[F3] « Nous forts et bons, eux faibles et mauvais ! » : l’ethnocentrisme

Précédemment, les chercheurs ont vu que l’antisémite (= haut score) avait des préjugés, des peurs de contamination, qu’il exprimait ceci en une série d’opinions contradictoires et rationnellement impossibles. Ces préjugés des hauts scores concernent-ils uniquement les juifs ? Est-ce qu’un préjugé en appelle d’autres ? Ces antisémites sont-ils patriotes ? C’est ce que nous allons investiguer aujourd’hui avec toujours Adorno, Frenkel-Brunswik, Levinson et R. Nevitt Sanford et leurs études sur la « personnalité autoritaire ».

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[ce dossier est également disponible en intégralité en PDF : https://www.hacking-social.com/wp-content/uploads/2017/07/espece-de-facho-etude-personnalite-autoritaire-hackso.pdf ]

Cet article est le troisième d’un dossier « Facho ! La personnalité autoritaire ». Voici les chapitres précédents :

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Pourquoi dans cette étude a-t-on étudié l’ethnocentrisme et les préjugés ?


Précédemment, les chercheurs employaient beaucoup le mot « préjugé » ou « personne à préjugés » pour décrire les hauts scores ; aujourd’hui, ce mot ne va plus suffire : le haut score n’a pas juste des idées préalables négatives concernant un groupe, des idées qu’il pourrait infirmer ou confirmer par l’expérience et la connaissance. Ses préjugés sont tenaces et sont déconnectés de ses propres expériences ou connaissances.

Le haut score n’est pas également « juste » raciste, c’est-à-dire qu’il jugerait les autres selon leur couleur de peau. Si c’était cela, en tant que blanc, pourquoi jugerait-il si négativement les juifs ?

Les chercheurs, en introduction de cette étude sur l’ethnocentrisme, rappellent que l’emploi du mot « race » est problématique, et si c’est une évidence pour nous autres européens (— en général — il semblerait que le mot revienne à la mode chez certains), ce n’était pas le cas aux États-Unis dans les années 50. Encore aujourd’hui là-bas, le mot « race » est employé de façon relativement banale sans que cela soit lié à un racisme latent de la part de celui qui l’emploie.

Classer les gens en fonction de leur couleur de peau est arbitraire et cela ignore les cultures différentes que des personnes ayant la même couleur peuvent ne pas partager. De plus, cela entretient une confusion, comme celle que l’hérédité transmettrait une certaine psychologie, des modes de vie, ce qui est parfaitement faux lorsqu’on étudie la psychologie humaine : un enfant adopté chinois vivant en France avec des parents anglais ne va pas vivre « naturellement » avec les mêmes habitudes qu’à Hong Kong, ce n’est pas son ADN qui va déterminer sa culture, ce qui relève de thèses essentialistes.

Le concept de race n’est pas utile aux sciences humaines comme l’anthropologie, la psychologie sociale et la sociologie, nous disent les chercheurs : ce qui intéresse ces sciences, ce sont les organisations sociales, les interactions sociales, les personnalités individuelles. Et celles-ci ne sont nullement déterminées par les caractéristiques de l’épiderme, mais par l’environnement au sens large (que ce soit les parents, l’entourage proche et lointain, les situations passagères ou durables, les conditions de vie, les événements particuliers du milieu, l’époque, etc.).

Voilà la raison pour laquelle – il me semble, je ne suis pas à l’abri d’une erreur de traduction/d’interprétation – les chercheurs n’emploient pas le mot racisme également, parce que ce serait une erreur de dire que les hauts scores le sont ; leur logique va bien au-delà de la discrimination vis-à-vis de la couleur de peau, elle est ethnocentrique.

L’ethnie, c’est un groupe qui partage une même culture, c’est-à-dire des manières et façons de faire, des institutions et des traditions. Ses membres suivent avec plus ou moins de vigueur cette somme de normes sociales, d’autres peuvent rejoindre une ethnie sans pour autant être « natifs » de celle-ci, certains peuvent la rejeter, on peut cumuler le nombre d’ethnies d’appartenance (par exemple avoir une façon de manger à la française avec des couverts, des habitudes bretonnes lorsqu’il pleut, c’est-à-dire ne pas avoir de parapluie, une façon de travailler typiquement hacker, et se sentir chez soi dans un temple bouddhiste). L’ethnie n’est pas spécifique à un territoire donné, c’est la culture qui la forme.

Les hauts scores ne sont donc pas juste des racistes ou des personnes à préjugés, elles seraient ethnocentriques et cela va beaucoup plus loin que d’être raciste d’une somme d’ethnies donnée.

L’idéologie (= somme des attitudes, des opinions et valeurs) ethnocentrique est un système où la personne sépare ceci inconsciemment ou consciemment :

  • l’endogroupe : ce sont les groupes auxquels l’individu s’identifie, le « sien ».
  • l’exogroupe : ce sont les groupes pour lesquels l’individu ne ressent pas de sentiment d’appartenance et qui sont considérés comme antithétiques à l’endogroupe.

Jusqu’ici tout va bien, ou presque : c’est assez « normal » de s’identifier plus à un groupe (par exemple les amateurs de beurre salé) et ne pas ressentir de sentiment d’appartenance pour un autre groupe (les amateurs de beurre doux). Cela ne fait pas le lit de la haine pour autant et cela peut même être sujet à plaisanteries de constater ces différences, cela peut permettre des rapprochements sociaux (et ces discussions sans fin sur les différences régionales), cela peut être une amorce pour faciliter la connaissance entre deux inconnus en offrant un sujet de conversation. Mais si la personne est ethnocentrique, elle prendra cette discussion pour une déclaration de guerre, une attaque de sa personne. L’idéologie de l’ethnocentrisme est rigide :

  • l’endogroupe, le groupe auquel s’identifie la personne, se voit en ce cas attribuer uniquement des opinions positives et l’ethnocentrique ne remet jamais en cause ce groupe, ne le critique pas. L’amateur de beurre salé dira des choses telles que « le beurre salé c’est la vie », « les personnes qui mangent du beurre salé sont plus joyeuses » mais jamais n’avouera que les taux de beurre salé dans les kouig amann sont excessifs et que c’est peut-être pour cela que les non-bretons n’en mangent pas tous les jours et à tous les goûters. Non, ce sera de « leur faute », parce qu’ils sont « trop fragiles » par exemple.
  •  l’exogroupe, dans l’idéologie de l’ethnocentrisme, se voit uniquement attribuer des opinions négatives et, dans la hiérarchie sociale, il doit pour l’ethnocentrique, être dominé par l’endogroupe, y être soumis et subordonné, ou encore être chassé le plus loin possible de l’endogroupe. L’ethnocentrique du beurre salé dira par exemple « le beurre doux est si infâme qu’on devrait chasser des métiers de la restauration tout ceux qui l’utilisent car ils sont forcément handicapés des papilles » ou encore « les boulangeries pâtisseries ne devraient proposer que des produits à base de beurre salé ».

Cette dimension « rigide » de l’ethnocentrisme est importante à retenir : c’est cela qui transforme une discussion innocente sur les différences de groupe (pas forcément amorcée dans un but de domination pour le non-ethnocentrique mais juste de curiosité, d’échange ou de sociabilité) ; mais qui pour l’ethnocentrique est prise en déclaration de guerre où il faut tout faire pour dominer tout d’abord la discussion, lui prouver que son groupe est plus légitime à dominer, que son groupe détient la vérité et que l’exogroupe est dans l’erreur (voire l’indécence), que lui et son groupe sont les bons et que l’autre est mauvais et qu’aucun argument ne peut changer cela car l’exogroupe est intrinsèquement corrompu.

L’autre dimension très importante de l’ethnocentrisme, c’est que ce préjugé négatif, ce racisme contre une ethnie, existe non isolément, mais en lien avec la soumission, l’allégeance à l’endogroupe : si l’ethnocentrique hait tant l’exogroupe, c’est parce que les références, les idées, opinions, valeurs de l’endogroupe sont pour lui synonymes de bien, de vérité absolue, de lois naturelles. Il ne peut remettre en cause, critiquer, tempérer les idées de l’endogroupe : le non ethnocentrique se dira qu’utiliser du beurre doux ou du beurre salé, c’est juste une question d’habitude, cela peut être changeant, après tout que ce n’est pas important et que les façons de faire, qu’on utilise uniquement du beurre doux ou du beurre salé, ou un mix des deux, c’est juste une habitude. L’ethnocentrique pensera qu’utiliser du beurre salé est la meilleure façon de faire et que toute autre manière est ignominie, que c’est aller contre la nature des papilles humaines efficientes, donc que l’exogroupe est inférieur car il ne reconnaît pas cette vérité pourtant évidente qui doit dominer car elle est l’attribut des êtres supérieurs.

Autrement dit, s’il y a haine de l’exogroupe par l’ethnocentrique, c’est parce qu’il y a un amour aveugle pour l’endogroupe au point de confondre des habitudes culturelles avec les lois de la nature. Il y a une allégeance totale, au point d’être incapable de se poser des questions sur son groupe de référence et ses habitudes.

La notion d’ethnocentrisme permet de bien mieux cerner la mécanique du potentiel fasciste car elle est toute une logique, un système de pensée qui s’applique pour toutes les choses de la vie. Elle permet de comprendre, bien mieux que la notion de racisme, pourquoi la haine de l’étranger à notre époque et dans notre pays est aussi assortie de la haine du « bobo » qui est décrit comme un blanc français dont le comportement horrible serait d’acheter des légumes bio par exemple. C’est parce qu’il est considéré comme étant de l’exogroupe, quand bien même il serait proche géographiquement, avec le même physique que l’ethnocentrique et la même spiritualité athée.

Mais avant de pouvoir affirmer que le potentiel fasciste était ethnocentrique plus que « simplement » antisémite ou raciste, il a fallu construire une échelle représentative de cette notion.


Méthodologie de l’échelle d’ethnocentrisme


La méthode a été la même que pour l’échelle d’Antisémitisme ; les chercheurs ont donc construit d’abord une très grosse échelle, l’ont testée, ont pu en discuter avec les sujets pour affiner les items, en supprimer certains, en rajouter d’autres plus pertinents pour le haut score, puis ont refait une autre échelle et c’était reparti pour d’autres tests jusqu’à produire une dernière échelle d’ethnocentrisme, courte, mais recouvrant tous les domaines de l’idéologie ethnocentrique et satisfaisant les hauts scores (les bas scores rejetant généralement tout en bloc ou presque).

Les principales différences méthodologiques avec l’échelle d’antisémitisme sont que bien plus de groupes ont testé les échelles, presque tous les sujets de toute l’étude les ont testées.

La conception de l’ethnocentrisme étant centrale pour comprendre le potentiel fascisme, il y a eu également énormément de corrélations testées, et on en parlera encore même dans les phases de l’étude clinique tant elles sont importantes pour cerner la problématique fasciste.

Si vous souhaitez plus d’explication sur la méthodologie, je vous invite à consulter l’article précédent qui explique les statistiques ou, si vous ne trouvez pas les réponses à vos questions, à les poser en commentaire. Ainsi la réponse pourra profiter à tous et nous pourrons mener un débat constructif.


Le contenu de l’échelle


L’antisémite a-t-il d’autres préjugés ? Le haut score rejette-t-il toutes les minorités ? Pour tester ces hypothèses et d’autres, les chercheurs ont donc intégré des items représentant des stéréotypes et des attitudes vis-à-vis de ces stéréotypes. Cette fois, il y a plusieurs minorités représentées, ainsi que des exogroupes non minoritaires (comme les femmes par exemple) ; pour bien cerner l’idéologie ethnocentrique, il s’agissait aussi de créer des items qui indiquent l’allégeance et la rigidité de celle-ci avec l’endogroupe, ici ce sera la nation. Voici donc les trois catégories représentées :

Mode et contre culture issue du monde du Jazz, les zoot suiters interrogeaient (entre autres) visuellement les normes de la ségrégation par leur tenue ; une règle implicite exigeait que les gens de couleur restent « invisibles » dans les espaces publics, alors en réponse, via un pied-de-nez visuel, ils portaient des costumes aux épaules larges, des pantalons gonflés, des tenues audacieuses. L’attitude de confiance dans leur démarche était importante, ils marchaient avec fierté. Cette tenue a été portée par toute sorte de groupes, que ce soit des noirs, des Mexicains, des Philippins, des Italiens…
  • la catégorie N (noirs) : on y trouve des stéréotypes sur les personnes noires et les caractéristiques que leur attribuent les personnes à préjugés (bêtise, flemmardise…) et des attitudes à avoir vis-à-vis d’eux (les éloigner des blancs, leur interdire des fonctions…).
  • la catégorie M (minorités) : ici se trouve des stéréotypes concernant toute sorte de minorités ou d’ exogroupes non minoritaires ou non « géolocalisables » : les Japonais, les Phillipins, les Allemands, les zoot suiters, les femmes…
  • la catégorie P (patriotisme) : la nation (= endogroupe) y est vantée de façon rigide et allégeante. Cette catégorie représente bien les spécificités de la notion d’ethnocentrisme, que ce soit sa dimension soumission à l’endogroupe et de cette volonté de dominer et de subordonner l’exogroupe. Les chercheurs signalent que le vrai terme pour décrire cette catégorie serait plutôt « pseudopatriotisme » : en effet, leurs recherches leur ont ensuite montré qu’il y avait une distinction entre un patriotisme disons « ouvert » qui serait formé de l’amour du pays, l’adhésion à ses valeurs (par exemple pour les Américains, il s’agissait pour certains de la poursuite du bonheur, de l’accès à tous de cette poursuite) mais qui est souple. Ce patriote-là peut être enthousiaste à l’idée que des personnes d’autres pays se joignent à la fête dans son pays, il respecte leurs valeurs différentes voire s’y intéresse sans jugement négatif, il ne souhaite pas que son pays domine le monde sur tous les plans, il est en capacité de critiquer ses congénères américains ou d’émettre des critiques concernant son endogroupe.
Snowden se dit patriote : contrairement à un pseudopatriote, la valeur « liberté » lié à son pays lui était tant importante qu’il a commis un acte de désobéissance civile en dévoilant des documents. Cela montre qu’un authentique patriote n’est pas passivement allégeant, soumis à l’endogroupe, il s’agit d’une adhésion à des valeurs patriotiques mûrement réfléchies.

 

Le pseudopatriote, ethnocentrique, lui ne peut pas par exemple accepter que l’armée de son pays soit plus faible que celle d’un autre, il a besoin que son pays soit dominant pour apprécier en être le citoyen. Le pseudopatriote haïra les autres nations, n’acceptera pas l’immigration, refusera tout mélange, estimera que les valeurs des groupes étrangers sont inférieures à celles de sa nation. Il est rigide et fermé contrairement au patriote souple et ouvert.

Un page facebook pseudopatriote qui explique que les voitures brûlées le sont à cause d’une politique incitant à « vivre ensemble » (avec des personnes d’origines étrangère ? avec des personnes non patriotes ? le mystère est entier). Plus tard dans la conversation, « on aime la France » dit que pour trouver la cause, il faut voir le lieu : les banlieues. Les personnes vivant dans les banlieues sont donc l’exogroupe avec lequel ces patriotes ne veulent pas vivre….

Premiers résultats


Nous allons voir à présent un premier résultat, celui du même groupe vu dans l’article précédent, c’est-à-dire un groupe d’étudiantes, en 1944, qui a testé une première grosse échelle. À noter que dans l’échantillon il y avait 19 personnes issues de minorités.

Pour rappel :

  • le score maximal est de 7 et le minimum est de 1 ; 4 est neutre, ni accord ni désaccord. Au dessus de 4 il y a accord, sous 4 il y a désaccord.
  • le DP (Discriminatory Power) est la différence entre haut score et bas score. Plus il est bas, plus les personnes hauts scores et bas scores sont d’accord, plus il est grand plus il y a désaccord (par exemple, les hauts scores sont tout à fait d’accord, les bas scores pas du tout.

Item

Moy. haut scores

Moy. bas scores

DP

Moy. totale du groupe

1. Quand il y a de trop nombreux partis politiques, cela a tendance à semer la confusion, à ajouter des dépenses aux élections, et à susciter une agitation inutile. Pour cette raison et pour d’autres raisons, il serait préférable que tous les partis politiques, à l’exception des deux principaux, soient abolis.

3,72

2,17

1,55

2,85

2. S’il y a assez de noirs qui veulent assister à un spectacle local de danse d’un groupe de personne non-blanches, une façon d’arranger cela serait de réserver une nuit spéciale aux noirs et comme cela les blancs pourraient danser en paix le reste du temps.

6,17

1,97

4,20

4,04

3. Les plus importants devoirs d’un bon citoyen sont le patriotisme et la loyauté.

6,48

3,86

2,62

5,21

4. Certaines sectes religieuses dont les croyances interdisent de saluer le drapeau doivent être forcées de se conformer à une telle action patriotique, ou bien être abolies.

5,08

1,61

3,47

3,26

5.Les noirs résoudraient beaucoup de leurs problèmes sociaux en n’étant pas si irresponsables, paresseux et ignorants.

3,10

1,53

1,51

(3,19) ?

6. Tout groupe ou mouvement social qui comprend de nombreux étrangers doit être surveillé avec suspicion et, si possible, être suivi par le FBI.

4,50

1,69

2,81

3,02

7.Dans le monde, il y aura toujours des nations supérieures et d’autres inférieures : dans l’intérêt de tous les intéressés, il est préférable que la nation supérieure soit au contrôle des affaires mondiales.

3,67

1,25

2,42

2,54

8. Les musiciens noirs sont parfois aussi bons que les musiciens blancs pour la musique swing et pour le jazz, mais c’est une erreur d’avoir des groupes mixtes noir-blanc.

5,08

1,25

3,83

2,77

9. Bien que la présence des femmes soit maintenant nécessaire dans les forces armées et dans l’industrie, elles devraient être renvoyées à leur place, dans la maison, dès la fin de la guerre.

5,86

3,75

2,11

4,76

10.Des petits exercices de formation militaire, d’obéissance et de discipline, tels que l’exercice, la marche et les ordres simples, devraient faire partie du programme éducatif de l’école élémentaire.

5,06

2,47

2,59

3,83

11.Ce serait une erreur d’avoir des contremaîtres et des leaders noirs dirigeant des blancs.

6,05

1,69

4,36

3,99

12. La principale menace pesant sur l’Amérique à notre époque est l’infiltration d’idées et de doctrines étrangères dans nos institutions ainsi que la présence de rebelles.

4,86

1,22

3,64

3,13

13. Le traitement actuel des objecteurs de conscience, des insoumis et des ennemis étrangers est trop indulgent et trop maternant. Si une personne ne veut pas se battre pour son pays, il mérite bien pire que juste la prison ou un camp de travail.

4,64

1,44

3,20

2,90

14. Les noirs peuvent avoir un rôle à jouer dans notre civilisation blanche, mais il est préférable qu’ils restent dans leurs propres quartiers et écoles pour éviter trop de mélange, de mixité avec les blancs.

6,33

1,72

4,61

4,08

15.Une des principales difficultés dans le fait de permettre à toute la population de participer pleinement aux affaires gouvernementales (vote, emploi, etc.) est qu’il y a un grand pourcentage de personnes qui en sont incapables et trop déficientes.

5,06

2,33

2,73

3,71

16. Le travail manuel et les emplois de domestique semblent être mieux adaptés à la mentalité et aux capacités des Noirs que le travail qualifié ou avec des responsabilités.

5,22

1,58

3,64

3,17

17.C’est une erreur de laisser les Japonais quitter les camps d’internement et les laisser entrer dans l’armée où ils seraient libres de commettre des actes de sabotage.

5,86

1,92

3,94

3,87

18. Compte tenu de l’actualité nationale et des nécessités de la nation, il est très important de réserver les emplois gouvernementaux aux natifs américains, aux blancs et aux chrétiens.

4,75

1,08

3,67

2,80

19.Dans une communauté de 1 000 blancs et 50 noirs, un Noir ivre tire et tue un officier qui essaie de l’arrêter. La population blanche doit immédiatement chasser tous les noirs de la ville.

1,86

1

0,86

1,26

20.Les réfugiés européens sont peut-être dans le besoin, mais ce serait une grosse erreur de changer nos quotas d’immigration pour leur permettre de submerger le pays.

6,39

3,50

2,89

5,28

21. Le problème des Oklahomans (« Okies ») qui ont envahi la Californie prouve que nous devrions les renvoyer d’où ils viennent dès que les conditions le permettent.

5,39

1,81

3,58

5,70

22.Les gens qui évoquent dans tous leurs discours le fait de placer les noirs sur un même pied d’égalité que les blancs et leur donner les mêmes privilèges sont pour la plupart des agitateurs radicaux qui essaient de susciter des conflits.

4,53

1,08

3,45

2,51

23. Il est devenu évident que les Allemands et les Japonais sont racistes et recherchent le pouvoir. La seule garantie pour une paix future est de liquider la plupart d’entre eux et de garder le reste sous un contrôle attentif.

5,28

1,50

3,78

3,07

24.Un système de stérilisation à grande échelle serait un bon moyen d’éradiquer les criminels et d’autres éléments indésirables de notre société. Cela permettrait d’élever le standard de notre société et améliorerait les conditions de vie.

3,11

2,03

1,08

2,71

25. Un lynchage occasionnel dans le Sud est une bonne chose parce qu’il y a un grand pourcentage de noirs dans leurs communautés : il est nécessaire d’effrayer les noirs de temps en temps pour les empêcher de faire des émeutes et de perturber tout le monde.

1,81

1

0,81

1,32

26. Le Mexique ne pourra jamais avoir le même niveau de vie que les États-Unis, parce que les Mexicains sont naturellement flemmards, sales et ont un trop grand retard.

3,69

1,06

2,63

2,15

27. Les Philippins sont bien à leur place, mais ils en font trop lorsqu’ils s’habillent somptueusement, achètent de bonnes voitures, et se baladent avec des filles blanches.

5,64

1,22

4,42

3,68

28.Dans l’enseignement scolaire, il serait préférable de limiter les noirs à la grammaire et au commerce, car une plus grande scolarité ne leur donne que des désirs et des ambitions qu’ils sont incapables de réaliser à hauteur des blancs.

1,86

1,03

0,83

1,30

29. Lorsque les zoot suiters reçoivent trop d’argent et obtiennent des libertés, ils abusent de leurs privilèges et créent des troubles. Ils démontrent ainsi qu’ils sont inférieurs.

5,58

1,39

4,19

3,62

30. Les syndicats les plus vicieux, les plus irresponsables et les plus racketteurs sont, dans la plupart des cas, ceux qui ont généralement des étrangers pour dirigeants.

4,08

1,17

2,91

2,42

31.Il y a quelque chose d’intrinsèquement primitif et non civilisé chez le noir, comme le montre sa musique et son extrême agressivité.

3,72

1,17

2,91

2,42

32. Nous dépensons trop d’argent pour le soin des criminels, des fous et pour l’éducation des personnes intrinsèquement incapables.

3,22

1,53

1,69

2,20

33.Il y aura toujours des guerres parce qu’il y aura toujours des races qui tentent sans pitié de saisir plus que leur part.

5,89

2,64

3,25

4,37

34. Si on ne les maintenait pas à leur place, la plupart des noirs deviendraient autoritaires, désagréables et arrogants.

4,75

1,06

3,69

2,67

Moyenne totale

échelle N

échelle M

échelle P

4,70

4,34

4,76

5,07

1,73

1,34

1,89

2,00

2,97

3

2,87

3,07

3,17

2,72

3,32

3,53

 

Les premiers constats que l’on peut faire, c’est qu’il y a toujours une nette division entre haut score et bas score, le DP est souvent très important, à l’exception de quelques items.

Ces quelques items où le DP est quasi nul, sont les plus ouvertement antidemocratiques, par exemple comme l’épouvantable « 25. Un lynchage occasionnel dans le Sud est une bonne chose parce qu’il y a un grand pourcentage de noirs dans leurs communautés : il est nécessaire d’effrayer les noirs de temps en temps pour les empêcher de faire des émeutes et de perturber tout le monde. » : c’est-à-dire ayant trait à un fascisme assumé, « décomplexé », ouvertement violent ; ils sont rejetés par les bas scores comme les hauts scores, ce qui renforce l’idée qu’avaient soulevée les chercheurs lors des études sur l’antisémitisme : les hauts scores sont pseudodemocrates, c’est-à-dire qu’ils ne donnent leur accord voire soutien total qu’à des items certes, racistes, ethnocentriques et pleins de préjugés, mais qui ne sont pas explicitement fascistes. Ils n’ont pas trait à l’imagerie de ce régime autoritaire qui tuerait, violenterait les exogroupes, les items auxquels ils s’accordent ont des allures démocrates mais au fond, ne le sont pas. Autrement dit, les hauts scores acceptent uniquement des postures ethnocentriques non sanglantes qui ont l’apparence de la démocratie, du régime non-autoritaire, mais qui sont mécaniquement identiques au fascisme et qui sont tout aussi violentes psychologiquement parlant par exemple.

Plus tard, les chercheurs précisent que les pseudodémocrates ne sont pas des fascistes qui tentent d’avancer volontairement masqués (pour éviter le rejet par exemple) mais une véritable posture, qui à la fois adhérent à des valeurs de démocratie (liberté, équité) et à des postures fascistes et tentent d’en faire l’addition, ce qui donne lieu justement à des contradictions, des confusions dans leur discours.

On peut constater également une consistance de la position des sujets, ce qui est à noter car sur une échelle traitant de sujets variés, on aurait pu imaginer que ce soit le contraire. Par exemple le raciste aurait pu avoir des hauts scores juste sur la catégorie N et des scores moyens sur la catégorie M parce qu’elle concerne des personnes de sa couleur de peau. On aurait pu imaginer des sujets, qui ayant eu des problèmes avec telle minorité, l’attaquent mais pas les autres. Or ici, les sujets à haut score le sont dans toutes les catégories, l’ethnocentrisme est déjà assez confirmé car tous les exogroupes sont rejetés avec plus ou moins de vigueur, et il y a une adhésion rigide à l’endogroupe (haut score de patriotisme). Quant aux bas scores, il sont bas partout, ils rejettent l’idée de stigmatiser n’importe quel groupe et sont peu rigides d’un point de vue patriotique.

Notons néanmoins que les hauts scores et les bas scores ne sont pas tous pareils, et si pour les uns ils sont en accord avec grand nombre d’items et pour les autres en désaccord avec un grand nombre d’items, il y a des différences individuelles. Les hauts scores remplissent néanmoins le « bingo » ethnocentrique, c’est-à-dire qu’il y a des hauts scores dans chaque catégorie proposée, même si certains items sont à bas ou moyen score.

Les scores de Mack et Larry, notre haut score et notre bas score de référence tout au long de l’étude, sont assez signifiants à ce sujet.


Résultats de Mack et Larry


Ils ont été testé sur la dernière échelle (forme 78) d’ethnocentrisme, raccourcie. Les nouveaux items sont :

  • « 4. Toutes les formes de discrimination raciale et religieuse devraient être illégales et punissables. » ; le score y est inversé, Mack est donc en désaccord et Larry en accord),
  •  « 25. Si une nouvelle organisation mondiale est créée, l’Amérique doit s’assurer qu’elle ne perd pas son indépendance et sa pleine souveraineté en tant que nation distincte. »
  • « 41. L’Amérique peut être imparfaite, mais la voie américaine nous a apporté aussi près que les êtres humains peuvent arriver à une société parfaite. »
  • « 51.La plupart de nos problèmes sociaux seraient résolus si les personnes immorales, corrompues et défectueuses pouvaient en quelque sorte être retirées de la scène. »

Encore une fois, leurs résultats sont assez cohérents avec leurs discours, on peut voir que Mack, qui était antisémite, se révèle ici également ethnocentrique ; les chercheurs notent néanmoins une incohérence sur le score de Larry à l’item 25 : dans des entretiens et à d’autres moments, il ne soutiendra pas cette idée d’une Amérique dominant les autres, il est possible que ce soit une erreur de sa part ou qu’il ait mal compris la question. Quant au bas score de Mack concernant les femmes, cela se comprend par sa situation : sa conjointe étant professeure, il lui aurait été impossible de soutenir une position antiféministe qui voudrait la maintenir à la maison.


Une étude dense


Simplement pour vous montrer l’envergure de cette étude (et pour les curieux qui voudraient décortiquer les résultats) voici une partie des statistiques sur les formes 40 (incluant l’antisémitisme dans l’échelle d’ethnocentrisme) et 45  (premier tableau), la forme 60 et le dernier tableau sur la dernière forme 78.

On détaillera les échantillons plus tard, car toutes ces personnes testées sur l’ethnocentrisme l’ont été sur l’échelle F (Fascisme) qui est le produit de toutes les études sur l’antisémitisme, l’ethnocentrisme et celle qu’on verra plus tard de conservatisme-politco-economique.

Désolée de vous balancer les résultats comme ça, mais remettre en forme, en français et de façon complète (c’est-à-dire avec l’intégralité des énoncés d’items) ces échelles est un travail trop long, très ennuyeux et je ne pense pas que la mise en forme vous soit si utile pour l’intégralité des tableaux ; pour rendre plus clair la lecture j’ai néanmoins souligné certains points, selon le code couleur habituel.

La différence entre les scores de 969 hommes et 599 femmes. Les scores sont plus hauts chez les hommes, notamment certains groupes dont les moyennes sont plus élevées que la population en général (on le verra plus tard ce sont les prisonniers et les militaires).
Voici des groupes aux scores plutôt bas, ce sont des groupes d’étudiants et de professionnelles (l’un des groupes qui comportera le plus de bas score durant toute l’étude et sur toutes les échelles).

Corrélations


Les corrélations sont extrêmement importantes dans l’étude sur la personnalité autoritaire : non seulement comme dans d’autres études elles permettent de valider ou non les échelles (on explique comment les lire ici); Ainsi si par exemple on avait .10 l’échelle serait invalide, parce qu’on ne pourrait prédire aucun score, cela voudrait dire que les gens auraient mis sans aucune consistance leurs réponses, sans aucune logique. Pour l’échelle E sous sa forme 78 (celle testée par Mack et Larry) les corrélations sont de .80 pour les étudiantes de cours oratoire, .74 pour les étudiants de cours oratoire, .80 pour les étudiantes du cours externe, .88 pour des femmes travailleuses. Cela veut dire que l’échelle mesure ce qu’elle doit mesurer, les résultats étant cohérents statistiquement. Les variations s’expliquent par les différences de groupe et leurs tendances.

Mais les corrélations qui nous intéressent le plus sont celles qui permettent de vérifier des hypothèses et de faire des prédictions.

Est-ce qu’un sujet qui a de très hauts scores dans une catégorie aura aussi des hauts scores sur l’échelle entière ?

Est-ce qu’un sujet ayant des très hauts scores à la catégorie patriotisme aura des hauts scores sur la catégorie minorités ?

Oui, un haut score dans n’importe quelle catégorie prédit un haut score dans toute l’échelle, les corrélations sont toutes très fortes. Si quelqu’un met un haut score en patriotisme, on peut prédire sans grande marge d’erreur qu’il aura un haut score d’ethnocentrisme, et s’en est de même pour toutes les catégories.

La plupart des sujets ont également rempli les échelles d’antisémitisme présentées la dernière fois en plus de l’échelle d’ethnocentrisme. Donc, on peut se demander et répondre à la question « est-ce qu’un haut score d’antisémitisme prédit d’un haut score d’ethnocentrisme ? »

N= taille de l’échantillon, nombre de personnes dans le groupe Mean = moyenne

Ici les corrélations sont plus basses car il s’agit de la forme 78, donc l’échelle la plus courte, donc la moins précise. Mais les corrélations restent élevées, donc on peut prédire assez exactement qu’un haut score antisémite sera ethnocentrique également.

La corrélation entre patriotisme et ethnocentrisme résumé en un tee-shirt, vendu 20 euro par la page facebook « on aime la France » https://www.facebook.com/LaFranceAvenir/

L’Ethnocentrisme, une question d’éducation et d’intelligence ?


Bien plus tard dans l’étude ont été testées des corrélations entre le niveau d’intelligence (mesuré par des tests psychologiques que les groupes avaient déjà passés pour leur entrée à l’armée ou encore pour leurs études supérieures) et score d’ethnocentrisme ; les chercheurs ont aussi calculé les corrélations entre le nombre d’ années d’études et scores d’ethnocentrisme. L’hypothèse était de voir si l’intelligence – qu’elle soit « innée » ou acquise via la scolarité -, avait un impact sur les scores d’ethnocentrisme. Car il est assez courant d’entendre dire que l’éducation ou l’intelligence prémunit d’être ethnocentrique, d’avoir des préjugés, d’être raciste etc. Et en effet, il y a une petite corrélation négative entre intelligence ou niveau d’étude, c’est-à-dire que plus les gens étaient intelligents ou avaient passé du temps à étudier, moins les scores étaient élevés en ethnocentrisme.

Mais les chercheurs de cette étude, rappellent que bien qu’il y est corrélation, elle est si minime qu’elle ne colle pas au discours commun qui vante l’éducation comme la solution contre l’ethnocentrisme et le potentiel fascisme (l’échelle F y a été aussi testée).

Les entretiens ont révélé que ce qui faisait la différence chez les non-ethnocentriques, c’était surtout leur curiosité, leur capacité, leur motivation et leur enthousiasme à chercher, apprendre par eux-mêmes hors de toute scolarité ou cadre d’apprentissage.

Donc les chercheurs ne nient pas l’importance de l’éducation, bien au contraire, ils soulignent que le système éducatif a un problème pour être aussi peu impactant sur la pensée ethnocentrique. Même avec les meilleures conditions d’éducation, l’exposition à la salle de classe ne suffit pas à créer la motivation à apprendre par soi-même, la réceptivité à des idées nouvelles qui seraient pourtant les meilleurs remparts contre le fascisme. Selon eux, pour que l’école soit un rempart contre l’ethnocentrisme, les préjugés, etc, il faudrait qu’elle réussisse à transmettre à tous la curiosité, l’enthousiasme pour la connaissance, la motivation intrinsèque à chercher par et pour soi-même les connaissances.

Et c’est également ce que nous pensons ; nous en reparlerons à la fin, mais si vous êtes de voir ce que serait une école qui apprend la motivation et l’enthousiasme pour la connaissance, nous avons traité de ces sujets ici :

Et, quitte à faire un spoiler oui, l’expérience de Céline Alvarez en maternelle, pour quantité de raisons positives, remplit ces conditions pour transmettre motivation, enthousiasme, gestion des émotions  ; tout est détaillé sur son site : https://www.celinealvarez.org/


Ethnocentrisme, antisémitisme et religion


À chaque questionnaire était demandé dans les questions formelles la religion des personnes, il a été donc aisé de mettre en perspective la religion et les différents scores.

Voici un tableau récapitulatif des religions déclarées par les personnes et leur score en échelle d’ethnocentrisme et d’antisémitisme :

Les chercheurs ont donc constaté qu’il y avait plus de préjugés chez ceux déclarant une appartenance religieuse, mais les scores d’antisémitisme et d’ethnocentrisme sont proches du point neutre. C’est-à-dire que l’appartenance religieuse ne fait pas forcément le haut score ou le bas score.

L’ethnocentrisme est très variable, on ne peut pas dire que l’appartenance à une religion soit significative.

La fréquentation d’une église n’est pas très révélatrice non plus, excepté que les personnes qui ont une religion et qui ne fréquentent pas l’église ont des scores inférieurs aux autres. Autrement dit, les gens rejetant l’institutionnalisation de la religion ont moins de préjugés que ceux qui l’acceptent.

Il y a plus d’ethnocentrisme chez ceux dont les parents étaient très religieux que ceux qui l’étaient partiellement : en ce cas, l’acceptation d’une religion semblerait plus le signe d’une soumission à l’autorité parentale et ce serait favorable à l’ethnocentrisme de la personne.

Au final, les faits tels que la religion suivie ou la fréquentation de l’église ont moins d’impact sur les préjugés que les tendances psychologiques sous-jacentes, tels que le conventionnalisme et la soumission à l’autorité. Ce sont des conclusions assez importantes qu’on verra lors de l’échelle F.


Qu’en conclure ?


Au vu des résultats, on ne peut pas dire que le problème serait de la faute des minorités en elles-mêmes, de caractéristiques ethniques incompatibles avec l’ethnie blanche, mâle, américaine et chrétienne ou protestante, ni même un défaut de leur intégration.

La mécanique du préjugé va bien au-delà de la haine, de la peur ou du dégoût d’un groupe qui aurait des torts : tous les groupes différents, qu’ils soient minoritaires ou non, sont accusés et les hauts scores veulent les écarter de leur endogroupe. N’importe quel groupe inconnu qui arriverait alors aux États-Unis subirait le même sort, quoi qu’il fasse, il serait d’abord affublé d’un stéréotype négatif puis rejeté, infériorisé.

La mentalité ethnocentrique du haut score suit toujours le même processus, quel que soit le groupe étranger, ses caractéristiques, le système de pensée est le même, nullement troublé par les faits, l’expérience ou les connaissances : il y a d’abord un pseudodémocratisme, c’est-à-dire une reconnaissance de l’État de démocratie, des droits pour tous, des libertés et d’une petite égalité ou fraternité ; le haut score exprime dans les débuts de ses phrases « Les noirs ont des droits… » « Les femmes ont beaucoup fait pour l’industrie… » « Certains juifs ont beaucoup apporté à la société… ». Puis il y a un « Mais ».

Ce « mais » annonce une opinion qui va à l’encontre des droits de l’homme, qui s’oppose à l’idée que les humains seraient égaux en droit. S’en suit une opinion qui accuse la minorité, la personne différente de l’endogroupe d’être intrinsèquement mauvaise/déficiente/pleine de défaut/de nature à ne pas être libre. Le raisonnement se poursuit alors assez simplement vers l’éviction de la personne, son rejet, son éloignement pour qu’elle « retourne à sa place » : ainsi la femme doit revenir au fourneau du domicile et non travailler, le noir ne doit pas convoiter un poste de cadre, le juif doit s’éloigner du domaine du business, le Japonais doit retourner dans son pays, l’Allemand doit être éliminé, etc.

Un exemple moderne de pseudodemocratisme « je ne suis pas raciste mais… » je suis ethnocentrique ? Voilà pourquoi il me semble important de diffuser le mot « ethnocentrisme » car il est particulièrement lié à un certain patriotisme et il me semble très représentatif de tout un tas de discriminations.

Le haut score ne peut cohabiter avec l’exogroupe, ne peut être en égalité avec lui, il faut qu’il le domine en ayant plus de droits et de liberté, plus de territoire, plus d’opportunités ; il faut qu’il soit son chef, qu’il le domine d’une façon ou d’une autre.

Ce modèle de pensée ethnocentrique n’est pas cantonné à la personne à haut score et à son quotidien : elle pense que c’est un mode de pensée que les nations doivent adopter, que c’est un mode de pensée qui doit guider par exemple la politique internationale : ici, ils veulent que les États-Unis dominent le reste du monde, aient la plus grosse armée, soumettent les autres pays qui doivent en plus adopter ses valeurs. De même pour l’organisation des sociétés privées ou la gestion des institutions, l’exogroupe doit en être écarté ou n’avoir que des miettes de bénéfices (une éducation oui, mais pas dans tout les domaines, un poste oui, mais pas les plus prestigieux, etc.)

Cependant, les chercheurs rappellent que tous les hauts scores ne sont pas strictement identiques, ils peuvent être moins rigides sur certains points ; par exemple Mack, bien que haut score, pense qu’il faut laisser la liberté aux femmes de travailler, contrairement à la majeure partie des sujets hommes de l’étude. Cela se comprend parce qu’il prend en compte la situation de sa fiancée qu’il ne veut surtout pas perdre, il a réussi à considérer son expérience de vie, à la penser sur ce point-là (on verra plus tard que les hauts scores ont beaucoup de mal à intégrer les expériences de vie dans leur jugement, donc c’était important de souligner ce point fort de Mack).

Néanmoins, les hauts scores remplissent le « bingo » de l’idéologie ethnocentrique, c’est-à-dire qu’ils adhérent à la majeure partie du programme et peuvent avoir certes quelques désaccords sur quelques points, globalement les visées, raisonnements ethnocentriques sont adoptés : il aura des préjugés sur toutes sortes d’exogroupe minoritaires ou non, de sa couleur ou non, de sa religion ou non ; il sera patriote car la volonté de domination de l’endogroupe est liée à la volonté de subordination de l’exogroupe.

Il en va de même pour les bas scores : s’ils n’adhèrent pas tous à la même vigueur au programme anti-ethnocentrique, ils sont d’accord pour lutter contre les préjugés, ils pensent que les humains sont égaux et méritent tous les mêmes libertés et leur patriotisme n’est pas synonyme de domination, mais juste d’appréciation des valeurs de leur pays comme ils peuvent respecter et aimer d’autres pays qui sont d’ailleurs les bienvenus.

Cette étude nous montre que le préjugé n’est pas isolé : il est monté en un système idéologique prégnant dans la personne qui se diffuse à tous ses jugements ; ce système, les bas scores le refusent avec vigueur et même font attention à ne pas « tomber » dans ce mode de raisonnement qu’ils estiment très négatif pour la vie en société, la paix, la non-violence.

On peut donc abandonner l’idée que si Untel a un préjugé contre telle ethnie, c’est parce qu’il ne la connaît pas : l’idée qu’il faille apporter des connaissances comme le suggérait Larry à ces personnes, ou même des expériences concrètes, peut ne pas marcher pour le haut score. Quand bien même on arriverait à le faire tolérer une ethnie ou encore le faire accepter qu’un exogroupe acquière un droit (comme Mack accepte que les femmes travaillent), il ferait encore preuve de préjugés sur tout groupe différent, que ce soit un exogroupe voire même un endogroupe qui se mettrait à avoir un mode de vie différent (comme aujourd’hui la haine qu’ont certains Français contre d’autres Français qui essayent de vivre écologiquement).

La stratégie de l’apport de la connaissance et de l’expérience ne peut marcher que sur des scores moyens qui n’ont pas encore totalement adopté l’idéologie ethnocentrique. Mais les études présentes n’ayant pas porté sur eux, il est difficile de savoir ce que ce moyen score signifie. Sont-ils vraiment entre bas score et haut score ? Est-ce un déguisement social ? Est-ce de la méconnaissance ? Ou est-ce simplement qu’ils ne veulent pas penser à ça et ont d’autres préoccupations pour le moment ?

Pour le haut score en ethnocentrisme, les êtres humains ne sont donc pas égaux, il y a une hiérarchie : plus les gens lui ressemblent, plus ils sont en haut, plus ils ont de droits et de libertés car ils sont « naturellement » supérieurs ; les autres sont inférieurs et toute tentative même pacifique est considérée comme une déclaration de guerre, une infamie, un acte contre nature (puisqu’il considère ces niveaux comme naturels, la femme n’est pas faite pour sortir du foyer, le noir ne peut avoir des responsabilités, etc.). Il y a pour lui des natures humaines, il croit à toutes sortes de théories sur l’hérédité et ignore ou rejette toutes théories sur les situations sociales, sur l’arbitraire, sur le poids des situations ou de l’environnement sur l’humain, etc. (on verra plus tard qu’il a tendance à rejeter toute pensée, recherche sur le social, que ce soit la sociologie, la psychologie ou même l’introspection, etc.)

Un exemple de hiérarchisation de l’humain

Donc l’exogroupe « mérite » sa place inférieure, c’est inscrit dans son sang, il est « mauvais » d’un point de vue génétique donc l’endogroupe « bon » par nature, doit se défendre de lui : lui interdire des droits, des possibilités, le chasser s’il veut ou obtient des droits égaux à ceux qu’il a, le haut score doit protéger le « bien », son endogroupe. L’exogroupe est donc considéré par le haut score comme intrinsèquement mauvais, soit il est inférieur dans ses caractéristiques, soit il est sournois et veut voler le pouvoir, ou encore il est narcissique et ne fait les choses que pour se rendre intéressant.

Il pense que si une minorité tente de « s’élever », c’est-à-dire avoir une bonne profession ou les mêmes droits que les autres, c’est pour se venger, écraser autrui par ressentiment. On peut noter là une pré-conscience du fait que l’exogroupe a effectivement souffert des préjugés, mais par contre le haut score ne peut s’enlever de l’idée qu’il est naturellement mauvais et qu’il ne pourra pas faire preuve de résilience, et que forcément il ne peut avoir que des envies de vengeance.

Le haut score pense que le conflit entre humains est permanent, donc que la seule façon de vivre en société, c’est le modèle hiérarchique type militaire : il y a des dominants, on doit s’y soumettre aveuglément (le haut score vante les valeurs de loyauté, de fidélité à la nation par exemple), et on doit exercer sa dominance sur autrui selon son niveau. Ce serait la meilleure et l’unique solution aux conflits, la paix est pour lui synonyme d’un maintien de l’ordre hiérarchique car les gens seraient incapables de bien se comporter de façon autonome. L’autonomie semble totalement étrangère à leur discours, les personnes sont « biens » parce qu’elles obéissent toujours à quelque chose, que ce soit la nation, des valeurs ou un principe, leur nature, etc.

L’ordre, c’est aussi pour le haut score de maintenir l’endogroupe « pur » et « fort » : donc, pas de mariage avec l’exogroupe, pas de mélange au quotidien lors d’évènement (pas de fête mixtes entre noir et blanc), pas de mélange dans les quartiers, etc. L’exogroupe peut « contaminer », même si dans les discours du haut score, on a bien du mal à comprendre ce qu’est la nature mauvaise de cette contamination et ce que c’est concrètement, c’est une idée tenace qui sous-tend énormément de ces discours.

Ce sont les propos d’Henry de Lesquen, rapporté dans cette interview : https://www.vice.com/fr/article/henry-de-lesquen-theories-racistes-delirantes ; on voit bien le refus catégorique de tout mélange quel qu’il soit. Notez au passage l’emploi des termes pseudo-intellectuels pour justifier sa pensée et la faire paraitre  intelligente, on reviendra sur cette tendance qu’on pourrait qualifier de vernis, de façade pseudo-intelectuelle.

Cela n’empêche pas que l’exogroupe soit accusé de ne faire aucun effort d’intégration, ce qui est parfaitement incohérent dans la pensée du haut score, mais qui montre bien ce conflit mental entre le fait d’être pour la démocratie et contre le fascisme mais au fond d’être plus proche de la pensée fasciste que des idées de la démocratie.

Plus globalement, l’irrationalité des discours des hauts scores, leurs contradictions, sont assez révélateurs lorsqu’on les entend de façon psychologique, qu’on se met à les écouter comme un psychothérapeute. Quand le haut score accuse le juif de faire preuve de ressentiment et de n’avoir qu’une envie, c’est de se venger et qu’il faut pour cela le dominer encore plus, ce n’est pas l’histoire d’un blanc contre un juif qu’on entend là. C’est l’histoire d’une projection, d’une pulsion : le haut score a de l’agressivité, il se vengerait si on l’agressait ; cependant, il ne peut pas admettre qu’il ait ses idées, alors il attribue à un groupe étranger cette logique agressive faute de pouvoir assumer que c’est lui qui a cette pulsion. Ce n’est pas juste de l’hypocrisie, cette projection, c’est un signe que la personne, pour des raisons psychologiques, a un psychisme qui lui est inaccessible et le problème est beaucoup plus complexe, voire dramatique, qu’une simple hypocrisie.

Mais on verra cela bien plus tard, il n’y a pas encore assez d’éléments pour entrer dans cette analyse psychologique. Le dernier point qu’il nous reste à aborder, est politique : les hauts scores d’ethnocentrisme adhérent-ils a une branche politique particulière ? Que préconisent-ils pour la société, en dehors de leur traitement des exogroupes ?

C’est ce qu’on verra avec la dernière échelle avant la fameuse échelle « F », l’échelle de conservatisme politico économique.

La suite : [F4] Libéralisme ou conservatisme… une histoire d’ignorance et de confusion

Viciss Hackso Écrit par :

Attention, atteinte de logorrhée écrite et sous perfusion de beurre salé. Bisounours destructrice de choux-fleurs à temps partiel.

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35 Commentaires sur "[F3] « Nous forts et bons, eux faibles et mauvais ! » : l’ethnocentrisme"

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ryuhadoken
Invité
Bonjour, Merci pour l’article. On s’attarde ici uniquement sur les conséquences et réactions des hauts/bas scores. La définition d’antisémite manque. Il serait plus simple (ou plus logique je sais pas) que certains ne soient que bons et d’autres que mauvais, mais il n’en est rien. On se rend compte, et ce n’est jamais montré, que par mimétisme ou on ne sait quoi … peut être par preuve sociale (comme dans le précédent article que j’ai lu), que les conditions dans lesquelles sont les hauts scores orientent leur raisonnement (réponses) de la sorte et vice versa pour les conditions des bas… Lire la suite »
FennNaten
Invité

Bravo pour ces retranscriptions, c’est prenant et d’utilité publique. 🙂
Une petite coquille au début: « L’ethnie ne forme pas nécessairement n’est pas spécifique à un territoire donné » => je pense qu’il y a une des propositions négatives qui est restée lors d’une reformulation non ? 😉
Et un élément de commentaire non constructif mais qui me démange depuis la partie précédente (avec un petit #communautarisme #beurreDouxForever ): « Les amateurs de beurre salé ont juste grandi dans des régions où on produit du beurre trop mauvais pour pouvoir être mangé sans additif. » 😛

ryuhadoken
Invité
J’imagine que pour collecter ce genre de données et les affiner pour avoir quelque chose d’assez précis et « cohérent » est un travail monstrueux. Seulement cette étude n’est valable qu’avec la configuration du monde actuel, donc figée, avec un échantillon de personne à l’instant T dans cette même configuration et avec ces questions. D’accord c’est pour avoir un point de départ. Dans cette configuration il faut accepter une notion de « bien et mal » déjà orientée. -Haut score, pas cohérent, belliqueux, pas bien etc …, bas score bien. -Endogroupe méchant autoritaire / exogroupe gentil soumis. Nous ne sommes… Lire la suite »
ryuhadoken
Invité
Nos constats divergent. Je vais essayer d’exprimer ca autrement. Car avec, condition ou configuration je n’arrive pas à exprimer ce que j’essaie d’expliquer. « Haut score, non développé Bas score, développé. » C’est la vision figée, peut être en 1950, valable toujours aujourd’hui, qui est une partie des conditions posées et qu’il faut accepter selon les bases de l’article. Ce n’est pas acceptable car tel que c’est présenté ce n’est pas neutre. C’est orienté, donc pas objectif. « Pour te donner un peu la direction de cette étude en avance, les chercheurs vont donc aboutir en un premier temps à l’échelle F,… Lire la suite »
rgv26
Invité
Merci pour l’article j’attend ceux qui suivent avec impatience. Pensé vous faire une/des vidéo(s) concernant ce sujet de la personnalité autoritaire ? Sinon puisque vous agrémenté d’exemple contemporaine j’aurai quelque question. Peut on au vu d’une étude comme celle-ci pensé des courant idéologique/politique comme étant ethnocentrique ? Est-ce que l’ethnocentrisme peut être plus présent chez une catégorie idéologique en particulier ? Par exemple ethnocentrisme plus fort à droit qu’à gauche du fait des sujet politique et idéologie qui sont représenté ? Plus présente à l’extrême droite qu’à droite ? Ces questions car j’ai toujours pensé, et cette étude est pour… Lire la suite »
ryuhadoken
Invité
« Aimer l’autorité c’est aussi la respecter pour gagner en autorité, donc c’est lié à la soumission ; la soumission à l’autorité n’est pas assumée évidemment par personne, par contre on peut la mesurer dans l’échelle F qu’on verra plus tard. » Je comprends le raisonnement, ici c’est un peu jouer sur les mots pour orienter le sens n’est ce pas ?. Effectivement lorsqu’on aime quelque chose on y est quelque part « soumis » vu qu’on y est attaché. A moins de ne rien aimer, nous sommes tous soumis (et même sans rien aimer d’ailleurs on est toujours soumis à quelque chose, bref).… Lire la suite »
ryuhadoken
Invité

Je ne sais pas si j’ai envie de mettre le doigt dans l’engrenage.
Ceci dit je pense que tu le sais, dans la mesure ou tu as pu m’indiquer sincèrement que tu n’étais pas neutre, c’est que tu sais reconnaître pourquoi c’est orienté.

Adibou Honni
Invité
Chouette article. La qualité des images laisse à désirer par contre, je suppose que l’on peut accéder à de meilleures qualités en suivant les liens ? J’aime bien l’aspect assez formel de l’article, on n’avance rien sans fournir le pourquoi du comment. Cela dénote comparé à certains articles où j’ai parfois l’impression de lire l’avis de l’auteur plutôt qu’une observation. Quand j’étais plus jeune, j’aurais effectivement dit haut et fort que l’éducation prémunit contre le racisme ou l’ethnocentrisme ( j’aurais tendance à englober le deuxième dans le premier par abus de langage). Maintenant que je suis plus mature (j’espère :-D),… Lire la suite »
Byzon
Invité

Bonjour,
Bravo pour ce travail, c’est très intéressant.
Juste une micro coquille: dans le tableau des premiers résultats la DP de l’item 5 me semble incorrecte 3,19 => 1,57 😉

Bon courage pour les articles suivants.
PS: Pour un Breton expatrié, la salinité du beurre est un combat régulier! 🙂

REYNAL J
Invité

Bravo pour cet article!
J’ai découvert votre site il y a quelques semaines, vos publications sont toujours claires, et souvent très documentées.
Vivement la partie 4.

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[…] ont vu que les antisémites n’étaient pas qu’atteints de préjugés, mais qu’ils étaient ethnocentriques : tout groupe différent était mis en stéréotype, attaqué et rejeté ; inversement, le groupe […]

Caton l'Ancien
Invité
Bonjour, d’abord un énorme compliment pour tout ce travail, j’en suggérerai la lecture. Ensuite, du blabla pour introduire une question : l’ethnocentrisme est ici décrit comme la façon dont un individu a une opinion excessivement positive du groupe auquel il appartient (endogroupe) et, par conséquent, a une vision négative des autres groupes (les exogroupes) et, hiérarchise ces groupes avec l’endogroupe au sommet de la hiérarchie. Formellement, cette définition ne précise pas que les groupes doivent être des groupes « ethniques » et de fait, l’étude a considéré le groupe « femme » et j’imagine qu’on pourrait facilement lui substituer des groupes non ethniques mais… Lire la suite »
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[…] [F3] « Nous forts et bons, eux faibles et mauvais ! » : l’ethnocentrisme […]

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Invité

Bonjour,

le lien: https://www.vice.com/fr/article/henry-de-lesquen-theories-racistes-delirantes à une erreur (le s finale n’est pas dans l’url du lien)

Bonne journée

Kaeso
Invité

Salutations, je viens de voir quelque chose d’étrange. Pour l’item 5, la moyenne du haut groupe est inférieure à celle de la moyenne totale du groupe. C’est une coquille?

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