[PS3.2]Quand le parasocial diminue les préjugés


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C’est l’un des apports du parasocial qui me semble l’un des plus importants pour la société, et pourtant comme on l’a vu précédemment, il est rarement relevé. On ne parle de ce sujet que lorsqu’il y a débats sur les quotas, politiques anti-discrimination type DEI1. Et ce ne sont pas des débats tranquilles : l’extrême droite hurle dès qu’elle voit un personnage principal voire secondaire qui n’est pas un homme blanc cis hétéro dans une œuvre2, si les femmes présentes sont représentées de façon plus réaliste (ils exigent une sexualisation ainsi que des caractéristiques irréalistes)3, si leurs personnages préférés, des nazis en puissance, sont dénoncés comme des nazis4, hurle parfois même sur les personnages M&M’S « pas assez sexy » et trop « woke » à cause de leurs baskets5, s’il y a des possibilités de personnalisation liées aux LGBT dans les jeux. Leur intolérance semble infinie : par exemple, ils ont créé un mod anti DEI dans les Sims qui supprimaient la présence de personnage non blancs, de personnages en surpoids, de couples LGBT6.

Et de l’autre côté, il peut y avoir un débat sur ces politiques de quotas, ou sur le choix de mettre des personnages divers dans les productions parce que les diversités en question peuvent être très mal représentées. Ces diversités peuvent être extrêmement stéréotypées, leurs cultures piétinées, voire volées et exploitées pour faire de l’argent qui ne va jamais dans leur communauté. Tout cela ressemble à une colonisation de plus, n’offrant que le regard renouvelé du colon qui décide comment est ce peuple. Le contenu qui ouvre la porte à la diversité peut n’être qu’une fausse promesse pour attirer un public et se donner une image d’ouverture.

En résulte une tension particulière autour de la question de la représentation, les conditions structurelles dans laquelle elle doit advenir, et ce qu’elle alimente dans la société. Pour les créateurs osant proposer un contenu présentant une forme même microscopique de diversité qui ne s’inscrit pas dans un regard de dominateur, il s’agit de s’attendre à des vagues de haines avec des raids d’avis négatif qui tentent de pourrir l’image du contenu par tous les moyens, rendant invisibles les critiques honnêtes, positives, les véritables liens aux œuvres. Les gens peuvent ne pas oser être très loquaces dans ces conditions, s’exposant aussi au harcèlement s’ils osent affirmer leur attachement. On pourrait alors se dire qu’exposer son engagement et ses attachements parasociaux pourraient compenser ce climat délétère, même si on ne fait pas partie de la communauté discriminée qui prend cette haine de face. Seulement voilà, comme on l’a vu, la représentation ou tout simplement un simple clin d’œil de soutien par des gens non concernés, a pu être perçu comme très mauvaise et ne permettant pas de sortir de son regard empli de préjugés et d’intentions de domination coloniale, alors certaines personnes vont y voir du pinkwashing à combattre et considérer comme un noble objectif de stopper ce genre de projet. L’extrême droite jubile alors de voir tant de divisions et d’occasions de voir l’hypocrisie des progressistes et n’hésite pas à rajouter de l’huile sur le feu en créant de faux profils de gauche qui joueront à une pureté morale divisante et conflictuelle.

Avant même d’expliquer les résultats concernant le parasocial, en raison du climat de guerre qu’il y a parfois sur Internet (voire IRL) à ces sujets, je vous livre le résultat le plus clair à viser et qui peut avoir des bénéfices sur tout le monde : les personnes tirent un maximum de bienfaits de la présence de figures médiatiques ou de personnages comme eux dans diverses fictions si l’histoire est tout simplement bien écrite, sans être réduite à une somme de préjugés ou larvée de méconnaissance. Et cette bonne écriture peut advenir si la createurice derrière l’histoire fait effectivement partie de la communauté en question ou a fait appel à des personnes concernées qui ont pu corriger l’écriture des personnages. C’est également un bienfait pour les personnes non concernées puisqu’alors la fiction étant renseignée plutôt que stéréotypée, elles peuvent découvrir, apprendre et comprendre véritablement des éléments qui n’étaient pas du tout accessibles dans leurs environnements sociaux. Alors que le contenu stéréotypé maintient l’ignorance, voire est carrément manipulateur en donnant une image fausse du monde, l’emplissant de menaces imaginaires et de peurs complètement inutiles, d’impasses qui n’en sont pas, de combats qui ne résoudraient rien à nos vrais problèmes communs. Autrement dit, un bon contenu qui respecte la diversité ouvre les possibilités de tout le monde, et dans un monde plein de problèmes, ouvrir des possibilités n’est jamais inutile.

Quand une population majoritaire est exposée à des représentations médiatiques positives, cela peut réduire ses préjugés envers :

– les personnes noires (C. Kim & Harwood, 2020),

– les personnes musulmanes (Abrams et al., 2018 ; Alrababa’h et al., 2021 ; Murrar & Brauer, 2018 ; Siem et al., 2021)

– les personnes LGBTQA+. (Bond, 2021 ; Bond & Compton, 2015 ; Madžarević, & Soto- Sanfiel, 2018 ; Massey et al, 2021; McDermott et al., 2018; Miller et al., 2020 ; Wu et al., 2018),

– les immigrés (Igartua & Frutos, 2017 ; Wojcieszak et al., 2019),

– les personnes avec un trouble mental (Hoffner & Cohen, 2012, 2015, 2018 ; Lookadoo & Wong, 2020; Wong et al., 2017),

– les personnes avec des MST (So & Nabi, 2013)

– les personnes avec des handicaps (de Groot et al., 2021 ; Zhang & Haller, 2021)

Ce qui se passe, c’est que dans des conditions appropriées, une communication entre membres sociaux de groupe différents peut aider à réduire les préjugés : c’est l’hypothèse du contact qu’avait déjà posé Allport en 1954 pour des rencontres directes et qui s’avère être valable aussi pour l’expérience parasociale. Ainsi, même si cela paraît ridicule et que c’est particulièrement agaçant, il fait sens que l’extrême droite s’attaque à toute présence de figures ou personnages racisés, LGBT ou différents : les préjugés étant leur fonds de commerce, le but de leur croisade étant donc de les accroître parmi la population, les alimenter s’ils sont déjà présents, car ils ne supportent pas que les gens puissent se comprendre les uns les autres, se lier avec respect et même amitié. Intuitivement, ils comprennent que si le contenu humanise correctement le groupe qu’ils affublent des pires intentions (ex : grand remplacement, destruction de l’humanité, agendas d’emprise sur eux, etc…), leur narratif va apparaître tel qu’il est : un bon gros mensonge qui n’explique rien des vrais problèmes à régler et qui ne sert qu’à leur faire accéder au pouvoir en dupant leurs électeurs.

J’ai mis en gras le terme positif parce qu’une représentation négative d’un groupe va faire l’inverse, augmenter les préjugés, et cette influence négative est plus forte7. Ceci étant dit, la personne qui a déjà eu des contacts IRL avec celui dont le groupe est représenté négativement va pouvoir résister à l’installation du préjugé.

Ainsi l’activisme des personnes discriminées militant pour avoir des représentations correctes et positives se comprend totalement, car leur sécurité, leur vie sociale, leur bien-être, leurs droits et libertés sont directement menacés par l’omniprésence des préjugés à leur égard, il y a un besoin parfois vital de les diminuer.

La représentation positive d’un groupe a d’autres vertus notamment celui du transfert secondaire : par exemple, l’histoire de famille d’immigrants sans papier a d’une part diminuer les préjugés pour leur groupe, mais aussi chez d’autres groupes apparentés (réfugiés politiques, personnes noires)8. En effet, ce transfert secondaire advient quand un apprentissage est fait dans de bonnes conditions et qu’on l’applique à des situations aux caractéristiques plus ou moins similaires. Ici, comme il s’agit de personnes n’ayant pas eu de contact avec un exogroupe, ils apprennent à développer du respect (et non des préjugés) envers d’autres groupes qu’ils ne connaissent pas, et on a même des transferts secondaires avec des groupes plus différents entre eux. Par exemple, Lissita Kusnirovitch en 2020 a montré que l’exposition LGBT+ a amplifié des attitudes positives chez des personnes ayant un TSA à légère sévérité9.

Même au-delà d’une représentation directe des groupes, le public peut réussir à saisir le pattern de la discrimination dénoncée à travers une œuvre et décider en conséquence de revoir ses préjugés sur des groupes. Ainsi chez les lecteurs qui s’identifiaient à Harry Potter, l’exposition au groupe discriminé « sang de bourbe » avait diminué leurs préjugés à l’égard des réfugiés, des immigrés et des gays10.

Cependant vous me direz encore faut-il que les publics à hauts préjugés acceptent de regarder ces contenus, et vous n’aurez pas tort de soulever cette question.

En 2019, Tukanchinosky explique que le favoritisme endogroupe peut être un obstacle à l’établissement de contact parasocial positif, car la personne peut choisir spécifiquement des contenus médiatiques qui renforcent leur identité de groupe. Comble du comble, ceux qui pourraient tirer le plus de bénéfices sont réticents à aller vers des médias qui le permettraient.

Par exemple, en 2021, Bond a montré que c’est ceux qui ont le plus de préjugés de base (ici testés envers les gays) qui bénéficient le plus de ce contact parasocial. Plus les personnes développaient un lien parasocial avec les personnages gays, un sentiment d’attachement et une proximité, plus ils souhaitaient voir la justice sociale accordée aux gays : c’était plus fort que leur attitude générale envers le groupe extérieur. Autrement dit, les personnes avaient besoin de se lier personnellement aux personnages pour désirer une justice pour elles.

Il est donc possible d’amener les personnes à fort préjugés à bénéficier de ces effets parasociaux, notamment grâce à la façon dont le récit est structuré.

Je précise que pour les minorités concernées (principalement LGBT et racisés), notamment les créateurices, que les recherches qui vont suivre pourront avoir un caractère énervant parce qu’atteindre ce public semble demander des efforts, or quand on est discriminé par ces mêmes personnes, c’est particulièrement lassant, voire usant de devoir faire des efforts pour les aider à sortir de la violence à notre égard. Cependant, il s’agit simplement de possibilités qui peuvent avoir un effet de diminution sur les préjugés, non d’un devoir : ainsi libre à vous, qui que vous soyez, de saisir cette possibilité ou de préférer d’autres chemins qui peuvent être tout aussi bénéfiques et dans lesquels vous vous sentirez mieux (on verra d’ailleurs les bénéfices de représentations sur les communautés marginalisées par la suite).

En 2012, les chercheurs Kaufman et Libby ont testé des textes avec des personnages gay ou noir. Cette appartenance était révélée soit dès le début, soit plus tard. Le fait de retarder la révélation faisait qu’il y avait une plus grande implication du lecteur, ce qui amenait à plus de réduction des préjugés.

Une autre voie montrée par Tukachinsky en 2019 serait d’utiliser un personnage de leur endogroupe qui joue l’intermédiaire pour faciliter le contact, ce qui diminue le favoritisme endogroupe. Effectivement, ce qui se passe ici c’est que la présence d’une figure de l’endogroupe sert de modèle comportemental qui montre comment se comporter avec l’exogroupe.

Par exemple, Moyer-Gusé 2019 montre comment, dans un documentaire, les spectateurs se sont identifiés à un non-musulman vivant avec une famille musulmane, et ont ensuite manifesté moins de préjugés envers les musulmans. Les chercheurs expliquent que cette rencontre participe à diminuer l’anxiété qu’ils peuvent avoir à la rencontre entre groupes, et donc peuvent ensuite développer un sentiment d’efficacité personnelle. Grâce à la personne qui a fait office de modèle, ils ont appris comment se comporter, ce qu’ils peuvent faire et comment le faire face à d’autres groupes. Tout ceci renforce leur confiance à socialiser efficacement avec eux, ce qui diminue l’anxiété et les préjugés, augmente la volonté d’interagir avec eux.

Je comprend qu’en tant que groupe minorisé ou même personne ayant l’habitude de vivre parmi des personnes et des groupes très diversifiés avec qui ont peut avoir plein de liens, il soit un peu aberrant de voir qu’il y a besoin d’un mode d’emploi délivré par un membre de leur groupe pour être considéré comme un humain non dangereux; que chez eux, il ne semble pas y avoir cette habitude d’humaniser l’humain en face d’eux dès lors qu’il y a une différence. Je le redis, ici les chercheurs montrent des possibilités, d’ailleurs plus accessibles pour des personnes non ciblées, cela n’a pas à être votre devoir de le faire en tant que cible de préjugés.

Joyce, Harwood et Springer (2020) ont également testé une autre façon de diminuer les préjugés : ici, il s’agissait du préjugé que les personnes âgées sont mauvaises en conduite. Ils ont présenté l’une d’entre elles avec quelques stéréotypes, tout en remettant simultanément en question ceux-ci. Ainsi, c’est en combinant des informations stéréotypées et contre stéréotypées que la perception de ces personnes s’est positivement améliorée.

Aussi, la baisse de préjugés liée à une rencontre ne demande pas toujours de travailler en amont sur la structure, mais relève d’autres facteurs. Par exemple, Alrababa’h (2021) a relevé que l’arrivée d’un footballeur musulman célèbre dans un club de Liverpool a fait diminuer les crimes haineux et les tweets anti-musulmans localement. Cette baisse de comportements haineux découle peut-être du même effet que celui qu’on a vu dans le documentaire où un membre de l’endogroupe apprend à rencontrer l’exogroupe, mais inversé : le fait qu’un endogroupe déjà établi, avec certainement un fort parasocial individuel pour ses membres et pour le groupe lui-même, intègre une personne d’un exogroupe, fait qu’il donne implicitement la règle de ne plus déshumaniser cet exogroupe en général, puisqu’il a été intégré par et dans l’endogroupe. Le mouvement compte ici : ce n’est pas tant que le footballeur mulsulman se serait « intégré » en effaçant ses différences, mais plutôt qu’il a été intégré par l’endogroupe. Le travail d’intégration revient donc au comportement de l’endogroupe vis-à-vis de l’exogroupe discriminé.

De façon encore plus simple, Miles et Crisp (2014) affirment qu’un contact intergroupe positif peut suffire à réduire un préjugé. Ce constat ouvre la porte à quantités d’applications pratiques : peut être qu’un simple exercice de rédaction chez des élèves telles que « imaginez que votre meilleur ami vous révèle qu’il est gay et que vous continuez à être amis » ou encore « imaginez que vos nouveaux voisins soient originaires de X ou Y pays, et que vous deveniez très amis » peut susciter des imaginaires où cela se passe bien pour les deux groupes, parce cela met en lumière ce qu’il y a faire de très simple pour que ça se passe bien, et les personnes sont parfaitement capables de le deviner par elles-mêmes. Il y a juste besoin de stimuler cette idée de bons contacts.

On n’a pas beaucoup parlé de jeu-vidéo jusqu’à présent, mais l’expérience parasocial y est évidemment possible avec les PNJ11. Ainsi, Breves (2020) a montré que la présence d’un personnage noir dans Skyrim VR réduit les préjugés envers les noirs, mais c’était seulement signifiant en VR. Pour ceux qui n’ont pas pu testé Skyrim en VR, ce n’est pas un simple gadget, le passage en réalité virtuelle apporte vraiment des dimensions sensorielles et corporelles très intenses qui sont inaccessibles dans le jeu non VR, comme la perception des grandeurs et des vertiges, la possibilité d’utiliser son corps directement pour agir dans le monde ; tout cela est beaucoup plus réaliste et intense à vivre, cela favorise une immersion où le cerveau vit littéralement certains pans du jeu comme vrais (par exemple, le vertige est pleinement réel). Ainsi on a à mon sens un média dont les effets sont encore très insoupçonnés, mais qui peuvent avoir des effets potentiellement beaucoup plus puissants que n’importe quel autre, surtout si la technologie continue d’évoluer et d’être plus accessible à davantage de public.

L’importance d’être représenté correctement

Pour l’instant nous avons vu comment le parasocial pouvait diminuer les préjugés des personnes, voire commencer à dissoudre le biais de favoritisme endogroupe en reliant les gens de façon heureuse. Mais qu’en est-il du côté des personnes ciblées ?

Tout d’abord, on sait à travers les recherches que les LGBT+ vont avoir des expériences parasociales plus intenses. Celles-ci fonctionnent aussi différemment que pour les personnes cis hétéros : en première partie, nous avions vu que l’expérience parasociale avait tendance à avoir des caractéristiques homophiles, c’est-à-dire que les individus vont parasocialiser avec des figures qui ont des caractéristiques communes (même genre, même origine, etc), s’identifiant ainsi au personnage. Or chez les LGBT+, il peut y avoir plus de parasocial envers des personnages non réalistes, fantastiques ou animés (Hirshfield & Stotler, 2020). Cela peut être aussi des superhéros comme Superman (Gomillion & Giuliano, 2011), Harry Potter (Nylund, 2007).

Les chercheurs expliquent que les patterns de ce genre d’histoire peuvent avoir du commun avec l’expérience LGBTQI+ : par exemple, Harry Potter commence comme paria dans sa propre famille, vivant dans un placard, ne trouvant son bonheur qu’en la quittant pour trouver un monde parallèle où il peut partager un même don secret. De plus, les genres de fantasy et de science-fiction ont tendance à remettre en question les normes sociales, sans pour autant perdre en authenticité des personnages et de leurs représentations12.

Il est probable que les publics LGBTQI+ interprètent ces figures et leur donnent un sens personnel, ce qui installe la similarité et l’attirance, deux piliers de l’expérience parasociale13

Une autre différence est que les personnages préférés des hommes gay peuvent être des femmes et pour les lesbiennes des hommes (alors qu’habituellement l’homophilie fait préférer les personnages de son propre genre)14.

L’expérience parasociale est également plus importante chez les LGBTQI+, car selon McDonnelle (2016), cela offre une fenêtre sur un monde plus sûr, la peur de l’abandon les empêchant de se tourner vers la famille, les profs ou les pairs pour avoir de l’information. Cela permet une construction de leur identité15 sans être rejeté, par exemple Craig et McInroy (2014) montrent comment iels utilisent les médias pour s’entraîner à des étapes importantes comme le coming-out.

Les préjugés massifs et le risque d’ostracisations (ou ostracisations effectives) rendent la vie sociale des LGBTQI+ plus anxiogènes, et ils peuvent en plus internaliser ces préjugés à leur égard. Tout cela participe à leur créer un style d’attachement anxieux qui, on l’a vu précédemment , est lié à plus d’expériences parasociales16. Et c’est pourquoi la représentation s’avère fondamentale pour eux, non pas comme simple compensation ou fuite, mais pour se construire, apprendre, se donner le courage d’avancer.

En 2021, Glaad a montré que les représentations LGBTQI+ inauthentiques étaient mieux que rien (ou que celles négatives).

Une bonne représentation permet donc aux LGBTQI+ de construire leur identité tout en se débarrassant des préjugés internalisés, s’entraîner à des étapes importantes et risquées comme le coming out, être globalement informés et soutenus pour s’aider à construire leur vie sociale.

Et on va retrouver des mêmes processus de (re)construction chez des groupes marginalisés en raison de leurs origines ou couleur. Face au racisme, à la discrimination voire à l’effacement de leur culture par des effets de colonisation, les groupes racisés vont activement chercher des messages soutenant leurs identités sociales17. Cela leur permet d’apprendre comment d’autres personnes partageant la même identité naviguent dans la société, offrent des informations importantes qui leur permettent d’éclairer qui ils sont18. Et les bénéfices sont importants :

Ward (2004) montre que chez les adolescents noirs, l’identification à des personnages masculins noirs populaires prédit une plus grande estime de soi globale, physique et de performance.

McCullough et al. (2021) montrent que chez les Asiatiques-Américains, suivre des personnes de même origines augmente la satisfaction liée à l’identité raciale, ce qui booste l’estime de soi.

Gates (2018) montre que se focaliser sur des objets médiatiques (même imparfaits) est un mécanisme de défense visant à atténuer les sentiments d’impuissance ou de frustration dans un monde marqué par le racisme structurel.

Cela permet une reconnexion culturelle pour compenser des années d’assimilation forcée à la culture majoritaire (Gray 2021).

Bien que les discriminations et préjugés varient selon les groupes et les époques, on peut trouver des points communs aux bénéfices de la représentation suffisamment bonne du groupe en question : le parasocial aide globalement à la construction de son identité chez tous les adolescents, mais aussi chez les personnes racisées. De plus, on l’a vu, une construction de son identité est un bouclier contre la mauvaise estime de soi. Or, que font les discriminations, les préjugés, les attaques haineuses si ce n’est s’attaquer à l’estime de soi des gens en les infériorisant, en les déshumanisant à quelques caractéristiques souvent très méprisantes et très dévalorisantes ? La représentation positive ouvre des possibilités et raffermit les boucliers d’estime de soi, informe correctement des menaces qu’il y aura à affronter et comment les surmonter pour tout simplement exister et vivre en étant pleinement soi, sans honte de ses origines, de sa couleur de peau, de son genre, de son identité sexuelle, de ses singularités, bref pouvoir être entier et entière et ce qu’importe les tempêtes qui tentent de nous réduire à l’état de cafard à écraser d’une façon ou d’une autre.

Je rappelle ici que bien que le lien parasocial a cet aspect souvent ridiculisé d’être à sens unique, du public à la figure médiatique, il n’empêche que la figure médiatique ou la créateurice qui propose un contenu ou un personnage cherche toujours, consciemment et inconsciemment, à communiquer, donner quelque chose aux gens : ainsi il n’est en rien délirant que le public le reçoive comme un soutien qu’il personnalise, applique à sa situation. Parfois c’était exactement le but et l’intention du créateur. Si vous souhaitez voir un exemple, on avait parlé de l’auteur de fantastique/horreur Clive Barker, qui est très clair sur ses intentions de mettre en héros ceux que la société rejettent et de les faire sauver la situation avec une simplicité prosociale. Ce que je veux dire par là c’est que votre parasocial n’est pas qu’irrationnel : il se base sur des éléments que vous avez récoltés dans l’œuvre et qui effectivement produisent un effet tangible de soutien, d’information ou de compréhension.

Cette récolte et le tissage avec votre vie est vôtre, même si l’auteur avait souhaité très fort aussi que cela puisse vous apporter une forme de bien-être, de l’aide, et qu’il avait placé ces éléments pour être saisis, ça reste une création dont une partie vous appartient. Ainsi je pense qu’en reconnaissant cette part de récolte et de tissage à votre vie comme vôtre, notamment parce que vous avez utilisé le contenu pour vous aider concrètement IRL, on est sur la co-création (impliquant toutes parties aussi bien côté création que côté public) d’une expérience parasociale autodéterminée.

Mais avant d’explorer plus en fond et en débat cette hypothèse observons le parasocial dans le contexte politique : c’est ce qu’on verra la semaine prochaine !


Notes de bas de page

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L’image d’entête est une capture d’écran modifié du youtubeur qui a explosé de rage à propos de Starfield parce que le jeu proposait de choisir ses pronoms. J’ai juste mis des effets dessus. Plus d’infos sur l’enragé : Les gamers en colère sont furieux que les joueurs puissent choisir des pronoms dans Starfield

1 DEI = Diversité, Équité et Inclusion. Trois principes établis pour promouvoir l’inclusion et la lutte contre les discriminations envers des groupes historiquement minoritaires ou minorisés (femmes, LGBT+, personnes racisées et handicapées). Diversité, équité et inclusion — Wikipédia

2 https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-info-culturelle-reportages-enquetes-analyses/assassin-s-creed-shadows-c-est-une-bataille-culturelle-qui-depasse-le-simple-cadre-du-jeu-video-2750191 ou https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/3348099-20220910-non-amazon-trahi-tolkien-integrant-personnes-couleur-casting-anneaux-pouvoir ou

3 https://www.jeuxvideo.com/news/1415838/horizon-forbidden-west-pourquoi-le-visage-d-aloy-interpelle-autant.htm

4 L’extrême droite a aimé la série The Boys sans voir au début que c’était une satire, il a fallu attendre qu’elle montre explicitement des nazis pour qu’ils voient que cela se moquait des gens aux idées nazies https://youtu.be/eHicftTXV-w?si=SNJQBDrclEC-WZC_

5 https://www.francebleu.fr/infos/societe/m-m-s-renonce-a-ses-personnages-trop-politises-selon-la-droite-conservatrice-americaine-5334429

6 https://www.huffingtonpost.fr/culture/article/meme-les-sims-n-echappent-pas-a-la-politique-anti-diversite-de-trump_250222.html

7 Schemer Meltzer (2020) ; Visintint, Voci, Pagotto, Hewstone (2017) ; Pagotto et Voci (2013)

8 Pettigrew (2009) ; Joyce et Harwood (2014).

9 Autisme ; dans l’étude il est dit autisme asperger, mais l’appellation est désormais Trouble du Spectre Autistique à faible sévérité, car le docteur Asperger s’est révélé avoir participé aux tueries de masse des handicapés par les nazis.

10 Vezzali et al. (2015)

11=personnages non jouables

12 Hirshfield et Stotler (2020).

13 Gomillion et Giuliano (2011), Hoffner (2011), Bond, (2018).

14 Glaad (2021)

15 Mcinroy crai (2019) ; Woznicki (2021)

16 Stars et Parksons (2014) ; Rain et Mar (2021)

17 David and colleagues (2002) ; Saleem and colleagues (2019) ;  Riles, Varava, (2018)

18 Wills, (1981) ; Buunk & Ybema, (1997) ; Johnson & Knobloch- Westerwick, (2017).


🃏Cartes

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Représentation toxique. Une représentation négative peut renforcer les préjugés envers un groupe ciblé, augmenter le sentiments d’être menacé par ce groupe dont on préjuge la dangerosité. Les membres ciblés en viennent à être réellement ostracisé voire attaqués sur la base de ces mauvaises fictions.

Imaginaire sécurisant. Imaginer ou voir dans un contenu une rencontre intergroupe positive peut servir de répétition qui diminue l’anxiété, les peurs.

Représentations rejetées. Les personnes qui bénéficieraient le plus besoin de contacts parasociaux positifs peuvent justement éviter les contenus qui les ouvriraient, parce qu’elles ont cette insécurité et vont se tourner vers les contenus qui renforcent leur groupe et leurs croyances.

Rencontre modèle. Quand un individu d’un groupe (a) montre sa rencontre avec une personne d’un autre groupe (b), cela diminue les préjugés du groupe A envers B, parce que les A voient un modèle de comportement pour que cela se passe bien avec les B.

Groupe accueillant. Quand un groupe accueille comme membre un nouvel individu alors les préjugés de tous ceux qui sont liés au groupe diminuent. L’effort d’accueil doit provenir du groupe.

Représentation positive. Pour les personnes minorisées, une représentation positive peut soutenir l’estime de soi, ouvrir des possibilités et aider à affronter les discours qui infériorisent.

Co-création. Le parasocial serait une co-création à partir du moment où l’on utilise le contenu, la relation avec le contenu, pour transformer sa propre vie.



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