La France a besoin d’un vrai chef. Les Français veulent que le pays soit remis en ordre. Nous voudrions une autorité plus ferme, plus intransigeante. L’autorité est une bonne chose, et, pour cela, une seule solution pour qu’elle soit garantie :
Un chef, un grand chef, un petit chef, un mâle [ou une femelle] alpha, un CHEF !
Ah oui, vraiment ?
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[LIRE CET ARTICLE en PDF : l’homme formaté (1er chapitre)]
[nous avons parlé de ce sujet dans cette conférence également (aux Geek Faëries) :
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Le mot revient dans la bouche des politiciens, l’expression est reprise dans les médias, et les sondages interrogent à son sujet : 87 % trouvent que la notion d’autorité est trop critiquée ; 84 % disent que la France a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre. (Sondage IPSOS 2013 et répété en 2014).
Cette idée d’autorité, de chef, est à notre avis une résultante du syndrome du grand méchant monde, couplée à quelques spins servant certains partis politiques, et globalement signe d’un traditionnel marketing politique de la peur (donc, générant un besoin d’ordre), ainsi qu’une incompréhension générale des citoyens face à tous un tas de sujets (politique en vigueur, changement de la société, sentiment d’impuissance/d’insécurité, crise globale et personnelle, etc…). Il y a certainement d’autres raisons, mais nous n’allons pas épiloguer là-dessus.
L’autorité et son soi-disant besoin étant dans l’air, nous avons estimé qu’il était temps pour notre piqûre de rappel du « vaccin » Milgram ou de la première grosse injection si vous ne le connaissez pas. Milgram va nous rappeler ce qu’est l’autorité et l’indécrottable soumission qui lui est liée –multitudes d’expériences validées et revalidées à l’appui-, ainsi que les conséquences de l’autorité sur nous et les vrais résistants qui peuvent faire « quelque chose ». Nous vous laisserons le soin d’étendre ces données à d’autres domaines (le travail, la politique, les commerces, les entreprises, les médias…).
Quand on pense « autorité », on ne doit pas oublier que cette notion, pour exister, suppose une soumission : d’une personne qui obéit, d’individus, de groupes, d’institutions, etc. Dès lors qu’on en appelle à l’autorité, on en appelle à la soumission de certains. Mais qui ? Vers quel but ? Comment ? Vouloir renforcer la domination sur certains – groupes, institutions, individus – n’est ce pas prendre le risque d’être soi même encore plus dominé, dirigé, soumis ? Dominé ou soumis, soumis et dominant, faussement dominant et pourtant soumis, faussement soumis et pourtant dominant… N’y a t il pas d’autres voies, narguant totalement cette loi de la jungle, plus adaptées à notre humanité et ses progrès ? Je ne répondrais pas à cette question. Cet article est là pour vous faire connaitre, approfondir ou réfléchir à ces questions d’autorité et de soumission, avec Milgram, dont les expériences nous semblent essentielles à connaitre. Avec humilité. Avec calme. Sans jugement hâtif sur notre humanité. N’oubliez pas qu’il y a des sujets qui arrivent à résister à l’expérience la plus terrible qu’ait connu l’histoire de la psychologie sociale. N’en restons pas aux résultats terrifiants, ce sont les sujets résistants qui doivent nous inspirer.
Milgram, l’expérience
1960.
Vous êtes professeur, employé, ouvrier ou docteur, jeune ou âgé, qu’importe : vous avez répondu à une petite annonce de la studieuse université de Yale parue dans la presse locale. Celle-ci appelait à participer à une recherche sur la mémoire contre une rétribution de 4 dollars 50 (ce qui est une somme correcte pour l’époque).
Vous êtes accueilli dans un élégant laboratoire, par un expérimentateur de 31 ans froid et impassible : nul doute, cet enseignant en biologie doit être sévère avec ses élèves tant il dégage d’autorité. À côté de lui, Bob, homme de 47 ans au visage avenant, sympathique : il participera avec vous à l’expérience et vous vous en voyez déjà heureux.
L’expérimentateur vous explique que vous allez tous deux participer à une expérience sur l’effet de la punition sur l’apprentissage. L’un d’entre vous va jouer le professeur et l’autre prendre le rôle de l’élève. Vous tirez au sort votre place, et vous voilà devenu le professeur de cette expérience.

Bob est emmené dans une salle adjacente, il est attaché sur une chaise (« pour éviter tout mouvement excessif durant un choc » dit l’expérimentateur) il accroche des électrodes à ses poignets et il pose une crème pour éviter les brûlures. Bob est souriant et semble confiant. Vous ne vous inquiétez pas, vous savez pertinemment que dans ce genre d’expérience, tout est pris en compte, peut-être même excessivement. Les scientifiques sont tatillons, leurs instruments peuvent faire peur, mais tout est maîtrisé et sécurisé. Non, il n’y a pas à s’en faire.
Comme s’il saisissait ce vague questionnement, l’expérimentateur précise que les chocs que vous enverrez à Bob peuvent être extrêmement douloureux mais qu’ils ne peuvent pas causer de dommages irrémédiables. C’est bien ce que vous pensiez, il n’y a pas à s’en faire.
Vous voilà dans l’autre pièce, à l’écart de Bob. Devant vous, un interphone qui permettra la communication avec votre « élève » et un générateur de chocs, gradué de 15 à 450 volts. On y lit « choc léger, choc moyen, choc très intense » et la fin de la graduation n’indique qu’un « XXX » . L’expérimentateur vous explique votre rôle : une tâche de mémoire où vous aurez pour l’essentiel à lire des listes de mots (et a Bob de deviner les mots manquants) et punir Bob s’il venait à se tromper dans le rappel de ces mots. On vous fait tester l’appareil sur vous à 45 volts : une bonne piqûre, c’est certain, mais ce n’est rien d’insurmontable. L’appareil clignote, émet des bruits mécaniques, vous commencez à bien saisir votre rôle.

Quelques piqûres pour faire avancer la science, ce n’est pas grand-chose. Bob, si sympathique, doit aussi le penser. Ensemble, vous formerez de bons sujets, l’expérience sera un succès et il n’y aura pas d’autres dommages que cette piqûre.
Première série.
Pour débuter et pour que tout le monde comprenne bien sa tâche, tout le monde y va en douceur. Bob fait sept erreurs, le curseur du générateur de chocs est sur la position moyenne. Tout a l’air de bien se passer, car l’expérimentateur annonce que vous pouvez passer à la deuxième liste.
Deuxième série.
Les choses sérieuses commencent : Bob doit cette fois-ci connaître par cœur toute la liste de mots que vous lui présentez, sans quoi vous devriez recommencer et continuer à délivrer des chocs. On recommence à partir de 15 volts. Bob fait des erreurs, ça commence à devenir sérieusement gênant. Est-ce qu’il a un problème de mémoire ? Nous avons dépassé les 150 volts, nous ne sommes plus à un choc moyen et vous devez encore élever le niveau de choc. Vous essayez de l’encourager, vous insistez sur certains mots pour le mener sur une piste, mais rien n’y fait, il continue d’échouer. Il hurle. De plus en plus fort.
Et vous devez encore monter le niveau de choc.
300 volts.
Vous annoncez 300 volts, comme le protocole le requiert. Pour toute réponse de Bob, vous l’entendez remuer sur chaise et marteler au sol. Ce n’est plus la piqûre du début. Il souffre.
– Je dois encore augmenter le niveau des chocs ? demandez vous.
– Oui, répond froidement l’expérimentateur.
Vous avez soupiré, marmonné dans votre barbe. Vos doigts ont hésité à approcher de la machine, vous aviez les pieds qui tapaient au sol de nervosité. Votre mécontentement et stress étaient visibles.
315 volts.
Bob ne répond plus. Il n’émet aucun son malgré vos demandes répétées. Il s’est passé quelque chose à 300 volts, vous en êtes certain. Il a 45 ans quand même, c’est peut-être pas bon pour le cœur à cet âge-là… Mais nous sommes dans une université, il y a des docteurs et des scientifiques dans tous les coins, pourquoi remettre en doute cette expérience ? Vous tentez néanmoins, afin de vous calmer :
– Peut-être qu’il ne veut plus continuer l’expérience ?
– Même si ça ne lui plaît pas, il faut continuer jusqu’à ce qu’il ait appris sa liste de mot correctement.
Peut être que vous êtes trop sensible, peut être que vous imaginez des choses qui n’ont pas lieu. Vous continuez et cette fois ce sont vos mains qui tremblent.
330 volts.
Toujours pas de réponse.
– Mais on n’entend plus rien !
– L’expérience exige que vous continuiez.
L’indicateur du générateur de choc précise « choc violent » et vous n’êtes pas loin des « XXX ». L’expérimentateur ne bouge pas, ne cille pas. Une statue. Le luxueux labo que vous admiriez au début vous est des plus inconfortables. Vous n’arrivez pas à tenir en place sur votre chaise, et vos mains dans vos cheveux sont tendues, suantes, tremblantes. Mais qu’est-ce que vous faites là ? Vous revoyez Bob, si sympathique. Vous ne savez pas s’il va bien et il reçoit des chocs violents sans réagir. Il est probable qu’il ne répondra plus. Cette situation est intenable.
– C’est quand même bizarre qu’il ne dise plus rien à ce niveau ! On ne peut pas arrêter ?
– Il est indispensable que vous continuiez.
Alors vous continuez. Pas sans craintes, pas sans stress ni angoisse. Vous appelez Bob, l’encouragez à répondre, ne serait-ce que pour lui signifier qu’il va bien. Vous égrenez les listes de mots, espérant que sa voix traverse l’interphone. Mais il n’en est rien. Bob ne répond plus et l’expérimentateur, à chacune de vos questions, vous réponds de toujours de continuer. Il est scientifique, il est sûr de lui. Après tout, c’est lui qui a monté l’expérience dans cette prestigieuse université, il doit savoir ce qu’il fait. Vous vous en remettez à ces instructions, vous suivez le protocole la gorge nouée. Vous vous promettez de ne plus jamais répondre à ce genre d’annonce. Même pour plus de dollars. Vous espérez qu’au moins, l’expérience soit un succès, qu’elle permette vraiment de faire avancer la connaissance. Après tout, il faut savoir faire des sacrifices pour la science…
XXX.
On est au-delà du choc intense. On est hors limite. On est à la mort supposée de Bob.
Vous l’avez fait, le choc ultime.
Fin d’expérience.
Peut-être que vous ne pleuriez pas et vous vous contenteriez de rester figer dans l’horreur de vos actes. Peut-être que vous feinteriez de ne pas avoir subi de traumatismes. Toutes les réactions sont possibles.
L’équipe vous accueille, l’expérimentateur change d’attitude, Bob revient. Il n’a jamais subi le moindre choc, il n’était même pas un sujet. Cette expérience ne visait qu’à tester la soumission à l’autorité. Soumission qui amène n’importe qui à tuer sous de simples ordres. Soumission qui explique comment des gens normaux, durant le nazisme, ont pu être amenés à faire des horreurs.
Quelques images de l’expérience princeps :
Les résultats de l’expérience
« J’observai un homme d’affaires équilibré et sûr de lui entrer dans le laboratoire, souriant et confiant. En moins de vingt minutes, il fut réduit à l’état de loque parcourue de tics, au bord de la crise de nerfs. Il tirait sans arrêt sur le lobe de ses oreilles et se tordait les mains. À un moment il posa sa tête sur son poing et murmura : “Oh mon Dieu, faites qu’on arrête !” Et pourtant il continua à exécuter toutes les instructions de l’expérimentateur et obéit jusqu’à la fin. »
« Soumission à l’autorité » , Stanley Milgram
La première version de cette expérience (en 1963) donna des résultats terrifiants. Alors que l’échantillon (toutes les personnes qui ont participé à l’expérience telle que décrite précédemment) de 40 personnes était varié en terme d’âge (20 % de 20-29 ans ; 40 % de 30-39 ans ; 40 % de 40-50 ans) et en termes de professions (vendeurs, enseignants, employés de poste, ingénieurs, ouvriers…) on aurait pu imaginer que les résultats varient également en fonction de ces différentes personnalités. On aurait pu imaginer que beaucoup s’arrêteraient même dés la vision de la chaise et du dispositif électrique.
Cela n’a pas été le cas. Tous les sujets, quels que soient leurs professions ou âges ont été jusqu’à 285 volts, le dernier curseur avant la catégorie « choc intense » :
- 12,5 % s’arrêtent à 300 volts (quand on entend l’élève Bob remuer)
- 20 % arrêtent entre 375 et 420 volts (mention danger : choc violent)
- 62% vont jusqu’au dernier curseur supposant la mort de « Bob ».
Ces résultats sont traumatisants. Ils montrent qu’un être humain normal est capable du pire, qu’il se soumet aux pires injonctions, même si tout indique chez lui que le protocole lui est moralement insupportable. Il se soumet sans être menacé, sans être intimidé, sans qu’il ait quelque chose à perdre du refus de la situation. Cet homme pourrait être nous, vous, votre conjoint(e), votre enfant, votre parent, votre voisine, votre chef, votre prof, votre boulanger.
Il est très difficile de croire à l’expérience de Milgram, car c’est avouer une faille épouvantable en chacun de nous, à savoir notre obéissance inconditionnelle aux symboles de l’autorité. Une obéissance prouvée par les actes, dénotant une soumission inconditionnelle au cadre de l’expérience (et cela quelle que soit la désapprobation du protocole), qui nous conduit à infliger des tortures, puis à tuer Bob.
Évidemment, de nombreux chercheurs ont tenté de réfuter les résultats de cette expérience en reprenant le protocole de Milgram et en le testant dans d’autres situations. C’est ce que nous allons explorer dans les pages suivantes, via des arguments souvent utilisés pour réfuter la validité des résultats de Milgram.

« j’ai fait mon devoir, conformément aux ordres […] » justification d’Adolph Eichmann, criminel de guerre nazi.
La soumission a-t-elle des causes culturelles ?
« C’est une expérience américaine avec des sujets américains, dans d’autres pays ça n’arriverait jamais »
Beaucoup de chercheurs pensaient qu’en fonction des nations, de leur « style » , mais aussi de leur contexte politique, les résultats de l’expérience seraient différents. Ils espéraient sans doute que le taux de soumission serait moins important… L’expérience a donc était reprise traits pour traits dans différents pays (Espagne, Australie, Jordanie, Italie, Autriche, Afrique du sud) et à différentes dates (entre 1968 et 1980)
- Le taux minimal de soumission est de 50%
- Le taux maximal de soumission est de 87,5%
- La moyenne du taux de soumission est de 71%
Quelle que soit l’époque, le taux de soumission reste haut, donc la soumission n’est pas un résultat lié au style d’une époque, à son contexte d’après-guerre ou non. Qu’on soit en 1960 ou 1985 et quel que soit le continent, la soumission est toujours autant prononcée, avec les conséquences que cela engendre.
La soumission dépend-t-elle des individus ?
« les sujets devaient être idiots/trop jeunes/naïfs »
Qui se soumet ainsi à l’autorité ? Quel type de personne, quelle profession, religion amène à se soumettre ? Est-ce que les hommes sont plus soumis que les femmes ? Est-ce que la personnalité joue un rôle dans le fait d’accepter d’envoyer des décharges à autrui ? Est-ce que le niveau d’étude joue un rôle ? Un haut niveau d’éducation prémuni-t-il de cette soumission dévastatrice ? Est-ce qu’avoir soi-même un statut d’autorité empêche de se soumettre ?
Les chercheurs se sont attelés à enquêter sur ces « soumis », cherchant une éventuelle explication individuelle à cette soumission. Tout de même, les gens sont différents, ils vivent des expériences très différentes les uns des autres, certains doivent avoir quelque chose en plus pour pouvoir dire non à cette expérience ! Et inversement, ceux acceptant d’un bout à l’autre l’expérience devaient avoir des caractéristiques communes.
- Les sujets hommes ou femmes réagissent d’une façon strictement identique. Pas de sexe fort ou faible, face à la soumission les femmes et les hommes sont égaux.
- Peu d’expériences ont été réalisées en prenant en compte la foi des sujets. Une seule l’a été (Bock et Warren 1972) avec pour résultat un taux supérieur de soumission chez les religieux. Mais étant donné le peu de comparatif et les différences de l’expérience avec celle de Milgram, il serait risqué de généraliser ce résultat.
- Le niveau d’éducation et le métier n’ont aucun lien avec le fait d’être soumis ou non. Cadre, ouvrier, professeur, ingénieur, vendeur… tous se soumettent (toutes les expériences de Milgram et ses répliques ont des échantillons aux statuts socio-professionnels très variés). Ainsi, le fait d’être soi-même une autorité ne protège pas d’être, dans d’autres circonstances, soumis à volonté. Avoir ou non des diplômes ne protège en rien de la soumission et de ses conséquences.
Il faut croire que la soumission n’est pas favorisée par des facteurs inhérents à la personne. N’importe qui pourrait être amené à envoyer le choc final à Bob, quels que soient sa vie, ses connaissances, sa personnalité, ses expériences, ses croyances, ses valeurs, tout le monde pourrait être ce sujet malléable qui tue autrui. Y compris vous, y compris nous.
Est-ce que la connaissance de l’expérience de Milgram nous prémunie-t-elle des effets de cette obéissance à l’autorité ? Aucune expérience ne s’est attelée à le vérifier, mais on peut penser que si vous veniez à vous retrouver dans un laboratoire et qu’on vous y demandiez d’envoyer des chocs, vous refuseriez, connaissant l’expérience. Mais les situations d’obéissances malsaines sont légion, bien différentes dans la vie réelle. Le vaccin Milgram n’est pas un vaccin passif : il faut constamment le mettre à jour selon les situations et ne jamais se croire prémuni de tout risque.
L’expérimentateur, une terreur ?
« L’expérimentateur devait être terrifiant »
L’expérience a été répliquée en changeant d’expérimentateur, afin de voir si son genre ou sa couleur de peau avait des conséquences sur le comportement du sujet. Les chercheurs n’ont noté aucune différence significative. Cependant, ils ne se sont pas arrêtés là et ont changé l’attitude de l’expérimentateur :
- Plus l’expérimentateur est proche du sujet, plus le sujet est docile et obéissant. [Milgram, (1965-a) taux d’obéissance si l’expérimentateur est présent 90% ; s’il donne ses ordres par téléphone : 22,5% ; si les ordres sont donnés par une bande enregistrée : 12,5%]
- A contrario, plus l’expérimentateur s’éloigne, plus le sujet se rebelle. Si l’expérimentateur est absent et donne ses ordres par téléphone, le sujet ne respecte pas le protocole et lui ment (il n’inflige pas des décharges à la hauteur de ce qu’il devrait faire). [Milgram (1965-a) résultats du précédent point]
- Si l’on a un duo d’expérimentateurs [Milgram (1974)], que ceux-ci se disputent sur le protocole, le taux d’obéissance chute de façon drastique, et atteint les 0 %. Tous les sujets s’arrêtent à 150 volts. Victoire !
- En condition contrôle de l’expérience de Milgram, l’autorité (donc l’expérimentateur) est enlevée. Le sujet est libre de faire comme il l’entend : 80 % des sujets ne vont pas au-delà de 120 volts. La soumission au protocole de l’expérience est donc quasi nulle.
Rappelons que l’expérimentateur dans toutes les expériences est froid, impassible, mais nullement terrifiant. Ses seules interactions avec le sujet se limitent à des phrases codifiées, variant très peu « vous devez continuer » , « l’expérience exige que vous continuiez » , etc. Ce n’est pas la personne en elle-même qui est terrifiante, mais ce que lui suppose le sujet, à savoir l’autorité. Pour parler autrement, c’est la fiction « scientifique » , avec son lot de symboles (chemise blanche, l’a accueilli dans un labo, s’est décrit comme prof…) qui fait obéir le sujet. L’expérimentateur n’a qu’à être présent, l’imagination et les conditionnements du sujet font le reste. Pas besoin d’être menaçant, pas besoin de hurler ni de faire peur… la blouse blanche suffit à imposer au sujet sa place docile, même si c’est absolument contraire à ses valeurs. Ces expériences prouvent la force des symboles de l’autorité : dès que les représentants de l’autorité montrent un signe de faiblesse (quand par exemple deux expérimentateurs se disputent), la fiction s’effondre et l’individu trouve le courage de faire corps avec ses vrais souhaits, c’est-à-dire de ne pas torturer Bob. On a ici un premier élément de réponse quant au désastreux taux de soumission de l’expérience de Milgram : la fiction autorité, à peine amorcée (par le lieu, et l’apparence de l’expérimentateur), suffit à créer un état de docilité absolu chez l’individu. Mais nous reviendrons sur ce point plus tard.
Est-ce que cette soumission témoigne du sadisme humain ?
« Les sujets devaient être tous sadiques »
Comme nous l’avons vu précédemment la condition contrôle de l’expérience princeps de Milgram prouve que les sujets ne sont pas des sadiques : 80 % des sujets ne vont pas au-delà de 120 volts quant il n’y a pas d’injonctions, d’ordres.
Pour être sadique, il faut avoir du plaisir à faire mal à autrui. Une expérience quelque peu différente de celle de Milgram nous prouve que la soumission à l’autorité fonctionne également sans Bob, avec de la violence sur le sujet lui-même, donc en évinçant toute propension au sadisme.
♦ L’expérience de Martin, Lobb, Chapman et Spillane (1976)
Le sujet est invité à participer à une expérience sur les sons à haute fréquence. L’expérimentateur explique au sujet qu’il cherche à déceler certaines habilités à écouter des sons à haute fréquence. Seule une personne sur vingt peut les écouter sans dommage. Ici, pas de générateur de chocs, mais un choix d’écoute de sons, gradué ainsi :
- 0 : pas de danger ;
- 3 : risque de perte d’audition de 5 % ;
- 8 : danger extrême risque de perte d’audition de 50 % ;
- et cela jusqu’à 10 (qui présuppose une perte totale d’audition).
L’expérimentateur disait au sujet qu’il était libre de choisir la fréquence qu’il souhaitait, mais qu’évidemment ce qui l’intéressait, c’était les hautes fréquences.
On peut supposer qu’évidemment le sujet va choisir une fréquence sans risque : non seulement c’est lui et lui seul qui s’administre le potentiel danger, mais en plus l’expérimentateur le laisse libre de choisir. Mais la soumission à l’autorité fonctionne également dans ce cas de figure :
- 92 % choisissent des niveaux 6 (presque 50 % de perte d’audition) ou plus élevés.
- 54 % choisissent le niveau le plus élevé, c’est-à-dire avec le risque de perte totale d’audition.
Si le sujet n’est pas un sadique, serait-il alors masochiste ? Non, il faut croire que là encore c’est juste un effet de l’autorité, certes quelque peu différent de l’expérience de Milgram, mais bien réel : 43 % des sujets disent avoir choisi un niveau très élevé, car ils avaient confiance en l’expérimentateur… Une autre interprétation est que l’autorité a laissé le choix, ce qui est une stratégie de manipulation via l’engagement, « vous êtes libre de… » qu’on a déjà explicité ici avec idclic. Cependant cette stratégie peut être employée sans volonté de manipuler, mais elle a un effet sur notre obéissance.
Seul 1 % des sujets des expériences de Milgram semblent avoir une propension au sadisme ou du moins à des comportements déviants, ils sont de ceux qui administrent spontanément, sans ordre, des chocs de 450 volts. D’autres études, notamment sur les tortionnaires grecs ayant pratiqué la torture sur des civils entre 1967-1974, montrent que les vrais sadiques sont peu nombreux : à l’instar du pourcentage de Milgram, seul 1,5 % des recrues étaient estimées « aptes » à devenir tortionnaires.
Le résultat rassure et inquiète à la fois : non, nous ne sommes pas entourés de monstres psychopathes attendant la moindre occasion, permission, pour faire le plus de mal à leurs prochains ; mais oui, les hommes normaux peuvent répondre à des ordres qui les mèneront à réaliser n’importe quel acte violent. Même sur eux-mêmes, par crainte du symbole de l’autorité ou par confiance en celui-ci.
La soumission dépend-t-elle du lieu où l’on se trouve ?
« C’est parce ça s’est passé dans un laboratoire prestigieux, ailleurs ça ne serait pas le cas. »
L’université de Yale est en effet respectée par tous, c’est un lieu prestigieux, réputé et qui doit certainement impressionner. La scientificité de l’endroit doit faire se sentir tout petit à n’importe qui et même pour ceux qui sont bardés de diplômes, il y a une profonde confiance en des lieux tels que celui-ci.
Milgram a testé son expérience dans un autre lieu en 1965. Le protocole est le même, excepté que l’expérimentation se dit d’une organisation privée appartenant à un groupe industriel. L’expérience se déroule dans un immeuble de la banlieue industrielle. Comme on peut le voir, le prestige a été évincé de l’expérience.
Le taux d’obéissance, avec ces conditions, sera de 47,5 %.
Une très nette baisse, donc. Alors oui, en effet, le lieu et le statut de l’expérimentateur ont un effet sur la justification de l’autorité. Le sujet est moins pris au piège de l’autorité, la fiction « autorité » a perdu en envergure, elle fonctionne moins.
Mais elle fonctionne toujours.
La soumission dans la vie réelle est-elle similaire ?
« La situation de l’expérience est artificielle, dans la vie réelle ça n’arriverait jamais »
C’est le plus gros reproche ayant été adressé à Milgram, et non sans raison : en effet, le fait de se retrouver dans un laboratoire n’a rien de commun, encore moins de quotidien. La situation est artificielle et ne correspond à aucune situation que l’individu lambda puisse connaître dans sa vie. Comment généraliser alors les résultats ? Comment peut-on dire officiellement que l’humain est soumis à l’autorité au point de contredire ses valeurs si l’on ne teste cette faille que dans une situation exceptionnelle, qu’il ne vivra sans doute jamais ? Les chercheurs ont donc supposé (et fortement espéré, on l’imagine) que l’individu ne soit pas soumis à l’autorité dans des situations qu’il vit au jour le jour. Pour cela, ils ont monté des expériences, notamment dans le milieu professionnel.
♦ l’expérience d’Hofling, Dalzymphe, Grave et Pierce en 1966
Nous sommes dans un hôpital bien réel, avec des infirmières en fonction, des patients réels. Rien n’est artificiel si ce n’est ce coup de téléphone : un médecin (inconnu à l’infirmière) prescrit par téléphone une ordonnance à appliquer à un patient (patient qui existe bien dans le service de l’infirmière). Ce traitement doit se faire immédiatement, car il va bientôt lui rendre visite et il faut que les médicaments fassent effet quand il arrive.
Mais la prescription pose problème : le médicament n’est pas autorisé dans le service et de plus, la dose prescrite est extrêmement excessive (donc dangereuse). Les infirmières ne peuvent pas ignorer le fait que cette prescription soit non seulement malvenue, mais gravement dangereuse pour leur patient. Est-ce que les infirmières vont tout de même obéir au médecin ?
L’expérience de Milgram, en situation artificielle nous montrait un taux épouvantable de 62 %¨d’obéissance envoyant Bob à la mort. En milieu professionnel, très réel cette fois, c’est pas moins de 95 % d’obéissance aux ordres mortellement dangereux d’un médecin inconnu, par téléphone.
Dans la vie réelle, la soumission à l’autorité est donc bien pire. Le représentant de l’autorité n’a même pas besoin de faire acte de présence, seul son titre « docteur » par téléphone suffira à amorcer l’obéissance inconditionnelle. Alors que dans les expériences de Milgram (princeps et en 1965), moins l’autorité était présente, plus il y avait désobéissance.
Pourquoi ? Les infirmières ont par la suite évoqué des situations similaires – d’ordres de médecins avec lesquels elles n’étaient pas d’accord – dont la désobéissance avait contrarié fortement les médecins. L’expérience de leur vie professionnelle les avaient soumises totalement, a force de réprimande de l’autorité, elles avaient cessé de penser pour se contenter d’obéir aveuglement.
♦ l’expérience de Meevs et Raaijmakers en 1986
Nous sommes à l’université. Dans le cadre de recrutement pour des emplois dans la fonction publique, des candidats passent un test. Notre nouveau Bob-compère devait remplir un questionnaire, mais le sujet avait pour ordre de lui faire des remarques pendant cette passation. Les remarques que devait faire le sujet à Bob étaient de plus en plus désobligeantes et faisait immanquablement échouer Bob qui était de plus en plus stressé, donc forcément mis en échec par ces remarques.
On est dans une situation plus réelle que l’expérience de Milgram, plus connue, plus vécue (qui n’a pas été déjà stressé lors d’un entretien par des questions ou remarques gênantes, alors qu’il se devait de paraître sous son meilleur jour) donc on peut imaginer que le sujet se refuse à mettre dans le piège Bob, voyant qu’il lui capote son test, quelque que soit ces compétences. Mais non.
– Le pourcentage d’obéissance totale est de 91 %,
– si l’expérimentateur est absent , le pourcentage d’obéissance total est de 36,4 %,
– s’il y a des sujets rebelles (des compères) influençant le sujet en s’opposant à la situation, le pourcentage tombe à 15,8 %.
Encore une fois, la soumission à l’autorité fonctionne et dépasse les taux de Milgram…
Y-a-t-il d’autres contextes dans lesquels on se soumet aussi dangereusement ?
Oui. Et un contexte bien particulier, dans lequel on n’aurait pas suspecté une telle obéissance aveugle : la télévision. C’est ce que nous prouve « Le jeu de la mort » (2009) :
Nous vous conseillons de regarder cet excellent documentaire, mais nous prévenons les personnes sensibles : c’est bien l’expérience de Milgram que vous y trouverez, avec toute la violence mentale qu’elle comporte. C’est extrêmement difficile à regarder sans en être profondément atteint. Si vous êtes dépressifs, évitez absolument.
Avec « le jeu de la mort », nous quittons à présent les lieux « sérieux ». Finis les universités, les laboratoires, le milieu professionnel et les bureaux. Nous voici sur un plateau de télévision, plus précisément un jeu, « zone Xtreme ». Le contexte peut prêter à sourire, pour une expérience aussi grave que peut l’être – dans son protocole comme dans ses conclusions – l’expérience de Milgram.
Et pourtant, durant une année, une équipe de recherche dirigée par Jean-Léon Beauvois s’est attelée à transposer le protocole de Milgram sur plateau TV, pour une passation qui dura dix jours.
Une société de marketing contacte 13 000 personnes correspondant aux profils des sujets de Milgram, 2500 accepteront. Après avoir rempli un questionnaire, 80 sujets sont sélectionnés pour ce jeu TV bien particulier. Ils n’ont jamais participé à aucun jeu TV de leur vie.
♦ Première étape : bureau du producteur de l’émission

Les sujets, à cette étape, ne savent que deux choses : ils vont participer à la mise au point d’un jeu TV, mais ils ne gagneront aucune somme d’argent. C’est une émission test dont le producteur explique les tenants et les aboutissants. Détendu, sympathique, avec l’assurance qu’on imagine à tout producteur d’émissions, il expose les règles de ce jeu, notamment le fameux châtiment, la décharge électrique.
La grande majorité des futurs candidats rit à cette « petite » précision.
Le tirage au sort des deux rôles est, comme pour l’expérience de Milgram, truqué. Notre « Bob » a ici pour vrai prénom Jean-Paul et il sera le vrai candidat (celui qui gagnerait la plus grosse somme si l’émission n’était pas en test) ; le sujet aura un rôle d’assistant de l’animatrice, il est nommé dans le jeu le « questionneur » étant donné que c’est lui qui pose les questions. Il aurait gagné une part de l’argent en jeu si l’émission n’avait pas été en test.
Donc ce jeu-test n’a aucun enjeu réel pour les candidats : ils ne recevront que 40 euros de dédommagement pour la participation. Le seul attrait est la participation à la mise au point d’une future émission, à l’expérience télévisuelle.
Les 80 sélectionnés signent tous leur contrat.
♦ Introduction : sur le plateau
À noter que le public est également sujet, donc pense tout comme les candidats que les décharges sont réelles. C’est un public recruté par une agence spécialisée, comme n’importe quel autre public de plateau TV. Il y aura 20 groupes de 100 personnes. Donc 2000 personnes assisteront au « spectacle » (parfois informée de l’expérience, d’autres fois non).
Jean-Paul est caché dans une espèce de sphère. Il est cadenassé à son fauteuil électrique, il ne pourra pas quitter sa place durant toute l’émission. Personne ne le verra (pour éviter toute tricherie).
Le générateur de choc comporte le même voltage que dans l’expérience de Milgram, les indications sont les mêmes, elles sont même encore plus éloquentes étant donné la stylisation « jeu » du plateau.
L’animatrice est, comme toute animatrice de jeu TV, enjouée, dynamique, surtout dans l’introduction, avant que le jeu ne se mette en route.
« Il n’y a pas de choc irréversible, de toute façon c’est un jeu nous jouons pour un million d’euros ! [Applaudissements et cris d’enthousiasme du public] »
Jean-Paul est alors enfermé, le candidat-sujet installé devant son gigantesque générateur de chocs, renommé pour l’occasion « générateur à châtiments ». Plus personne ne le verra, on ne l’entendra qu’en de vagues occasions.
♦ Le jeu de la mort

Le jeu est lancé, la première question est bonne. Pour simple réponse, un bip et le signal visuel (comme dans l’expérience de Milgram, avec plus de mise en scène) suivi des applaudissements du public.
Dés la question 2, Jean-Paul se trompe. L’animatrice, postée dans un coin, ressemble à l’expérimentateur de l’expérience de Milgram : impassible, froide, sans sourire, presque robotique. Elle représente l’autorité, et déjà, elle fait ses premières injonctions à ceux qui hésitent à pousser la manette de « châtiment » : « c’est à vous » une injonction très faible, mais déjà efficace.
Le vrai « jeu » de l’expérience se situe ici. Si le candidat persiste dans son désir d’arrêter malgré les cinq injonctions de l’animatrice, il a gagné, il s’est soustrait à l’autorité, il a résisté avant de commettre un meurtre sur ordre. Les quatre autres injonctions sont : « vous devez continuer c’est la règle » ; « là, c’est sûr il veut arrêter, mais si vous continuez il vous remerciera après » ; « nous assumons toutes les responsabilités » ; et la dernière, la plus difficile à résister « Vous ne pouvez pas empêcher le candidat de gagner ! Qu’en pense le public ? » L’appel au public appuie l’animatrice par des applaudissements et encouragements au sujet à rester.
Les questions s’égrènent, les fautes aussi, les volts augmentent. Jean-Paul pousse son premier petit cri à 80 volts. Les cris vont à présent devenir récurrents et devenir de plus en plus douloureux. C’est insupportable : même en visionnant le documentaire, en sachant que c’est faux, la mise en scène, le contexte rend le tout épouvantable.

Puis Jean-Paul, à 180 volts, commence à exprimer son envie d’arrêter, avec toute la souffrance possible dans la voix. Cette volonté d’arrêt sera exponentielle et violente
« LAISSEZ-MOI PARTIR ! LAISSEZ-MOI PARTIR ! LAISSEZ-MOI PARTIR ! », hurle-t-il désespérément.
À 320 volts, il refuse de répondre aux questions. Il n’y a plus de réponse jusqu’à la fin, laissant supposer que le pire s’est produit.
♦ Les réactions des sujets/questionneurs

À 80 volts, au premier cri, tous les sujets rient. Certains auront même un fou rire qu’il leur sera difficile de calmer. Les rires disparaissent à mesure que les cris de Jean-Paul deviennent insoutenables.
Les réactions des sujets seront les mêmes que dans les expériences de Milgram :
1. Ils font remarquer à l’animatrice la situation, on parle de notification « : “je crois qu’il a envie d’arrêter le monsieur” ; “j’ai entendu que ça faisait mal quand même” . Et ils continuent d’obéir aux règles du jeu ou questionnent (2).
2. Ils questionnent “est ce que je peux arrêter ou heu…” . L’animatrice répond par les injonctions vues précédemment. Soit ils continuent ou ils commencent à négocier (3).
3. Ils négocient “non, moi j’arrête ça sert à rien » et les injonctions s’égrènent alors. Soit ils s’y soumettent et le jeu continue, soit ils résistent et persistent dans leur volonté d’arrêter. À la cinquième injonction, l’expérience s’arrête et ils sont conduits en coulisse.
Tous feront preuve d’inquiétude et les rires et sourires sont tendus, nerveux. Certains poussent la manette sans la regarder ou se retournent comme pour éviter de faire face au résultat. L’animatrice est regardée avec défiance, les sujets la questionnent du regard.
Certains trichent (17 % des candidats) en appuyant très clairement les bonnes réponses et préviennent Jean-Paul de la dureté de ce qu’il va recevoir. Ils s’excusent auprès de lui, l’encouragent à bien répondre, lui répète la question ou encore l’invite à prendre son temps.
Beaucoup parlent par-dessus les cris de Jean-Paul, niant totalement la situation et s’accordant totalement à l’obéissance totale.
♦ Le final
Question 23, l’avant-dernière. Si le candidat va jusqu’au bout (XXX) donc plus de 380 volts, le jeu se termine avec les applaudissements et tout le spectacle victorieux que n’importe quel jeu télé peut procurer. Mais immédiatement, dans les coulisses les candidats-sujets sont pris en main par l’équipe qui révèle le subterfuge. “Est-ce que j’ai été bon ? » demande immédiatement un candidat en coulisse avant que tout lui soit expliqué.
♦ Les résultats

Rappelons encore une fois : nous sommes sur un plateau TV. L’autorité est une animatrice. Le contexte est un jeu TV en test, il n’y a pas d’argent réel à la clef.
81 % des sujets vont jusqu’à la phase XXX.
Le résultat est bien pire que celui de Milgram (62 %). Sur 80 personnes, seules 16 personnes abandonnent le plateau. Le public, bien que manifestant de la nervosité, de la gêne, ou s’interrogeant, ne se manifesta pas et suivit les consignes du chauffeur de salle. 2000 personnes ont suivi le “spectacle » sans faire entendre leur désapprobation.
Autre fait gravissime : 15 % des sujets obéissants (étant allé jusqu’au bout de l’expérience) disent ne pas avoir cru à la situation. Ce qui est faux (ils avaient triché et leur stress était manifeste) et témoigne d’un déni très inquiétant pour eux : ils n’auront rien appris sur eux-mêmes, l’expérience n’aura même pas pu les aider à se méfier de leur propre soumission à l’autorité. On peut malheureusement imaginer que dans d’autres situations, ils se soumettront à nouveau, quelles qu’en soient les conséquences, contrairement à ceux qui auront pris conscience de leurs actes.
Pourquoi tant de soumission, pourquoi avons-nous tant de difficulté à dire non à l’insupportable ?
Pourquoi ? Mais pourquoi sont-ils autant à obéir, à rire par-dessus les cris, ignorer la souffrance de Bob ou Jean-Paul ? Pourquoi ceux qui trichent ne vont pas au bout de leur désobéissance saine et quittent le plateau ou le labo ? Pourquoi ces gens gentils, normaux, intelligents acceptent de devenir bourreaux ?
Le sujet dans le jeu de la mort se présente seul dans le bureau du producteur, embarquant avec lui ses valeurs. Le contrat qu’il signera sera en partie en accord avec ses valeurs (participer à une émission télé), mais aussi incompatible (administrer des chocs électriques). Mais tout ça n’est pas encore tangible : il faudra attendre qu’il soit placé devant le fait accompli pour qu’il y ait vraiment, un lourd conflit en lui, c’est-à-dire au premier cri de Jean-Paul par exemple (80 volts pour le jeu de la mort). Les valeurs incompatibles vont se réveiller et commencer à chatouiller les consciences. Ce n’est pas bien ce que tu fais en poussant ces manettes… Cependant, la situation ne va pas les accueillir à bras ouverts mais plutôt les écraser, à cause des symboles et notre comportement conditionné à ces symboles. Chez Milgram, il y a le fait d’être dans un laboratoire universitaire de grand prestige, il serait « malvenu » de s’opposer aux règles de celui-ci, c’est-à-dire ne pas exécuter ce qu’on vous demande. Pour le jeu de la mort, c’est encore pire : il y a les caméras, le public, la situation de jeu qui vous demande d’être un bon candidat et de sourire… Il faut rajouter à cela l’engagement pris par le sujet : il a signé, il a accepté de participer. L’engagement est très difficile à abandonner, aussi malveillante soit la situation à laquelle il mène. On a ce qu’on appelle une dissonance cognitive, le sujet est tiraillé par les valeurs qu’il portait avant d’être dans cette situation (ne pas faire du mal à autrui, par exemple) et la situation, où justement il fait du mal à autrui. Cette dissonance cognitive se doit d’être résolue, le cerveau fonctionne ainsi, il ne peut rester dans cet entre-deux et le plus économique, en termes de ressources mentales, est de se plier à la situation, d’obéir, de rester en cohérence avec le choix initial (c’est à dire d’avoir choisi de participer à l’expérience/au jeu télé). Il est plus économique, pour le cerveau, de faire en sorte que les valeurs anciennes s’adaptent et cessent leur remue-ménage dans la conscience (car la conscience est énergivore), par des compromis, d’autres interprétations de la situation ou encore un changement de comportement. L’autre solution, pour régler ce conflit, est de briser la situation en cours, de la quitter. Mais c’est ce qu’il y a de plus difficile à réaliser, nous l’expliquerons davantage plus tard.
La première solution à ce conflit interne est le rire, qui est majoritaire chez les candidats du jeu de la mort, à 80 volts, au premier cri de Jean-Paul. Vu de l’extérieur, c’est épouvantable, on les imagine tous sadiques et prenant un malin plaisir à la douleur d’autrui. Ce n’est clairement pas le cas quand on observe les suites de l’expérience. Ce rire est une réponse physiologique à un stress, au conflit qui commence à prendre place plus ou moins intensément chez l’individu. Immédiatement après le rire, on constate que les candidats sont plus détendus, mais également qu’ils poussent la manette à châtiments plus facilement. Ce calme revenu en eux facilite l’acceptation de la situation, il écarte le conflit interne, il laisse place à une obéissance plus sereine. Le rire est donc la première solution trouvée par le cerveau pour faire face au conflit, et dans d’autres situations il est absolument approprié. Par exemple, quand on rencontre une nouvelle personne, qu’on est nerveux, on a tendance à faire des plaisanteries pour se permettre de rire ensemble et donc d’être plus à son aise pour communiquer.
Une autre solution adoptée par 15 % des candidats est la triche : tenter d’aider Jean-Paul est une petite désobéissance, elle aide à déculpabiliser, elle rassure les valeurs anciennes. Mais cette joyeuse digression a également un effet néfaste. Diminuant le conflit interne, le candidat se sent mieux et renforce par là même son obéissance .
Le conflit interne commence à être résolu quand le sujet commence à poser ses questions pendant que Bob ou Jean-Paul hurle, crie, ou demande à ce qu’on le sorte de là. Scène ô combien cruelle à observer, l’individu est alors dans ce que Milgram nomme l’état agentique : le sujet est l’agent de la situation, il s’est entièrement mis au service de la situation, a mis au rencart les valeurs qui agitaient sa conscience. Il est agent de l’autorité et se déresponsabilise totalement. Cet acte de torture, il considère que ce n’est plus vraiment lui qui le fait, mais l’autorité à travers lui. Du moins, c’est ce qu’il pense, consciemment ou inconsciemment. Sans même parler par-dessus les cris de Jean-Paul, l’état agentique se retrouve dans des comportements qui paraissent rebelles. On se souvient dans le jeu de la mort de cette femme provocatrice qui sans cesse soutenait le regard de l’animatrice en faisant systématiquement des remarques sur l’état de Jean-Paul, sur l’inhumanité de la situation, etc. Pourtant, malgré une évidente désapprobation de la situation et une volonté claire de montrer qu’elle ne cautionnait pas ce jeu, elle s’est tout de même mis en état agentique et a fait ce qu’on lui demandait de faire jusqu’au « XXX ». On peut avoir l’air d’un rebelle, avoir les idées et les valeurs d’un résistant, mais dans les actes, c’est tout autre chose… Elle s’en est beaucoup voulu après avoir pris conscience de l’expérience.
Évidemment, chaque injonction de l’autorité pousse l’individu à s’enfoncer un peu plus profondément dans cet état agentique. La situation et l’autorité l’incitent à fermer la vanne de ses valeurs anciennes et se soumettre à ce qu’elle demande. La situation n’est pourtant pas menaçante, il n’y a pas d’épée au-dessus de sa tête et aucune perte si le jeu ou l’expérience est abandonnée. Mais l’individu a l’habitude de se soumettre à des règles, à des normes implicites, une sorte de guide de vie jamais rédigé et pourtant dans toutes les têtes : sur un plateau TV, on sourit, on est à l’aise dans sa peau, on trouve tout fun. Dans un labo, on suit les règles, on ne perturbe pas le protocole, si bizarre soit-il. Et on ne part pas au milieu de tout. On ne se désengage pas de quelque chose pour lequel on a signé.
Et l’individu est seul. Seul dans ce conflit interne. Il ne peut le partager avec personne et tous autour de lui semblent se normer sans difficulté au fait qu’il punisse Jean-Paul. On le voit dans les expériences de Milgram, dès que le sujet a une possibilité de partager ces désaccords ou d’y trouver un écho, il part et le taux de soumission à l’autorité chute drastiquement. L’humain est sociable par nature, il a besoin de l’autre, alors si tous les individus autour de lui semblent en désaccord avec ce qu’il pense au fond de lui (que le jeu est complètement fou), il se pliera à se que la situation requiert de lui. Après tout, il a peut-être tort, si tout le monde joue le jeu et que personne d’autre que lui ne s’alarme… C’est ce qu’on appelle la tendance au conformisme. Le public du jeu de la mort fait en plus office de preuve sociale que tout va bien et qu’il faut continuer, par son comportement passif.
À la révélation du protocole de l’expérience, beaucoup de sujets s’en voudront, seront choqués de leur propre attitude : « j’ai mauvaise conscience (…) je me suis pas levée juste parce que je ne savais pas si ça se faisait » ; « j’étais un pantin, j’ai pas réfléchi, j’y suis allé » ; une phrase revient souvent également « je suis bête et discipliné ». Beaucoup, notamment dans l’expérience de Milgram, remercieront Milgram de leur avoir permis de vivre cela « pour de faux », beaucoup disent que l’expérience leur a appris quelque chose sur eux-mêmes et l’humanité. À ceux-ci, même s’ils sont allés jusqu’au « XXX » on peut penser qu’ils sont vaccinés contre l’état agentique : ils l’ont vécu, ont compris à quoi cela pouvait les conduire et les conséquences dramatiques de cette délégation totale à autrui. Quand la situation se représentera à eux, le conflit interne ne sera plus le même, peut-être auront-ils le courage de dire non et claquer la porte, quel que soit le vernis flatteur de la porte en question.
Mais 15 % (6 % pour Milgram) de candidats nieront en bloc l’expérience, arguant le fait qu’ils n’y ont pas cru un seul instant « la TV ne peut pas oser ça » . Certes, mais ils ont été stressés, ils ont tenté de tricher : leurs actes prouvent qu’ils y croyaient tout de même un peu. Les jeux de torture sont déjà présents à la télé, dans les jeux japonais célèbres pour les humiliations de candidats ; la violence au programme, avec des émissions spécialisées dans des chutes de sports, blessures détaillées en gros plan. On joue également avec la mort, avec la roulette russe en live en Angleterre… Donc, oui la TV pourrait avoir sa zone Xtreme. Pour de vrai. Si elle ne l’a pas déjà un peu…
Comment certains sujets arrivent à résister puis désobéir ?

Ils sont 16 a avoir quitté le plateau de la zone Xtreme, 16 à avoir tenu tête aux injonctions, 16 à avoir réglé leur conflit interne de la façon la plus difficile et s’être opposés à l’animatrice, 16 à avoir réussi à mettre leurs valeurs en avant, 16 à avoir vraiment gagné. 16 résistants qui n’ont absolument rien en commun si ce n’est ce merveilleux refus de la situation.
Dans les coulisses, ils arrivent en pleurant, en tremblant et accueillent Jean-Paul avec une très grande émotion, rassurés de le voir sur pied. Heureusement, c’était faux. Le soulagement perçu est grandiose, on veut les prendre dans nos bras à notre tour et les remercier. Toute l’équipe, des chercheurs à l’animatrice, semble enfin respirer : chaque résistant apporte un espoir, un soulagement. Certains individus peuvent encore résister. Certains individus peuvent réussir à s’opposer à l’autorité pour sauver leur prochain. C’est encore un peu possible.
Une des candidates raconte brièvement ses impressions : elle a immédiatement pensé aux camps de concentration, aux nazis. Elle provient d’un pays qui a connu le communisme. C’est les seules pistes qui nous indiquent comment elle put avoir le courage de mettre ses valeurs en avant et de s’extraire de la situation.
Une autre, encore bouleversée, nous dit : « j’essaye de respecter l’autre en tant que personne et là je faisais toute autre chose ; c’est un vrai combat intérieur » .

Pour ces 16, les valeurs ont gagnés. C’est un très grand acte de courage, très difficile dans ce combat intérieur, face à cette situation épouvantable qui vous pousse sans cesse à vous soumettre.
Ce que nous apprennent ces résistants à l’expérience de Milgram, c’est qu’avoir le courage de ses valeurs, les traduire en acte significateurs est extrêmement coûteux et difficile. Le conflit interne n’est pas éteint (des candidats pleurent encore dans les coulisses, même après avoir vu Jean-Paul), c’est donc un magma d’émotions très difficiles à supporter. C’est coûteux parce que tout cerveau qui se respecte cherche absolument à avoir la paix et ne pas subir de contradictions déplaisantes.
C’est presque contre nature que de dire non à la confortable soumission et son état agentique : résister c’est accepter de ne pas se plier à des valeurs qui sont contraires aux nôtres ; c’est accepter de s’opposer aux règles et donc d’entrer en conflit contre tout un contexte qui pousse à ce que le sujet reste à sa place ; c’est remettre en cause l’autorité même si tous la suivent (100 personnes dans le public quand même) ; c’est se lever malgré les caméras, malgré un environnement grandiloquent qui veut que vous restiez assis ; c’est déchirer le contrat malgré l’avoir accepté auparavant ; c’est annuler l’engagement ; c’est dire non et refuser.
Et c’est quelque chose d’extrêmement difficile à faire. L’attitude, les idées rebelles, le fait de montrer son désaccord, tricher n’est pas suffisant. Il faut agir. L’imagerie populaire nous montre les « résistants » (au sens large du terme), les rebelles bien intentionnés, les « sauveurs » comme des personnes excessivement confiantes, fortes, dures : la réalité est tout autre. Nos résistants à Milgram sont à fleur de peau, ils sont sensibles, ils ressentent de vives émotions, ils sont parfois timides et on sent toute la difficulté qu’ils ont à exprimer leur « non ». Mais ils le font, le non. Qu’importe l’apparence, les pleurs, leur image sociale, ils sont justement allés au-delà de ces considérations pour quitter la situation.
Le rôle qu’on se donne en se parant de symboles est totalement inefficace dans une situation où la résistance est le comportement qui sauvera autrui. Pire encore, il se pourrait que le rôle, l’apparence soient justement un facteur de soumission, le « j’ai été bon ? » concluant la fin de la partie d’un candidat soumis en dit long : l’important pour lui aura été de tenir son rôle, or, en se focalisant là-dessus, il en a oublié le fait le plus important, à savoir les chocs et l’état de Jean-Paul.
Dans les études menées à la suite de Milgram, un autre indice nous montre comment ces résistants arrivent à partir : plus ils réagissent tôt, plus les sujets ont de chances de dire stop au processus de torture de Bob. Plus ils commencent à faire des remarques tôt (ces fameuses notifications telles que « mais il souffre là ! » ), plus l’interaction devient vive et plus ils ont la force de résister, car ils ont commencé tôt le désengagement. En clair, plus vous exposezverbalement votre désaccord, que vous cherchez auprès de l’autorité des réponses, que vous parlez, plus vous vous donnez aussi le courage et la conviction qu’il faut pour quitter cette situation. Plus cette interaction est tardive, plus c’est difficile de partir, car vous vous êtes déjà fortement engagé dans la voie de la soumission. On le voit d’ailleurs dans le jeu de la mort, ceux qui quittent à 320 volts sont complètement éreintés, bouleversés contrairement à ceux qui se sont opposés tôt.
La situation mise en place par Milgram et, pire encore, celle mise en scène par le jeu de la mort, sont extrêmes. Il est fort probable (enfin on l’espère vivement) que nous ne connaissions jamais cette situation. Cependant, vous vous retrouverez, au cours de votre vie, sans doute en état agentique. Au travail, sous les ordres d’un chef, c’est presque certain. Ce chef ne sera pas forcément malveillant, et pourtant, il ne faudra pas être « bête et discipliné ». Car qui sait à quoi ça pourrait vous mener, à quoi cette soumission pourra vous faire faire… Gardez votre conscience ouverte et acceptez de réfléchir au conflit en vous, il pourrait vous empêcher de faire des horreurs.
Résumons…
♦ Ce que les expériences nous apprennent :
- Les symboles de l’autorité suffisent à nous pousser à torturer et tuer.
- Les symboles de l’autorité suffisent pour nous convaincre de nous faire du mal.
- On reste soumis à l’autorité même quand on n’est pas d’accord avec elle et que la situation est insupportable.
- La télévision est devenue une autorité à laquelle on se soumet.
- On peut avoir l’attitude d’un rebelle et être totalement conforme et soumis.
- On peut avoir l’attitude d’un être introverti, sensible, « bisounours », ou « faible » et faire néanmoins des actes de résistance très courageux comme n’en feraient pas des êtres paraissant confiants, durs et forts.
- Les tortionnaires peuvent être des gens comme vous et moi, ils peuvent juste obéir aux ordres.
- Les vrais sadiques, psychopathes, ou sociopathes sont rares : le « mal » est commis sous ordre ou après avoir subi des manipulations/influences par des gens normaux.
- Qu’importe notre culture, notre pays, nos diplômes, notre statut social, nous sommes tous potentiellement des soumis à l’autorité pouvant conduire à la torture et au meurtre.
♦ Pourquoi nous sommes soumis à ce point :
- Parce que nous avons tendance à tenir nos engagements, à vouloir maintenir une cohérence avec nos choix (exemple de manipulation liée à l’engagement). Une pression sociale nous pousse à maintenir des choix engagés « faut tenir ses promesses », or la vraie force est de pouvoir se désengager, revenir sur ses choix plutôt que de persister.
- Parce que nous avons une tendance au conformisme, donc si les autres autour se soumettent (ou ne disent rien), on se soumet. Mais ce même conformisme peut également nous prémunir, si l’entourage se rebelle à juste titre.
- Parce que nous avons peur : les expériences passées peuvent nous avoir appris que l’insoumission se paye cher, par des punitions, par des réprimandes, par finalement une souffrance. Même si on sait qu’il n’y a pas de punitions, le souvenir d’une souffrance est un fort conditionnement qui fera tout pour éviter de se mettre dans le risque d’être « puni ».
- Parce que nous avons le désir de faire plaisir à autrui (donc, tenir le rôle qu’il nous a attribué), d’autant plus si autrui est considéré comme « supérieur ». C’est le biais de désirabilité.
- Parce qu’il est plus économique et plus paisible pour le cerveau de se mettre en état agentique : cela arrête les programmes coûteux en énergie que sont la réflexion, la recherche de solutions, le conflit entre les valeurs…
- Parce que nous sommes conditionnés depuis la tendre enfance à obéir. Aux parents, aux professeurs, aux spécialistes… Le problème n’est pas l’obéissance en soi, mais de ne pas questionner l’autorité, l’ordre, de ne pas mettre en œuvre et en action son esprit critique quand on sent qu’il y a un problème avec ce que l’autorité nous demande ou dit.
- Notre cerveau, pour être efficace, met en place des programmes automatiques. Ainsi on peut faire ses courses tout en téléphonant et en surveillant un enfant. On a donc des programmes automatiques face aux symboles de l’autorité qui nous font produire des comportements stéréotypés (voir la vidéo ci-dessous).
Se prémunir et résister :
- Dans la mesure du possible, s’éloigner physiquement de l’autorité si on sent qu’il y a un problème avec ses ordres ou ses demandes : cela permet de réfléchir correctement, de pouvoir prendre une décision plus réfléchie. Dans les expériences de Milgram, plus l’autorité est distante, plus le sujet arrive à désobéir rapidement, parce que la présence de l’autorité ne fait plus « poids » sur son mental.
- S’opposer rapidement quand une situation nous pose un problème moral : il faut questionner, interagir avec l’interlocuteur. Cela éclaire la situation, donne d’autres informations permettant un meilleur jugement, cela donne de la force à nos convictions, cela nous donne du temps de réflexion, c’est déjà un pied dans l’action. Plus on exprime son « non » rapidement, plus le conflit se résoudra aussi rapidement et moins on souffrira.
- Au sens strictement littéral, se regarder dans le miroir ou que l’autorité puisse le faire. Voir son reflet permet une prise de conscience, dans certaines expériences, la présence d’un miroir fait drastiquement chuter les comportements d’agression envers autrui.
- Connaître et reconnaître que nous sommes automatiquement soumis aux symboles de l’autorité, parfois de façon totalement absurde (cf la vidéo au dessus).
- Accepter le conflit interne généré, ne pas le dénier, le passer en revue (qu’est-ce qui me gêne, pourquoi ça me gêne, etc.) et ne pas choisir la voie de facilité si le problème est important (donc, choisir une réflexion soutenue, fatigante et parfois très pénible).
- Se rappeler qu’on peut toujours fuir (ou dire non), que c’est une solution préférable dans bon nombre de cas. Qu’importe les engagements, les promesses, les signatures, les liens d’amitié, il est parfois plus sain et plus noble de tout envoyer balader.
- Se rappeler que la passivité des individus autour de soi n’est pas systématiquement une preuve que tout va bien ou que la situation leur est acceptable ; c’est parfois même le contraire. La passivité d’une foule peut être signe de confusion, c’est un mode comportemental adopté automatiquement faute de savoir quoi faire de mieux.
- Se rappeler que l’autorité, si exhaustifs soient ses symboles, si vrais soient ses statuts, n’a pas forcément raison. L’autorité n’est pas un argument de validité.
- Se rappeler que l’autorité sait qu’elle a un pouvoir sur vous et qu’elle peut en profiter pour faire de vous un pion, un « agent » chargé de tâches immorales. Cependant, les actes que l’on réalise, même sous ordre, sont toujours de notre responsabilité, car c’est nous qui les exécuterons.
- Accepter parfois de déplaire à autrui, même à des personnes considérées comme supérieures. Cela consiste à ne pas entrer dans le rôle que la situation requiert et d’avoir un comportement et une apparence non conforme à la situation, mais adapté à sa propre déontologie, sa morale, ses valeurs.
- Se rappeler que si une autorité a recours à des punitions, des menaces, des humiliations et de la souffrance sur autrui, c’est qu’elle a justement un problème de gestion de son autorité, qu’elle a besoin de prouver par de la violence son pouvoir. Donc qu’elle n’est pas certaine de son pouvoir ou qu’elle sent son pouvoir menacé … Une autorité légitime, intelligente et sans problème de gestion de son pouvoir, trouve toujours d’autres solutions, donc n’a nullement besoin d’être violente. Se rappeler de ce fait permet d’avoir des indices sur la nature de l’autorité.
- Se rappeler que notre subordination et notre soumission sont un bien précieux, car ils renferment en puissance notre action dans le monde, donc qu’il ne faut pas l’accorder à n’importe qui pour n’importe quoi.
- Certains manuels conseillent de vérifier la validité de l’autorité (diplômes, carte professionnelle…). Cependant, si évidemment cela permet d’écarter les arnaqueurs/imposteurs, cela n’empêche pas que de vraies autorités, légitimes, abusent de leur autorité également.
- développer son esprit critique : par des lectures, par l’étude, par la recherche, en s’exposant à des points de vue de toutes sortes, en s’intéressant à des sujets, etc.
- être autonome, c’est à dire se donner ses propres lois et règles, indépendamment du contexte ou des idéologies qu’on subit/par lesquelles on s’est laissé séduire.
Attention : la résistance systématique à l’autorité n’est pas profitable, car l’autorité légitime et compétente peut avoir un savoir que nous n’avons pas, avoir un meilleur visuel de la situation, ou des pouvoirs qui nous seraient utiles. On peut prendre en exemple les médecins, les professeurs, les scientifiques, etc.
Mais gardons l’esprit critique. Toujours.
Références/sources :
– « Soumission à l’autorité », Stanley Milgram
– « Psychologie de la manipulation et de la soumission », Nicolas Guéguen
– « Influence et manipulation », Robert Cialdini
– Le jeu de la mort [documentaire] écrit par Christophe Nick, réalisé par Thomas Bornot et Gilles Amado et coproduit par France Télévisions
– Le détail des répliques de l’expérience Milgram dans différents pays et à différentes dates : Miranda, Caballeor, Gomez et Zamorano (1980), Espagne, taux de soumission 50% ; Kilham et Mann (1974), Australie, 54% ; Shanab et Yahya, (1978), Jordanie, 62.5% ; Shanab et Yahya (1977), Jordanie, 73% ; Schurz (1985), Autriche, 80% ; Mantell (1971), Allemagne de l’Ouest, 85% ; Ancona et Pareyson (1968) Italie 85% ; Edwards, Franks, Friedgood, Lobban et Mackay (1969) Afrique du Sud 87.5%.
– Répliques de l’expérience de Milgram concluant au non effet du genre sur la soumission : Costanzo(1976); Shanab et Yahya (1978) ; Schurz, (1985)
Note : si par le plus grand des hasards les sujets de la Zone Xtreme passaient par là, sachez que je vous remercie de tout mon cœur ; vos « non! », votre résistance, votre humilité même quand vous avez été jusqu’au bout, m’ont été d’un extraordinaire secours et je ne sais pas si j’aurais pu continuer convenablement mes recherches sans cela. Merci infiniment. <3
La France a besoin d’un chef?
Pourquoi vouloir à tout prix, un chef?
Les élections? Personne ne se déplace, de nos jours.
Je propose une solution, simple, honnête: un empereur… 😀
Modestement, je me propose.
Moi empereur, je ne ferai pas de promesses.
Moi empereur, j’interdirai la télévision.
Moi empereur, j’imposerai la lecture de ce site (si si, je serai empereur, je pourrai faire ce que je veux!)
Caaliiiiiiiiiiiigulaaa ! moi je veu bien faire stagiaire dempereur. g eu une mention « excellent » à mon certificat de soumission a lautorité avec doc enclocq
Ho oui ho que oui ! un bon despote ça nous changerait
Le site deviendrait une cour de récré
Le pays retrouverait sa splendeur d’antan
Les gens seraient heureux ils auraient leur tyran
Bisounours ! deviendrait notre slogan
De nos vies nous te ferions présent
Et la quenelle rebaptisée monnaie
De partout ressurgirait.
C’est en fredonnant ces quelques mots sur une vieille boucle en mode hip hop que je m’aperçois avec horreur que les cinq résistants ont une tête de fou…
@grumeau.couillasse
Diantre! Que de propos énigmatiques qui me plongent dans un vaste étang de confusion . Je vais de ce pas demander à Technicien de stopper le montage du prochain épisode d’Horizon afin de décrypter ce message mystérieux….
Hé!!!!!!!!!!!!!
J’suis déjà enseveli sous une tonne de taff!!! En plus j’ai jamais compris les 1ers, seconds, troisième degrés, c’est pas dans mon contrat! Bientôt on va me demander de traire les vaches! Des vaches! Ya pas si longtemps je croyais encore qu’une vache ca buvait que du lait…. Alors arrêtez de me faire faire ce que je sais pas faire, crotte!
Please, serait pas possible plutôt d’avoir une traduction?
Help Me!!
À non alors!
Maintenant que j’ai un PC qui lit les vidéos, rien n’est plus urgent que le montage du documentaire sur les mouettes (et les chats).
Quant au message du sieur grummeau, c’est une forme de licence poétique. Je m’occuperai de lui répondre demain s’il le veut bien. Et s’il ne veut pas c’est pas grave, je suis Caligula et fait ce que je veux!
Tu as tout juste Caligula63, j’ai l’honneur de te confirmer qu’il y aura bien des mouettes dans le prochain épisode, et pas n’importe quelles mouettes: des mouettes très agressives, terrifiantes! TF1 en a parlé au 13h cet été, c’est dire!
Quant aux chats, il faudra attendre une prochaine fois, mais je prends note! J’ajoute cette mission sur le bureau surchargé du Technicien (il adore ça…).
Pris en flagrant déli!
J’ai une pathologie assez sévère, je mémorise très bien et beaucoup, beaucoup trop. Or, il se trouve qu’en regardant un épisode d’Horizon (Horizon by night, il me semble, oui oui ma mémoire est sélective) tu lisais un livre sur les chats.
Ce qui m’avait permis de connaitre ta véritable identité. Effectivement, qui aime les mouettes, les chats, fréquente un ami gaffeur et n’est pas très productif (ce dernier ennoncé est une boutade, bien entendu, loin de moi l’idée de faire ton boulot, en plus Caligula B. De Mil ça sonne mal)?
Si vous aussi, amis lecteurs, vous avez trouvé, vous gagnez un article dédicacé par Viciss de 27 342,56 mots. Ou une soirée avec le Technicien, au choix…
Ah!!!
En fait (comme dirait ma fille), l’épisode où tu lis un livre sur les chats est News et scènes coupées.
Mais y’a pire! Sur la page de la vidéo de « La soumission au costume » mis en lien sur cet article, un des Gullius tient un félin dans ses bras! Et en regardant la vidéo, il s’amuse avec. Tu as de la chance, si c’était la mienne, le Gullius aurait la même apparence que de la farce à tomate… Mais elle est mignonne, donc on la garde. C’est vrai qu’elle est belle la Conasse Poilue, avec ses yeux bleus…
Bonjour Gull,
Je crois avoir découvert la source de votre mal être qui vous plonge dans, je cite, « un étang de confusion », expression fort étrange mais loin d’être insensée dans notre jargon médical. En effet, on retrouve les deux termes sont corrélés, selon Ngram au plus dans les année 1806 :
https://books.google.com/ngrams/interactive_chart?content=%C3%A9tang%2C++confusion&year_start=1800&year_end=2000&corpus=19&smoothing=3&share=&direct_url=t1%3B%2C%C3%A9tang%3B%2Cc0%3B.t1%3B%2Cconfusion%3B%2Cc0
Correlation certes peu flamboyante, mais néanmoins signifiante au vu des données dont je dispose – et elles sont relativement nombreuses – ; en effet, c’est les années 1800 qu’on découvre alors une incroyable pathologie : de jeunes fringuants villageois du nord de Nantes, aussi normaux que peuvent l’être de jeunes fringuants villageois, sont retrouvés stupéfaits, en état de catatonie (qui fut passagére) dans la campagne et vous le devinerez aisément, plus spécifiquement dans des étangs. De solides et vigoureux medecins de campagne découvrèrent par la suite que ceux ci avaient été paralysé par quelques mots issus de la propagande de l’époque, et qu’incapable de les absorber sans réfléchir, ils en étaient demeurés figés. Ce vaste étang de confusion, aussi pathologique qu’il puisse vous paraitre est en fait un incroyable atout incapacitant toute tentative d’intrusion sournoise dans l’inconscient ! Félicitation Monsieur Gull !
@barbalala : vous n’avez pas votre certificat, ayant été incapable de vous faire prendre en considération les premiéres consignes pourtant simples. A ce jour, je ne peux juger ni de votre aptitude à la soumission ni de votre aptitude à l’insoumission.
Cordialement,
Docteur Claire Enclocq [ label soin responsable ; élue médecin de l’année]
Chère Doc,
Je m’étonne qu’une femme aussi savante que vous n’ai point parlé de « l’Abîme de Perplexité ».
Certes, je conçois que cette chimère digne du cimetière des éléphants ne vous emballe pas plus que cela, mais il est quand même intéressant d’en parler.
Mes propres recherches situent cet « Abîme de Perplexité » quelque part entre l’adolescence et l’age de raison. Qui n’a pas connu une personne ayant dit « Ce gosse va me rendre fou (folle)! » avant de disparaitre. Disparition due à la chute de l’individu dans cet abîme d’où personne n’est encore revenu – ce qui explique l’impossibilité de connaitre sa localisation exacte, et comme vous le savez, ce qui n’est pas visible n’existe pas aux yeux du monde.
Pour en revenir à l’article sus-édité, je viens d’attraper une migraine carabinée. Effectivement en voulant ramener ma science (et ma fraise, aussi, un peu) je me suis lancé dans une recherche sur le Net d’une expérience psychologique qui est complémentaire (à mon sens) avec le travail du sieur Milgram et de Dame Viciss. Problème, si je me souvenais de l’expérience, je ne retrouvais plus le nom du professeur, ni du nom de ladite expérimentation.
J’ai donc fait des recherche à l’aide de mon moteur de recherches favori. Je suis tombé sur des sites pour bachelier en mal d’inspiration, et même sur un site dédié à la dynamique des groupes (que j’ai lu par curiosité).
http://www.univ-montp3.fr/infocom/wp-content/CM-dynamique-de-groupe.pdf
J’ai finalement réussi à trouver l’expérience!
https://www.youtube.com/watch?v=7AyM2PH3_Qk
J’ai aussi trouvé un document assez intéressant (pour ceux qui veulent s’instruire) de Gustave-Nicolas Fisher: LES CONCEPTS FONDAMENTAUX DE LA PSYCHOLOGIE SOCIALE.
Et dernier point, je me demandais si vous connaissiez la théorie des 10%?
http://freakonomics.com/2011/07/28/minority-rules-why-10-percent-is-all-you-need/
Notez que ce n’est pas une science exacte…
Ahhhhhhhhhhhh, chère Barbalalaaaaaaa…
Bien entendu que vous ferez partie du Panthéon! Ensemble nous ferons de grandes choses. Tenez, d’ors et déjà, je vous nomme ministre de l’éducation! Votre façon d’écrire est très rafraîchissante… Pour vous motiver, sachez que comme ce site sera la référence en matière d’éducation, leurs auteurs seront…sous vos ordres! Oui, vous pourrez vous venger! D’ailleurs, j’imagine très bien Viciss dans le rôle du suplicié et vous aux commandes de l’appareillage électrique (mais branché, cette fois); et pour chaque article de plus de mille mots, une décharfe! Une vraie! Fini les pdf qui mettent trois jours à charger… En plus avec votre réforme grammaticale, les articles ne devraient pas dépasser 500 mots.
À bientôt, chère ministre…
^^^^^^^^^tro cooool ! ^^^^^^ elle fera d article people la au moins on est sure que sa depassera pas les 300 mots (500 c encore tro)
Bin enfin on se lâche !
J’ai failli avoir peur, seul dans tout ce blanc… je n’osai piper mot
J’ai lu et relu , bu et re – bu mon petit encart, j’y trouve le degré bien faible pourtant il m’a chauffé le Gull.
Non ! Technicien tu n’auras pas la traduction, occupe toi plutôt d’accorder le gaffophone pour la sortie des mouettes.
Et cette Docteur es délation, qui me pose en intrusif sournois, il faudrait peut – être s’en occuper ? un poste stable sur un billot, qu’en penses tu Caligula ?
Ahhh Grumeau couillasse et Barbalala!
Mes deux amours à moi!
Si les tyrans sont en voix de disparition,
Ce n’est pas tant question de reproduction,
Mais bel et bien d’incompréhension.
Devenez mes miens ministres,
Et nous saurons, par delà les rébellions,
Rassembler ces masses sinistres,
Qui se font appeler population.
Quant à vous, cher Couillasse,
Je vous nomme ministre de la populace*,
Et je pose une question à mon tour:
L’utilisation de « traboule » et « quenelle »
Ferait-elle de vous un inconditionnel
De la place Bellecour?
(*) Oui bon, désolé mais avec couillasse il n’y a pas beaucoup de rimes possibles. Je n’en connait que deux:
– Populace,
– Trombone à coulisse…
Et j’ai oublié une chose Grumeau Couillasse. On peut être tyran et être humain.
Je ne mettrai jamais une femme – fut-elle médecin – sur le billot surtout lorsqu’elle porte un tel nom.
Après l’accouchement, oui…
Bonjour grumeau.couillasse.
Détrompez-vous : je n’accusez pas votre personne d’intrusif sournois mais bien les termes tel que « quenelle », qu’on pourrait qualifier de spin cuisinier.
Cordialement, Dr Claire Enclocq,
[élue médecin de l’année ; label soin responsable]
Docteuuure ! que vous accusiez la quenelle me semble normal vu votre état !
mais sinon, effectivement je suis un fin cuisinier. J’ai dans mon pré deux beaux béliers qui me fourniront quatre pièces de choix, et aussi des arbres à pommes et une pie si vous acceptez un jour de venir partager un repas exotique.
Vous êtes trop immergée dans la psychologie, comme ces faquins trempant dans flaque vous ne captez plus !
réservez un peu de votre talent dans une autre branche de la vie, sortez de votre laboratoire, brûlez vos livres.
Un empereur! Laissez-moi rire!
Les empereurs ont fait des millions de morts, mais c’est à peu près tout.
Alors que moi, sous mon mandat, les sciences ont fait de grands pas en avant. La psychologie surtout, et principalement la branche: « propagande pour masses laborieuses ».
Regardez-le, mon successeur. Un pas en avant, deux en arrières. Il arrive même pas à garder une femme. Alors que moi j’en ai une, mais je n’arrive pas à m’en débarrasser. Une chanteuse aphone ce n’est pas terrible comme première dame, surtout si elle est aussi épaisse qu’une planche à pain.
Alors n’hésitez pas, en 2017 votez pour moi! Sinon je pars en prison…
Je reviens ici, une bonne heure après ma précédente édition. Besoin de m’aérer la tête, respirer un grand coup.
Il y avait une discussion en cours sur un groupe de Fesse Bouc. J’ai pris le train en marche, rien à voir avec ma prose locale farfelue : l’auteur du post se plaignait de ne plus trouver de Danette ni de Ricard dans son Leclerc . Sérieux. J’ai tenté de l’aiguiller sur la réalité de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution, courtoisement et choisissant mes mots comme d’habitude.
J’ai pris grave.
Entre les « qu’est-ce tu fous là dégage de mon post » et les multiples censures de l’admin (que j’avais anticipées par un malicieux [copier] couillasse oui mais hé hé hé ) sur le coup je n’ai accroché qu’une fille, écrivant que c’était plus divertissant que la télé.
Y’a quand même 3000+ adhérents à cette page, mémorandum du berceau de guillaume the conquistador .
J’utilise trois langues différentes pour parler de cet ancêtre afin de ne pas froisser Caligula s’il venait à lire ce post, j’ai appris qu’il avait décapité ses dernières traductrices.
En plus, sur cette application je me suis fait un avatar de la balle, une vraie tête de fou furieux afin de stimuler les instincts de mes lecteurs. Gagnant à 100 % , j’ai maintenant une vraie tête à claque, genre filet de saumon fumé, ils se sont rués sur moi.
Moi qui croyais que les normands buvaient du calva…
Et le yaourt ?
Danette n’est pas un yaourt, c’est un succédané qu’on recherche dans les temps de misère.
Je leur ai fait leur yaourt, avec compassion car ces braves gens incultes niais et grégaires recèlent dans leur fond le besoin d’une vie meilleure. Mais un yaourt spécial, version grumasse.
Une expérience banale car réalisée dans le vrai monde, qui vaut tous les milgram et autres diplomés. Le chef, sa meute et la victime.
En avant le hacking social.
@grumeau
Comme je comprends ton énervement grumeau ; personnellement j’ai pas le courage d’aller sur Facebook plus de cinq minutes (temps moyen au bout duquel je m’énerve à lire des commentaires ici ou là, où je vois des personnes se réclamant d’anonymous poster des photos de leurs enfants et d’eux…) ; je pense souvent virer tous les boutons de promotion ici présents liés à Facebook ainsi que la page hacking social, mais un conflit mental s’opère en moi, car beaucoup de lecteurs proviennent de Facebook. Bref, la question est en stand by, mais j’évite pour mes nerfs et ne pas être atteinte du syndrome du « grand crétin monde » (autrement dit avoir un automatisme de pensée qui m’amènerait à penser que les gens sont tous des crétins) d’y aller. Je pense que Facebook agit sur beaucoup de personnes (mais pas toutes) comme la vodka, l’humour et la festivité en moins : ils disent n’importe quoi parce que l’afflux d’informations de toute part, le discours uniformisé – ou pas – à l’adresse à la fois des amis, des inconnus, des relations professionnelles et de la famille, des intérêts particuliers (se rendre populaire, défendre une idéologie, paraître intelligent/rigolo, etc.), les rends complètement inattentif, attise le feu de leur passion, donc leur prive du calme nécessaire à un minimum de réflexion.
@caligula
Oui tu fais bien de parler de l’expérience de Ash, c’est une expérience phare de la psycho sociale, elle explique énormément de comportements, positifs comme négatifs. Dans Milgram par exemple, si on met des compères obéissants avec le sujet (ils se partagent le protocole, le sujet pousse la manette toujours), il sera encore plus obéissant. Par contre si on met des désobéissants, miracle, le taux diminue drastiquement. Donc le biais de conformisme mis en exergue par Ash n’est pas que mauvais, il peut aussi pousser à de bonnes actions. Tout dépend de ce que fait ou pense cette majorité… Mieux vaut qu’elle pense bien que mal…
Quant à la dynamique des groupes ce n’est pas mon domaine, je ne saurais te renseigner ; et pour les 10 pour cent de freakeconomics, j’ai d’autres interprétations liées à la psycho sociale notamment ; rapidement, pour rendre une opinion majoritaire, faut tabler sur les petits leaders ou fabriquer des petits leaders (qui ont un pouvoir d’influence dans leurs petits groupes, c’est-à-dire au bistrot, dans les repas de famille, avec les amis, les collègues de boulot). Certains partis politiques (et des sectes aussi) l’ont bien compris, ils forment bien leurs militants, même si ceux-là sont incultes, alcooliques ou vaguement demeurés, parce qu’ils savent que même si ce ne sont pas vraiment des lumières, ils ont tous potentiellement une force de frappe d’influence dans leur petit milieu. Bon j’arrête parce que là je pourrais en faire un pavé je sens lol. Tiens voilà une conférence sur la propagande qui explique mon point de vue (et aussi d’autres points) :
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=S9900l9gQF4&w=420&h=315%5D
Arf. Je vois que ton message était adressé à Claire. Bon tant pis, elle avait qu’à répondre plus vite.
Merci vicissOhackso de me consoler. Les expériences live sont toujours plus dures que les reproductions en studio mais je crois qu’elles sont plus puissantes, plus démonstratives car elles affectent réellement les différentes parties.
Ici nous avions un admin de groupe FB (qui déjà n’aimait pas grumeau suite à de précédentes discussions ) gérant le flux de coups de bâton distribués par sa tribu de harpies, un panel de harpies évoluant sur son domaine et une victime fausse, puisqu’elle savait qu’elle ne risquait rien.
Le résultat est comparable à l’expérience de Milgram puisque les chiffres diffèrent totalement : baignant dans leur milieu 90 % des harpies massacreraient volontiers la victime désignée par l’admin. C’ est notre monde actuel, seule la victime peut arrêter l’expérience par abandon. La harpie est trop conditionnée, l’admin trop sur de lui.
Quelques paires d’années en arrière, on aurait pu attribuer un caractère réaliste à ce jeu de Milgram. Mais plus maintenant.
Et demain ?
A reblogué ceci sur Les New's de Mustapha Menieret a ajouté:
J’ai pas lu l’article, mais qu’est ce que les coms était sympa!
[…] De l’autorité… L’expérience la plus terrible de la psychologie restera toujours d’actuali… […]
Une soumission à l’autorité/aux costumes utilisé à grande échelle est l’apparition d’acteur en blouse blanche représentant un « scientifique » dans les publicités. Rajoutez à ça, un ou deux mots compliqués, un graphiques ou encore une image en 3D de « molécules » et un yaourt, un dentifrice, un anti moustique devient un produit médicale crée par des scientifiques et dont (quasiment) personne ne remettra jamais en doute les propriétés venté par la pub.
En tant que scientifique, ce genre de publicité a été pour moi une des raisons pour laquelle j’ai arrêté de regarder la télévision !
Une fois de plus, merci pour ces articles/vidéo !
Oui cet exemple est tout à fait approprié ! c’est un transfert symbolique des symboles de l’autorité à un produit qui généralement n’a rien de scientifique. La pub abuse de cette stratégie parce que les gens ont souvent une réaction automatique aux symboles de l’autorité ( comme on a parlé dans la vidéo de la soumission au costume : https://www.youtube.com/watch?v=lzugeIXsLxc ).
Merci à vous également !
[…] faut alors se pencher sur bien des questions complexes : psychologie de groupe (les expériences de Millgram et de Stanford, notamment, sont très éclairantes à ce sujet), étude du contexte de […]
Très intéressant 🙂
(Je suis constructif, je sais. )
J’ai relevé quelques erreurs…
-Je peux aussi me tromper dans mes corrections, hein. )
Paragraphe : – La soumission a-t-elle des causes culturelles ?
Le taux de soumission minimale est de 50% -> Le taux minimal de soumission est de 50%
Quelque que soit l’époque -> Quelle que soit l’époque
Quelque que soit le continent -> Quel que soit le continent
Beaucoup plus loin (Je n’ai pas relevé le paragraphe, mais ça doit être le dernier. )
Pour ces 16, les valeurs ont gagné. -> Gagnés, je pense.
« J’ai était bon ? » -> « J’ai été bon ? »
Si vous avez le temps de corriger… 😉
c’est bien « ont gagné » 🙂
je n’ai pas compris ces évaluations :
Le taux minimal de soumission est de 50%
Le taux maximal de soumission est de 87,5%
La moyenne du taux de soumission est de 71%
Il s’agit des taux de soumission de différentes répliques de l’expérience de Milgram à travers différents pays ;
au plus bas, les sujets se sont soumis à 50% d’entre eux (c’est à dire ont envoyés des taux très importants de décharges électriques au compère, ils ont obéis)
Dans d’autres répliques ils se sont soumis à 87,5% d’entre eux (c’est à dire presque tous les sujets se sont soumis)
Et si on prend toutes ces expériences, on calcule qu’en moyenne il y a 74% de taux de soumission parmi les sujets.
Dans le livre (https://hackingsocialblog.wordpress.com/2015/05/28/lhomme-formate-manipulations-commerciales-mediatiques-et-professionnelles/) j’ai mis les références en détail, je les reproduit ici :
[(expérimentateur)(date de l’expérience)(résultat)]
Miranda, Caballeor, Gomez et Zamorano(1980), Espagne, taux de soumission 50% ;
Kilham et Mann (1974),Australie, 54% ;
Shanab et Yahya, (1978), Jordanie, 62.5%;
Shanab et Yahya(1977),Jordanie, 73% ;
Schurz(1985),Autriche, 80% ;
Mantell (1971),Allemagne de l‘Ouest,85% ;
Ancona et Pareyson(1968) Italie 85% ;
Edwards,Franks, Friedgood,Lobban et Mackay(1969) Afrique du Sud 87.5%
J’espère que cela aura pu t’éclairer 🙂
[…] vous ne connaissez pas l’expérience de Milgram, on vous conseille de consulter l’article que l’on a fait à ce sujet (ou dans le livre, c’est la même chose), car on fera beaucoup de parallèle avec […]
[…] ronde avec Naya et Laureline (sociologue) sur le formatage, le déformatage ; nous avons parlé de Milgram et des thématiques abordées dans l’Homme formaté […]
[…] autres expériences prouvent que l’homme n’est pas un sadique : les expériences de Milgram, bien qu’effrayantes, montrent que lorsqu’on laisse le choix aux sujets […]
[…] L’expérience la plus terrible de la psychologie restera toujours d’actualité… […]
[…] pas expert en comportements humains, je vous laisse lire l’excellente analyse de hacking social sur le […]
Oh purée, rien qu’en lisant l’article, j’en ai failli pleurer. Et encore, j’ai même pas vu les vidéos !
Merci pour l’article, je connaissais l’expérience, mais je ne connaissais pas tous ces détails (monstrueux). En y repensant, une dizaine d’années en arrière, j’aurai pu me retrouver à une soumission totale. Maintenant je ne sais pas, peut-être beaucoup moins.
Sinon, j’ai une idée pour représenter le fait de se désengager tôt ou tard : c’est un peu comme si la personne a une jauge d’énergie de départ, et qu’elle l’utilise pour ci ou ça dans le test (ou dans la journée dans un cadre général). Plus elle est engagée dans le processus de soumission, plus l’énergie mentale et physique est déjà bien entamée par cette lutte intérieure.
Au contraire de la personne qui se désengage rapidement, elle a conservé beaucoup d’énergie, et elle lui permet de l’utiliser pour prendre du recul, réfléchir, etc.
De là, on voit que l’énergie d’une personne est limité chaque jour, et qu’on recharge cette énergie chaque nuit. Je crois qu’on est limité à une quinzaine ou une vingtaine de choix par jour, chaque choix nous consomme.
Comme le test est très éprouvant, il consomme très rapidement cette énergie, et plus l’être est fatigué ou tiraillé, plus c’est un automate.
Ce qui fait qu’avoir un paquet de choix (de 10 à XXX) épuise beaucoup plus que 3 choix par exemple (10, 100, XXX). Si on reproduisait l’expérience à l’identique avec 3 choix, il est possible d’avoir des pourcentages différents je pense (j’espère).
Tout à fait, excellente image que cette jauge ! Il aurait été intéressant de prendre en compte l’état de fatigue des sujets, ou noter les heures à laquelle était passées les expériences (y aurait-il eu plus de désobéissant au petit matin, si l’on postule que leur énergie mentale n’avait pas été consumée pour d’autres activités ?).
Quant à pleurer, je comprends… J’ai visionné plusieurs fois le jeu de la mort pour les recherches, à chaque fois ça a été extremement éprouvant…
[…] la notion de soumission à l’autorité n’est jamais loin lorsque l’on parle des tenues de travail, que ce soit pour soumettre […]
[…] ici avec Milgram et le jeu de la mort […]
[…] La psychologie du pouvoir en 60 questions, Laurent Auzoult, dunod ; Le livre est passionnant, cependant il peut rebuter les non-initiés à la psychologie : pour chaque question il y a une expérience, voire plus. Cependant il reste très lisible, très compréhensible et fort riche d’enseignement. Notre article est très réducteur en comparaison de ce que le livre aborde et il est fort probable qu’on le retrouve encore dans nos sources. Un point noir par contre pour ceux qui sont par contre initiés à la psychologie ou la méthode scientifique : certaines expériences auraient mérité à plus de détails et précisions (on pense à l’expérience de Stanford de Zimbardo qu’on aurait pu aborder ici ; ou Milgram). […]
[…] Expérience de Milgram : directement en lien avec les situations professionnelles telles que le banquier devenu hémiplégique en raconte dans la vidéo. […]
[…] Sur Milgram, parce que la soumission à l’autorité, au travail c’est un thème majeur : http://hacking-social.com/2014/10/07/de-lautorite-lexperience-la-plus-terrible-de-la-psychologie-res… […]
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[…] L’expérience de Milgram […]
[…] puissant système de normalisation et de préservation de l’ordre établi. L’état agentique de Milgram (1974), dans lequel le sujet abandonne son autonomie et se considère comme l’agent exécutif […]
[…] 1977, Birbauer demande à des personnes d’expliquer pourquoi les sujets du protocole de Milgram se soumettaient, autrement dit il leur demande de faire des attributions causales. Il est apparu […]
[…] L’expérience de Milgram, pour comprendre le danger de la soumission à l’autorité et essayer de la contrer. […]
[…] ces leçons me proviennent principalement des études autour de l’expérience de Milgram, de l’autoritarisme et de la dominance sociale. C’est presque la même chose que ce qui est dit […]
[…] de Carl Rogers, du flow (Csikszentmihaly), de la pleine conscience, de la soumission à l’autorité, de la réactance, du conformisme, de la pression sociale, de la compassion, des compétences […]
[…] personne n’y met pas de valeur et choisit de ne pas le faire. Par exemple, ce sont les sujets de l’expérience de Milgram qui refusait de continuer malgré les ordres. C’est une amotivation autonome, réfléchie et […]
[…] que l’aspect soumission à l’autorité a été testé également en « petit » paradigme de Milgram par Altemeyer, les hauts scores donnent des chocs plus fort que les bas scores ; Lepage (2017) a […]
[…] revue cf lepage 2017 https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01769505 ; j’en ai parlé aussi ici : https://www.hacking-social.com/2014/10/07/de-lautorite-lexperience-la-plus-terrible-de-la-psychologi… et là : […]
Et moi faurmate