Rendre plus explicitement raciste… [CA5]

…avec la destruction du « politiquement correct », l’augmentation de la croyance en un monde juste, l’exploitation de la triade noire

Précédemment nous avons vu les études préliminaires de Cambridge Analytica (CA) sur l’identité sociale, les menaces à celle-ci, le jeu à somme non nulle et la colère. Il s’agissait pour CA de voir quel genre de récit aller « allumer un feu » sur les réseaux sociaux et permettre de viraliser des contenus d’extrême-droite. Aujourd’hui on continue d’explorer ces études qui s’inscrivent dans le plan de Bannon, à commencer par celles portant sur leur ciblage : CA ne manipulait pas les « masses », mais certains profils spécifiques qu’on va progressivement découvrir.

Pour rappel, CA faisaient des expériences suivant un protocole scientifique, mais le but n’était en rien de faire progresser la science ou de les mener dans une optique thérapeutique : leur intérêt était de voir si ça pouvait marcher pour manipuler leurs cibles vers des comportements visés, à savoir s’engager dans le bord politique de leurs clients (Républicains).

La totalité du dossier ici en PDF : CA.pdf  ; ou en epub : CA.epub

Les articles précédents de ce dossier : 


Passer du « politiquement correct » à une motivation à être ouvertement raciste


J’avoue n’avoir jamais vraiment compris cette expression de « politiquement correct », parce que ça me semblait une notion totalement fourre-tout où n’importe quoi de totalement opposé pouvait être mis dans le même paquet. Et c’est le cas souvent. Mais dans l’esprit de Bannon, puis avec le travail scientifique de CA par la suite, on pourrait dire que cela désigne (selon eux) des individus affichant des valeurs progressistes/de gauche/anti-discriminations, mais qu’ils n’y croient pas et ne vivent pas selon ces valeurs. Au fond, ces individus dits « politiquement correct » seraient racistes et auraient un comportement raciste.

Cependant, à mon sens, si le « politiquement correct » désigne un écart entre valeurs qu’on affiche et valeurs qu’on soutient en son fond (et qu’on cache ou qu’on n’assume pas), alors on peut dire qu’il y a également un « politiquement correct » de droite voire même un « politiquement correct » de centre/neutre/apolitique, tout dépend des environnements sociaux, des différents contextes ou circonstances. Ces gens affichent des valeurs affiliées à certains courants politiques ou se disent « apolitiques » et pourtant leurs attitudes et comportements sont liés à toute autre valeur politique.

L’individu émet une opinion pour bien paraître, parce qu’il se sent obligé de soutenir cette opinion, ou encore parce que cela semble ce qui est correct à dire dans la situation sociale, non parce qu’il y croit vraiment ni se comporte comme tel. On pourrait dire que ces motivations politiques ne sont pas intégrées, ne sont pas autodéterminées.

On en a parlé aussi ici : https://youtu.be/B43IZ7JXsFk

Je vais qualifier ce « politiquement correct » d’introjection (motivation à régulation introjectée) voire de régulation externe, c’est-à-dire qu’une opinion de droite ou de gauche pourrait n’être dite / vantée que pour bien paraitre aux yeux d’un environnement social dans laquelle elle est dite, mais sans que l’idée soit en harmonie avec la vie et les valeurs de l’individu. À noter que la régulation introjectée est généralement la plus répandue parmi la population pour quantité d’activités, d’attitudes, de valeurs, etc. Que ce soit à gauche ou à droite, je pense que des tas d’opinions sont introjectées mais très rarement intégrées. Classiquement la SDT dit que seuls les comportements ou attitudes prosociales peuvent être vraiment intégrées (à la différence de celles antisociales qui comportent une part d’attaque à autrui, comme peut l’être le racisme, le sexisme etc.), mais de récentes recherches postulent que des comportements nuisibles peuvent être autodéterminés (donc à motivation intrinsèque, intégrée et/ou identifiée, cf Amiot 2019), bien qu’effectivement les contenus prosociaux soient toujours plus facilement intégrés. C’est aussi pour cela que les leaders autoritaires raccrochent toujours un but (pseudo)prosocial à leurs opérations meurtrières (par exemple pour T4, une opération consistant à tuer les handicapés et malades allemands, cela était justifié par les nazis comme la solution la plus bienveillante à leur égard, cf Au fond des ténèbres: Un bourreau parle : Franz Stangl, commandant de Treblinka, Gitta Sereny, 2013)

 

CA a demandé à ses sujets si ça les dérangeait de voir leur fille épouser un Mexicain (ce qui n’est pas sans rappeler les items utilisés pour mesurer l’ethnocentrisme1). Puis CA leur demandait « aviez-vous l’impression que vous étiez dans l’obligation de dire ça ? » et ils pouvaient ensuite modifier leur réponse initiale. C’est un protocole astucieux comme tout autant piégeant : l’individu qui effectivement est dans l’introjection ou la régulation externe2 (voir schéma au-dessus) pourrait répondre qu’effectivement il s’est senti un peu forcé de répondre cela, parce qu’il avait répondu « oui » pour bien paraître, pour ne pas être mal perçu. Mais ça pourrait être aussi une amorce à mettre en doute que l’avis initial ne serait pas le nôtre, que cela nous a été forcé. Malheureusement, Wylie ne donne pas les résultats à ces tests, si ce n’est qu’apparemment cela a confirmé à Bannon que beaucoup de gens avait des valeurs anti-racistes introjectées / à régulation externe, émettaient donc un « politiquement correct » alors qu’en fait ils étaient potentiellement racistes. On pourrait rapprocher ces découvertes de celles d’Altemeyer qui décrit3 que les hauts scores RWA (autoritarisme de droite à haut préjugés) ne se reconnaissait pas lorsqu’on leur présentait des profils hauts RWA.

Mais plutôt que d’être dans une démarche d’autodétermination en aidant les personnes à avoir des valeurs intégrées antiracistes (parce que cela permet d’être moins oppressant, donc d’avoir plus de relations sociales positives avec n’importe qui, par conséquent de se donner plus de chance d’avoir des besoins de proximité sociale comblés), Bannon pensait que la « libre pensée » était que les gens puissent assumer leur racisme. À partir de leurs introjections, il voulait les faire passer à une régulation identifiée ou intégrée au contenu de cette identité sociale qu’on a vu précédemment de « l’Américain normal ». C’est-à-dire que plutôt que de secrètement haïr tous les exogroupes et leur reprocher de tout prendre à cause de leur perspective à somme nulle, de cacher leur idée qu’il faille leur enlever des droits/leur faire la guerre, il s’agirait de l’endosser pleinement et ouvertement.

Bannon voit aussi dans ces expériences une confirmation de sa pensée politique : les démocrates, malgré un discours « berçant4 » les minorités, seraient tout aussi racistes que les autres. Et il veut lever l’hypocrisie de ces individus de se dire non-raciste et en faire des « libres penseurs » : autrement dit, qu’ils assument pleinement leurs opinions racistes. Et c’est pour cela que Bannon voit des communautés telles que 4chan, celle du gamergate ou des incels comme des groupes d’individus qui révèlent leur vrai « moi » sans le filtre du « politiquement correct » – que je qualifierais plus d’introjection – leur interdisant de se dévoiler en public. Wylie emploie carrément la métaphore du placard pour les décrire5 : comme les gays, ils se sentent empêchés de révéler leur vraie identité, qui serait celle d’un américain raciste (c’est là l’analogie de Wylie, qui ne consiste aucunement à y décrire une équivalence, mais plutôt à montrer la stratégie rhétorique et politique de CA et Banon).

Effectivement, Bannon a raison sur l’hypocrisie qu’on ressent face à quelqu’un qu’on repère en introjection. Cependant, ça ne me semble pas qu’un problème de gauche. Par exemple, dans la première etude6 sur les autoritaires les chercheurs avaient repérés des « pseudodémocrate » : plein d’autoritaires se cachaient derrière des formules qui pouvaient passer pour démocratique, mais qui masquaient un autoritarisme comme par exemple « je ne suis pas raciste MAIS« . Ceux-ci pouvaient par ailleurs s’identifier à des partis conservateurs, il ne se disaient pas forcément progressistes.

Mais il est vrai qu’on voit des hypocrisies majeures de ce genre également chez des gauchistes, par exemple j’ai vu des individus se vantant d’avoir des postures féministes qui n’étaient adoptées que pour être bien perçus (alors qu’ils se comportaient de façon sexiste voire étaient coupables d’agressions sexuelles), j’ai vu des individus vantant un antiracisme sur la scène médiatique, mais en privé faisais preuve d’un racisme explicite ouvertement insultant, etc.

A noter qu’il est d’ailleurs possible de supposer que cet écart entre valeurs affichées par convention et attitudes/comportements effectifs sont au cœur de nombreuses confusions dans les recherches portant sur l’autoritarisme, car il y a dispute entre chercheurs autour de la question de l’autoritarisme de gauche, certains postulant qu’il y a là un autoritarisme spécifique à la gauche, d’autres affirmant qu’il s’agit tout simplement de l’autoritarisme de droite hypocritement caché.

Il y a un problème d’internalisation des valeurs, et cela quel que soit le parti dont se revendiquent les individus. Aussi, cette dysharmonie entre discours et comportement peut parfois avoir des résultats particulièrement étonnants : j’ai vu des individus qui affichaient parfois des discours d’un racisme extrême (vraiment, c’était un discours nazi, avec des fantasmes d’extermination), mais qui dans les faits… avaient aidé secrètement des sans-papiers à s’en sortir, en hébergeaient illégalement parfois. Et un autre jour, ils allaient à des congrès politiques vantant la fermeture des frontières et l’arrêt de l’immigration où ils applaudissaient, au premier rang. Parfois, les personnes ont une haute incohérence entre leurs valeurs, pour le pire comme le meilleur.

Comme Bannon, j’estime que ça serait bénéfique pour tout le monde d’être au clair avec ces valeurs/comportements et que l’hypocrisie cesse, que chacun assume ses idées clairement, y compris si ça ne va pas du tout dans le sens de ce que j’estime la « bonne » chose ou que cela me dessert totalement, par exemple qu’untel qui se disait pro-féministe s’assume antiféministe : au moins, ça clarifierait la situation à venir. Feinter une position alors qu’on pense le contraire ou qu’on fait le contraire n’est en rien souhaitable, ça produit généralement des comportements nuisibles.

A cet égard, j’ai eu presque moins de pénibilité à des discussions que j’ai pu avoir avec des incels assumant leur déshumanisation (mais répondait sincèrement à mes questions par exemple) que des gauchistes qui faisait semblant de me respecter… mais ne m’abordait que pour parler des tâches ménagères/du foyer7.

Cependant mon accord avec Bannon s’arrête là, parce que lui ne veut pas simplement lever les hypocrisies, mais augmenter les rangs de l’extrême droite, notamment en stimulant les pires affects, les traits les plus antisociaux afin d’utiliser ces soldats comme agents du chaos pour créer un changement culturel anti-progressiste.

Il est lui aussi hypocrite lorsqu’il dit vouloir libérer les gens, parce que toutes ses manoeuvres montrent au contraire qu’il cherche à les influencer selon ses plans, que ce soit les échantillons testés via CA, mais aussi les donateurs à qui il fait appel, les partis qu’ils tentent de conseiller, etc.

Utiliser la croyance en un monde juste8 pour convaincre dans les récits

La croyance en un monde juste consiste à croire que le monde est fondamentalement juste. Par conséquent, si le monde est ainsi perçu par un individu, celui-ci considérera que les causes d’une injustice sont en partie ou complètement imputable à la victime elle-même, qu’au fond la victime « l’a un peu mérité », voire « l’a bien cherché », même quand le sort de la victime ne peut lui être imputable (comme un accident subit, une maladie, etc.).

Les personnes fortement disposées à la croyance en un monde juste ont tendance à mettre la faute sur les victimes d’agressions sexuelles par exemple, parce que cela leur permet de gérer l’angoisse qui adviendrait si elles pensaient qu’il existe des menaces environnementales incontrôlables. Et c’est pour cette raison que la croyance en un monde juste s’éveille tout particulièrement lorsque l’individu est en impuissance face à un évènement . Par exemple, il pourrait croire une victime de violence si c’est un ami et qu’il peut lui apporter du soutien (l’aider avec des démarches judiciaires, l’écouter, etc.), par contre ne pas croire une victime des mêmes violences qu’il verrait témoigner dans un reportage, parce qu’il ne peut pas l’aider IRL. Comme l’absence de contrôle sur la situation lui est insupportable et qu’il ne peut rien faire pour modifier le sort de la victime, il estime alors que c’est la faute de la victime. Ce qui justifie au passage le pourquoi il ne peut pas aider, ça calme les peurs et fait disparaître leurs sentiments d’impuissance, bien que cette attribution causale soit particulièrement cruelle et injuste pour la victime. Cela lui permet aussi d’éteindre son aversion à la douleur d’autrui, en rationalisant le sort de la victime comme une juste conséquence de son comportement, parfois en s’imaginant que son sort lui sera finalement bénéfique comme les croyances liés à la punition.

Politiquement, cela a des conséquences graves, car les victimes répugnent à en parler, à témoigner ou à faire appel à la justice parce qu’elles sentent qu’on va leur reprocher leur comportement, les rendre fautives alors qu’elles peuvent déjà avoir subi des violences dévastatrices. Parfois, les victimes elle-mêmes peuvent en venir à se dévaloriser via la croyance en un monde juste en s’imaginant responsable en partie de leur sort, ce qu’on retrouve par exemple chez les femmes victimes de profondes inégalités professionnelles, cf par exemple Hafer, C. L., & Olson, J. M. (1993).

Au final, la croyance en un monde juste peut servir à protéger les offenseurs de toute accusation, que ce soient des violeurs, agresseurs, institutions injustices, environnements sociaux violents/injustes, politiques violentes/injustes ; ainsi ils peuvent continuer sans que quiconque ne les arrête dans leurs manoeuvres violentes/injustes sur autrui, puisque ce seront toujours leurs victimes qui seront mises sur le ban des accusés et pas eux. La croyance en un monde juste a ce paradoxe de participer au final à créer un monde injuste, à maintenir un statu quo injuste.

Un exemple de croyance en un monde juste sous un – formidable – documentaire de Marinette décrivant le cyberviolences conjugales ( https://youtu.be/xaPE-O44G3s )

À ces personnes étant dans une croyance en un monde juste, CA leur a fourni des récits à forte teneur religieuse : « Dieu est bon et juste, n’est-ce pas ? Les riches ont été bénis par Dieu pour une raison, n’est-ce pas ? Parce qu’Il est juste. Les minorités se plaignent de moins recevoir, mais sans doute y a-t-il une raison à cela – parce qu’Il est juste. N’est-ce pas sinon remettre en question la parole divine ? » ; certains y adhéraient vivement.

Puis cela a permis à CA de cultiver des points de vue plus punitifs pour « les autres » :

« Si le monde est juste et gouverné par un Dieu juste, alors les réfugiés souffrent pour une raison. Avec le temps, les sujets tiennent de moins en moins compte de la légitimité des demandes d’asile au regard de la loi américaine pour se concentrer sur la raison pour laquelle les réfugiés devraient être punis et la manière dont il convient de le faire. Dans certains cas, plus la demande d’asile était légitime, plus la réponse du sujet était violente. Les cibles [individus atteints de croyance en un monde juste] étaient de moins en moins concernées par ces réfugiés hypothétiques, et davantage par le fait de maintenir coûte que coûte la cohérence de leur vision du monde. Si vous avez beaucoup investi dans l’idée que le monde est juste, toute indication du contraire peut être ressentie comme une grave menace »

Mindfuck, Christopher Wylie

La croyance en un monde juste est pour certains comme la fondation sur laquelle reposent toutes leurs idées, donc ils vont la défendre coûte que coûte parce que sinon cela reviendrait à remettre en cause, repenser absolument toutes leurs idées et représentations de la société.

Donc, à mon sens, cela ne sert à rien de les « éduquer » ou de tenter de leur convaincre qu’ils pensent de façon fausse : par réactance, ils renforceraient leurs croyances, et ils percevraient cette tentative d' »éducation » comme un bulldozer voulant détruire tout leur édifice de pensées, une grave menace. Il me semble davantage nécessaire de remédier à ce qui nourrit cette croyance, à savoir l’impuissance et les angoisses existentielles. Certains environnements sociaux peuvent aussi renforcer la croyance en monde juste, notamment ceux qui font de la méritocratie l’un de leurs piliers, ce qu’on peut retrouver dès l’école : il s’agirait de repenser ces structures, leurs buts, leurs visées.

On peut aussi cesser de vendre l’absence de croyance en un monde juste (ou l’absence de croyances en général) avec une représentation dépressive, cynique, morbide, désabusée.

Houelbecq ; je sais pas pourquoi, mais la perspective désabusée/cynique me fait totalement penser à Houelbecq, il a beau avoir un style d’écriture qui claque, sans l’ombre d’un doute, son contenu est totalement mortifère et d’une façon qui se fout de la gueule de ses fans. C’est comme s’il kiffait d’entraîner tout le monde dans une dépression cynique sans empathie pour l’humain et qu’il se gargarisait de faire gagner l’état de mort y compris chez les vivants. Vraiment, dans « la carte et le territoire », il se fout de la gueule de ceux qui adhèrent à la vision qu’il veut cyniquement implanter, c’est incroyable de foutage de gueule. Je me rappelle qu’il y a quelques années les critiques l’encensaient pour cette vision mortifère comme étant selon eux représentative de notre époque. Y a rien de plus faux à mon sens. C’est la vision putride qu’il veut donner à l’époque et dans laquelle les critiques tombent comme des nigauds. Peut-être que certains individus ou groupes favorisés sont tout autant à terre dans le fumier qu’il décrit, mais c’est ignorer des tas de communautés et individus qui se bougent avec une puissance pleine de vitalité et ce malgré les problèmes (et des vrais, je pense à la pauvreté, à l’exploitation dans des jobs de merde, des discriminations, etc.). Pourquoi des gens bien plus maltraité par la société arrivent à vivre des moments funs avec les autres contrairement à des gens au statut favorisé ? eh bah tout simplement parce qu’ils ont développé leur empathie et mettent en œuvre une compassion, du coup il y a plus d’opportunités de relations sociales enrichissantes9 ; aime les gens et ils t’aimeront en retour, puis tu pourras faire des trucs existentiels importants avec eux, voilà c’est aussi simple que ça.

Il s’agit de plutôt mettre en valeur d’à quel point être conscient des injustices et problèmes permet de rendre son existence palpitante car cela permet d’essayer d’y remédier. Plutôt que d’un fatalisme, j’y vois au contraire une source de sens à l’existence : comme la société a des aspects injustes, alors notre existence peut être mise en œuvre pour tenter d’y remédier. Chaque problème est alors comme une quête à résoudre, un défi, et on découvre progressivement qu’on peut parfois réussir à aider à surmonter ces injustices et problèmes, ensemble et avec nos singularités réunies.

Je pense à des histoires de vies épiques comme celle des sauveteurs évoqués dans la personnalité altruiste (conscients des horreurs injustes et y remédiant, qu’ils soient athées, agnostiques ou croyants en diverses religions), ou encore les profils de vie comme évoqué dans les recherches de Mihaly qui sont tout simplement épiques et d’un sens extrêmement puissant, tout en ayant une conscience et une sensibilité constante aux problèmes et injustices.

À noter que la croyance en un monde juste n’est pas qu’un phénomène qui n’adviendrait qu’aux personnes religieuses : il peut y avoir des croyants, pratiquants et professionnels dans leur religion, qui sont tout à fait conscients qu’il y a des injustices dans le monde et qui s’active à y remédier parce qu’ils estiment que c’est totalement raccord avec leurs croyances, notamment de compassion, d’aide à autrui etc. Et des athées ou agnostiques peuvent être totalement dans une croyance en un monde juste. Toutes les configurations sont possibles.

Nous avons aussi parlé de la croyance en un monde juste dans cette vidéo : https://youtu.be/0JA09O59qWY


Stimuler l’alt-right en se basant sur les profils les plus dangereux


Après toutes ces phases d’observation, de tests, un client « inconnu10 » amène CA/SCL à cibler certains profils : ceux avec des caractéristiques de la triade noire (psychopathie, narcissisme, machiavélisme) et ceux avec un haut névrosisme.

« À partir des données que CA avait collectées, l’équipe fut capable d’identifier des individus qui possédaient à la fois un score élevé en neuroticisme [=névrosisme] et les caractéristiques de la « sombre triade», ainsi que ceux qui étaient davantage sujets à des impulsions colériques et des pensées conspirationnistes que le citoyen moyen. Cambridge Analytica les cibla, introduisant des récits via des groupes Facebook, des publicités, ou des articles dont l’entreprise savait, grâce à ses tests en interne, qu’ils avaient de grandes probabilités d’attiser la colère de ce segment très étroit d’individus possédant ces caractéristiques. CA voulait provoquer les individus, les pousser à s’engager ».

Mindfuck, Christopher Wylie

Ils les ciblent parce que les algorithmes de Facebook marchent, comme d’ailleurs à peu près tous les réseaux sociaux, à « l’engagement » qu’il faut augmenter, car cela augmente l’exposition à la publicité qui est leur revenu.

Or on comprend vite que des profils impulsifs par exemple sont une cible de choix à manipuler sur les réseaux sociaux : ils likeront, partageront beaucoup sans trop vérifier, c’est facile de les faire réagir vite avec peu.

« Il se trouve que les contenus les plus engageants sur les réseaux sociaux sont souvent horribles et construits pour provoquer la colère.  »

Mindfuck, Christopher Wylie

De manière générale, notre attention est davantage attirée par des stimuli menaçants que joyeux, et c’est tout à fait normal si on se réfère à notre nature d’animal social qui a dû lutter pour la survie pendant des lustres : il est effectivement utile, dans une perspective de survie, de capter rapidement et efficacement les sources de dangers, les menaces potentielles, y compris sur des signaux faibles. Et souvent cela capte plus notre attention qu’un message positif (par exemple, une solution à un problème, une découverte scientifique, un commentaire joyeux, etc.), à moins que celui-ci représente la perspective d’une énorme « récompense » (par exemple, des pubs promettant de devenir richissime sans rien faire).

On comprend aussi que cibler prioritairement des profils hautement colériques/hostiles permet de créer une base qui relayera beaucoup de contenus bien spécifiques (notamment ceux perçus comme une menace à l’identité sociale avec une logique à somme nulle) ou réagira beaucoup et avec de fortes offensives.

Quant au profil à triade noire, la recherche a effectivement montré un lien entre triade noire et trolling et comportements hostiles11. Bien que les narcissiques semblent moins attirés par le trolling, leur narcissisme est très exploitable et exploité ; ci-dessous, Wylie raconte des opérations militaires de SCL (maison mère de CA) où il s’agissait de semer le chaos dans un groupe de narcotrafiquants pour augmenter les conflits en interne, la fuite d’information et la défection :

« Les cibles privilégiées sont généralement celles présentant des traits narcissiques ou névrotiques, dans la mesure où elles font montre de moins de résilience psychologique face à la pression de nos contre-récits. En effet, le neuroticisme peut rendre un individu plus facilement sujet à l’idéation paranoïde, dans la mesure où il aura tendance à ressentir davantage d’anxiété, fera preuve d’une plus grande impulsivité, et aura tendance à se reposer sur l’intuition plus que sur la pensée délibérative. Quant aux individus obtenant des scores élevés sur l’échelle du narcissisme, ils se montreront davantage sujets aux sentiments d’envie et d’injustice, deux émotions qui sont de puissants motivateurs menant à des comportements de désobéissance aux règles et de remise en cause de la hiérarchie. Ceci signifie que ces cibles auront une tendance accrue à développer le sentiment illégitime d’être harcelées, persécutées, et d’être victimes d’un traitement injuste. Ce sont les cibles les plus faciles quand il s’agit de semer les graines de la subversion au sein d’une plus grande organisation. Par la suite, cette leçon constituera l’un des fondements du travail de Cambridge Analytica pour catalyser une insurrection de l’alt-right en Amérique. […] Que les choses soient claires : ces opérations ne constituent en aucun cas une forme d’accompagnement thérapeutique ; il s’agit bel et bien d’attaques psychologiques en règle. Il est important de rappeler que, dans un contexte militaire, la question de la puissance d’agir ou du consentement de la cible est hors sujet. La cible est l’ennemi. »

Mindfuck, Christopher Wylie

Si vous vous demandez à quoi ressemble concrètement ce genre de profil, la biographie d’Eliott Rodgers12, au profil incel, est un cas d’école à ce sujet : narcissique vulnérable, il se sentait toujours envieux de tout le monde et voyait des injustices dans des détails qui ne sont en rien des persécutions ou harcèlement ou oppressions. Par exemple, il était capable de faire des crises énormes parce qu’on ne lui avait pas servi du gâteau en premier. Il se sentait persécutait par la simple présence de couples dans la rue (qui ne faisaient rien d’autre que de passer dans son champ de vision), se déchaîner de haine parce qu’un de ses colocataires non-blanc était en couple et que c’était injuste (parce qu’il estimait lui être supérieur donc mériter plus que lui d’être en couple). Il a même réussi à s’enrager et vivre comme une injustice le fait de ne pas gagner à la loterie.

Et jamais il ne se questionnait sur le fait que son attitude de déshumanisation, sa haine envers tout le monde pouvait être au cœur de ses problèmes relationnels, il ne lui venait pas du tout à l’esprit que l’amour demande une réciprocité et que celui-ci n’arrivera jamais si on persiste à haïr l’autre.

C’est pour cela que Wylie parle de sentiment illégitime d’injustice, c’est parce que ce que ces profils qualifient d’injustice ne sont pas des oppressions et ne sont en rien injustes. Il s’agit juste des détails de la vie quotidienne qu’ils n’arrivent pas à interpréter correctement à cause de leur égocentrisme et égoïsme. Pour eux, autrui est une sorte de PNJ13 qui n’a pas de vie propre à lui. Si un PNJ fait quelque chose, ce n’est pas parce qu’il mènerait sa vie d’humain singulier, mais parce qu’il chercherait à susciter quelque chose chez le joueur principal que se pense être le narcissique, ce seul vrai vivant sur la planète. Ainsi, le narcissique ne respecte qu’autrui que s’il est à son service total, s’il mène une vie « inférieure » à lui, qu’il n’a rien de plus que lui et qui lui donne tout quitte à se sacrifier. Ce sacrifice n’est que « normal » pour le narcissique qui estime toujours mériter d’avoir tout, et il ne renvoie jamais la pareille, ne donne pas en retour.

Leur narcissisme les conduit donc à vouloir tout, tout de suite, à croire qu’ils ont plus de droits, plus de mérite que les autres, que la vie et même le hasard doit se plier à ce qu’ils veulent, y compris quand ça nuit aux autres. Et ils estiment n’avoir rien à donner, ni en aide ou effort, parce que leur présence devrait suffire à nous émerveiller.

Et on découvre ici en plus que les narcissiques sont hautement utilisables dans des démarches de manipulation.


Exploiter la triade noire


Après ce profilage, s’en suit une opération de désinformation : CA se met à faire des faux forums, des fausses pages facebook, des faux groupes ; personne dans l’entreprise ne s’en inquiète car c’est une pratique commune, ils ne savent même pas qui a commandité cette opération.

« L’entreprise travaillait au niveau local, créant des pages d’extrême droite portant des noms vagues comme « Les patriotes du comté de Smith », ou encore « J’aime mon pays ». Grâce à la manière dont fonctionnait l’algorithme de recommandation de Facebook, ces pages apparaissaient dans le fil d’actualité de personnes ayant déjà liké des contenus similaires. Quand les utilisateurs rejoignaient les faux groupes créés par CA, ils y découvraient des vidéos et des articles qui jetaient de l’huile sur le feu. Les conversations s’échauffaient sur la page du groupe et tout le monde se plaignait, ceci ou cela était tellement horrible ou injuste… CA avait réussi à briser les barrières sociales et à construire des relations entre les différents groupes. Et, pendant ce temps-là, elle testait et raffinait ses messages pour obtenir un engagement maximum. Désormais, Cambridge Analytica disposait d’utilisateurs qui 1) s’identifiaient en tant que membres d’un groupe extrémiste, 2) formaient un public captif, et 3) pouvaient être manipulés avec des données. »

Mindfuck, Christopher Wylie

Mais cela ne s’arrêtera pas là puisque CA aurait organisé des évènements IRL pour que ce public particulier se rencontre, surtout dans les comtés où se déroulait la primaire républicaine :

« Les équipes de CA choisissaient des lieux de taille modeste – un café, un bar – pour que la foule se sente plus grosse qu’elle ne l’était. Les gens qui s’y rendaient découvraient leurs frères en colère et sous l’emprise de la paranoïa. Cela les conduisait naturellement à avoir l’impression de faire partie d’un mouvement gigantesque, ce qui les autorisait en retour à se nourrir les uns les autres, sans retenue, de leurs peurs et de leur complotisme.

Mindfuck, Christopher Wylie

Le « nous contre eux » se développa de plus en plus parmi eux, la dynamique était lancée et les algorithmes jouaient en la faveur des plans mis en oeuvre par CA, coinçant ces profils dans une bulle d’information toujours plus complotiste, paranoïaque, exploitant leur narcissisme et leur névrosisme.

« Avec le temps, l’entreprise parvint à créer un mouvement national de citoyens conspis et névrosés. L’alt-right. »

Mindfuck, Christopher Wylie

***

Si l’on résume les manœuvres de CA, on a donc :

  • Des tactiques de guerre psychologique, de « psyop » longtemps expérimenté à travers des élections dans des tas de pays.
  • Des expériences scientifiques testant des biais, des caractéristiques psychologiques menant à comprendre quels sont les récits qui seraient d’une part fortement relayés et qui, d’autre part, engageraient les personnes vers une adhésion toujours plus forte à des idéologies d’extrême-droite.
  • Ces expériences et tactiques ont permis aussi de savoir quel type de personnes cibler pour obtenir un maximum de viralité autour de ces récits d’extrême droite (triade noire / névrosisme).

Durant certains évènements, comme la campagne de Trump par exemple, les étapes ont pu être inversées : ils ciblaient d’abord selon les caractéristiques de la personnalité, et proposaient des récits ou contenus différents. A ce moment-là, le « vol » des 87 millions de profils Facebook était effectif, notamment grâce au travail d’un psychologue social, Kogan.

C’est ce que nous verrons la prochaine fois !

La suite : Quand la psycho sert à manipuler sur Facebook


Sources


Image d’en-tête : supporters de Trump portant des tee-shirts « Fuck your feelings » (que j’hésite à traduire en « j’emmerde tes sentiments » ou « vas te faire foutre avec tes sentiments »). C’est un message directement adressé aux minorités, aux militants, aux non-républicains dénonçant les violences et agressions racistes, sexistes, LGBTphobes, etc. Ici, ils s’en prenaient aux journalistes :   https://www.franceculture.fr/emissions/culturesmonde/medias-les-nouveaux-combats-33-alt-right-fachosphere-quand-lextreme-droite

J’ai parlé aussi de cette photo dans ce fil : https://twitter.com/HViciss/status/1502950861529661443

Livres

  • Mindfuck, Christopher Wylie
  • The authoritarian,Bob Altemeyer disponible ici : https://theauthoritarians.org/options-for-downloading-authoritarian-nightmare/
  • The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1 ; T.W. Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel J. Levinson and R. Nevitt Sanford AJC Archives
  • Handbook of compassion science, Emma M. Seppälä, Emiliana Simon, Thomas Stephanie, L. Brown Monica C. Worline, 2017
  • Self-determination theory, Deci et Ryan, 2017

Articles

Auditions


Notes de bas de page


1Personnalité autoritaire échelle E ou encore la manitoba scale

2C’est moi qui qualifie ce phénomène d’introjection et de régulation externe, Wylie n’emploie pas ces termes.

3Dans son ouvrage The authoritarian, disponible ici : https://theauthoritarians.org/options-for-downloading-authoritarian-nightmare/

4Ce sont les termes de Wylie – à noter que lui-même fait partie de ces exogroupes cible et perçu comme « menace », car il est gay et il a été aussi fortement discriminé et harcelé en milieu scolaire en raison d’un handicap.

5Dans son ouvrage Mindfuck.

7Au début, je croyais que c’était à cause de mon introversion (« aurais-je été trop silencieuse ? »), puis j’ai découvert en discutant avec des collègues qu’il faisait ça avec toutes les femmes créatrices de contenus… quand sur plusieurs jours on vous renvoie à une unique condition supposée de femme de ménage, et ce malgré vos explications sur votre activité pro répétées ou des démonstrations que vous avez d’autres intérêts que celui d’un lave-vaisselle, ça pose vraiment un climat de merde.

8Dans Mindfuck, la croyance en un monde juste est rapporté comme « hypothèse du monde juste » mais il s’agit de la même notion.

9Ici vous retrouverez toutes les études qui montrent que les groupes au statut socio-économique inférieur ont plus de compassion que ceux supérieurs (ce qui entraine plus de coopération, de relations sociales positives) : https://www.hacking-social.com/2020/07/13/quest-ce-qui-bloque-la-compassion-conformisme-ethnocentrisme-dominance-sociale-triade-noire/ ; La référence des études : Cai, Kwan, & Sedikides, 2012 ; Foster, Campbell, & Twenge, 2003 ; Piff, 2014 ; Kraus et al., 2012 ; Piff, Stancato et Horberg, 2016 ; Argyle, 1994 ; Lareau, 2002 ; Stephens, Fryberg, Markus, Johnson et Covarrubias, 2012 ; Kraus & Keltner, 2009 ; Kraus, Côté et Keltner, 2010.

10Wylie ne sait pas d’où venaient les ordres, et ils avaient l’habitude à SCL de ne pas être trop au courant, alors il n’a pas cherché à savoir. Le seul lien que j’ai trouvé entre cette mesure spécifique de la triade noire est que l’été 2014 Kogan a fait une API mesurant la triade noire avec des spécialistes de St Petersbourg (Russie) ; l’information été retrouvée par une journaliste : https://twitter.com/carolecadwalla/status/975905472069988352 .Officiellement, Kogan conseillait une équipe de chercheurs russes qui travaillaient sur le cyberharcèlement entre 2015 et 2017 ( https://www.reuters.com/article/us-facebook-cambridge-analytica-kogan-idUSKBN1GX2F6 ). La date ne colle pas, mais les recherches sont cohérentes et son aide à cette équipe avait été validée par l’université de Cambridge. Le problème est le pont entre ses mesures de la triade noire via CA et pour qui. Personnellement, j’avais pour hypothèse que le client était Breitbart, parce que vu les projets de Bannon et la suite de ce qui a été fait avec les fausses pages facebook, ça semblait cohérent si le but était de rassembler l’alt-right pour en faire un mouvement plus uni et radical. Mais on sait aussi que c’est vers cette date que CA pitchait à Lukoil, un producteur de pétrole russe (apparemment connecté aux services de renseignements russes selon le congrès américain) ; cette affaire a alerté la commission parlementaire américaine et anglaise, parce que Nix n’a pas hésité à leur vanter d’avoir des millions de données sur les Américains et à leur présenter aussi toutes les opérations comme à Trinité-et-tobago, au Nigeria. C’était insensé de parler de tout ça à une entreprise qui n’avait rien à voir avec des campagnes électorales. Pour Wylie, cette affaire avec Lukoil n’est sans doute pas un complot de Nix avec les Russes, il estime que Nix a été juste stupide de se vanter de tout ça. Bref, personnellement j’estime ne toujours pas savoir qui a commandité cette affaire de ciblage des personnes à haute triade noire, je ne sais pas quel rôle a eu Kogan dans cette affaire, ni s’il y avait un autre but que le fait de créer une alt-right avec des personnes hautement machiavéliques/psychopathes/narcissiques autour de fausses pages facebook et autres manigances.

11On en a parlé ici https://www.hacking-social.com/2016/01/26/2-les-resistances-du-net-le-trolling/ ; l’étude en question est de Buckels, Trapnell et Paulhus (2014) et dévoile que l’activité préférée sur le net des personnes sadiques, machiavélique ou psychopathes est de troller. Cependant, au vu de la date de 2014 de cette étude, je ne sais pas si CA s’est basée dessus. En tout cas, Yanina Ledovaya, une chercheuse russe de St. Petersbourg qui avait collaboré avec Kogan ( https://www.rnz.co.nz/news/world/353140/cambridge-analytica-academic-advised-russians ) a par la suite publié plusieurs études sur les liens entre traits de la triade noire et comportements hostiles sur facebook « Corrélats lexicaux, morphologiques et sémantiques des traits de personnalité de la triade noire dans les textes facebook russes  » en 2017 ( https://www.scopus.com/record/display.uri?eid=2-s2.0-85018382233&origin=inward&txGid=1b252bbd5d72f42b854e03f7142fdf91 ) ; et en 2018 « Personnalités sombres sur Facebook : comportements et langage en ligne nuisibles » https://www.scopus.com/record/display.uri?eid=2-s2.0-85030258986&origin=inward&txGid=29d4efa154dba2427cb476200697b901 . Je ne sais pas si ces études sont en lien avec le travail qu’à pu faire Kogan à CA, c’est-à-dire à l’API qu’il a fait sur facebook afin de mesurer la triade noire.

13PNJ personnage non joueur. Si vous n’êtes pas familier des jeux vidéo, généralement les personnages non joueurs ont un comportement très restreint, ont une boucle plus ou moins définie selon le jeu, et ne sont là que pour servir directement ou indirectement le joueur (soit comme aide, obstacle, ou tout simplement comme décorum). PNJ est devenu aussi une insulte pour qualifier des gens estimés comme passifs, limités, non autonomes, stupides, prédictibles. Parfois je me demande si lorsqu’on insulte quelqu’un de PNJ on n’estime pas un peu qu’on voudrait que les autres soient à notre service et se comportent comme on le voudrait (perspective égocentrée) ou encore parce qu’on estime que ces gens n’ont pas de vie propre à eux-mêmes, qu’ils sont pilotés par un code stéréotypé. Bref, j’estime que cette insulte pourrait être interprétée sous une perspective de gauche (« faut sortir les gens de leur boucle d’obéissance, les aider à s’autonomiser« ) comme d’extrême droite narcissique (« si tu agis sans me servir, dans un sens qui ne me plait pas, t’es rien, t’es pas vivant » dans cette perspective de droite, on peut dire que l’insulte de PNJ s’inscrit dans les processus d’infra/déshumanisation).

Viciss Hackso Écrit par :

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6 Comments

  1. Dr MG
    29 mars 2022
    Reply

    Merci pour ce travail : très éclairant et instructif.

  2. Julien
    1 avril 2022
    Reply

    Hello l’équipe,

    Vous êtes juste formidable, et ça donne le sourire de vous lire ! Encore merci pour ce contenu de qualité <3

    Pour la traduction de "fuck your feelings" je peux proposer une troisième suggestion éventuelle : "va te faire foutre avec ta sensibilité". C'est souvent ça qu'on entend chez les brutalistes, que nous, les bisounours/féministes/LGBTQI+/etc, on fait "chier avec notre sentimentalité" ou notre "sensibilité".

  3. ânonner
    18 mai 2022
    Reply

    Bonjour,

    Je souhaiterais donner ma compréhension des choses pour donner un autre son de cloche sur le croyance en un monde juste.

    Tout d’abord, cette croyance est effectivement plus propre aux croyants et plus particulièrement aux croyants qui croient que l’univers est ordonné et créé par Dieu, un être bon et juste, donc il est normal qu’il règne avec Justice.

    Il n’y a aucune raison pour qu’un athée qui pense que le monde est sans aucun sens est juste car cela voudrait dire que cette justice est mis place par par une autorité, mais pour l’athée, il n’y a aucune autorité capable de faire régner la justice sur la Terre.

    Comme vous l’avez dit, toutes les configurations sont possibles mais certaines sont plus cohérentes que d’autres.

    D’ailleurs, c’est un argument en faveur de Dieu, l’existence de la morale, du bien, du mal, des notions qui mettent à mal les athées car seuls les humains en sont doués qui est censé n’être qu’un animal à ses yeux et pourtant c’est le seul qui a la raison et la morale.

    De plus, ce n’est pas parce que l’univers est le fait d’un Dieu Juste que tout se qui s’y passe est juste, il ne faut pas tout rejeter sur Dieu, on a notre libre-arbitre aussi, et c’est pour cela que la véritable justice s’effectue dans l’au-delà, car si on ne croit pas en ces notions, effectivement le monde est injuste.

    Combien de vies arrachées injustement ? La justice est une notion absolue, on ne peut pas être juste la plupart du temps et injuste de temps en temps, or on constate de l’injuste de façon récurrente dans notre monde.

  4. 18 mai 2022
    Reply

    Bonjour,

    Je souhaiterais donner ma compréhension des choses pour donner un autre son de cloche sur le croyance en un monde juste.

    Tout d’abord, cette croyance est effectivement plus propre aux croyants et plus particulièrement aux croyants qui croient que l’univers est ordonné et créé par Dieu, un être bon et juste, donc il est normal qu’il règne avec Justice.

    Il n’y a aucune raison pour qu’un athée qui pense que le monde est sans sens est juste car cela voudrait dire que cette justice est mis place par par une autorité, mais pour l’athée, il n’y a aucune autorité capable de faire régner la justice sur la Terre.

    Comme vous l’avez dit, toutes les configurations sont possibles mais certaines sont plus cohérentes que d’autres.

    D’ailleurs, c’est un argument en faveur de Dieu, l’existence de la morale, du bien, du mal, des notions qui mettent à mal les athées car seul les humains en sont doués qui est censé n’être qu’un animal à ses yeux et pourtant c’est le seul qui a la raison et la morale.

    De plus, ce n’est pas parce que l’univers est le fait d’un Dieu Juste que tout ce qui passe est juste, il ne faut pas tout rejeter sur Dieu, on a notre libre-arbitre, et c’est pour cela que la véritable justice s’effectue dans l’au-delà, car si on ne croit pas en ces notions, effectivement le monde est injuste.
    Combien de vies arrachées injustement ? La justice est une notion absolue, on ne peut pas être juste la plupart du temps et injuste de temps en temps, or on constate de l’injuste de façon récurrente dans notre monde.

  5. 19 mai 2022
    Reply

    Sur le moment, je ne voyais pas s’afficher le message, alors, je l’ai renvoyé, désolé pour le doublon.

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