[PS5.1] Antifan : désaimer, détester, puis haïr activement une figure médiatique


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Il est évident qu’on ne peut pas aimer tout le monde et il est assez commun de ne pas être transporté par le contenu d’une figure médiatique, voire de la détester. Cela générerait en nous de la colère, du dégoût, de l’exaspération, de la tristesse, du désespoir, connectés à des moments d’anti-transport1 où nos valeurs, nos buts, nos espoirs, nos rêves, nos attentes sont comme dissous voire noyés par le contenu de cette star détestée.

Par anti-transport, j’entends un maximum de réponses négatives à l’échelle de transport, notamment la facette émotionnelle et imaginative2 (ci-dessous et testable en intégralité ici ). L’antifan ne serait absolument pas touché émotionnellement par le contenu, il estimerait que le récit n’est pas pertinent pour sa vie, pourrait refuser de se mettre à la place des personnages du récit.

Le récit m’a touché émotionnellement.

Je me suis surpris à imaginer d’autres dénouements.

Mon esprit vagabondait pendant ma lecture (R).

Les événements du récit sont pertinents pour ma vie quotidienne.

Les événements du récit ont changé ma vie.

J’avais une image mentale très nette de [nom du personnage].

[Green et Brock 2008]

A mon avis, on ne rentre pas dans le véhicule (son discours, son contenu) de la figure médiatique, parce que cela s’oppose à nos attentes, valeurs, croyances, attitudes, préférences, bref notre game3 personnel-social4, donc nos règles.

En plus de cet anti-transport, on pourrait cocher oui aux items du parasocial négatif de l’échelle d’Hartmann, Stuke et Daschmann (2008) :


Parasocial négatif (Hartmann, Stuke & Daschmann, 2008)

Pour chaque affirmation, indique ton degré d’accord concernant [X] (une figure médiatique de ton choix).

1. Je suis heureux chaque fois que j’apprends que quelque chose de mal est arrivé à [X].

2. Je ne suis jamais d’accord avec les actions de [X].

3. Je n’ai jamais aimé [X].

4. C’est ennuyeux de voir [X].

5. Je ne veux pas qu’on me rappelle l’existence de [X].

6. Je trouve [X] désagréable.

7. [X] n’accomplit pas d’actions admirables.

8. Je ne suis pas intéressé par les articles ou la couverture médiatique concernant [X].

9. Cela ne me dérangerait pas de ne plus jamais revoir [X].

10. Je ne veux pas apprendre à connaître [X].

11. Je ne suis pas inquiet si je ne vois pas [X] à la télévision pendant longtemps.

Détester, désaimer, ne pas être transporté par un contenu, semble assez courant dans des circonstances hors de notre contrôle. Par exemple, lorsqu’on est invité dans la famille ou chez les amis et qu’ils choisissent de regarder quelque chose qu’on n’aime pas, ou quand on est dans un bar, un magasin, et qu’ils diffusent une musique ou une émission qui nous répugne. L’agacement, le dégoût ou la haine n’est pas ici une activité qu’on souhaitait vivre en premier lieu, elle advient à cause des circonstances. Dans cette configuration de détestation involontaire, on aurait donc des scores élevés tant en désintérêt qu’en antipathie sur l’échelle de parasocial négatif.

Mais on peut aussi sciemment enclencher cette vidéo sur YouTube pour la détester activement d’un bout à l’autre, puis communiquer cette haine dans les commentaires, par mail ou tous les réseaux de communication qui nous viennent en tête. Ici si on est honnête avec l’échelle, les items surlignés ne seraient pas négatifs mais au contraire positif : on chercherait activement à connaître la figure détestée, et si on passe un temps conséquent à regarder son contenu de façon volontaire, c’est qu’il ne nous est pas ennuyeux.

Certains antifans peuvent même pousser l’activisme de haine encore plus loin, en étant comme à l’image des fans, cherchant activement la moindre petite information sur la figure détestée, la moindre de ses apparitions pour la haïr encore plus fort, la traquant comme un chasseur traque sa proie.

Et on l’a vu dans les exemples du premier article, parfois le fan se métamorphose en antifan en un clignement d’œil : IRL, dans une conférence-faq d’Antoine Daniel ,pourquoi une personne a pris la parole devant 1800 personnes pour lui dire que son travail était moins bien qu’avant ?

Hors internet, on voit aussi ce phénomène de fans devenant des antifans chez les supporters d’une équipe. Ils peuvent passer du plein soutien à la détestation de l’équipe si elle perd. Ainsi, cette transformation de fan à antifan est, je ne vous le cache pas, assez terrifiante quand on est créateur parce que dès lors qu’on l’a vécue, toutes les relations qui semblent positives se teintent du danger d’être transformé en pure haine, parfois sans qu’on comprenne pourquoi, puisque si l’autre nous connaît, nous, on a aucune espèce d’idée de qui il est ni de la relation qu’il projette sur nous, ses attentes. Imaginez parler dans le vide, sans savoir qui vous écoute, recevoir une lettre enthousiaste d’un voisin inconnu à vos propos, mais qu’à votre deuxième session, une personne vient toquer à votre porte pour dire que vous l’avez beaucoup déçu, faisant la liste de tout ce qui est détestable chez vous. Cela rend les relations sociales assez stressantes.

La haine peut aller beaucoup plus loin et relever de pratiques pénalement répréhensibles, comme le cyberharcèlement, avec ses insultes, ses menaces, son doxing5 et des actes de violence variées, comme mettre des animaux morts dans la boite au lettre de la personne6. Ces antifans semblent ne pouvoir que se satisfaire d’une souffrance atroce de la figure médiatique, voire de la savoir morte. Et encore, j’ai l’impression que ça ne leur suffirait pas, puisqu’ils n’hésitent pas non plus à s’attaquer à la communauté des fans, voire même juste à des followers qui n’ont pas témoigné plus que ça de sympathie pour la figure médiatique ciblée. Par exemple, ici un antifan souhaite du mal à notre communauté entière :

Je sais que certains demandent parfois de laisser en clair les identifications, ce qui est légitime car c’est totalement public (commentaire youtube), mais là le pseudo / son image n’était que de la propagande

Pourquoi passer son temps d’existence à faire ça ? Si on déteste les valeurs de la figure médiatique en question, pourquoi ne pas plutôt consacrer son temps à construire les valeurs qui nous tiennent à cœur et qui pourraient être faites d’affect positifs ?

Des dispositions à être antifans ?

Je précise que par disposition, il ne s’agit pas de l’essence individuelle des personnes, de ses gènes, mais de ses tendances comportementales habituelles. Les dispositions sont aussi générées par les environnements sociaux des personnes, c’est donc à la fois d’ordre social comme individuel, c’est un tout à la fois interagissant en permanence en jeu constant. Une situation sociale peut stimuler une caractéristique personnelle ou l’annuler ; une caractéristique personnelle peut être jouée socialement ce qui va produire un retour particulier qui va l’encourager ou non, etc. Elles ne sont pas exclusives, tout peut se superposer en même temps, les dispositions, comme les phénomènes sociaux. Une disposition présente ne veut pas dire que cela annule la possibilité de l’effet d’un phénomène social, ce n’est pas exclusif. On les étudie pour pouvoir comprendre comment cela fonctionne (et peut-être trouver des solutions), non pas parce que ce serait des opposés, ou des facteurs à mettre en dualité comme tout autant de clans se bagarrant.

Par antifans, on va s’appuyer sur la définition de Gray (2003) qui est : celui qui déteste activement un texte ou un genre, le considérant comme stupide, moralement condamnable ou esthétiquement médiocre.

Quand la détestation n’a pas été une activité volontaire, active (subir une émission de Cnews dans un bar où vous vouliez juste boire un café avant de reprendre la route), on parlera plutôt de parasocial négatif, qui représenterait tant de l’antipathie que du désintérêt. La personne ne va pas du tout chercher à subir ça, au contraire, elle ferait tout pour voir autre chose que cette figure médiatique.

Le style d’attachement évitant

On a vu précédemment que les personnes à style d’attachement anxieux avait tendance au parasocial positif, là où ceux à style d’attachement évitant n’avait pas ce parasocial positif. Et si pour eux, l’intérêt était, à l’inverse, dans le rejet actif ?

Effectivement, une recherche de Bernhold (2019) montre que les personnes ayant un style d’attachement évitant peuvent trouver le parasocial négatif plus gratifiant ou sécurisant que la recherche d’intimité réelle. Dans l’échantillon de personne âgées qu’il a étudié, c’était aussi associé à une satisfaction sociale basse et portait toujours sur des figures réelles (en particulier les politiciens). Les chercheurs recommandaient ici d’accorder moins d’énergie mentale au maintien de ces relations négatives. Ils donnaient aussi l’idée que du côté de l’animateur tv, il devrait prévenir du contenu à venir pour permettre aux personnes de choisir de couper, changer de chaîne s’ils sont face à la figure médiatique détestée. Cependant je pense que par intérêt matériel, les chaînes pourraient renverser cette recommandation pour ne pas prendre le risque de perdre en audimat. Cependant, si vous êtes un créateur souhaitant l’autodétermination et le soutien de son public, c’est un conseil facile à mettre en œuvre.

Tétrade sombre

De façon très prévisible, les personnes hautes sur la tétrade sombre (narcissisme, machiavélisme, sadisme, psychopathie sont plus susceptibles d’apprécier les relations hostiles avec des personnages médiatiques et ainsi de s’identifier aux méchants plutôt qu’aux héros. Par exemple, les chercheurs7 ont démontré que le machiavélisme prédit le fait d’aimer des personnages de fiction « sombres » ou “maléfiques”. Les narcissiques ont un intérêt plus élevé pour les célébrités8 et les figures médiatiques ou personnages connues pour leur vanité9. Les narcissiques se comparent à des célébrités pour valider leur propre sentiment d’importance10.
Le sadisme étant caractérisé par le fait d’avoir du plaisir à faire souffrir autrui, en toute logique être antifan est un moyen de se faire plaisir. Certains peuvent d’ailleurs l’avouer ouvertement quand on leur demande, comme on a vu sur les captures d’écran partagées un peu plus tôt dans l’article.

Ceux globalement haut en tétrade sombre peuvent mettre en œuvre un parasocial négatif dit « ironique »11 c’est-à-dire qu’il vont consommer un contenu d’une figure jugée stupide ou inférieure pour s’en moquer. Cela a été repéré par Leng Ang une première fois avec la série télévisée Dallas, en 1985, où des spectateurs affirmaient la regarder pour s’en moquer. Ceci étant dit, tout parasocial ironique n’est pas forcément signe de tétrade sombre, il est aussi possible que les personnes affirment consommer le contenu de façon ironique, mais qu’en réalité elles l’aiment au premier degré : montrer un parasocial ironique permet de se distinguer socialement au-dessus du contenu. Ainsi McCoy et Scarborough (2014) ont montré que les spectateurs peuvent exprimer un mépris ironique pour dissimuler une relation parasociale positive et ainsi « sauver la face ».

Ceux haut en tétrade sombre vont être aussi plus en quête de provoquer des dramas sur Internet en commentant négativement12. Plus généralement l’étude sur le trolling où le but de l’utilisateur va être d’enflammer le public sans attachement réel au contenu est lié à un haut score en tétrade sombre, en particulier le sadisme et la psychopathie13.

Des traits de personnalité

Le narcissisme et la psychopathie sont connus pour avoir un score bas en agréabilité. Ainsi, ce ne sont que mes théories mais je suspecte aussi les personnes ayant une basse agréabilité dans leur personnalité d’être potentiellement plus enclin à devenir antifan que fan et inversement : on a tendance à radicaliser nos traits de personnalité comme étant bons, ce qui devrait être la bonne façon d’être, surtout quand ces traits sont extrêmes (très très bas, très très haut).

Ce que représente l’agreabilité :

Ici on voit la personnalité de deux types de narcissiques (tout deux sont bas en agreabilité) :

Ainsi c’est une simple théorie de ma part, mais je pense que le très bas agréable pourrait trouver particulièrement ridicule et stupide tout parasocial positif, puisque son moteur d’être repose sur la méfiance envers les gens, méfiance dont il tire du plaisir, et inversement un très haut agréable pourrait trouver effrayant ce rejet de l’amour et de la confiance, parce qu’il en tire une satisfaction très haute au quotidien. Si j’en crois des expériences mesurant la personnalité et ses changements, moments par moments, il est tout à fait possible que des très bas agréables soient en premier lieu sympathiques avec une star (parce qu’ils peuvent hausser leur agréabilité avec des inconnus par pur intérêt et inversement être totalement désagréables avec leurs amis parce qu’ils n’ont plus rien à conquérir d’eux) puis dès lors qu’ils la connaissent mieux, entrer dans un mode très conflictuel.

Des biais

Je rappelle que le parasocial, qu’il soit négatif ou positif, n’est pas un biais en soi, puisque c’est une expérience qui peut être décomposée en un aspect d’interaction et de relation. Ainsi, nous allons parler là de biais qui peuvent entrer en jeu dans l’expérience parasociale, mais cela ne veut pas dire que toute expérience parasociale est biaisée : il peut y avoir des relations parasociales, positives comme négatives, qui ne sont pas du tout dans ces biais.

Effet taxi driver

Le public peut avoir pour biais de confondre l’acteur et son personnage : c’est l’effet “taxi driver”. Un acteur jouant un méchant peut voir sa réputation réelle entachée car le public transfère sa haine du personnage sur l’individu réel.

Ainsi, en 2020, Tukachinsky a montré que Jennifer Anniston était perçue davantage négativement si on montrait d’abord aux participants un extrait où elle joue un personnage méchant. Le parasocial négatif avec le personnage déborde sur l’acteur.

On peut constater cet effet Taxi Driver hors laboratoire, par exemple avec le personnage de Skyler White, femme du personnage principal de Breaking bad. Son actrice Anna Gunn, explique ce qui s’est passé :

« […] Pour ceux qui ne connaissent pas la série [breaking bad] : Skyler est l’épouse de Walter White, un professeur de chimie au lycée qui, après avoir appris qu’il souffre d’un cancer du poumon, commence à cuisiner et vendre de la méthamphétamine pour laisser un pécule de fonds à Skyler, leur fils adolescent et leur fille à naître. Cependant, après que son pronostic s’améliore, Walter continue dans le trafic de drogue — avec un succès considérable — s’enfonçant de plus en plus dans la vie criminelle.

Lorsque Skyler découvre ce que Walter a manigancé, elle tente de l’arrêter, sans succès. Elle est indignée par la violence et la destruction du monde de la drogue, craignant pour la sécurité de ses enfants, dégoûtée par l’argent que Walter apporte et détruite par les mensonges et la manipulation auxquels il la soumet.

Parce que Walter est le protagoniste de la série, il y a une tendance naturelle à empathiser et à le soutenir, malgré ses faiblesses morales. (Le fait que les spectateurs puissent s’identifier à cet anti-héros témoigne aussi de la finesse avec laquelle son personnage est écrit et interprété.) En tant que personnage qui s’oppose constamment à Walter et le confronte à ses mensonges, Skyler est, en un sens, son antagoniste. Donc dès le début, j’étais consciente qu’elle n’était peut-être pas le personnage le plus populaire de la série.

Mais je n’étais pas préparée à la réponse virulente qu’elle a suscitée. Des milliers de personnes ont « aimé » la page Facebook « I Hate Skyler White ». Des dizaines de milliers de personnes ont « aimé » une page Facebook similaire dont le nom ne peut pas être publié ici. Quand les gens ont commencé à me parler des « forums de haine » pour Skyler sur le site d’AMC, la chaîne qui diffuse la série, j’ai su qu’il valait probablement mieux ne pas regarder, mais je voulais comprendre ce qui se passait.

Un post en ligne typique se plaignait que Skyler était une « harpie hurlante et hypocrite » et qu’elle ne « méritait pas la belle vie qu’elle a ».

« Je n’ai jamais autant détesté un personnage de série télé que je la déteste », écrivait un intervenant. Le consensus parmi les détracteurs était clair : Skyler était une boule et une chaîne, un fardeau, une mégère, une « garce agaçante ».

J’aime incarner des personnages complexes et difficiles et j’ai toujours cherché à saisir la vérité sur ces personnes, que ce soit populaire ou non. Vince Gilligan, le créateur de « Breaking Bad », voulait que Skyler soit une femme à la colonne vertébrale d’acier, prête à affronter tout ce qui se présenterait, qui ne s’effondrerait pas dans un coin ou ne se tordrait pas les mains de désespoir. Lui et les scénaristes de la série ont rendu Skyler multi-couches et, à sa manière, moralement compromise. Mais au final, elle n’a pas été jugée selon les mêmes critères que Walter.

En tant qu’actrice, je me rends compte que les spectateurs ont le droit d’avoir ce qu’ils veulent à propos des personnages qu’ils regardent. Mais en tant qu’être humain, je crains que tant de gens réagissent à Skyler avec un tel venin. Se pourrait-il qu’ils ne supportent pas une femme qui ne souffre pas en silence ou qui « soutient son homme » ? Qu’ils la méprisent parce qu’elle ne veut pas reculer ou abandonner ? Ou parce qu’elle est, en fait, l’égale de Walter ?

Il est notable que les téléspectateurs aient exprimé des sentiments similaires à propos d’autres épouses complexes de la télévision — Carmela Soprano de « The Sopranos », Betty Draper de « Mad Men ». Les personnages masculins ne semblent pas inspirer ce genre de défoulement public et de haine.

À un moment donné sur les forums, le personnage de Skyler a semblé disparaître de la conversation, et les gens ont transféré leurs sentiments négatifs directement vers moi. Les commentaires déjà durs en ligne sont devenus carrément des attaques personnelles. Un de ces articles disait : « Quelqu’un pourrait-il me dire où trouver Anna Gunn pour que je puisse la tuer ? » En plus d’être effrayée (et de prendre des mesures pour assurer ma sécurité), j’étais aussi stupéfaite : comment le fait de ne pas aimer un personnage avait-il pu dégénérer en une rage meurtrière contre l’actrice qui l’incarnait ?

Mais j’ai finalement compris que la haine de la plupart des gens envers Skyler avait peu à voir avec moi et beaucoup à leur propre perception des femmes et des épouses. Parce que Skyler ne correspondait pas à un idéal confortable de la femme archétypale, elle était devenue une sorte de test de Rorschach pour la société, une mesure de nos attitudes envers le genre.

Je ne peux pas dire que j’ai apprécié d’être le centre de la tempête de haine envers Skyler. Mais au final, je suis heureuse que cette discussion ait eu lieu, qu’elle ait eu lieu en public et qu’elle ait mis en lumière certains des recoins sombres et troubles que nous ignorons souvent ou prétendons ne plus exister dans notre vie quotidienne. »

https://www.nytimes.com/2013/08/24/opinion/i-have-a-character-issue.html

Ce parasocial négatif peut néanmoins déborder de façon moins directe : en 2006, Hu a exposé les participants à un faux scandale concernant l’acteur Clooney, puis l’a suivi soit d’une de ces interviews ou soit d’un de ses films. Le parasocial positif était plus élevé pour le film, le scandale ne touchant pas le personnage et étant réservé à l’acteur lui-même.

Coûts irrécupérables /Clôture

Les personnes peuvent aussi persister à regarder un contenu qu’elles ont fini par ne plus aimer du tout à cause des biais des coûts irrécupérables, se sentant obligées de finir une série qu’ils n’aiment plus. Ce biais concerne particulièrement à mon sens ce qui a pu être acheté directement, que ce soit un livre, une série sur DVD, cela demande une notion de coût qu’on se sent obligé de rentabiliser, afin de ne pas faire de “gaspillage” comme on se forcerait à finir son assiette même si n’a plus faim ou que ça nous dégoûte trop.

Mais ce n’est pas sans me rappeler qu’en game design, les chercheurs et créateurs rapportent l’attrait des gens pour le fait de tout achever, tout compléter.

Bartle (1996)  profile les joueurs et l’un des profils sera « l’achiever » : ce profil de joueur tire sa fierté et son plaisir du fait de terminer (consommer) toutes les quêtes et tous les objectifs du contenu du jeu. Sa motivation peut être de terminer toutes les quêtes, d’acquérir tous les objets uniques, ou d’éliminer chaque ennemi. Est-ce qu’il existerait des profils de spectateurs acheveurs ?

Upton (2016) parle de play14 de « clôture » qu’il oppose à un play d’expansion ; l’élan ludique d’expansion vise à ouvrir de nouvelles possibilités dans un espace de jeu, l’élan ludique de clôture vise à les refermer, et on peut lire ce qu’il explique sur le jeu en imaginant la même expérience chez le spectateur qui persiste à finir une série où il peut être en parasocial négatif :

« À première vue, cette façon de jouer [play de clôture] peut sembler peu amusante. Quel est l’intérêt de terminer une partie ?

L’attrait du play de clôture réside dans le sentiment d’accomplissement qu’il procure. […] Le play de clôture nous pousse à terminer les choses, même si cela ne nous aide pas à gagner ou ne contribue pas à un fantasme particulier. […] Au début d’un arc narratif, nous privilégions les actions qui ouvrent de nouvelles perspectives – nous jouons la carte de l’expansion. Mais à mesure que l’arc touche à sa fin, nos objectifs changent et nous privilégions les situations qui, au contraire, ferment les portes. Nous recherchons la conclusion. Notre tendance à l’expansion au début et à la conclusion à la fin opère à toutes les échelles temporelles, du jeu dans son ensemble aux quêtes ou histoires individuelles, en passant par les micro-récits se limitant à une simple rencontre ou scène isolée.

Ainsi, lorsque nous commençons un nouveau jeu, nous avons une propension naturelle à l’exploration et à l’expérimentation, à repousser les limites et à agir par pure curiosité, pour voir où cela nous mènera. Mais lorsque nous sentons que le jeu touche à sa fin, nous abandonnons cette exploration pour nous concentrer sur la finalisation et la clôture des projets. Ce processus se reflète à plus petite échelle dans le jeu : l’exploration et l’expérimentation lors de l’obtention d’une nouvelle quête, du passage à un nouveau niveau ou d’une nouvelle rencontre, suivies d’une recherche de conclusion pour fermer les opportunités que nous avons précédemment créées.
[…]

Le play de clôture obéit à l’heuristique. Si le danger d’une stratégie d’expansion réside dans le fait d’ouvrir le jeu à un point tel qu’il en devienne confus, celui d’une stratégie de clôture est de le fermer trop rapidement. Les fins sont plus réussies lorsqu’elles semblent linéaires et inévitables, mais si une fin devient trop linéaire, on a l’impression de ne plus avoir de choix à faire et le jeu peut s’effondrer.

Les conséquences d’un play de clôture doivent viser à bloquer les possibilités d’exploration. Lorsque l’on est guidé par la clôture, il est particulièrement satisfaisant d’effectuer un mouvement qui bloque complètement une partie de l’espace de jeu : faire un saut irréversible, éliminer définitivement un adversaire, s’emparer de l’arme ultime. Notre progression doit être prévisible, en ce sens que nous savons si un mouvement ouvrira ou fermera nos options futures, mais pas au point de savoir exactement quelle forme prendra cette ouverture ou cette fermeture. Néanmoins, nous devons toujours garder à l’esprit que la fin approche, que chaque action que nous entreprenons réduit le champ des possibles jusqu’à ce qu’il ne reste que la résolution finale et inévitable.

Nous ne cherchons pas à « gagner » au sens d’atteindre une conclusion particulière. Mais nous voulons avoir le sentiment que l’arc narratif que nous explorons est résoluble — qu’il existe une manière possible de le mener à une fin satisfaisante. »

Ainsi, je me demande si certains spectateurs se forçant à terminer une série décevante avec laquelle ils ont plus de parasocial négatif que de positif, ne sont pas nécessairement dans un biais de coût irrécupérable, mais davantage dans un même genre de play de clôture pour ressentir des sentiments d’accomplissement, d’achèvement, qui les motivent en soi. Est-ce que pour un spectateur, le fait d’avoir bien connu les personnages, le monde, incite comme pour un jeu à le terminer parce qu’il y a eu les étapes précédentes d’expansion, de découverte ? Est-ce que, même s’il y a un parasocial négatif, n’y a t il pas certains liens, notamment à l’univers, qui persistent ? Les études15 tendent à montrer que certains profils en parasocial négatif pouvait avoir un attachement au début d’une série, puis détester la façon dont l’histoire se perd ; certains peuvent effectivement continuer jusqu’au bout dans l’espoir de retrouver ce positif.

Ainsi, je me demande: même si l’attrait pour la série ou le film n’est plus là, n’y aurait-il pas une motivation à terminer les choses en soi, qui ne serait pas un simple biais qu’on subirait, mais une motivation autonome qui trouve source ailleurs que dans les relations parasociales déplaisantes.

Là où cela me semble dommageable, c’est lorsque cela ne procure absolument plus de plaisir nulle part, voire même des affects assez négatifs. En principe toute œuvre n’est pas là pour être vécue comme une tâche obligatoire ennuyeuse et pénible. On est censé être libre d’arrêter quand on veut, que l’on ait directement acheté ou non, on devrait se laisser libre de passer à quelque chose d’autre qui nous convient mieux sans culpabilité pour le “gâchis” qui n’en est pas un dans ce cas-là.

L’erreur ultime d’attribution

Le parasocial positif pourrait aussi se transformer en négatif, à cause de l’erreur ultime d’attribution :

Si vous avez déjà vu ou ne pouvez pas voir la vidéo, vous pouvez cliquer ici pour accéder à un résumé :

On décrypte ici l’erreur ultime d’attribution, qui nous pousse à juger injustement les autres groupes : nous avons tendance à expliquer nos propres succès par le talent et nos échecs par la malchance, tout en faisant l’inverse pour nos rivaux. Ce mécanisme sert à renforcer l’estime de soi en dévalorisant systématiquement l’« exogroupe », qu’il s’agisse de supporters sportifs, de nationalités ou de minorités. L’exemple des vidéos montrant des Américains prétendument « idiots » illustre ce phénomène : nous ignorons les facteurs contextuels comme le stress ou le montage de la vidéo pour valider nos propres préjugés de supériorité. Pour contrer cette vision simpliste et stéréotypée, on suggère de cultiver l’humilité et de rester ouvert à la complexité des situations sociales. En fin de compte, comprendre ce biais permet de mieux identifier les racines de la discrimination et de l’ethnocentrisme dans notre quotidien.

Dans le parasocial où il y a erreur fondamentale d’attribution, certains fans vont attribuer les réussites de la star à ses qualités (et ignorer les facteurs extérieurs) et ses échecs ou problèmes de la faute de l’extérieur. Ainsi, à cause de ce dernier point en particulier, si la star est par exemple accusée de sexisme, les fans vont refuser d’envisager que ça puisse être le cas. Ils vont se mettre à attaquer celui ou celle qui a souligné le sexisme, qui devient alors un ennemi à abattre puisqu’il ne peuvent pas envisager que leur star soit fautive : et c’est ainsi, non à cause du parasocial, mais à cause de l’erreur ultime d’attribution qu’il mêle à leur parasocial, que des cyberharcèlements par des fans d’une communauté peuvent s’abattre sur d’autres communautés de fans. Des fans de l’un deviennent des antifans de l’autre.

L’erreur ultime d’attribution n’explique pas à elle seule ce déferlement de haine, c’est un facteur parmi bien d’autres. Ceci étant dit, j’ai l’impression que l’image négative qu’on porte au parasocial, le voir comme un biais, vient du fait qu’on confond l’erreur ultime d’attribution comme si elle constituait le parasocial, alors qu’en réalité l’expérience parasociale peut être dénuée d’erreur ultime d’attribution.

De la distinction sociale jusqu’à la putréfaction

Désaimer et se montrer antifan peut avoir des raisons et des objectifs de distinction sociale : en 1984, Bourdieu théorise le goût comme relevant d’habitus sociaux, de cultures distinctes liés à la classe et à ses conditions.

L’habitus de classe couvrent nos préférences, tant par ce qu’on aime et par ce qu’on aime pas, inculqué par nos environnements sociaux qui nous ont habitués à ceux-ci en les entremêlant à des critères moraux : par exemple, l’enfant mangeant en grosse quantité des aliments riches peut être félicité dans certains environnements sociaux, et dans d’autres c’est la variété et la qualité des aliments ingérés qui sera davantage source de félicitations. Chez les gens qui privilégient la qualité, la quantité sera perçue comme une mauvaise façon de se nourrir, voire “dégoûtante”, chez les quantitatif, faire attention et manger peu sera vu comme du mépris ou signe de ne pas aller bien.

Ainsi, se montrer détestant quelque chose ne relève pas que d’un simple goût personnel, mais d’outils pour se reconnaître et se distinguer socialement, parfois en légitimant au passage une hiérarchie sociale. Et cet aspect de montrer des contenus, notamment populaire et de masse comme détestables, voire l’intégralité des médias les contenant, est, il me semble, extrêmement présent dans le champs du divertissement tant à gauche :

« Dans ce contexte de décervelage assumé et revendiqué, la plupart des intellectuels contestataires ne cessent de réhabiliter la culture de masse. D’ailleurs une certaine gauche a participé activement à la promotion du plus puissant outil de massification et de dépossession des savoirs êtres (rapport aux autres, au temps, à l’espace…) : Internet. […] Elle [la culture d’internet] est désormais créatrice d’individus atomisés mus par le calcul mesquin de leurs intérêts personnels. »16

Qu’à droite :

« Le travail est devenu trop austère pour une partie de la population désormais gavée de divertissements permanents. Des divertissements qui ont aussi appauvri la culture générale et donc la représentation du monde. Le ciel est vide, et les personnages de Disney n’apportent aucune réponse aux grandes questions existentielles.

Le dégoût de la vie est la conséquence la plus certaine d’une hégémonie des divertissements qui remplissent mais ne nourrissent pas. 17

Bourdieu explique qu’en rejetant ce qui est populaire, les individus transforment leur privilège social en une supériorité de « palais » ou de goût, faisant paraître leur position dominante comme « naturelle ». Autrement dit, l’antifan devient ici un snob élitiste18 qui gagne facilement en supériorité en méprisant le populaire.

Le désamour ferait office de frontière sociale, et l’amour pour une émission de télérealité serait comme de mauvais papiers pour traverser cette frontière. Bourdieu montre que le mépris pour l’art jugé « facile » est un instrument de violence symbolique utilisé par la bourgeoisie pour marquer sa distinction et en tirer des avantages.

On le voit assez régulièrement dans les « critiques ». En 2020, la youtubeuse populaire Lena Situations au début de sa vingtaine, sort un livre sans prétentions littéraires autre que de proposer du développement personnel et bat des records de vente. L’écrivain Beigebedder, qui a alors largement l’âge d’être son père (environ 55ans) va écrire une critique passive agressive empreinte de fiel  :

Gray (2021) donne un nom à ce genre de critique empreinte de désamour, mais « stylisée » : la putréfaction poétique, dont certains critiques sont spécialistes. Il s’agit d’éviscérer joliment une œuvre jugée mauvaise. On putréfie, on pourrit poétiquement l’objet, la personne détestée. C’est une pratique esthétique du dégoût où le critique (professionnel ou amateur) utilise des métaphores élaborées pour décrire avec précision à quel point un film, une série ou une musique est « atroce ». Cette « poésie » communique la joie de détester montrant que l’on peut capitaliser sur son aversion pour en faire un divertissement. Gray estime que c’est une stratégie de distinction permettant au poète putréfiant de se situer intellectuellement au-dessus de l’objet critiqué. A noter que dans l’exemple de Beigbedder, on a affaire à un écrivain qui avait aussi sorti un livre la même année, et dont le ressentiment d’avoir fait moins de ventes n’est pas à écarter.

Lena n’a pas hésité à reparler de son mépris et du mal que cela lui a fait, sur les plateaux et dans son deuxième livre, et Beigbedder a continué en réponse à la mépriser en retour :

« Merci de me dédier « Encore mieux », mais votre titre est mensonger. Après lecture, votre nouveau machin devrait s’intituler « Aussi nul »

« Je méprise le marketing digital qui abrutit votre génération. Je méprise votre idolâtrie des chiffres de ventes et du nombre de followers comme unique critère de qualité. Je méprise votre manière de vous victimiser artificiellement pour séduire la presse bien-pensante. Je méprise votre démagogie dégoulinante qui cache une exploitation cynique du malaise des midinettes. Je méprise votre narcissisme gênant »

« Vous auriez pu être une nouvelle Diana Vreeland, mais comme intervieweuse, vous n’arrivez pas à la cheville de Mouloud Achour. Quant au conflit des générations, permettez-moi de citer un poète mort avant votre naissance, Georges Brassens, car personne n’a jamais rien écrit de mieux sur la seule chose qui nous rassemble : ‘Qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père ! Quand on est con, on est con' »

extraits provenant de : https://www.rtl.fr/culture/medias-people/je-passe-ma-vie-a-reveler-de-jeunes-talents-dont-vous-ne-faites-pas-partie-la-reponse-salee-de-frederic-beigbeder-a-lena-situations-7900572338 ; https://www.lepoint.fr/societe/je-meprise-votre-narcissisme-frederic-beigbeder-relance-sa-gueguerre-avec-lena-situations-27-11-2025-2604156_23.php

La semaine prochaine on continuera à découvrir d’autres antifans, notamment ceux silencieux et d’autres autoritaires !


Note de bas de page

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1 A ma connaissance, la notion d’anti-transport n’existe pas formalisée de cette manière dans la recherche, mais il fallait que je trouve un nom pour décrire une situation ou une personne serait à l’inverse d’être transporté par un contenu, où elle aurait un score à l’inverse de haut sur l’échelle de transport.

2 Je ne pense pas que le score négatif sur la partie cognitive de l’échelle de transport signifierait quelque chose de l’ordre de la détestation, car on peut avoir du mal à se concentrer, rentrer dans une histoires pour des tas de raisons autres que la détestation ou le rejet. On peut être déconcentré par un contexte où l’on est trop occupé par ailleurs (trop de charges mentales liés au travail, à la gestion du foyer qui interrompent tout transport), pour des raisons de troubles de l’attention, ou tout simplement parce que la tonalité d’un contenu n’est pas celle qui s’harmonise à la situation (par exemple ne pas réussir à rentrer dans un film dramatique parce qu’on est dans une humeur festive et inversement, alors que ça pourrait nous transporter si on regardait ce film dramatique dans une séquence de vie également triste).

3 J’emploie l’anglais et non pas la traduction “jeu”, parce que j’ai besoin ici de maintenir la distinction avec le play, qui n’existe pas dans le « jeu » français. Game en anglais se rapporte à la structure du jeu lui-même, tous ses éléments matériels et ses règles.

4 Le tiret entre personnel-social est important et j’aurais pu aussi rajouter « social-personnel » : je tiens ici à marquer à quel point c’est lié et interagissant, ce n’est pas la boite personnelle d’un côté et le social de l’autre : les deux interagissent en permanence. Par exemple, l’ado qui décide de reprendre l’expression de son camarade « c’est mon pain » (pour dire que c’est son coup de foudre), c’est un phénomène social d’influence et de conformisme, mais ça devient aussi son truc à lui auquel il adjoindra des règles personnelles (ne pas le dire devant son grand-père, par contre devant sa grand-mère oui) qui sont aussi sociales (il a fait ce choix car il sait les règles de l’environnement familial en fonction des membres). Bref toute chose personnelle a une facette sociale, tout social à une facette personnelle.

5 Divulgation des données personnelles

6 C’est ce qu’a subit une des cibles du Gamergate ; les attaquants souhaitaient explicitement employer tous les moyens possibles pour pousser la victime au suicide (notamment car ils savaient qu’elle avait pu avoir des épisodes de dépression avant) ou pour qu’elle subisse des violences atroces. Cf Zoe Quinn, Crash Override, 2017.

7 Black (2019) et Greenwood (2021)

8 Ashe (2005)

9 Gibson (2018)

10 Riles et Adams (2021)

11 Oxford Handbook of Parasocial Experiences (2023), plus précisément dans le Chapitre 17 intitulé « Beyond Friendship: A Call for Research on Non-amicable Parasocial Relationships », rédigé par Rebecca Tukachinsky Forster et Melissa A. Click

12 Murumaa-Mengel & Siibak (2020)

13 Buckels, Trapnell & Paulhus (2014)

14 Là encore, je garde l’anglais car le français dit « jeu » tant pour ce qui relève de l’objet et ses règles (donc déterminé par des concepteurs de jeu, n’étant pas officiellement déterminé par le joueur) que pour l’attitude du joueur, son élan ludique (or celui-ci est hors de portée des créateurs du jeu, ils ne peuvent qu’essayer de le susciter par leur game, mais celui qui en est l’auteur reste néanmoins le joueur), or c’est intéressant de bien distinguer les deux aspects, notamment parce que l’origine du play et du game différe. Je peux parfois employer l’expression “élan ludique” pour traduire le play.

15 Gray (2021) et Tukachinsky Forster, Rebecca (ed.), The Oxford Handbook of Parasocial Experiences (2023)

16 Divertir pour dominer 1, éditions l’échappée, 2010

17 Babeau O., La tyrannie du divertissement, 2023

18 Gray (2021)

🃏Cartes
🃏

⬧ Anti-transport. On peut rejeter un contenu parce qu’il entre en conflit avec nos valeurs, attentes, croyances, préférences ou règles personnelles-sociales : au lieu de nous transporter, il nous repousse.

⬧ Parasocial négatif. Ne pas aimer une figure médiatique, la trouver désagréable ou ne pas vouloir la revoir peut relever d’un parasocial négatif, sans devenir pour autant une activité d’antifan.

⬟ Avertir pour choisir. Que le média annonce en avance la présence future de figures médiatiques potentiellement détestées permet aux personnes de s’écarter d’un parasocial négatif plutôt que de le subir.

⬛ Haine. Hair quelqu’un activement peut sembler nourrir nos identités personnelles ou sociales et avoir des bénéfices, mais cela utilise notre temps, notre attention ou nos force au lien avec celui ou celle détesté.

⬧ Parasocial ironique. Consommer un contenu “pour se moquer” peut parfois cacher une relation parasociale positive qui n’est pas assumée, ou servir à se placer socialement au-dessus du contenu.

⬟ Abandonner avec autodétermination. Plutôt que de se forcer à finir une œuvre qu’on n’aime plus ou s’imposer des contenus détestés, on peut se demander si le plaisir d’achèvement ou tout autre bénéfice secondaire vaut vraiment le temps d’attention et les affects négatifs investis.

⬛ Dégoût élitiste. Se montrer antifan d’une œuvre populaire permet parfois d’accéder à certains groupes en exhibant le “bon” mépris.

⬛Erreur d’attribution. Tout ce qui est bon, réussi ou valorisant est attribué à soi-même ou à son groupe, et tout ce qui est mauvais, défaillant ou problématique est attribué aux autres.

⬟ Différence liante. On peut se lier à autrui aussi par la curiosité, la volonté sincère de comprendre et l’intérêt véritable pour ses différents goûts. Nos propres goûts n’en sont pas pour autant menacés ou menaçants, sauf si on persiste à les placer dans une hiérarchie.

⬛ Putréfaction poétique. Certaines critiques transforment le désamour en performance esthétique : elles pourrissent joliment une œuvre ou une personne pour capitaliser sur la joie de mépriser.


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