[MCQ] Le potentiel fasciste, l’autoritaire et le dominateur.

Qui sont les autoritaires, pourquoi le sont-ils ? Jusqu’où vont leurs idées et croyances ? Pourquoi tant de fermeture ? Avec cet article « MCQ » (Mot Qui Compte), on fait un résumé du dossier sur la personnalité autoritaire (l’échelle F, F comme fascisme, d’où l’emploi du mot « fasciste » dans mon titre), mais on va voir également rapidement les recherches qui ont suivi, avec l’échelle RWA (Right Wing Authoritarism/l’autoritarisme de droite, d’Altemeyer) et l’échelle SDO (Social Dominance Orientation, l’orientation à la dominance sociale, de Sidanius et Pratto).

Je reviendrais ans doute plus en détail sur les études du RWA et SDO, ici le but est d’avoir davantage une image globale du profil autoritaire et/ou du dominateur afin d’envisager des solutions. Il est important d’étudier attentivement ces questions, car celui qui correspond à ce type de profil est diminué, tronqué dans et par ses attitudes politiques (il s’offre moins de possibilités de bonheur, cloisonne sa curiosité, s’oppresse lui même à répondre à des attentes conventionnelles, entrave ses capacités sociales, etc.) et peut s’en prendre violemment à des cibles arbitraires. De plus, il n’est pas rare d’observer des institutions et politiques innervées de ce modèle autoritaire, ce qui mène inéluctablement vers des violences d’origines structurelles.

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Image d’entête : bagarre au parlement entre nationalistes et communistes en 2014, en Ukraine. Plus d’infos ici : https://www.huffingtonpost.fr/2014/04/08/ukraine-bagarre-assemblee-communistes-nationalistes_n_5110015.html source de l’image : https://elcomercio.pe/mundo/actualidad/ucrania-diputados-pelean-punetes-patadas-parlamento-168765 ; 


1. le potentiel fasciste : la personnalité autoritaire


Si vous avez déjà lu le dossier sur la personnalité autoritaire, vous pouvez sauter jusqu’au point 2.

Y a-t-il un profil psychologique plus prompt à adhérer au fascisme ? C’est-à-dire un profil qui prône la hiérarchie entre les humains, certains supériorisés, d’autres infériorisés au point d’être déshumanisés, qui opère à cette hiérarchie en adhérant à des violences structurelles (ségrégation, discrimination institutionnelle, injustice, politiques d’inégalité, etc.), en participant à une violence directe (terrorisme, ghetto, pogrom, massacres, génocide…) et à une destruction ou à un retrait des libertés et droits (propre à un groupe ciblé) ; avec ce type de profil régnant, l’altruisme, le non-ethnocentrisme, la bienveillance à tous, l’aide, le soin envers l’exogroupe cible seraient répréhensibles, considérés comme une forme de traîtrise. Pourquoi certains sont-ils favorables à des systèmes politiques qui vanteraient de telles inclinations autoritaires ? Et plus étrange encore, pourquoi certains en viennent à s’y soumettre complètement ? Pourquoi cette préférence à un climat d’oppression général, où la menace plane de plus en plus forte parce que la violence qui en est la conséquence augmente ? Pourquoi une telle motivation alors que l’histoire de tous les pays montre à quel point c’est  destructeur à terme pour tout le monde ?

Dans les années 50, et dès 1944 en pleine guerre, Adorno, Else Frenkel-Brunswick, Levinson, Nevitt Sanford commencent une longue recherche aux États-Unis pour comprendre s’il y aurait des citoyens plus prompts que d’autres à se laisser séduire et à voter pour un leader et/ou à des politiques autoritaires. Peut-on trouver dans le fonctionnement psychologique quelque chose qui pousserait, motiverait à, par exemple, agresser un autre pour la seule raison d’une petite différence physique, ou d’autres critères arbitraires (dans le sens ou ces personnes ne leur ont jamais rien fait, ce n’est pas de la légitime défense) comme la religion, l’origine, le sexe, le groupe social… ?

« En nous concentrant sur le fasciste potentiel, nous n’avons pas l’intention d’affirmer que d’autres modèles de personnalité et d’idéologie ne pourraient pas être étudiés avec profit de la même manière. Néanmoins, notre opinion est qu’aucun courant politico-social ne représente une plus grave menace pour nos valeurs et nos institutions traditionnelles que le fascisme, et que la connaissance des forces de la personnalité qui favorisent son acceptation peut, en dernière analyse, se révéler utile pour le combattre. »

Études sur la personnalité autoritaire, Adorno

Il ne s’agissait pas de pathologiser l’adhésion à des politiques autoritaires, Adorno le dit clairement, les « hauts scores » (ceux qui ont un gros score à l’échelle F, donc une forte adhésion à des patterns fascistes) ne sont en rien malades. Au contraire, ils étaient à cette époque beaucoup plus adaptés à ce que demandait la société que les « bas scores » (non autoritaires), très marginalisés pour avoir été « non conventionnel ».

Étudier les déterminants psychologiques permet d’avoir un reflet dans l’individu de ce que la société ou ses groupes veulent de lui, comment ils le manipulent, le conditionnent, le formatent, le récompensent ou punissent d’avoir telle ou telle comportement et attitude politique. On verra par ailleurs que le profil SDO est totalement le reflet de la société actuelle.

La motivation des chercheurs, que soit la team d’Adorno ou plus tard Altemeyer avec le RWA, était de comprendre comme un peuple tout entier accepte de se soumettre à un régime autoritaire ou totalitaire qui pourtant instaure clairement un climat national violent, dangereux, et qui prive les cibles (les membres de l’exogroupe) de leur libertés, voire les déshumanise, tout en réduisant des libertés à l’intérieur même de l’endogroupe et en les amenant à adhérer ou à produire des actes déshumanisant pour eux-mêmes (c’est à dire la réalisation d’actes violents extrêmes envers des individus).

À noter qu’une pseudodémocratie (entendez par là un État qui se dote d’une vitrine démocratique, mais qui ne va pas au bout du processus démocratique) peut être aussi en partie autoritaire, notamment en faisant du profit via des mesures ethnocentriques : c’est par exemple l’histoire des Afro-Américains opprimés par l’esclavage. La seule différence, c’est qu’il y a moins de zèle aux actes génocidaires sur les personnes cibles, parce que l’oppression est un moyen de faire du profit (financier), mais aussi d’assouvir des sentiments de supériorité chez l’oppresseur qui y gagne pathétiquement un honneur égoïste, une fierté égoïste, une estime de lui-même égoïste en se supériorisant à un autre.

L’échelle F, et RWA va donc étudier le potentiel « suiveur » fasciste, c’est-à-dire un profil qui veut obéir et se mettre au service d’un leader dominateur qui prônera et mettras en place un système inégalitaire, injuste et violent.

À la recherche de la personnalité autoritaire

Échelle A.S (Anti-Sémitisme)

Pensant que les préjugés anti-juifs étaient le cœur de l’autoritarisme, l’équipe d’Adorno a d’abord crée une échelle d’antisémitisme pour explorer à quels préjugés adhéraient les individus, sachant que ces préjugés n’étaient pas tous de même nature et étaient contradictoires. On pouvait par exemple s’attendre à ce que les antisémites reprochent principalement une dimension particulière aux juifs, peut-être lié à la politique ou encore à une histoire personnelle avec eux. Cela n’a pas été le cas.

Il y a eu des bas scores, c’est-à-dire ici les personnes qui rejettent tous les préjugés antijuifs  ; des modérés qui adhérent moyennent à des préjugés et rejettent ceux qui recommandent une violence directe contre les juifs ; et des hauts scores qui adhérent vivement à tous les préjugés, y compris ceux contradictoires et violents.

Plus d’informations sur ces chiffres : http://www.hacking-social.com/2017/01/23/f2-la-menace-juive-lantisemitisme-ou-la-peur-de-la-contamination/

 Par exemple ici on voit que les hauts scores sont OK pour dire que les juifs sont à la fois trop intrusifs (qui se mêlent trop aux autres) et exclusif (qu’ils restent trop entre eux) les items corrélant fortement à. 74.

Échelle d’ethnocentrisme

Les chercheurs ont remarqué rapidement que les hauts scores n’avaient pas de préjugés contre un seul groupe, et que ceux-ci s’étendaient à des tas d’autres groupes. Ils ont créé une échelle d’ethnocentrisme pour confirmer ou infirmer cette observation, échelle qui regroupait divers préjugés de l’époque contre les noirs, les femmes, les Japonais, les Allemands et des items patriotiques (qu’Adorno appelle pseudo-patriotisme, parce que c’est une adhésion non-réfléchie à la patrie, sans esprit critique). Réduire autrui, l’inférioriser par des préjugés servant alors à glorifier leur groupe de référence à moindres frais.

Là encore le haut score porte tous les préjugés et les éléments patriotiques et tout cela corrèle aussi avec l’échelle A.S.

Autres données, religion et politique.

Les chercheurs ont également exploré les pistes directement politiques avec des échelles de conservatisme (droite Américaine, adhérant au libéralisme économique, c’est à dire le pouvoir du privé et la non intervention de l’Etat) VS libéralisme (gauche Américaine, rejetant totalement, dans le questionnaire, le libéralisme économique), mais les résultats ont été confus, à la fois à cause des items et du manque de connaissance politique des individus en général. Ils ont également essayé de voir si la religion des individus jouait sur leur haut ou bas score, les résultats sont peu précis, il y a du oui, il y a du non, il est difficile avec ces données d’en tirer une conclusion. Mais l’échelle RWA nous donnera des réponses plus solides sur ces deux plans politiques et religieux.

L’échelle F

Les outils précédents avaient un but exploratoire : il s’agissait de comprendre l’essence des préjugés auxquels les hauts scores, de saisir les mécanismes plus globaux. L’échelle F a été vidé de toute référence à des groupes ou thèmes de l’époque, pour ne garder que l’essence des préjugés et l’attitude à laquelle elle renvoie. L’échelle mesurait donc le conventionnalisme ; la soumission à l’autorité, l’agressivité autoritaire ; l’anti-intraception (opposition à l’introspection) ; la superstition et la stéréotypie ; le pouvoir et la dureté ; la destructivité et le cynisme ; la projectivité (disposition à croire que des événements violents et dangereux se produisent dans le monde) ; sexe (ici, préoccupation exagérée concernant les contacts sexuels).

L’échelle F a été testé sur quantité de groupes différents, que ce soit des associations religieuses, des groupes de travailleurs, des individus en prison, des militaires… Après Adorno, l’échelle F a été également été testés sur des groupes ouvertement fascistes, ou l’ayant été concrètement, ici par exemple des SS ont été testé :

Plus d’informations sur ces chiffres : https://www.hacking-social.com/2017/02/27/f6-le-facho-est-il-celui-qui-traite-de-facho-critiques-de-lechelle-f/

On voit que l’échelle rapporte bien les attitudes qu’ils préfèrent, ils scorent haut.

Les scores les plus bas ont été trouvés sur des groupes de désobéissants : Handlon et Squier (1955) ont testé un groupe de personnes qui refusaient de signer un serment de fidélité anticommuniste, ce qui signifiait la perte de leur emploi à l’Université de Californie, leur moyenne était de 1.88.

La plupart des gens avaient des scores modérés, fluctuant au gré des événements. Ici par exemple le taux a monté lors d’élections (premier graphique avant, deuxième pendant) :

Plus d’informations sur ces chiffres : https://www.hacking-social.com/2017/02/27/f6-le-facho-est-il-celui-qui-traite-de-facho-critiques-de-lechelle-f/
Plus d’informations sur ces chiffres : https://www.hacking-social.com/2017/02/27/f6-le-facho-est-il-celui-qui-traite-de-facho-critiques-de-lechelle-f/

Un outil venait d’être créé pour mesurer les propensions d’adhésions à des politiques autoritaires. Mais l’équipe d’Adorno a voulu pousser plus loin la compréhension de ces profils.

L’étude clinique

Parmi les 2099 répondants aux échelles (F, plus les autres en même temps), les chercheurs ont étudié 150 personnes dont les scores étaient très hauts ou au contraire très bas. Il s’agissait de comprendre ce qui les avaient poussés à avoir des attitudes si différentes, quelle en étaient les facteurs, les déterminations, les expériences de vies qui menaient à avoir des attitudes si différentes. Cette étude clinique a consisté à les écouter en entretien psychologique (cela pouvait durer 1h comme 3h), à leur faire passer des tests projectifs, et une analyse des entretiens qui portaient sur leur enfance, leur famille, leur travail, leurs relations avec les gens.

Voici en résumé, en plus des découvertes liées aux échelles, ce qui a été répertorié pour les hauts scores :

Les caractérisques du potentiel fasciste (étude adorno)

Et pour les bas scores :

Les caractéristiques des non potentiellement fascistes

Adorno en a déduit que le cœur du problème se trouvait dans les familles :

« Le résumé de l’entretien [de F515/bas score] est résumé par l’intervieweur de la manière suivante  « les facteurs les plus puissants engendrant dans ce cas un sujet à bas score sont l’ouverture d’esprit de ses parents et le grand amour que la mère du sujet a porté à tous ses enfants. » Si l’on peut généraliser cette affirmation, et en tirer des conséquences pour les sujets à haut score, nous pouvons postuler que la signification croissante du caractère fasciste dépend largement de changements fondamentaux qui doivent être apportés à la structure même de la famille. »

Études sur la personnalité autoritaire, T. W Adorno

Personnellement, j’ai trouvé que cette très large étude montrait d’autres pistes pour rendre le monde moins propice aux inclinations autoritaires que j’ai répertorié dans cet article.

 


2. L’autoritarisme de droite : RWA


L’échelle F avait des défauts méthodologiques, l’échelle RWA (Right Wing Authoritarism / Autoritarisme de droite) créée par Altemeyer y a remédié : l’échelle F avait par exemple tourné tous ses items dans le même sens, ce qui peut engendrer un biais d’acquiescement (les gens disent oui à tout sans réfléchir vraiment à leur accord) ou des réponses automatiques (pour aller plus vite). Une échelle doit être suffisamment retorse (mais pas trop non plus) pour que les répondants réfléchissent bien à chaque réponse. De plus, l’interprétation était trop freudienne, ce qui a été éliminé du RWA qui se base uniquement sur les données récoltées pour l’interprétation.

L’échelle RWA est solide, toujours utilisée aujourd’hui, et on ne parle plus de « personnalité autoritaire », mais de mesurer des attitudes idéologiques, ici l’autoritarisme de droite, que les personnes ont endossé pour satisfaire certaines motivations ou besoins. Et contrairement à la personnalité, les attitudes sont mouvantes, c’est-à-dire qu’on peut faire augmenter les scores de RWA, qu’ils peuvent descendre selon certaines circonstances expérimentées par la personne.

L’autoritarisme mesuré est dit de Droite, mais cela ne veut pas dire pour autant que les hauts scores vont se dire de droite ou vanter des valeurs de droite. Une personne de gauche, voire militante pour des valeurs anti-autoritaires, peut avoir un haut score RWA. Il peut y avoir une hypocrisie politique plus ou moins consciente, je pense que la ligue du lol récente nous en a donné un excellent exemple : on avait là des journalistes écrivant un contenu plutôt de gauche, des contenus contre le sexisme, les discriminations, en plus en y mettant un certain « engagement », mais qui sur twitter ou ailleurs sur le Net, faisaient l’extrême inverse, en s’attaquant à des femmes, des hommes eux sincères dans leur engagement, avec une agressivité autoritaire virant parfois à la perversité. À noter qu’Altemeyer a tout de même trouvé quelque chose de particulièrement contradictoire, mais qui colle parfaitement au cas de la « ligue du lol » : il a fait une échelle mesurant l’adhésion à des complots (les hauts scores sont d’accord avec ce genre de chose « Notre gouvernement a été conquis par des homosexuels, féministes radicales, des communistes athées, et surtout par les juifs. ») et étonnamment c’est l’une des rares échelles où il y a un lien avec l’autoritarisme de gauche (une corrélation à 0.61)  !

L’hypocrisie peut être aussi inverse : des opportunistes (on le verra plus tard, des dominateurs sociaux) peuvent vanter un autoritarisme de droite, mais ne pas y croire vraiment : c’est juste un moyen d’avoir des suiveurs (donc de pouvoir dominer des gens), de l’argent, une gloire facile, l’accès à des postes ou à des plateaux TV dont les producteurs raffolent des spectacles provocateurs. Mais au fond leur but est de gagner en notoriété, en argent, en gloire, et surfer sur des idées d’extrême droite est un moyen très facile de le faire. Parfois aussi l’hypocrisie est totalement inconsciente, parce que la personne est dans une bulle sociale où le RWA est la seule idéologie visible.

Ce qui est amusant (en tout cas ça amuse Altemeyer, qui écrit sans jamais perdre son humour), c’est que des groupes totalement ennemis (et vantant soi-disant une idéologie opposée) peuvent au fond avoir les mêmes types de profils et faire de mêmes hauts scores en RWA : par exemple, juste à la sortie de la guerre froide, Altemeyer a demandé à un ami chercheur russe de mesurer le RWA d’anti-américains encore en mode guerre froide, et il a fait de même de son côté avec des Américains. C’était les mêmes scores, ils avaient les mêmes attitudes.

Le RWA mesure donc des attitudes idéologiques d’autoritarisme qui sont classées cette fois en trois catégories : agressivité autoritaire, soumission à l’autorité et conventionnalisme. Plus encore que l’échelle F, Altemeyer a affûté l’échelle pour qu’elle parle aux autoritaires soumis, c’est-à-dire ceux qui veulent un chef autoritaire, et qui sont prêts à lui obéir sans réserve en agressant des exogroupes. Par exemple les hauts scores vont être d’accord avec :

  • « Notre pays sera un jour détruit si nous ne détruisons pas les perversions qui rongent notre fibre morale et nos croyances traditionnelles. 
  • « Ce dont notre pays a vraiment besoin, c’est d’un dirigeant fort et déterminé qui vaincra le mal et nous ramènera sur notre vrai chemin. »

Et en désaccord avec par exemple :

  • «Il n’existe pas de «UNE bonne façon» de vivre sa vie, tout le monde doit créer son propre chemin.»
  • « Mieux vaut avoir dans nos communautés des magazines vulgaires et des pamphlets radicaux que de laisser au gouvernement le pouvoir de les censurer. »

À noter que l’aspect soumission à l’autorité a été testé également en « petit » paradigme de Milgram par Altemeyer, les hauts scores donnent des chocs plus fort que les bas scores ; Lepage (2017) a aussi montré une corrélation entre obéissance destructrice et RWA dans un paradigme de Milgram en réalité virtuelle ; à noter que Lepage a montré qu’on peut diminuer leur obéissance destructrice en les fatiguant cognitivement (des tâches type jeu de lettres, assez pénibles), ce qui ne marche pas chez les autres obéissants. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, l’obéissance n’est pas un « relâchement » de la raison, c’est ici au contraire une démesure de l’inhibition, de fonction dite « supérieure » du cerveau, qui bloque, empêche de faire fonctionner l’empathie.

Un paradigme de l’expérience de Milgram, le jeu de la mort :

Comme pour l’échelle F, le RWA est souvent passé avec d’autres échelles, pour voir s’il y a un lien, s’ils sont d’accord avec ces éléments particuliers. Altemeyer leur en a fait passer vraiment beaucoup différentes, ceci n’est qu’un échantillon pour vous montrer :

  • L’échelle d’ethnocentrisme (Manitoba Ethnocentrism Scale 1997) : les hauts scores RWA sont d’accord avec :

    • « 10. Les Noirs sont, de par leur nature, plus violents et «primitifs» que les autres. »

    • « 12. Les Indiens récemment arrivés au Canada ont principalement apporté la maladie, l’ignorance et le crime avec eux. »

    • et sont en désaccord avec :

      • « Il est regrettable que de nombreuses minorités aient été persécutées dans notre pays et que certaines soient encore traitées de manière très injuste. »
      • « Nous devrions accueillir davantage de réfugiés fuyant la persécution politique exercée par des gouvernements répressifs. * » 
  • l’échelle du monde dangereux  (Dangerous World scale) : les hauts scores RWA sont d’accord avec : « Dès maintenant, le chaos et l’anarchie peuvent éclater autour de nous. Tous les signes le montrent. »

    • et en désaccord avec « Notre société n’est pas pleine de groupes immoraux et dégénérés qui s’attaquent vicieusement aux honnêtes gens. Les reportages de tels cas sont souvent sensationnalistes et trompeurs. »

  • La Militia Attitudes Scale, qui a des composantes tournée vers les complots ; les hauts scores RWA sont d’accord avec : « Des personnes haut placées au sein du gouvernement envisagent d’imposer une dictature de type communiste prochainement. » ;« Il existe un complot international juif qui tente de dominer le monde en contrôlant les banques, les médias, l’industrie du film, etc. »

    • et sont en désaccord avec « Nous avons plus de liberté que quasiment n’importe qui sur la planète et aucun groupe de juifs, de féministes ou de «gauchistes» ne complote de nous l’enlever »ou « Il est ridicule de penser qu’un groupe de Juifs ou quelqu’un d’autre envisage de vendre notre pays aux Nations Unies ou à une «conspiration mondiale» » ; pour rappel c’est l’échelle où les autoritaires de gauche sont encore plus en accord avec ces éléments que les hauts scores RWA.

Les résultats sont approximativement les mêmes que trouvé dans l’échelle F, excepté qu’on a découvert qu’ils adhérent effectivement à des politiques très conservatrices, qu’ils sont fondamentalistes religieux (prenant les écrits ou ce que leur ont dit leurs autorités religieuses littéralement, rigidement, sans y réfléchir, par conséquent c’est parfois très incohérent ; le fondamentaliste peut être de n’importe quelle religion, c’est une façon autoritaire de prendre la religion), qu’ils sont soumis au point de se faire arme de l’autorité, y compris quand l’autorité décrète que l’ennemi sont des gens autoritaires exactement comme eux. Altemeyer avait créé une situation où une autorité gouvernementale décrétait qu’il fallait punir les autoritaires (en décrivant le profil des répondants), que la population devait tous les dénoncer : ils étaient OK pour participer activement à cette délation…

Ils sont certains de leur supériorité morale (donc ne remettent pas du tout en doute leur réflexion), se croient avoir beaucoup moins de préjugés que la plupart des gens (c’est en fait le contraire). Ils rejettent plein d’exogroupes, mais les recherches modernes montrent que le préjugé où ils sont le plus agressifs se font à l’encontre des homosexuels (entre autres parce qu’ils sont fondamentalistes religieux), et les femmes sont également très infériorisées et considérées comme un exogroupe à agresser ou comme méritant d’être agressées (les hommes présentant un RWA élevé étaient plus susceptibles d’avoir agressé sexuellement des femmes ; Walker et Quinsey (1991) et Walker, Rowe et Quinsey (1993)). Leur pensée est « certaine », apparaît « convaincue » parce qu’ils n’utilisent pas la logique : est vrai pour eux ce avec quoi ils sont d’accord, est vrai pour eux ce qui matche avec leur autoritarisme, généralement qui est une somme de mémorisations de contenus provenant des autorités qu’ils affectionnent. Cela explique aussi les très vives contradictions qu’il peut y avoir dans leur pensée et/ou comportement. C’est pourquoi par exemple sur le Net, on a l’impression dans leurs commentaires d’entendre toujours la même chose avec les mêmes mots, car ils mémorisent ce qui matche à leur ethnocentrisme et le répètent, la réflexion personnelle n’est pas là, parfois ils n’adaptent même pas au contenu qu’ils commentent. Seuls les modérés peuvent faire l’effort d’adapter, d’y mettre une réflexion personnelle ou un brin d’autocritique ; et ces mêmes modérés peuvent écouter l’autre, on peut discuter avec eux si on arrive à diminuer le climat de tension, et c’est très intéressant.

Cela nous amène à une excellente nouvelle : les niveaux de RWA peuvent diminuer, notamment en allant à la Fac. Altemeyer a mesuré une diminution (entre 15 % et 20 % sur 3 années d’université). Il explique que cela n’a rien à voir avec le contenu des cours en eux-mêmes, mais plutôt à cause de ce qui se passe autour, notamment les expériences sociales avec des gens différents. En fait certains profils RWA ont été toute leur vie coincés dans un milieu à fort RWA, avec tous le même fondamentalisme religieux, ils sont comme conditionnés, comment pourrait-ils développer leurs propres idées s’ils n’ont pas la possibilité de découvrir d’autres façons de vivre ? En sortir, et surtout vivre avec d’autres, leur permet de modérer ce conditionnement, de voir que telle différence n’a strictement rien de menaçant pour quiconque, contrairement à ce qu’on leur disait dans leur famille ou dans leur groupe de référence. Cependant Altemeyer explique que les hauts scores peuvent être tellement terrifiés par le monde en général qu’ils vont tout faire pour rester dans leur bulle, par exemple en faisant des études supérieures dans des écoles privées religieuses, en travaillant dans des milieux similaires au leur, etc.

Mais on peut aussi augmenter facilement le niveau de RWA : une étude française (Gatto et Dambrun, 2010) a par exemple montré qu’on peut augmenter le score de RWA de la police en les faisant imaginer une situation où il sont en infériorité numérique. En général les niveaux de RWA augmentent avec les crises politiques, économiques (Doty, Winter, Peterson, & Kimmelmeier, 1997 ; McCann, 1997 ; Sales, 1972), parce que le RWA est profondément lié à la peur : par sentiment d’insécurité (et j’insiste bien sur sentiment, les personnes ne sont généralement pas directement menacées) ou de confusion sur la cause des problèmes, hop il suffit qu’un leader pointe du doigt un exogroupe et les personnes se sentent mieux, grâce à un RWA élevé, ethnocentrique, qui les fait se sentir à la fois supérieur sans rien faire, et qui leur dit que c’est l’exogroupe le problème. Il n’ont plus à investiguer, ni chercher en eux des « causes », ils se sentent alors parfaits. Le monde devient clair : c’est de leur faute, et nous sommes parfait, nous n’avons rien à faire ou à changer, si ce n’est les agresser, eux. Évidemment on peut mettre tout ça en lien avec le syndrome du grand méchant monde. La télé n’aide pas du tout à ce sujet.

Il suffit de faire penser les gens à leur mort pour que leur niveau d’ethnocentrisme s’élève, comme l’a démontré la TMT (Terror Management Theory), parce que c’est une façon facile de redorer son ego que de s’attaquer à des exogroupes ; cependant, la TMT a également démontré que la pleine conscience, c’est à dire avoir l’habitude d’être attentif à toutes les petites choses de la vie, est comme une sorte de vaccin préventif à ses effets. La personne est plus forte, car elle peut avoir pleinement conscience de toute sorte de choses, même négative, donc n’a pas besoin de se « venger » sur un exogroupe pour aller psychiquement mieux.

Ceci étant dit, l’échelle RWA a enlevé les items « pouvoir, dureté », les volontés de domination, là où l’échelle F y voyait un même lien dans l’autoritarisme. Par conséquent, on ne pouvait pas encore discerner des profils plus dominateurs, de ceux qui veulent répandre par eux-mêmes l’autoritarisme, ceux qui sont proactifs à ce sujet.

L’échelle SDO va répondre à ces questions, et plus encore, dessiner un profil autoritaire qui s’avère encore pire à bien des titres.


Et soudain, on découvre un autre autoritaire : le dominateur social


L’échelle SDO mesure le degré avec lequel les individus désirent et soutiennent la hiérarchisation sociale, autrement dit un système inégalitaire où des gens sont supériorisés, d’autres infériorisés et que tout cela devrait être maintenu voire être amplifié. Un peu comme Hitler soutient dans Mein Kampf que les aryens sont de façon innée un peuple de créateur supérieur à tous, avec toutes les qualités du monde, ce qui justifie qu’ils aient tout sans rien faire de particulier si ce n’est se mettre au service de leur chef, d’une politique supérieure… ; il qualifie cette soumission et aliénation totale à la plus belle des qualités…

Ici le dominateur social, celui qui score haut sur l’échelle SDO va s’estimer supérieur aux autres parce qu’il le mérite et si les autres souffrent pour une raison ou une autre, c’est à cause de leurs défauts personnels, car le monde est juste, équitable. Cependant, ce profil n’est pas aussi violent qu’Hitler, tant qu’il ne score que sur l’échelle SDO. S’il cumule aussi avec un score haut en RWA, c’est une autre histoire.

Ce dominateur social, parfois profondément autoritaire, c’est le profil que Gull avait nommé le « brutaliste » dans cet article que vous avez peut-être déjà lu : https://www.hacking-social.com/2014/01/15/qui-veut-la-peau-des-bisounours/

Le dominateur social est très très différent du profil RWA quand son haut score n’est que sur l’échelle SDO ; il est différent parce qu’il a une certaine modernité : il n’a pas vraiment à cœur de reproduire les traditions, ne veut pas se soumettre, n’est pas religieux, ni conventionnaliste, il n’est pas vraiment pour des mesures extrêmes comme la destruction de la constitution américaine (par exemple, il veut maintenir la liberté d’expression, contrairement au RWA qui serait pour l’abolir pour tous les autres sauf pour son groupe d’appartenance). Dit comme ça, on a du mal à voir en quoi il serait « pire » que le RWA.

Sur l’échelle SDO il est par exemple d’accord avec :

  • « Certaines personnes sont plus méritantes que d’autres. » 
  • « Certaines personnes sont juste inférieures aux autres. » 
  • « Pour avancer dans la vie, il est parfois nécessaire de marcher sur les autres. »

et en désaccord avec :

  • « Nous devrions essayer de nous traiter les uns les autres aussi égaux que possible. (Tous les êtres humains doivent être traités de manière égale.) » 
  • « Si les gens étaient traités plus équitablement, nous aurions moins de problèmes dans ce pays. »

Et pourtant, il est pire déjà parce que ces préjugés sont beaucoup plus intenses que ceux des RWA, il remporte de très loin le trophée anti-femmes et globalement il score plus haut sur tous les préjugés (par exemple sur l’échelle d’ethnocentrisme vu plus haut).

C’est également pire, parce que les profils RWA ayant une forte soumission obéissent néanmoins aux lois qui leur déplaisent, ce qui fait une sorte de garantie contre l’expression violente de leur autoritarisme. Tant que la loi et les gouvernements ne permettent pas les génocides, le haut score RWA ne va pas se lancer dans une croisade, il attendra qu’un chef lui dise de le faire. Les hauts scores SDO n’ont pas besoin de chef, ils veulent l’être, parce qu’ils sont motivés par le fait de se sentir supérieur et dominant, ils vont donc écraser n’importe qui pour gagner. Ils sont OK avec des items d’échelles de machiavélisme, par conséquent le mensonge, la malhonnêteté, l’exploitation des gens sont un comportement tout à fait valable pour eux. Ils sont OK avec des items des échelles contenant des éléments sadiques, par conséquent ils sont prompts à manipuler fortement autrui pour leur intérêt personnel, la souffrance de l’autre peut même leur faire plaisir.

Par exemple, sur l’échelle PP MAD (Personal Power, Meanness, and Dominance Scale/Pouvoir personnel, méchanceté, domination) ils répondent oui à ces questions  « Aimes -tu que les autres aient peur de toi ? » ou sont d’accord avec ce genre d’affirmations « Je ferai de mon mieux pour détruire ceux qui bloquent délibérément mes plans et mes objectifs. » « C’est une erreur d’interférer avec la «loi de la jungle». Certaines personnes sont censées en dominer d’autres » ; ils répondent non à « Aimeriez-vous être une personne gentille et utile pour les personnes dans le besoin ? » et ne sont pas d’accord avec ce genre d’affirmation « La meilleure façon de diriger un groupe sous votre supervision est de leur montrer gentillesse, considération et de les traiter comme des collègues et non comme des inférieurs. » ; « La vie n’est PAS gouvernée par la «survie du plus apte». Nous devrions nous laisser guider par la compassion et les lois morales. »

A l’echelle E-MAD (Exploitive Manipulative Amoral Dishonesty/Exploitation, Manipulation, amoralité et malhonnêteté) il sont d’accord avec : « les personnes sont essentiellement des objets à manipuler discrètement et froidement pour votre propre bénéfice. » ; « La meilleure raison d’appartenir à une église c’est que cela permet d’avoir une bonne image et d’avoir des contacts avec certaines personnes importantes de la communauté. » « Il y a un crétin qui né à chaque minute et des gens intelligents qui apprennent à en tirer parti. » et en désaccord avec  « La personne vraiment intelligente sait que l’honnêteté est la meilleure politique, pas la manipulation et la tromperie. » ; « En somme, mieux vaut être humble et honnête qu’important et malhonnête »

Cependant, ceux qui seront encore plus prompts à lancer des croisades contre un exogroupe ne seront ni des hauts RWA ou hauts SDO, mais des doubles hauts scores, qui scorent très fort sur les deux échelles : eux sont particulièrement extrêmes dans leurs préjugés et agressivité, font des scores énormes. Voici un exemple pour l’échelle d’ethnocentrisme (manitoba etnocentrism scale, qu’on a cité plus haut), avec quelques résultats entre ceux qui scorent haut en SDO, en RWA, les deux, et les autres non-hauts scores (bas comme modérés) ; des étudiants et leurs parents ont été testés (avec un système de code qui permettait que les personnes répondent anonymement) ; j’ai surligné la moyenne de score la plus haute (rouge foncé) et celle la plus basse (vert clair). Il y a vraiment une différence d’attitudes très importantes entre les doubles hauts scores et les bas scores.

Automne 1996

Automne 1997 et janvier 1997

Automne 1998 et janvier 1998

Automne 1999 et automne 1998

Étudiants (n=362)

Parents (n=239)

Étudiants (n= 1135)

Parents (n=331)

Étudiants (n=1135)

Parents (n=373)

Étudiants

(n= 439

Parents (n=674)

Haut SDO et Haut RWA

90,6

96

93,2

106,6

94,8

98,6

95,2

101,5

Haut SDO

86,5

89,5

77,3

91,9

78,2

94,2

82,4

90,8

Haut RWA

67,5

78,9

68,1

79,3

69,6

82,3

71,8

74,7

Reste de l’échantillon

55,4

61,8

54,9

65,9

55,6

64,8

56,7

64,1

Source : Bob Altemeyer (2004) Highly Dominating, Highly Authoritarian Personalities, The Journal of Social Psychology

Tout ceci, la domination, les préjugés sont assumés par les profils SDO, et ils se satisfont de ces attitudes. Peut-être bien qu’ils seraient fiers de se découvrir dominateur social, contrairement aux RWA qui sont dans le déni de leur profil.

Politiquement parlant, ils veulent favoriser ceux qui ont déjà tout et défavoriser ceux qui n’ont déjà rien. Ils adhérent donc vivement au libéralisme économique, à toutes les politiques en faveur des plus riches et s’attaquant aux pauvres, parce qu’ils pensent que les pauvres le sont parce qu’ils sont feignants, ne font pas d’efforts, etc. Ils sont contre les aides sociales, les syndicats et veulent tout privatiser. Ce sont des croyances beaucoup moins répandues chez les hauts scores RWA, parfois même ils s’y opposent.

Le niveau de SDO est beaucoup plus stable que les niveaux de RWA et est lié à la situation sociale des personnes : plus le statut est haut, plus il y a du SDO ; plus la personne n’est pas discriminée dans sa société, traitée comme un RWA traite un exogroupe, plus son SDO est haut. Autrement dit, la domination sociale est fonction de ce qu’on a eu comme cadeau social, par le hasard, par la chance de ne pas être né avec un physique ou des origines qui déplaisent aux RWA passés et présents. Par exemple aux États-Unis, les SDO corrèlent positivement au fait d’être blanc avec un bon statut. Le score SDO descend en fonction de la discrimination subie, on a donc en ordre décroissant : les Asiatiques-Américains, puis les latinos, puis les noirs. Le SDO est plus corrélé au fait d’être un homme, et cela dans toutes les études, alors que pour le RWA, il n’y avait pas de lien avec le sexe des répondants.

Ainsi, contrairement au RWA qui change en fonction des contextes ( on peut donc créer un contexte de partage, positif qui sera apprécié par tout le monde et réduira drastiquement les risques d’agression autoritaire), les niveaux de SDO ne peuvent changer que par la modification de la prégnance du modèle hiérarchique. Autant dire que le défi est énorme, et que personne n’a encore réussi à le faire avec des sociétés complexes comme la nôtre.

« changer le monde ? Mais pourquoi faire il est très bien comme ça » ; OSS 117 doit scorer assez haut en SDO : D :

Pour eux, fort SDO, ça va, donc pourquoi changer ? Au contraire, il sont prompts à augmenter les inégalités qui leur profitent que ce soit d’un point de vue ego/narcissisme, mais aussi financier, puisqu’ils ont accès de bien meilleures opportunités, qu’elles soient économiques, professionnelles, politiques. Cela n’a pas été testé (à ma connaissance), mais je me demande franchement si ces profils en auront quelque chose à faire des problématiques écologiques ; autant Altemeyer dit que certains RWA se préoccupent de la planète et veulent faire quelque chose pour en prendre soin, autant les profils de dominateurs ne sont motivés que par leur domination et leur profit personnel, qu’importe les conséquences, qu’importe la ruine du monde, les révolutions, ils chercheront toujours à se sauvegarder eux. L’article de Douglas, qui a rencontré des profils de très haut statut, est terriblement explicite à ce sujet. En cela, oui les attitudes idéologiques anti-altruistes de ces profils sont un vrai problème, mais la cause de ces attitudes sont les modes de fonctionnements de nos environnements sociaux hiérarchiques ; et comme cela leur rapporte beaucoup personnellement, ils ne sont pas près de les remettre en cause, même si en plus, ce sont généralement eux qui ont le pouvoir de modifier ces modèles hiérarchiques…

Résumé

Je n’ai ici que survolé les recherches sur le RWA et le SDO, car il s’agit d’un résumé (déjà trop long d’ailleurs : D), je vous donnerai plus de détails plus tard, car les recherches sont franchement passionnantes ; en attendant voici quelques caractéristiques trouvées sur l’autoritarisme, j’ai mis principalement celle d’Altemeyer (vous trouverez les sources à la fin) et une de Duriez, Van Hiel (2001) parce qu’elle avait comparé les valeurs morales avec les hauts scores de l’échelle F, RWA et SDO. C’est loin d’être exhaustif, et par exemple la corrélation entre préjugés forts et SDO ont été confirmés par des tas d’autres chercheurs (voir « social dominance » de Pratto et Sidanius)

Pour les « Que faire », idem, j’en parlerais plus tard, mais j’avais déjà répertorié des pistes ici : https://www.hacking-social.com/2017/06/19/f14-neutralisation-transformation-et-prevention-des-racines-du-fascisme/ et dans le dossier sur la mort et la pleine conscience (la pleine conscience permet d’éviter des montées d’ethnocentrisme par « peur ») : https://www.hacking-social.com/2018/05/14/tmt13-pour-en-finir-avec-les-biais-la-pleine-conscience/ et sur la personnalité altruiste : https://www.hacking-social.com/2019/04/30/pa5-un-monde-plus-responsable/

Les attitudes mesurées par les échelles F, RWA et SDO

Personnalité autoritaire,

échelle F

Autoritarisme de droite,

RWA

Orientation à la domination sociale SDO

Conventionnalisme ; Soumission à l’autorité ; Agressivité autoritaire ; Anti-intraception ; Superstition et stéréotypie ; Pouvoir et dureté ; destructivité et cynisme ; Projectivité ; Sexe

Soumission autoritaire

Agression autoritaire

Conventionnalisme

Degré avec lequel les individus désirent et soutiennent la hiérarchisation sociale

Corrélations avec d’autres échelles mesurant d’autres attitudes

Préjugés

Préjugés

Préjugés (plus fort que chez les HS-RWA)

Ethnocentrisme

Ethnocentrisme

Ethnocentrisme

Pseudopatriotisme

Patriotisme

Patriotisme (plus fort que chez les HS-RWA)

[dangerous world scale] Idée que le monde est dangereux

[dangerous world scale] Pas de corrélation avec l’idée que le monde dangereux

Fondamentalisme religieux

Pas de fondamentalisme religieux

Valeurs morales ; en faveur de : conformité  ; sécurité ; tradition  ; En défaveur de : hédonisme  ; stimulation ; autodétermination  ; universalisme  ; bienvaillance (Duriez, Van Hiel, 2001) 

Valeurs morales : ils sont en faveur de : conformité ; sécurité ; tradition. Et en défaveur de : hédonisme ; stimulation ; autodétermination ; universalisme ; bienveillance (Duriez, Van Hiel, 2001) 

Valeurs morales  : En faveur de : pouvoir, sécurité, réussite, conformité, hédonisme ; en défaveur de : universalisme, bienveillance ; tradition (Duriez, Van Hiel, 2001) 

Pas de corrélation avec l’economic philosophy scale (libéralisme économique)

Corrélation avec l’economic philosophy scale (libéralisme économique) : pro-privatisation des institution, anti-aide aux pauvres, anti syndicat, contre la répartition des richesses

Sont plutôt contre les items de l’E-MAD ( Exploitive Manipulative Amoral Dishonesty/Exploitation, Manipulation, amoralité et malhonnêteté )

En accord avec l’E-MAD ( Exploitive Manipulative Amoral Dishonesty/Exploitation, Manipulation, amoralité et malhonnêteté )

Ne corrèle pas avec le PP-MAD

En accord avec PP MAD (The Personal Power, Meanness, and Dominance Scale) Pouvoir personnel, méchanceté, domination)

Sources

Livres :

Articles de recherche/thèses :

  • The Other “Authoritarian Personality”, Bob Altemeyer, 1998
  • What Happens When Authoritarians Inherit the Earth? À Simulation, Bob Altemeyer, 2003
  • Highly Dominating, Highly Authoritarian Personalities, Bob Altemeyer, 2004
  • The march of modern fascism. À comparison of social dominance orientation and authoritarianism, Bart Duriez, Alain Van Hiel, 2001
  • Autoritarisme et préjugés dans la police, l’effet d’une position d’infériorité numérique et le rôle du contexte normatif, Juliette Gatto et Michaël Dambrun, 2010
  • L’effet de la dominance sociale sur les idéologies de légitimation : le rôle modérateur de l’environnement normatif, Pierre De Oliveira, Michaël Dambrun et Serge Guimond, 2008
  • Rôle des mécanismes d’autorégulation dans la soumission à l’autorité [thèse], Johann Lepage, 2017
Viciss Hackso Écrit par :

Attention, atteinte de logorrhée écrite et sous perfusion de beurre salé. Bisounours destructrice de choux-fleurs à temps partiel.

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Barbatos
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Barbatos

Voici un article de bonne facture qui selon moi reste fort instructif et intéressent en la matière, et je dis cela en étant philosophiquement et idéologiquement de droite ce qui rend cet article encore plus important a mes yeux car il permet de voir les pièges et tentation idéologiques dans laquelle l’on peut tomber en étant de droite si l’on ne fait pas attention et que l’on ne prend pas garde intellectuellement parlant, en effet une auto-critique ne fait jamais de mal a son hygiène intellectuel. Pour préciser plus justement je m’identifie à la droite antilibérale/anticapitaliste non-réactionnaire (pas rouge-bruns comme… Lire la suite »

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