Foire aux questions… politiques ;)

Et voici le replay du live FAQ ainsi que des questions auxquelles on n’avait pas eu le temps de répondre (posées sur youtube majoritairement) et des réponses à des questions posées durant le live. Nous parlons de FAQ « politique » car en effet presque toute vos questions ont porté de près ou de loin au champ politique et c’est ce qui semble avoir le plus suscité de discussion sur le chat durant le live.

 

Si vous voulez directement consulter la réponse à une question voici le « plan » du live :

  • 00:00 Introduction
  • 05:40 Avez-vous fait des études en sociologie ?
  • 8:57  Peut-on penser quoique ce soit sans que ce soit engagé ?
  • 15:58 Pouvez-vous donner une liste de livres ? Comptez vous faire des vidéos sur un auteur ?
  • 23:52 Est-ce que vous avez quelques conseils à partager type méthode socratique ?
  • 28:48  Avez-vous songé à regrouper les parties « donc » du livre L’homme Formaté dans des fiches mémo?
  • 30:06  Pouvez-vous vivre de votre site et chaine youtube ?
  • 35:40  Que penses-tu de youtube en ce moment ? As tu des idées pour améliorer Youtube ?
  • 41:00  Des pistes d’explication sur la fachosphère sur Internet ? Quelle riposte ?
  • 51:13  êtes-vous surpris/désireux d’être sollicité sur des questions politiques alors que votre propos dans les vidéos ne l’est pas ?
  • 53:43 Viciss, comment vis-tu la recherche dans ton quotidien et as-tu un message à faire passer aux politiques concernant les recherches en psychologie ?
  • 59:14 Pensez-vous faire un jour une vidéo sur la com politique ? Et si c’est le cas, un petit avis sur ces méthodes, qui se rapprochent plus du marketing qu’autre chose ?
  • 01:05:00 Que pensez-vous de la PNL ?
  • 01:06:43 Quel est votre point de vue sur l’économie libérale ? Quel serait pour vous le système économique idéal ?
  • 01:17:12 La psychologie est-elle utilisée pour formater les cadres des entreprises libérales ?
  • 01:25:08 Croyez-vous à l’écologie dans une telle société de consommation ?
  • 01:34:10 Est-il possible à moyen ou à court terme qu’on arrive à un point de rupture et qu’une révolution éclate ?
  • 01:45:40 Les nouvelles structures ne sont-elles pas condamnées à subir des dérives quoiqu’il arrive?
  • 01:49:34 Pensez-vous que d’ici 2050 le pouvoir des Gafam aura surpassé celui oligarchies des banques et du pétrole ?
  • 01:54:47 A quand une vidéo sur les complots ?
  • 02:05:00 Avez-vous des projets de conférence en Belgique ?
  • 02:06:54 Vous êtes de quelle région ?
  • 02:07:44 Est-ce qu’on ne serait pas séduit par les théories du complot parce qu’elles ne seraient pas vérifiables et donc entretiendraient un mystère?
  • 02:09:26 Combien de temps sont consacrés en psycho les HP, et comment peut-on faire sa place surtout en France où peu de personnes tiennent comptent des difficultés.
  • 02:11:03 Nos partis politiques (de tout bord) ne seraient-ils pas en panne de rêve?
  • 02:13:34 Le formatage des partis politiques ne provient-il pas également de la médiocatrie?
  • 02:17:33 Que faire face aux journaux/articles de propagande qu’on trouve sur le net qui relayent de fausses informations et que certaines personnes croient avec toutes les conséquences qui vont avec ?
  • 02:24:16 A quand la prochaine vidéo ?

Quelques liens dont on a parlé durant le live :

le documentaire à voir absolument :

Quelques liens à propos de la question sur la prime à la casse :

 


Questions posées sur youtube et twitter avant le live


question14

Viciss : Oui, en comparaison d’autres pays on a la chance d’avoir la sécu, des aides sociales, etc. Et surtout on peut tenter des choses avec un peu d’organisation, ce qui ne serait par exemple pas possible sous une tyrannie ou dans un pays ravagé par la famine.

Les personnes œuvrent, créent des choses formidables, je pense aux petits entrepreneurs ou association écolo (par exemple l’écopâturage qui propose des chèvres à la place des tondeuses à gazon dans les villes, mais il y a bien d’autres exemples), à toutes les personnes qui œuvrent pour le logiciel libre (framasoft), à ceux qui partagent leurs connaissances (Wikipédia, sur le Net en général), à tous les désobéissants au travail qui grâce à eux, nous évitent de manger de produits douteux ou en meilleure quantité (je pense là à des personnes que j’ai rencontrées dans certains lieux où j’ai travaillé), aux expérimentateurs de tous poils, qui tentent de nouvelles choses (la démocratie participative à Saillans, expérimentation d’un nouveau paradigme à l’école avec Celine alvarez, etc.)

Par contre, ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas attendre des changements officiels pour commencer ces changements positifs. Prendre son autonomie, c’est aussi contrer notre soumission à l’autorité et on peut le faire via la construction : par exemple je pense à Best Buy, ils ont changé toute leur organisation (libération du temps, les employés faisaient le nombre d’heures qu’ils voulaient, où ils le voulaient sans avoir aucune autre obligation que le travail fait) sans demander l’autorisation aux directeurs. Ils ont changé, puis on fait des rapports positifs à la direction alors que le système était en place depuis un moment ; au vu des résultats, la direction les a laissé poursuivre dans ce sens.

Bref, encore une fois la phrase de Gandhi est à propos « soyez le changement que vous voulez voir dans ce monde »


question15

Viciss : Cette notion décrit le désespoir que ressent l’employé du manque de sens de son travail.

Oui il y a des métiers insensés, on le voit dans plein d’exemples sur onvautmieuxqueca, David Graeber en a également fait un texte très pertinent (il parle de « bullshit jobs »). Personnellement j’ai déjà été employée à casser des choux-fleurs avec 6 autres personnes parce que la machine en bout de chaîne n’arrivait pas à bien casser ceux-ci… Sans parler des conditions infernales évidemment.

Cependant, attention, car comme avec la notion de bore-out (travail ennuyeux) il y a inversion des causes du problème : les médias et parfois certains intellectuels font des erreurs fondamentales d’attribution et disent que ce sont les employés qui ont un problème psychologique qui les rend inaptes à travailler (qu’ils ont du mal à gérer leur activité, qu’ils n’arrivent pas à trouver de sens à leur travail…).

Un expérience pour mieux comprendre le concept d’erreur fondamentale d’attribution :

Or le travail insensé comme ennuyeux peut l’être intrinsèquement, dans sa nature même ! On aurait beau y mettre les employés les plus hyperactifs, les plus créatifs, cela ne changerait strictement rien à sa nature profondément ennuyeuse ou insensée, donc cela n’a rien à voir avec les individus. Cependant, il est possible que certains par dissonance cognitive trouvent un « faux » sens au travail insensé, comme le montre cette expérience :

 

En 1959, Festinger et Carlsmith ont demandé à des étudiants de perdre une heure à des tâches ennuyeuses comme tourner des chevilles en bois d’un quart de tour, encore et encore, choisies pour générer une attitude fortement négative. Une fois cette tâche effectuée, les expérimentateurs demandèrent à certains d’entre eux une simple faveur : parler à un autre participant (en fait un acteur) pour le persuader que la tâche était intéressante. Les participants étaient de trois types : certains étaient payés avec l’équivalent de 20 $ (l’équivalent de 160 $ actuels) pour ce service ; un autre groupe était payé seulement 1 $ (l’équivalent de 8 $ actuels) et la faveur n’était pas demandée au 3e groupe, le groupe contrôle.

Quand on demanda aux groupes d’évaluer les tâches effectuées (hors de la présence des autres participants), les sujets du groupe payé 1 $ avaient noté le test de manière plus positive (moins ennuyeuse) que ceux du groupe payé 20 $ ou du groupe contrôle. Ceci a été expliqué par Festinger et Carlsmith comme une preuve de la dissonance entre des cognitions incompatibles : « J’ai dit à quelqu’un que la tâche était intéressante. » et « J’ai trouvé en fait cette tâche ennuyeuse ». Quand ils étaient payés seulement 1 $, les étudiants se sentaient obligés d’être un peu en accord avec ce qu’ils avaient dit aux autres participants sur le test, car ils ne se trouvaient pas d’autre justification pour avoir agi de la sorte. Ceux qui étaient dans la situation 20 $, cependant, avaient une justification externe évidente de leur comportement et ont ainsi ressenti moins de dissonance.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dissonance_cognitive

Une explication en vidéo de la dissonnance cognitive :

Donc c’est bien de parler des problèmes au travail, de chercher à les conceptualiser pour leur trouver des remèdes, mais attention à l’erreur fondamentale (ici interne allégeante) qui empêcherait de trouver de vraies solutions (et qui enfoncerait encore un peu plus les gens qui souffrent…).

Gull : Ce phénomène de Brown-out est aussi symptomatique de nos modèles socio-économiques actuels. Alors que nous sommes capables, grâce aux progrès techniques, d’abaisser le temps de travail de l’ensemble des travailleurs tout en maintenant un salaire convenable, voire en instaurant un revenu universel, les politiques prennent le chemin inverse : selon eux, il faudrait travailler plus, faire davantage de sacrifice, et viser la création de l’emploi à tout prix. L’argument du « cela crée de l’emploi » est d’ailleurs devenu l’« abracadabra » de la com politique : Notre Dame des Landes ? Ça va créer de l’emploi ! Abaisser les charges, faire des crédits d’impôt sans condition aux entreprises ? Ça va créer de l’emploi ! Protéger les grands groupes ? Ça va créer de l’emploi ! ….

Or, le besoin de main-d’œuvre pour les activités importantes et nécessaires baisse, alors que la population augmente. Le seul moyen de maintenir l’emploi consisterait donc à une précarisation généralisée du travail et à la création continue de nouveaux services non nécessaires et d’emploi bullshit. Et nous voilà face au Brown-out.

Le problème, ce n’est pas le chômage, c’est le travail ! À vouloir préserver l’idéologie du travail incompatible avec les enjeux actuels, la souffrance au travail et la perte de sens du travail ne feront que s’accentuer.

Il nous faut dissocier l’épanouissement individuel et collectif de l’activité professionnelle. L’épanouissement n’est possible que par la reconnaissance d’une activité utile à la collectivité. Là encore, abaissement du temps de travail, revenu universel permettrait à chacun d’apporter son propre apport à la collectivité.

On devrait donc quitter le « laisser-faire » libéral, dont le profit se réduit aux seuls intérêts privés, à un « laisser-faire » libertaire, c’est-à-dire l’émancipation du citoyen de l’exclusive sphère du travail, la récupération de pleine autonomie.


question16

Viciss : Oui, ça sert beaucoup, cela permet d’être bien meilleur à civilization en multijoueur qui demande pas mal de machiavélisme 😀 . Blague à part, j’ai pu tester toutes les petites techniques décrites dans le premier chapitre de l’homme formaté à mon travail pour améliorer l’ambiance/le bien-être des personnes m’entourant et ça marche très bien (mais j’ai arrêté).

Je suis devenue beaucoup plus curieuse d’observer certains comportements détectés comme de la manipulation et de voir leurs visées. Si la visée est bienveillante, je me contente d’observer et de garder le truc en mémoire. Si c’est malveillant (et que c’est IRL), je discute avec la cible de la manipulation hors du temps de manipulation, je lui explique mon interprétation, on échange un maximum d’information et souvent les solutions naissent d’elles-mêmes. Je suis étonnée souvent de voir à quel point le fait d’échanger des informations, parler de tout, peut vraiment débloquer un tas de situations et contrer les sales manœuvres.

Gull : La psychologie sociale et toute réflexion sociologique m’ont été d’une grande aide dans mon quotidien. Les relations sociales ont des schémas communs qui reviennent comme des mélodies qui produisent en nous des réactions de toute sorte. J’essaye donc, à travers ces différents acquis via le Hacking Social, de saisir des mélodies plus harmonieuses.

Indépendamment de cette aide personnelle, je m’amuse parfois à tester certaines techniques sur des vendeurs qui abusent justement de ces techniques. J’aime particulièrement jouer avec les prospecteurs afin de les détourner de leurs scripts ou d’obtenir des informations sur leurs conditions de travail. Toujours avec bienveillance, il ne s’agit en aucun cas de me moquer des individus, surtout pas, encore moins de les mettre en situation de gêne, mais plutôt de permettre à mes interlocuteurs d’avoir un feed-back de leurs propres techniques dont ils ne se rendent pas toujours compte.

La prospection téléphonique est d’ailleurs assez délicate, car les salariés n’ont aucune marge de manœuvre, sont sous pression, coincés dans un script. J’évite donc de trop les embêter, et j’invite d’ailleurs chacun à ne pas trop s’énerver par rapport à eux, ce n’est pas de leur faute, ils sont victimes de ces emplois bullshit et d’une organisation managériale inhumaine.

Le travail a été un véritable terrain d’expérimentation. Je parle au passé, quand je multipliais les jobs étudiants. L’un de ces jobs, que j’ai gardé plusieurs années, consistait à faire du ménage dans les bureaux et dans les magasins. Ce travail était un passe partout pour m’infiltrer un peu partout dans le monde du travail et d’observer : open space, grande surface, bureau d’architecte, commissariat de police, régie publicitaire…. J’ai pu observer sur le terrain les conditions de travail, les organisations, le management. Et j’ai pu aussi tester des petites choses, mais ce serait trop long, et je ne vais pas non plus vous confier toutes mes petites expériences secrètes.


question18

Viciss : Tout dépend ce qu’on appelle religion. Certaines personnes vivent selon une culture d’une certaine religion sans pour autant suivre tous les rites, ni même avoir la foi ; d’autres ont une foi très personnelle qui ne suit aucun rite ou habitude d’une religion donnée ; d’autres personnes sont endoctrinées puis soumises par des institutions religieuses type secte (et il y a des sectes de toutes sortes, parfois reliées aux grandes religions via certaines croyances, mais rejetant d’autres, tout est possible) ; d’autres personnes sont religieuses et suivent certaines institutions religieuses, mais les institutions en questions ne les endoctrinent pas, voire les poussent à l’ouverture d’esprit.

Bref, il y a une multitude de pratiques et de façons de vivre religieusement ou près de la religion, être religieux ou croyant ne signifie pas être endoctriné, sans esprit critique, manipulé, crédule, etc. Au contraire certaines personnes religieuses sont si ouvertes d’esprit qu’elles s’opposent parfois aux institutions ou aux autorités de la religion si elles estiment que les décisions sont mauvaises pour les personnes (certains prêtres s’étaient opposés aux déclarations du pape et au contraire conseillaient le port du préservatif, par exemple). Mais l’opposition à l’institution religieuse n’est pas forcément signe de vertu non plus, il existe certaines sectes bouddhistes qui ont un comportement radicalement différent de ce que conseille le dalaï-lama et prônent la violence contre les autres religions.

Le champ est vaste, donc oui, il peut y avoir de l’endoctrinement parfois et d’autres fois non.

La puissance de l’endoctrinement (qui signifie : Faire partager à quelqu’un ses opinions, lui faire adopter telle doctrine, telle attitude en lui imposant des règles de pensée, de conduite ) on la voit énormément ailleurs que dans le champ de la religion ! Au travail par exemple, de nombreux séminaires, formations sont de véritables sessions de formatage, de conditionnement, de reprogrammation mentale qu’on pourrait imaginée réservée aux sectes ; par exemple ici à carglass :

À Décathlon, on voit imposé au salarié d’être totalement allégeant, soumis à la marque à la thématique « sport » (cf mémoire « pisser bleu ») ; à McDonald’s, les équipiers anciens finissent par totalement se déconnecter de leur vie habituelle à force d’avoir « du ketchup dans les veines » (un ouvrage du même titre de l’auteure Hélène Weber) ; les Apple stores sont comparés à des temples et les IRMf révèlent une « foi » des consommateurs (documentaire Arte « Apple, la tyrannie du cool »). Et on pourrait citer encore plein d’autres exemples.

Il y a un endoctrinement autour de la société de consommation, autour du capitalisme libéral et c’est à mon sens beaucoup plus dominant à notre époque que la religion, quelle qu’elle soit. Que quelques jeunes soient plus attirés par la religion semble compréhensible, dans un monde où l’important se résume à porter des marques et cumuler de l’argent, eh bien certains se tournent vers des personnes, des groupes qui parlent de spiritualité, de la vie, de la mort et des grandes questions existentielles. Des groupes qui lui promettent d’avoir du pouvoir (et pas d’achat), une destinée, de donner un sens à leur vie… (et cela vaut pour toutes les sectes, qu’elles soient chrétiennes, musulmanes, scientologues, etc. Le levier d’adhésion, c’est d’abord donner du sens à la vie et donner la soif d’un pouvoir beaucoup plus grand). Évidemment que ça leur paraît plus attrayant que de « gagner sa vie » avec pour finalité de craner avec sa Rolex à moins de 50 ans.

Cependant, comprendre n’est pas légitimer ; un endoctrinement, même si on en comprend ses mécanismes, cela ne veut pas dire qu’on dit qu’il faut le légitimer surtout si ces buts sont de faire de la chair à canon ou vider les personnes de leur argent. Mais cela nous apprend que la solution, elle est à travailler dans notre monde, pour le rendre plus « sensé » dès l’école, moins tournée vers les buts de la société de consommation, avec des entreprises ayant un vrai impact positif sur le monde et qui en interne est cohérente avec ce sens, etc.


question19

Viciss : Alors même si en apparence cela peut paraître contradictoire, en fait c’est vraiment très complémentaire. Cet «effet de masse » (j’ai entendu aussi « massification ») : c’est pour montrer que le produit est tellement présent en quantité qu’il est peu cher, accessible à tous, donc qu’il faut profiter d’en acheter beaucoup lors de cette promotion sûrement exceptionnelle. C’est faux évidemment, ces lots sont aussi chers que d’habitude ou hors lots. Cet effet de masse concerne souvent des produits courants, mais de marque qu’on peut parfois acheter avec parcimonie (les biscuits par exemple qu’on limite pour ne pas être tenté), donc le magasin doit pousser à les consommer en masse pour faire plus de bénéfices.

L’effet de rareté concerne plus des produits chers, plus luxueux, de ceux où les gens réfléchissent un peu avant investissement ; la rareté orchestrée pousse à l’impulsion, à rompre cette réflexion (entre autres effets).

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Un exemple d’effet de masse ou « massification » ; on en a parlé également dans cet article : http://www.hacking-social.com/2014/05/03/etes-vous-capable-de-contrer-les-manipulations-du-supermarche/

Questions posées durant le live


tom596 : Aborderez-vous la théorie de l’impuissance apprise de Seligman ?

Viciss : Alors en effet c’est un sujet très intéressant ! Peut être au détour d’un article, car en effet l’impuissance apprise est très courante chez de nombreuses personnes et à mon avis elle ne concerne pas que le champ de l’école (où l’élève par exemple abandonne telle discipline parce qu’il s’y sent définitivement nul par exemple), mais aussi le champ politique. Je me demande s’il n’y aurait pas un lien entre impuissance acquise et appétit des personnes pour des politiques autoritaristes (parce que se sentant frustré ou impuissant, on cherche par réaction des politiciens autoritaires, dominants, aux politiques ultras sécuritaires, pour pallier à une difficulté de puissance qu’on ne trouve pas chez soi). Ce n’est qu’une théorie, cela demanderait plus de recherche.

acryline : Est ce qu’on pourrait imaginer des chaînes de vidéos ailleurs que sur YouTube ? En contactant par exemple Framasoft ou en créant un outil partagé et libre ? La question de la pub me gène.

Viciss : Nous avons désactivé les pubs sur nos vidéos. Eh oui un autre endroit que YouTube, pourquoi pas, le problème, c’est que les personnes sont sur YouTube et c’est difficile de les faire migrer. Ne serait ce que pour consulter par exemple des détails sur notre vidéo qu’on décrit sur le site, certaines personnes qui ont pourtant des interrogations, visiblement ne se déplacent pas jusqu’au site comme si c’était un lieu vraiment trop lointain:D C’est pas un reproche, c’est juste que l’on constate, quelle que soit la plateforme, les personnes n’ont pas forcément l’esprit nomade et reste à leur « domicile » principal. À moins que la migration soit massive.

Stoouf : Pourquoi avez-vous décidé de faire des vidéos ?

Viciss : Parce Gull en faisait déjà avant et il aime ça. Et c’est une chouette occasion pour aller à la plage en costard 😀

Gull : La vidéo est un format encore jeune, surtout du côté du contenu culturel sur Internet.

La vidéo permet de s’adresser plus facilement au public, ça c’est l’avantage. Le désavantage, c’est qu’il est difficile d’avoir un contenu complet en vidéo à cause de la quantité de travail que cela représente. À titre d’exemple, le dernier épisode d’Horizon « il aura la femme » représente 20 pages de script pour une heure de vidéo et plusieurs mois de travail. Autant dire qu’il serait impossible d’adapter tous nos articles en vidéo, et pour du contenu plus poussé l’écrit reste encore le medium idéal.

Ainsi la chaîne et le site se complètent, nous voyons la chaîne comme le vestibule du hacking social, invitant ceux qui le souhaitent à poursuivre davantage leur visite en allant dans le salon, c’est à dire en lisant les articles sur le site.

gardevoir8888 : QUESTION , la culture disparaît ? est-ce une impression , qu’en penser ?

Viciss : Alors je ne pense pas qu’il n’y a « une » culture, mais des tonnes de cultures différentes : la culture du Net, la culture télévisuelle, la culture hacker, la culture geek… Bref à chaque communauté est ralliée une culture un peu différente, c’est un phénomène humain presque automatique à partir du moment où des personnes ayant un centre d’intérêt commun se rassemblent et vivent ensemble. Donc, non on n’a pas l’impression que cela disparaît.

Gull : La question que je voudrais poser serait la suivante : « qui proclame que la culture disparaît ? »

Il est certain que nous basculons dans une nouvelle civilisation, que la diversité culturelle n’a jamais été aussi foisonnante. C’est sans doute cette diversité qui peut amener cette impression de disparition de LA culture. Mais quelle est-elle CETTE culture ?

Cette impression de disparition est aussi la conséquence d’une culture de masse plus forte, que je voudrais d’ailleurs séparer de la culture qu’on consomme. La culture de masse a souvent été dévalorisée, sous prétexte que ce qui touche le plus grand nombre ne serait pas des plus raffiné. C’est oublier que l’Illiade et l’Odyssée ont appartenu, si je puis dire avec un certain anachronisme, à la culture de masse de l’antiquité gréco-romaine. Pour autant, il y a bien une culture que l’on consomme, ce qui est un oxymore, car les objets culturels sont censés durer, subsister à ces créateurs et à ses auditeurs. Or, que ce soit en musique, au cinéma, ou autre, on assiste en effet à des produits codifiés, prévisibles, imitables et imitées à l’infini. Peut-on encore parler d’œuvres culturelles ? Je ne crois pas, et là effectivement on peut regretter que la culture de masse soit réduite à cette culture que l’on consomme propre à la culture de consommation.

Reriep : Question: Avez-vous suivi l’affaire « Raptor dissident » ? >> les autres sont pas hyper chauds

Viciss : Oui. Nous soutenons les réponses au raptor (Matthieu sommet, Dany Caligula, Terrene Trash, Masculin Singulier…)

Alors premier point important, ce que fait le raptor n’est pas qualifiable de troll, mais de « hater », c’est-à-dire de haineux, qui attaque et fait preuve de haine et d’agressivité sans aucune subtilité, c’est juste de la brutalité.

Voici des exemples de ce qu’est le vrai trolling, qui a une valeur presque artistique, expérimentale et qui est très astucieux (même si parfois c’est assez glauque et assez psychopathe dans les procédés, néanmoins il y a de l’intelligence derrière, ce qui n’est pas le cas d’un hater qui se contente de crier) : trolling

Nos positions sur l’attitude du raptor sont claires, c’est un brutaliste qui sous couvert d’humour promeut et encourage une propagande autoritariste, il remplit pour ainsi dire le bingo autoritaire (selon l’échelle F d’Adorno) : ethnocentrisme (rejet de tout ce qui n’est pas de sa communauté, c’est-à-dire les femmes, les militants, les gens qui n’ont pas ces idées, les gens qui n’ont pas le physique adapté à ses goûts (aryen ?) ; refus de s’identifier à l’ensemble de l’humanité, etc.), conservatisme (virilisme, croyance en une hiérarchie pyramidale des humains avec des forts VS des faibles), soumission à l’autorité (la quête du fort et la destruction du faible, l’impossibilité de penser hors de cette binarité, hiérarchie entre les individus, etc.), pulsions refoulées (obsession pour les corps masculins, rejet du féminin, mais attaque des homosexuels…), agressivité autoritaire (incitation à des délits, encouragement à l’agression…), etc.

Hop deux grilles de lectures qui peuvent aider à comprendre en quoi il est évident (qu’il en soit conscient ou non) qu’il s’agit d’un contenu brutaliste et autoritariste :

Qui veut la peau des bisounours ?

Etude sur la personnalité Autoritaire, Theodor W. Adorno ; un extrait du livre en français ici : https://www.editions-allia.com/files/pdf_190_file.pdf et la totalité de l’étude en anglais ici : www.ajcarchives.org/main.php?GroupingId=6490

Et une vidéo qui explique très bien le cas raptor (on l’a choisie car elle a le mérite de rappeler ce qui se cache sous le terme déformé de « dissidence » à savoir le national-socialisme de Soral qui est une copie moderne du nazisme) :

La réponse de Dany Caligula est également très éclairante, restez jusqu’au bout ne serait-ce que pour la merveilleuse référence à Nietzsche à la fin :

A noter que comme sa sphère de référence implicite (soral/dieudonné/zemmour), il exploite l’effet de réactance des gens avec la censure une explication ici : Quand les rebelles se font exploiter

Ultanesh : j’ai l’impression qu’il y a un effet appartenance au groupe politique sur internet. On identifie facilement gauche/droite, non ?

Gull : C’est souvent spontanément que l’on en vient à identifier un individu selon son groupe d’appartenance, que ce groupe soit politique ou autre. Sur Internet, cela est d’autant plus flagrant, la diversité des individus et des groupes nous incitent à marquer davantage de repères, d’autant que dans le champ politique les repères sont bousculés.

Mais est-ce si facile d’identifier un internaute, ou un créateur sur internet, de gauche ou de droite ? Il semble que oui, pour autant méfiance, il faut se mettre d’accord avant tout sur la définition de la gauche et de la droite.

Premièrement, il ne faut pas confondre partis politiques de gauche et de droite, et pensées de gauches ou de droite. Là-dessus, on remarque que sur Internet la politique partisane traditionnelle est assez mal perçue. On aura plus de facilité de dire clairement sur internet : « je m’inscris dans une pensée de gauche, ou dans une pensée de droite », plutôt que de dire « je suis PS » ou je suis « Républicain ». Pourquoi ? Car pensée de gauche et de droite et partis politiques de gauche et de droite, ce n’est pas la même chose, surtout en ce moment.

Essayons de définir les spécificités de la pensée de gauche et les spécificités de la pensée de droite. Ce qui distingue l’un et l’autre, c’est d’abord la représentation anthropologique, c’est-à-dire l’idée que l’on se fait de l’être humain. Si on pense que les inclinations les plus fortes de l’être humain sont l’égocentrisme, l’agressivité vis-à-vis d’autrui, on aura tendance à considérer que le pouvoir politique doit avant tout assurer la sécurité. L’homme étant un loup pour l’homme, l’État doit veiller à ce que nous ne nous entre-déchirions pas. Les inégalités naturelles sont plus fortes que les inégalités sociales. Mais le moteur des individus reste son égo, là dessus on peut prôner l’économie du « laissons faire les égos », l’accumulation du bonheur personnel par la réussite matérielle accomplira le bonheur de la collectivité. On a là une économie libérale. L’État doit alors protéger les biens des citoyens, leurs propriétés, car encore une fois les individus sont mauvais, ils risquent de voler leurs pairs. Selon cette représentation anthropologique, l’homme est absolument libre et responsable de ses actes. Conséquence, il faut l’empêcher de nuire, on doit empêcher cette liberté excessive, tout en stimulant la liberté d’entreprendre. Ceux qui réussissent sont responsables de leurs succès, il faut les protéger, leur donner les honneurs ; ceux qui échouent sont responsables de leurs échecs, l’État n’a pas à les aider, ils sont responsables de leurs situations. Si l’État intervient pour les plus démunis, c’est avant tout pour éviter le désordre et le chaos. Vous avez là la pensée de droite : l’homme est égoïste de nature, il est absolument libre et responsable, la distribution des richesses s’appuie sur le mérite, la priorité est la sécurité et l’ordre de la sphère public ainsi que la protection de la sphère privée.

Si on pense que les inclinations les plus fortes de l’être humain ne sont pas l’égocentrisme, mais l’altruisme, la recherche de l’égalité et non la recherche de la domination, on aura tendance à considérer que le pouvoir politique doit assurer prioritairement la liberté et l’équité. L’homme n’est pas un loup pour l’homme, et les inégalités sociales sont plus fortes que les inégalités naturelles, il faut donc que l’État combatte ces inégalités, et laisse le plus d’autonomie aux citoyens. Le moteur des individus est la quête de sens qu’ils cherchent à se donner en essayant de se rendre socialement utiles pour le bien commun et le vivre ensemble. Les intérêts privés trouvent alors leurs limites, car ils favorisent les inégalités sociales. L’État doit donc veiller à ce qu’une poignée d’individus n’aient pas les leviers pour dominer le plus grand nombre. Ceux qui réussissent doivent veiller à aider ceux qui sont en difficulté, et ceux qui ont des difficultés doivent être protégés. L’État vient en aide au plus démunis car les démunis ne sont pas responsables de leur situation, mais victimes des inégalités. Vous avez là la pensée de gauche : l’homme n’est pas égoïste de nature, il peut être altruiste, il n’est pas absolument libre et responsable, car il vit selon une situation qu’il n’a pas choisie selon des déterminants sociaux qui l’orientent, la distribution des richesses s’appuie sur l’équité, la priorité est la liberté et la possibilité à chacun d’avoir les moyens de vivre dignement sans crainte d’être écrasé par plus puissant que lui.

Bien sûr, tout ce que je viens d’écrire relève d’une perspective qu’est la mienne, mais cela permettra au moins de définir ce que nous entendons par pensée de droite et pensée de gauche au-delà de tout partisanisme politique. Notre perspective est que fondamentalement, nos opinions politiques reposent d’abord sur des croyances anthropologiques : dis-moi quelle idée tu te fais de l’humanité, je te dirais quel État tu recherches.

Donc, plutôt que vouloir identifier l’appartenance d’un individu à la droite et à la gauche traditionnelle, demandons-nous plutôt quelle est sa représentation anthropologique. Vous remarquerez d’ailleurs que beaucoup se réclament de gauche avec des représentations de droites (liberté absolue, mérite, sécurité…). Question à 3 millions : partant de cette définition de la pensée de droite et de la pensée de gauche, notre gouvernement actuel est-il de droite ou de gauche ?


Pas de réponses à vos questions ?

C’est parce que nous y avons peut-être répondu ici :

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tipeee hacking social

Gull Hackso Écrit par :

Gardien de l'île d'Horizon, grand amateur de ricochet nocturne.

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