Raja, S. (1999). Secondary victimization of rape victims. Violence and Victim

Deny, Attack, Blame : The Prosecution of Women Reporting Rape—Ms. Magazine. (s. d.). Consulté 27 janvier 2026, à l’adresse https://msmagazine.com/2022/11/28/darvo-deny-attack-blame-prosecution-women-report-rape/

Fogg, B. J. (2019). Tiny Habits: The Small Changes That Change Everything.

Freyd, DARVO https://www.jjfreyd.com/darvo

Freyd, J. J. (1997). Betrayal trauma: The logic of forgetting childhood abuse. Harvard University Press

From book bans to affirmative action : DARVO as a political tool against Critical Race Theory https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/10852352.2024.2398898

Gaslighting. (s. d.). Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaslighting

Halabi, Noor, Topaz, Zizov (2020). Threatened, hence justified: Jewish Israelis’ use of competitive victimhood to justify violence against Palestinians.

Harsey, S. J., & Freyd, J. J. (2022). Defamation and DARVO. Journal of Trauma & Dissociation, 23(5), 481–489. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/15299732.2022.2111510

Harsey, S. J., & Freyd, J. J. (2023). The Influence of Deny, Attack, Reverse Victim and Offender and Insincere Apologies on Perceptions of Sexual Assault.

Harsey, S., & Freyd, J. J. (2020). Deny, Attack, and Reverse Victim and Offender (DARVO): What Is the Influence on Perceived Perpetrator and Victim Credibility? https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10926771.2020.1774695

Ingram ( 1989), THE IMPACT OF INSTITUTIONAL BETRAYAL AND DARVO ON THE MENTAL HEALTH OF SURVIVORS OF CLERGY-PERPETRATED SEXUAL ABUSE https://openresearch.okstate.edu/entities/publication/67e55b9e-f2a5-4650-bb92-3ba54994aa84

Korben. (s. d.). Techniques secrètes pour contrôler les forums et l’opinion publique. https://korben.info/techniques-secretes-controler-forums-opinion-publique.html

Linguisticae (2025) Vos vidéastes sont-ils trop ou trop peu engagés ? Vos vidéastes préférés sont-ils TROP ou TROP PEU engagés ?

Ministère de la Justice. (s. d.). Fiches pratiques juridiques. https://www.justice.fr

Nations Unies. (1948). Déclaration universelle des droits de l’homme.

Rosenthal, M. N., & Freyd, J. J. (2022). From DARVO to Distress : College Women’s Contact with their Perpetrators after Sexual Assault.

Semelin et Mellon (1994), la non violence.

World Health Organization. (2002). World report on violence and health. WHO.

Zeillinger (2011), Non c’est non.


1https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10926771.2020.1774695#abstract

2Voir par exemple https://korben.info/techniques-secretes-controler-forums-opinion-publique.html

3https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1766#:~:text=La%20l%C3%A9gitime%20d%C3%A9fense%20est%20l,interdits%20dans%20une%20autre%20situation.


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