Que faire pour éviter la néolibéralisation de la pleine conscience ?

Cet article fait partie d’un dossier, cependant il peut être lu indépendamment des articles précédents :

  1. introduction :La pleine conscience et la compassion… néolibéralisation ou hack social ?
  2. Qu’est-ce que la pleine conscience ?
  3. Comment la pleine conscience peut-elle être néolibéralisée ? McMindfulness, Travail, Google
  4. La pleine conscience est-elle un cheval de Troie dans le monde néolibéral  ?
  5. Comment les dirigeants d’entreprise se transforment après un programme de pleine conscience ?
  6. La pleine conscience est-elle en lien avec la créativité, l’autodétermination, le flow ?

Ce dossier est disponible en ebook :

Précédemment, nous avons exploré la pleine conscience :

Et vu que certains programmes, notamment proposés dans le cadre professionnel, étaient néolibéralisés :

En résumé, cultiver sa pleine conscience est positif si l’on souhaite être plus autodéterminé ou s’aider à résoudre des problèmes personnels, notamment en étant plus autonome avec ses propres processus attentionnels. La cultiver ne nécessite pas forcément de méditer, mais d’être présent, pleinement attentif à des moments de la vie.

Cependant, cultiver sa pleine conscience n’est pas forcément LA solution pour améliorer les environnements sociaux, les changer : elle peut y participer, mais ce qui va changer les environnements sociaux, c’est l’action elle-même, menée avec une éthique altruiste et compassionnelle, et non pas individu par individu, mais via le collectif, via un changement dans l’organisation. Autrement dit, les programmes de pleine conscience dans les entreprises auront peut-être des effets sur des individus, mais on ne peut malheureusement pas espérer un changement au niveau des organisations. On verra qu’a contrario, les méditations ou programmes sur la compassion sont beaucoup plus prometteurs en terme collectif, parce qu’ils ont pour préoccupation et pour angle les environnements sociaux et pas juste l’individu.

À noter que la pleine conscience n’est pas non plus un état mental supérieur à d’autres qui devrait tout supplanter dans la vie mentale : par exemple, le flow, le vagabondage mental sont aussi à leur façon des états qui participent à notre bien-être, notamment en soutenant le besoin de compétence, l’action ou le besoin de repos.

Il y a d’évidents détournements (volontaires, stratégiques ou non ; parfois aussi involontaires, par effet de domination d’une culture donnée) du champ de la pleine conscience et des outils bouddhistes qui remplacent l’éthique altruiste d’origine par une éthique du marché ; les programmes de pleine conscience néolibéraux qui détournent totalement le cadre de la méditation sont ceux :

À noter que nous avons donné l’exemple de méditations néolibérales, mais des corpus new-age voire sectaire tombent aussi dans les mêmes travers, seul le décorum change : ils promettent des superpouvoirs qui hissent l’individu au-dessus de la masse (ce qui est une aspiration extrinsèque), sont internes allégeants (si une personne a une maladie, c’est qu’elle n’a pas fait assez d’efforts sur tel plan), n’ont aucune vision systémique ou de l’interdépendance (la recherche des causes se cantonne à la faute de l’individu lui-même et non sur les environnements sociaux proximaux et distaux), découpe la compassion et l’altruisme de façon à ce qu’il ne concerne que le gourou ou la communauté (donc encore au service des aspirations extrinsèques), etc.

Et à l’inverse, on peut considérer comme des bons signes les programmes qui cultivent :

  • un détachement de l’ego, de l’égoïsme, de l’égocentrisme, du narcissisme (donc aussi de l’extrinsèque) : par exemple, même dans les exercices d’autocompassion, il est amené le fait que beaucoup d’autres personnes peuvent souffrir de la même façon qu’on souffre, et le souhait que cette souffrance soit surmontée (pour nous comme pour les autres).
  • une conscience systémique (interdépendance entre les vies, le monde, connexion de tout avec tout) de la nature des problèmes et des souffrances. Manger n’est pas uniquement ressenti comme un plaisir personnel à savourer, mais comme une façon de réfléchir à toute la chaîne interdépendante d’être vivants impliqués dans cette nourriture, sans omettre non plus leurs souffrances et la volonté de surmonter avec eux cette souffrance (notamment par le choix réfléchi de ce qui est mangé et de ce qui n’est pas mangé).
  • l’internalité non-allégeante (conscience de l’origine environnementale des problèmes, mais aussi réflexion sur la zone de pouvoir qui peut rester pour démanteler les problèmes extérieurs),
  • des finalités intrinsèques, notamment sur le champ des relations, étendues au monde entier.
  • La compassion, l’altruisme, la bienveillance tant dans leur contenu que dans l’attitude des instructeurs qui le sont sincèrement.

De linutilité de faire des exercices de pleine conscience en ayant des motivations extrinsèques


Un rappel sur ce qu’est l’intrinsèque (« intrinséquiser ») VS l’extrinsèque (« extrinséquiser ») : 


Il y a aussi le risque qu’on veuille se mettre à la méditation pour des raisons qui vont tordre toute son éthique altruiste, quand bien même le programme ou la littérature à ce sujet soient parfaitement éthiques. C’est ce qu’on a vu précédemment avec l’expérience du programme de pleine conscience sur les narcissiques qui en ressortent encore plus narcissiques : l’individu n’entre pas dans ces exercices comme une page vierge de toutes motivations ou élans, ainsi la motivation extrinsèque d’un individu peut totalement tordre un exercice de façon à ce qu’il corresponde à ses attentes parfois égoïstes ou à des attentes liées à des dominations d’idéologies contrôlantes (autoritarisme tout comme le néolibéralisme), autrement dit, que l’individu y voit là par exemple un exercice pour se supérioriser à d’autrui, quand bien le message délivré y serait totalement à l’opposé.

La description de Fabrice Midal (dans « foutez-vous la paix ») sur ce que n’est pas la méditation est, il me semble, de bon conseil pour éviter de se lancer dans la méditation avec des aspirations extrinsèques ou sous une orientation contrôlée  :

  • ce n’est pas une introspection
  • ce n’est pas se regarder le nombril
  • la méditation ne demande rien, c’est un espace où l’on se fout la paix
  • ce n’est pas regarder ses pensées sans s’y attarder comme des nuages se dissipant
  • il n’y a pas d’expertise de la méditation, car méditer c’est rester un débutant
  • ce n’est pas se désincarner, se détacher car c’est s’ouvrir au monde à travers ses sens, son corps
  • ce n’est pas se calmer ou lâcher prise, c’est entrer en rapport à notre propre vie ; la médiation est un travail réel avec la douleur, la confusion, les émotions. La méditation pacifie car elle intègre les tumultes des émotions et ces vagues de la vie. C’est la capacité d’entrer en rapport avec patience avec des émotions comme la rage.
  • il n’y a pas de processus idéal, le meilleur moyen de pratiquer c’est celui qui nous relie à l’humanité, qui nous donne envie de recommencer.
  • ce n’est pas un moyen de contrôle des émotions, mais la méditation les transmutent en nous ouvrant à la bienveillance.
  • ce n’est pas une suppression des désirs ou de voir les désirs en ennemi, sil’on entend le désir comme un élan de vie qui porte vers l’avant, libère : « désirer c’est être appelé par quelque chose qui nous éveille »
  • la méditation ne répond pas à « comment être plus zen » mais à « comment être plus vivant »

Ce qu’il faudrait pour rendre éthique les programmes de pleine conscience d’ores et déjà néolibéraux


Les observateurs et chercheurs, notamment au fait de la méditation bouddhiste, sont conscients des dérives néolibérales, sans pour autant rejeter le fait qu’il soit bon que ces techniques soient sécularisées, gagnent en popularité hors du champ bouddhiste. Cependant, ils pensent que la pleine conscience serait « pleine » et plus transformative si elle se moulait dans une éthique plus marquée. Voici les propositions de Christopher Titmuss1 pour remédier à la néolibéralisation de la pleine conscience :

  • Adjoindre des nouveaux éléments à la définition de la pleine conscience (des éléments non-allégeants), notamment celle de kabat-zinn « la pleine conscience est le fait d’être dans le moment présent, sans porter de jugement ». La nouvelle définition serait « la pleine conscience s’adresse à l’intérieur et à l’extérieur, avec des jugements clairs » : la pleine conscience n’est pas vide, elle porte une éthique, éthique qui permet de juger clairement ce qui cause la souffrance, et cela permet de travailler à y remédier, que ces causes soient internes et/ou externes.
  • Ne plus considérer le stress comme un problème personnel qui ne peut être réglé que par un travail personnel : au contraire il est dû à des exigences extérieures, des pressions de l’organisation qui doivent être repensée.
  • Un signe de véritable pleine conscience des organisations serait au moins qu’elles payent leurs impôts, car les impôts représentent en quelque sorte la conscience d’être un acteur dans le monde qui se connecte à autrui, éprouve de le compassion envers les personnes les plus aux prises avec la souffrance, puisque ceux-ci servent à aider les pauvres, les malades, les institutions qui prennent soin des personnes (hôpitaux, écoles…). Or Google, qui est l’entreprise qui a fait le plus appel à ces programmes, y compris en faisant intervenir des moines bouddhistes, n’a aucunement changé sur ce point, ce qui montre que les programmes de pleine conscience n’atteignent pas certains buts éthiques.
  • Au-delà des impôts, une vraie pleine conscience dans les organisations serait leur prise de responsabilités (pour plus de compassion envers tous les environnements dans lesquels ils ont un impact, c’est-à-dire en ayant des visées, des actions justes, compassionnelles et certainement pas destructives ou sapantes) et non uniquement une responsabilité chargé sur un individu à la fois, parce que cela ne résout pas les problèmes de fond et en plus cela crée chez l’individu une impossibilité de voir les vraies causes, donc d’agir dessus avec activisme :

« Ce langage du « moi »[le fait d’attribuer le stress a une mauvaise gestion psychique personnelle] fait peser toute la responsabilité sur l’individu au bureau et non sur la perpétuation des exigences quotidiennes des patrons. Les employés peuvent finir par adopter l’idée que la critique des politiques de l’entreprise est un déni de leur part, une stratégie psychologique inconsciente pour s’éviter de prendre la responsabilité de leur propre stress »

« Handbook of mindfulness, Culture, contex, and social engagement », R.E.Purser, D.Forbes, A. Burkes, 2016 ; chapitre « Is There a Corporate Takeover of the Mindfulness Industry ? An xploration of Western Mindfulness in the Public and Private Sector »

Or ce n’est pas de la responsabilité des gens :

« La mauvaise gestion financière, les changements sur les marchés monétaires, les nouvelles technologies et les cycles de hausse et de baisse des marchés n’ont rien à voir directement avec la vie des employés. Ils subissent les conséquences d’événements qui échappent à leur contrôle. Les employés craignent une réduction de leurs revenus, la perte de leurs avantages sociaux, la rétrogradation ou la perte de leur emploi. Le personnel est stressé par les exigences qui lui sont imposées, l’atmosphère toxique, l’absence de syndicats ou d’autres formes de protestation organisationnelle, les longues journées, l’intensité de l’environnement, le sentiment de manque d’appréciation et l’impuissance quotidienne. »

« Handbook of mindfulness, Culture, contex, and social engagement », R.E.Purser, D.Forbes, A. Burkes, 2016 ; chapitre « Is There a Corporate Takeover of the Mindfulness Industry ? An Exploration of Western Mindfulness in the Public and Private Sector »

Et ce sont ces causes qui doivent être envisagées afin de réfléchir le contenu d’un programme de pleine conscience.

  • Il recommande aux instructeurs de ces programmes de pleine conscience de s’inspirer des 4 nobles vérités des enseignements du Bouddha, qui sont à l’image d’un diagnostic de la situation, ses problèmes et sa résolution, en amont, pendant et en aval des programmes, c’est-à-dire comme une enquête ; ces vérités sont extrêmement pragmatiques, on peut les rapprocher à des méthodes scientifiques, notamment dans le domaine du médical ou du soin, en cela ce n’est pas un cheval de Troie de croyances religieuses :

1. il y a de la souffrance : elle survient lorsque nous n’obtenons pas ce que nous voulons, lorsqu’on perd ce que l’on a, lorsque nous sommes séparés de ce et ceux qu’on aiment, et lorsque notre corps et/ou notre esprit se consume de sensations, des sentiments, de perceptions et pensées ravageuses.

Sous cet angle, Tidmuss recommande à l’instructeur de se poser ces questions lorsqu’il intervient dans une organisation (pour ensuite travailler dessus)  : quelle est la souffrance qui survient dans l’entreprise de haut en bas, dans la hiérarchie ? Quelles souffrances l’entreprise cause-t-elle lorsqu’elle s’évite de prendre la responsabilité morale ? Quelle souffrance se produit lorsque l’entreprise exploite des failles dans la loi ou la fiscalité ? Quelles sont les souffrances causées par les entreprises ayant recours à la publicité et au marketing ?

2. la souffrance est due à des causes et des conditions. L’instructeur peut se poser ces questions : quelles sont les causes et les conditions de la souffrance dans l’entreprise ? Et il peut chercher dans le passé, dans les conditions présentes et comment ces causes s’entremêlent pour causer la souffrance actuelle.

3. il y a une résolution de la souffrance. Pour cette résolution, l’entreprise doit prendre activement un engagement, et Tidmuss est assez ferme à ce sujet :

« Si une organisation ne montre aucune volonté de changer son comportement, alors cela nécessite que les personnes fassent entendre leur voix auprès d’elle, ainsi que du gouvernement. »

« Handbook of mindfulness, Culture, contex, and social engagement », R.E.Purser, D.Forbes, A. Burkes, 2016 ; chapitre « Is There a Corporate Takeover of the Mindfulness Industry ? An Exploration of Western Mindfulness in the Public and Private Sector »

Autrement dit, il recommande un activisme collectif à opposer à l’absence de mise en œuvre de la résolution de la souffrance par l’organisation.

4. Il y a une voie pour résoudre la souffrance ; cette voie (dans le bouddhisme, c’est le sentier octuple) consiste pour l’entreprise à activement, constamment, à :

  • adopter une vision juste : croire et reconnaître l’existence de la souffrance et à ces causes),
  • une pensée juste : être prêt à s’améliorer en fonction de cette vision, en évinçant la haine, l’avidité et l’ignorance de celle-ci,
  • une parole juste : des paroles honnêtes, utiles, à propos, respectueuses, en harmonie avec le monde
  • une action juste : qui implique d’éviter de commettre des actes destructeurs, comme le vol, le mensonge, la participation à des meurtres/destruction du vivant, la participation à l’addiction…
  • des moyens d’existence juste : gagner de l’argent d’une façon éthique, qui respecte les principes précédents, avec des actions justes
  • un effort juste : poursuivre avec endurance et attention l’action juste, notamment en étant créatif
  • une attention juste : attention particulière portée à tout ce qui se déroule, une véritable pleine conscience
  • une concentration juste : réalisation de tout ce qui a été dit précédemment.

Autrement dit, Titmuss conseille aux instructeurs de la pleine conscience d’étendre leurs analyses, leurs pratiques à une dimension centrée sur l’organisation et non pas seulement sur des individus isolés de celle-ci ; l’intervention doit être à la fois innervée de cette conscience environnementale des causes de la souffrance, comme valoriser les solutions environnementales pour les personnes au travers de la pleine conscience, notamment en aidant à faire parler et entendre de la part des personnes leur jugement quant aux causes de la souffrance, afin d’en régler les causes profondes, qui ne sont pas individuelles.

Il nous semble pour notre part qu’une autre solution serait que les programmes de méditations visent prioritairement la compassion, car cet objectif porte en lui des formes d’éthiques plus vives et plus opérationnelles pour changer l’environnement. C’est le prochain chapitre que nous aborderons !

La suite : Qu’est-ce que la compassion ?

 


1Dans « Handbook of mindfulness, Culture, contex, and social engagement », R.E.Purser, D.Forbes, A. Burkes, 2016 ; chapitre « Is There a Corporate Takeover of the Mindfulness Industry ? An Exploration of Western Mindfulness in the Public and Private Sector »

Viciss Hackso Écrit par :

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3 Comments

  1. Raphael
    19 mai 2020
    Reply

    Bonjour,
    Pas sûr que les réponses collectives soient dans le bouddhisme… Ce qui protègera la pleine conscience (je l’espère), c’est une vigilance politique face aux rapports de pouvoir (patronat, chefs, patriarcat, et maîtres en tout genre). Les sciences humaines et les mouvements d’émancipation savent de mieux en mieux les dénoncer, mais j’avoue que la forme n’est pas toujours bienveillante.
    Autre remarque au passage : la « pleine conscience » arrive dans un contexte de gestion totale des corps par la bourgeoisie (je simplifie hein!), comme l’a montré M.Foucault. Les dispositifs et injonctions à s’individuer se sont multiplié en quelques décennies. La norme d’autonomisation par le « travail sur soi » est une nouvelle facette du capitalisme. A aucun moment les défenseurs du « travail sur soi » n’ont souhaité changer le système, ni même préconisé la liberté puisque – encore une fois – il s’agit de maintenir les gens au travail, et qu’ils soient les plus productifs possible (un peu comme l’émergence des Ressources Humaines en leur temps).
    Bref en tout cas MERCI pour votre démarche, et d’ailleurs bravo à tous les deux pour vos parcours courageux. Je découvre et je vais suivre de près.
    Existe-t-il des espaces d’échange autre que les commentaires youtube svp? car j’aimerais en discuter vraiment !
    Bonne suite 🙂

  2. 24 mai 2020
    Reply

    Ce n’est peut être pas vraiment le thème de la pleine conscience mais j’aimerais vous soumettre une hypothèse :
    Moins un individu accorde de confiance envers les gens qui l’entourent,
    plus il ferait confiance dans le système capitaliste pour garantir la réciprocité des rapports sociaux.
    Qu’en pensez vous ?
    Savez vous si cette hypothèse a déjà fait l’objet d’expérimentations ?

  3. 24 mai 2020
    Reply

    Ce n’est peut être pas vraiment le thème de la pleine conscience mais j’aimerais vous soumettre une hypothèse :
    Moins un individu accorde de confiance envers les gens qui l’entourent,
    plus il ferait confiance dans le système capitaliste pour garantir la réciprocité des rapports sociaux.
    Qu’en pensez vous ?
    Savez vous si cette hypothèse a déjà fait l’objet d’expérimentations ?

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