[F9] Personnalité fasciste et sexe : la recherche du stéréotype plutôt que de l’amour

Précédemment, nous avons vu que les hauts scores (potentiels fascistes) avaient une représentation, une conscience d’eux-mêmes « tronquée » ou « réduite » ; les chercheurs parlent de « moi faible », dans le sens où les hauts scores extrêmes s’épuisent mentalement à maintenir une façade, une image d’eux-mêmes qu’ils veulent montrer forte, normale, conforme aux stéréotypes de leur endogroupe. Puisqu’ils refoulent les traits négatifs, n’élaborent pas à partir des problèmes, ils ne peuvent pas construire de singularité ; contrairement aux bas scores, qui ayant conscience de leurs défauts, tentent de les surmonter, les transformer ou de les assumer de façon sublimée.

***

Cet article est la suite de :

***

Est-ce différent dans leurs relations amoureuses et/ou sexuelles ? Comment les hauts scores considèrent l’autre sexe – qui certes n’est pas minoritaire, mais qui est néanmoins un exogroupe, des personnes différentes d’eux ? Ayant manqué d’affection authentique enfant, on pourrait imaginer qu’il y a là une voie qui puisse les extirper de la rigidité mentale, via l’amour. Mais autrui, même aussi proche qu’un partenaire amoureux, a-t-il ce pouvoir ? Ou bien est-ce que le haut score fait inconsciemment en sorte de maintenir son système mental tel qu’il l’a toujours été, c’est-à-dire fermé ?

Dans les années 50, les rôles des hommes et des femmes sont très déterminés par la société, la liberté est moindre, les préjugés concernant les rôles sont forts, il est impensable qu’un homme ne travaille pas et s’occupe du foyer et que la femme soit au travail plutôt qu’au foyer. À ce titre, comment les bas scores, conjuguent leur autonomie mentale avec ces impératifs de rôles ?


Pourquoi parler de sexe ?


C’est l’une des sections que j’ai hésité à rapporter dans ce dossier, non à cause de ses thèmes, mais parce que l’étude de la famille ou encore de la perception des autres qu’on verra la prochaine fois était beaucoup plus riche de connexions avec le potentiel fascisme, plus riche d’éléments de compréhension de cette mécanique rigidifiée.

L’autre raison, c’est que cette analyse était plus imbibée de psychanalyse freudienne, et la perception de la femme et de l’homme y sont à mon sens un gros problème ; Freud ne pensait pas que le stéréotype femme et le stéréotype homme étaient des constructions sociales, et le stéréotype est confondu avec une certaine forme de nature, du moins symbolique, qui serait féminine ou masculine.

Mais j’ai trouvé que l’analyse d’Else Frenkel-Brunswik qui a rédigé cette partie de l’étude n’était pas trop « dogmatique », et laisse toute latitude à une lecture de psycho sociale, notamment avec les termes de « pseudoféminité » et « pseudomasculinité » qui mettent en exergue la façade sociale des rôles stéréotypés liés au genre.

Il me semble vraiment très important de se rappeler que cette étude date de 1950, parce qu’ici on voit bien que le sexisme n’est pas problématisé, tant il est encore institutionnalisé profondément. Ainsi, même les propos les plus anti-conformistes des bas scores ont un accent sexiste, même s’il y a une réelle volonté de s’échapper des rôles injustes et obligatoires. Mais l’important est de voir comment, malgré les conventions de l’époque, les bas scores les surmontent pour construire une forme d’autonomie mentale ou comment ils expriment ce conflit entre ce qu’ils sont et ce que veut la société de leur vie. Le sexisme des hauts scores est évident, mais là aussi le plus intéressant n’est pas de voir leur stéréotypie s’attaquer à un groupe différent, mais comment ce sexisme couvre la faiblesse de leur moi (en leur offrant un pouvoir factice sur l’autre sexe), comment ils exploitent ces conventions pour pallier à des manques psychiques.

Autrement dit, on va voir que le stéréotype encouragé par la société, la culture de l’époque, est vu comme un défi à surmonter/à sublimer chez les bas scores les plus autodéterminés et que les hauts scores ont besoin de ces stéréotypes pour entretenir une pseudopuissance de façade qui cache une faiblesse de leur moi, une difficulté à construire de vraies relations basées sur l’affection et la singularité de l’autre, que cette dépendance au stéréotype est au service de leurs ressentiments, leurs frustrations, leurs peurs.

Cette affiche est une vraie affiche de la manif pour tous, que ce mouvement a qualifié « d’humoristique ». Le mouvement se bat néanmoins pour préserver les stéréotypes, les imposer comme étant « la nature » des hommes et femmes, et se bat contre ceux qui ne pensent pas comme cela. Les écrits de Zemmour sont également du même style, avec une confusion entre normes sociales et nature. Il y a donc des personnes, encore aujourd’hui, qui pensent comme les potentiels fascistes de 1950 que nous étudions ici.

 


Vue globale de l’étude


Rappel : ci-dessus le résumé des catégories sous-jacentes de la thématique « sexe » dans les entretiens cliniques. Il y a 80 sujets extrêmement haut et extrêmement bas sur l’échelle d’ethnocentrisme. Les pourcentages correspondent au pourcentage de l’échantillon par exemple les hommes hauts scores voient « le sexe comme moyen d’obtenir un statut » dans leur entretien à 40 % d’entre-eux.

catégories

HS homme

HS femmes

Moy HS

BS hommes

BS femmes

Moy bs

22. sexe comme moyen d’obtenir un statut ; rationalisation des défauts ou échecs ; emphase sur les « dates» et les conquêtes

40 %

40 %

40 %

5 %

6,67 %

5,71 %

Admission ouverte de l’inadéquation ou des insuffisances sans rationaliser

10 %

4 %

6,67 %

40 %

80 %

57.14 %

23. rejet du ça ; moralisme du ça ; rejet du sexe ou

85 %

36 %

57,78 %

30 %

26,67 %

28,57 %

Acceptation du ça

10 %

16 %

13,33 %

20 %

53,33 %

34 ,28 %

23B promiscuité comme modèle (pas de relation étendue par l’amour)

0 %

28 %

15,55 %

5 %

13,33 %

8,57 %

Inhibitions conscientes sans moralisme

0 %

0 %

0 %

0 %

6,67 %

2,85 %

24. Attitudes sexuelles dichotomiques : sexe VS affection ; pure VS mauvaise femme ; relations sexuelles dépersonnalisées

55 %

64 %

60 %

15 %

26,67 %

20 %

Fusion du sexe et de l’affection ; orientation ou relations personnalisées

20 %

8 %

13,33 %

20 %

40 %

34,28 %

25. ressentiments sous-jacents d’irrespect envers l’autre sexe combinés avec une pseudo admiration

65 %

48 %

55,55 %

10 %

6,67 %

8,57 %

Authentique respect pour l’autre sexe, ambivalence ouverte ou conflit ouvert sur les rôles

25 %

8 %

13,33 %

35 %

73,33 %

51,41 %

26. orientation vers le pouvoir : attitudes d’exploitation, de manipulation

65 %

36 %

48,88 %

10 %

13,33 %

11,42 %

Recherche d’amour

25 %

8 %

13,33 %

50 %

93,33 %

68,57 %

27. déterminés par valeurs conventionnelles déterminées

60 %

40 %

48,88 %

15 %

13,33 %

14.28 %

Déterminés par valeurs individualisées

25 %

8 %

13,33 %

30 %

73,33 %

48,57 %


Ambivalence VS le respect


catégories

HS homme

HS femmes

Moy HS

BS hommes

BS femmes

Moy bs

Ressentiments sous-jacents d’irrespect envers l’autre sexe combinés avec une pseudo admiration

65 %

48 %

55,5 %

10 %

6,67 %

8,5 %

Authentique respect pour l’autre sexe, ambivalence ouverte ou conflit ouvert sur les rôles

25 %

8 %

13,3%

35 %

73,3 %

51,4%

Comme avec leurs parents, les hauts scores ont un sentiment ambivalent envers les personnes de l’autre sexe : d’un côté ils les glorifient, mais de l’autre il y a un fort ressentiment, un irrespect. Il y a cette idée que les femmes, pour les hommes hauts scores sont « toutes les mêmes » (de façon négative) :

Rappel : les noms des sujets ont été anonymisés par les chercheurs par des « codes » ; « M » correspond à un sujet homme, « F » à un sujet femme. Nous avons mis en rouge les hauts scores, en bleu les bas scores. Les propos en italique et en parenthèse sont les questions des intervieweurs.

M40 : « (Quel genre de personne était votre belle-mère ?) C’est difficile à décrire, c’est juste une autre femme, je suppose… Rien d’exceptionnel. (De quelle manière était-elle comme votre père ?) Elle n’était pas comme mon père. (De quelle manière elle était différente ?) Dans tout. Elle n’était son égal en rien – pas du tout égale intellectuellement. »

M11 : « Mais je ne peux pas supporter d’être entouré d’un groupe de filles, leur bavardage est trop insensé. Elles sont toutes les mêmes. Les clubs d’étudiantes, c’est là où l’on trouve le plus d’arrogance et elles sont renfermées sur leur groupe. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Pour les hauts scores hommes, la place de la femme est évidemment à la maison, et il y a des contradictions et des ambivalences à ce sujet dans leur discours :

M81 : « Je ne pense pas que les hommes respectent les femmes ou quoi que ce soit au sujet des femmes, de la façon dont ils devraient le faire… En d’autres termes, les femmes ne sont pas inférieures aux hommes. Après tout, ce sont elles qui ont les mains sur le berceau. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Son admiration pour les femmes va de pair avec sa conception des femmes comme faibles. Le sujet M81 soutient fermement que les restrictions devraient être levées pour les femmes, mais exprime sa désapprobation de la présence des femmes dans le monde des affaires. Il estime que cela gâterait les chances de la femme, ces chances étant pour lui d’être au foyer.

Mack « [au sujet de sa femme] Elle est très gentille – pas belle, mais avec une personnalité très sympathique. Elle est d’origine française et en partie irlandaise. […] Je n’aime pas qu’elle enseigne ; j’aime l’idée d’entretenir ma femme. Je l’ai toujours pensé. Mais peut-être que les circonstances feront que ce ne sera pas possible. Elle fait bien la cuisine et c’est un avantage, avec mon estomac délicat. Quand je lui dirai que vous approuvez notre mariage, cela lui fera plaisir, mais naturellement je suis un homme et c’est toujours moi qui prends les décisions »

M14 : « (Et les filles ?) Eh bien, il n’y a rien de définitif encore, bien que j’en ai connu beaucoup. Je n’en ai jamais trouvé une avec qui je voudrais me marier. Je veux une fille dont le seul intérêt est la maison. Je pense que la place d’une femme ne devrait pas être dans le monde des affaires. Tant de femmes ont perdu le sens du foyer… »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Le ressentiment sous-jacent est présent aussi chez les femmes à haut score et il y a adhésion à l’idée de pseudoféminité :

F24 : « Bien sûr, maintenant, si vous choisissez un homme comme un ami, tout de suite, ils veulent du sexe. Vous devez faire attention aux hommes. »

F31 : « Je ne voudrais pas non plus être ouvrière d’usine. Ce n’est pas très bien de le dire maintenant, alors qu’ils ont besoin de monde travaillant dans les usines, mais je ne peux pas voir une fille travaillant en jeans, dans la graisse, et se mettant au même niveau que les hommes. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Les bas scores sont plus en recherche de camaraderie chez l’autre sexe, l’affection y est plus authentique ; la franchise est aussi quelque chose d’important pour eux :

M59 : « Quand je rencontrerai une fille pour moi, je lui expliquerai toute ma vie passée, parce que je ne crois pas que le bonheur puisse être basé sur des mensonges. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

L’amour et le respect restent malgré les difficultés :

M50 : « À l’époque, j’étais trop égocentrique pour être amoureux de quelqu’un… Je l’admirais et la respectais, je l’aimais… mais n’aurions jamais dû nous être mariés. Aujourd’hui je pense que nous pourrions avoir une meilleure chance que cela se passe bien… parce que j’ai grandi suffisamment. »

F30 : « Je pensais que X était merveilleux, il était si brillant, ses idées et ses aspirations et les miennes étaient tout à fait semblables… Nous étions tous de bons compagnons et amis, nous avons parlé de tous les problèmes du monde, mais nous n’avons jamais vraiment parlé de nous-mêmes. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Cependant le conventionnalisme concernant les rôles féminins ou masculins peut être présent chez les bas scores, comme nous le montre le témoignage de Larry (qui est globalement haut en conventionnalisme) ; cela ne se fait pas sans certaines contradictions qui montrent cette tension entre la volonté de respecter les conventions et également vouloir être progressiste :

Larry : (morale sexuelle ?) je pense qu’une fille devrait rester vierge, en tout cas jusqu’à 21 ou 22 ans. Après, si elle a l’intention de se marier rapidement, elle devrait attendre après le mariage, mais si elle pense à sa carrière ou ne veut pas se marier, alors il n’y a rien de mal à ce qu’elle ait une aventure avec un célibataire du moment qu’ils restent discrets et à l’écart, pour ne pas abaisser les critères moraux des autres. Elle devrait se choisir un homme avec qui avoir des relations sexuelles et ne pas sortir avec d’autres hommes. […] Je voudrais que ma femme aussi soit vierge, même si ce n’est pas indispensable. J’ai perdu tout respect pour les femmes avec qui j’ai couché. Je sais que c’est égoïste, mais je suppose que la plupart des garçons sont comme ça. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)


Statut et pouvoir


catégories

HS homme

HS femmes

Moy HS

BS hommes

BS femmes

Moy bs

22. sexe comme moyen d’obtenir un statut ; rationalisation des défauts ou échecs ; emphase sur les dates et les conquêtes

40 %

40 %

40 %

5 %

6,67 %

5,71 %

Admission ouverte de l’inadéquation ou des insuffisances sans rationaliser

10 %

4 %

6,67 %

40 %

80 %

57.1%

26 orientation vers le pouvoir : attitudes d’exploitation, de manipulation

65 %

36 %

48,88 %

10 %

13,33 %

11,42 %

Recherche d’amour

25 %

8 %

13,33 %

50 %

93,3 %

68,5%

Les hauts scores ont tendance à voir le sexe comme un moyen d’obtenir un statut ; pour reprendre les termes qu’on a utilisés la dernière fois, il s’agit là d’avoir une bonne « façade » sur le plan sexuel également. En cela, la catégorie « sexe comme moyen d’obtenir un statut » est liée à la rationalisation des défauts ou échecs sexuels, car cette rationalisation est aussi un moyen de faire bonne figure, d’entretenir une façade bonne et conventionnelle.Voici quelques exemples de cette exploitation du partenaire pour l’argent de la part d’hommes hauts scores :

 

M40 : « (Quel genre de femme aimeriez-vous épouser ?) Une femme riche. (D’autres exigences ?) Eh bien, je voudrais qu’elle ait au maximum 35 ans, de préférence entre 28 et 30 ans. (D’autres caractéristiques ?) Je prendrais ce qui vient. »

M45 : « J’ai été marié trois fois, la première fois à X, à dix-huit ans, cela a duré six semaines. C’était ma partenaire dans une marche de danse, on s’est marié à terre, sans amour, mais on a reçu de l’argent de la part des spectateurs. Les relations sexuelles étaient plus agréables avec elle qu’avec mes autres épouses. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Nous avons vu précédemment que les hommes hauts scores tendaient à avoir besoin d’un idéal et de se percevoir comme pseudomasculin (virilité) et on retrouve cette tendance dans la façon dont ils se vantent de leurs conquêtes sexuelles pour masquer un manque d’expérience ou de succès dans ce domaine ; ils rationalisent avec des arguments extérieurs et non de problèmes venant d’eux-mêmes.

M45, un homme haut score, se vante beaucoup sur sa capacité à séduire les filles : « (Où êtes-vous instruit pour le sexe ?) Dans une voiture sur un parking […] je pense que c’était quand j’avais environ quatorze ou quinze ans… Oh, attendez une minute, je devrais remonter plus loin que cela. La première fois, c’était quand j’avais environ huit ans. Bien sûr, je ne savais pas ce que je faisais. C’était mon cousin… (d’un commun accord). Cela m’a rendu malade. (Premier rapport sexuel ?) Eh bien, je devais avoir quinze ans. […] avec une fille que je connaissais à peine. Elle devait être âgée d’environ vingt ans, à cheval, deux couples dans la voiture, un modèle A. Elle et moi sommes partis par nous-mêmes…. C’était une relation d’une nuit. Je ne pense pas la revoir. (Avez-vous eu beaucoup de relations avant de vous marier ?) Oui. (Des relations ponctuelles ?) Oui, c’est tout. (Qu’en est-il de votre deuxième femme ?) J’ai été avec elle deux fois. J’avais vingt ans. La deuxième fois n’a pas duré longtemps. Je me marie toujours de façon spectaculaire. Nous nous sommes mariés dans un taxi… Nous avons eu des rapports sexuels avant notre mariage, après quatre mois de connaissance. Elle était vierge. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Pour les femmes haut score ce statut enviable, c’est la popularité, la désirabilité en quelque sorte couplée au besoin que l’autre ait un « bon » statut :

F32, une femme à haut score, fait remarquer qu’elle avait toujours eu « des tas de copains ». Quand elle était en quatrième année, il y avait un garçon qui portait ses livres à la maison et ils sont restés amis pendant de nombreuses années. Il n’y eut aucun baiser entre eux ou de chose dans ce genre. Son père avait une ferme dans X et la famille y passa ses étés pendant de nombreuses années. Un été, quand elle avait environ 18 ans, quelque chose de très dramatique s’est produit. Une nuit, un fermier qui s’était intéressé à elle est venu à la porte d’entrée et a dit à ses parents qu’il se tuerait si elle ne l’épousait pas. Lorsqu’on leur a demandé jusqu’où leur relation était allée, elle a nié qu’il y avait eu le moindre baiser ; « Il n’était qu’un fermier ».

F31 : « Mais il y a une chose qui me dérange. Samedi soir, j’avais une date à l’aveugle, et ce garçon je l’ai beaucoup aimé ; seulement il est marin et mon petit ami est officier. Ce n’est pas que je sois préoccupée par les galons. (Mariage ?) Eh bien, j’aimerais quelqu’un. . . avec une bonne personnalité qui se mêle bien avec les gens. Quelqu’un qui est en même temps sérieux au sujet de l’avenir. Mon petit ami est ingénieur. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Les discours sont radicalement différents chez les bas scores : ils parlent volontiers de leurs échecs, de leurs failles, de leurs défauts comme ils le font avec tous les sujets. N’ayant pas besoin d’avoir un idéal de pseudoféminité ou de pseudomasculinité, ils parlent ouvertement de leurs expériences, quand bien même elles seraient un échec :

M55 : [au sujet de sa première expérience] « Oh, c’était il y a environ 14 ans, même si ce n’était pas vraiment un succès… J’étais tellement maladroit, je ne sais pas si on peut appeler ça une expérience ; pour vous donner une idée, j’avais environ dix-sept ans et c’était sur le siège arrière d’une voiture. » (Autres expériences sexuelles avant le mariage ?) Le sujet mentionne plusieurs relations accidentelles, dont aucune n’a conduit à des histoires : « Je pense que cela a probablement contribué à mon sentiment de ne pas réussir et de ne pas être en mesure de… peur d’être maladroit. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Le rôle de femme, la pseudoféminité est un problème chez les femmes bas scores qui disent explicitement ne pas réussir à accepter ou se plier aux conventions de l’époque (être populaire auprès des garçons, avoir des rendez-vous et adorer tout cela) :

F27 « (Après avoir commencé à faire connaissance avec des garçons, étiez-vous à l’aise avec eux ?) Pas vraiment. Je n’ai même pas aimé les rendez-vous. J’étais trop inquiète à l’idée qu’ils m’en demandent un autre. Je ne peux pas dire que j’ai aimé beaucoup les garçons. C’est juste l’idée qu’ils sont des garçons, je n’ai jamais été enthousiaste à cela comme certaines filles, je n’ai jamais aimé personne avant d’avoir rencontré mon mari. »

F30 n’a aucune difficulté à admettre qu’elle n’a jamais eue de rendez-vous : « Nous sommes devenus fiancés sans jamais avoir de rendez-vous. En fait, je n’ai jamais eu de dates… Nous rions souvent maintenant du fait que nous nous sommes fiancés et savions que nous voulions passer notre vie ensemble, et cela sans avoir jamais eu de rendez-vous.

F63 raconte sa difficulté à accepter le rôle féminin : « Je n’arrive pas à me faire faire quoi que ce soit, je n’ai jamais accepté mon rôle de femme. J’ai eu de nombreuses dépressions du fait que mes ambitions aient été bloquées [par le mariage]. J’aime vraiment mon mari actuel, je voudrais me relever pendant qu’il est en mer. Si je n’y arrive pas, je le perdrai aussi. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Il y a souvent chez les femmes à bas score un conflit mental ouvert entre le fait d’avoir des ambitions et le fait que celles-ci soient bloquées à cause du mariage ; c’est d’autant plus compliqué qu’elles aiment leurs maris. On voit là un véritable problème directement causé par les normes sociales de l’époque qui restreignent leur être et dont elles subissent assez consciemment les conséquences.


Conventionnalisme VS individualisme


catégories

HS homme

HS femmes

Moy HS

BS hommes

BS femmes

Moy bs

27 déterminés par valeurs conventionnelles

60 %

40 %

48,88 %

15 %

13,3%

14.2%

Déterminés par valeurs individualisées

25 %

8 %

13,33 %

30 %

73,3%

48,5%

Les hauts scores sont déterminés par des valeurs conventionnelles lorsqu’il s’agit de choisir leur partenaire et les relations sexuelles et/ou amoureuses. L’accent est mis sur ce qui est approuvé socialement, le statut socio-economique est important à leurs yeux, ainsi que l’appartenance à une église. Le ton est moraliste, comme le montre bien ce témoignage d’une femme haut score :

F32 : « Eh bien, je pense qu’en raison de la société dans laquelle nous vivons, les jeunes gens perdent beaucoup en ne se mariant pas dans l’église de leur confession. Ils perdent le respect pour le mariage et n’apprennent pas le vrai sens des vœux de mariage, quand il est fait ainsi commercialement (dans un office public). Je pense que quand les gens sont mariés à l’église – par cela je ne veux pas dire un grand mariage nécessairement – ils ont l’une des plus belles expériences de leur vie… Ce que l’Église peut enseigner à la jeunesse, c’est « choisir ». Par cela, elle entend principalement choisir entre le bien et le mal, mais aussi choisir ses amis. Dans un groupe de parole à l’église, on rencontre le bon type de jeunes ; Pas du genre qui traîne autour de la rive du lac la nuit. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Encore un témoignage où le statut est primordial aux yeux d’une femme haut score :

F74 : « (Quels sont les traits souhaitables pour un compagnon ?) Le compagnon devrait être sur le même statut socio-économique. Ils devraient profiter de faire les mêmes choses et s’entendre sans trop de querelles. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Les hommes hauts scores s’attendent à ce que leurs femmes soient au foyer, prennent soin des enfants et de la maison

M20 : « Dans mon esprit, il n’y a aucun doute à ce sujet. La place de la femme est à la maison. Pour maintenir une maison et faire ce qui est bien un homme devrait être en mesure de pourvoir financièrement à la famille… Une femme n’a pas à aller au travail. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Les bas scores ont pour leur part des désirs qui ne sont pas stéréotypés, qui ne sont pas conventionnels. Ils sont déterminés dans le choix de leur partenaire et leur vie avec par des valeurs individuelles, un rapport intrinsèque à la personne, pas à ce que devrait être une femme ou un homme :

M53 : « (Quelle sorte de fille vous attire ?) Je ne sais pas… Je pense que celles que j’aime sont celles qui ont un esprit plus indépendant […] Eh bien, le charme (rires), l’humour et une certaine liberté d’esprit. Plus réfléchie que dans l’action… (Et votre fiancée actuelle ?) Elle semble avoir toutes les caractéristiques que j’aime… Je m’amuse à être avec elle, elle est intelligente, elle est jolie. Elle m’aime, ce qui est très important. Nous partageons des choses ensemble. La musique, la lecture, la natation, la danse. La plupart des choses que nous faisons ne nécessitent pas trop d’énergie, ce qui les rendent bonnes. »

Chapter 11: Sex, People, and Self as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)


En résumé


Le haut score manque d’individuation vis-à-vis du membre du sexe opposé, c’est-à-dire qu’il a du mal à le distinguer en tant qu’individu singulier de son groupe. Il refoule les pulsions sexuelles du reste de sa personnalité, par exemple il opère un déplacement en accusant le monde de dépravation sexuelle plutôt que de faire face à ses propres envies sexuelles qui sont inacceptables à sa conscience. Enfant, rappelons-nous qu’ils ont eu une éducation sévère, sans explication, où seule était admise la soumission, cela explique sans doute pourquoi ils refoulent quantité de pulsions, quelle qu’en soit la nature.

Le haut score a une relation avec l’autre sexe pauvre en affection et une approche d’exploitation et de manipulation lorsqu’il s’agit de choisir un partenaire, ce qui rappelle là aussi leur relation d’exploitation matérielle des parents. Il est préoccupé par le statut de la personne et sa conventionnalité : la relation n’est pas authentique, elle n’est pas intrinsèque. Il a des attentes concernant son ou sa partenaire qui sont stéréotypées et rigides.

Le haut score glorifie l’autre sexe, c’est une admiration superficielle couplée à un ressentiment sous-jacent, comme c’était le cas avec leurs parents.

On voit donc dans leur relation à leur partenaire le même système mental que formé lors de l’enfance, fait d’un conventionnalisme rigide, une relation extrinsèque à l’autre.

Les bas scores ont une relation à l’autre sexe assez diverse, beaucoup moins « nette » ; mais globalement, ils ont une approche de l’autre sexe plus personnalisée, plus portée sur les qualités intrinsèques de l’autre, plus orientée vers l’amour. Mais tout n’est pas parfait, ils ont aussi des problèmes, et ils se référent souvent à leurs échecs, leurs inhibitions et leur difficulté à s’ajuster à l’autre. Ils cherchent un amour si intense que ce n’est parfois pas satisfaisant ; on voit également ici l’enfance qui parle, avec la relation intense vécue avec leur parent, qu’ils peinent à retrouver à tel niveau d’intensité. Il peut y avoir dépendance émotionnelle au/à la/le conjoint.e.

Mais globalement, les bas scores acceptent mieux leur sensualité et leurs diverses pulsions sexuelles ; lorsqu’il y a des conflits avec leur partenaire, ceux-ci sont ouvertement exprimés, ce qui permet de les résoudre. Les hommes bas scores acceptent de s’attribuer des traits « féminins » contrairement aux hauts scores hommes ; c’est la même chose pour les femmes bas scores qui s’attribuent des traits masculins.  Même si cela était difficile à vivre dans leur époque (ils étaient marginalisés de ne pas correspondre parfaitement au stéréotype), cela leur permet de réduire drastiquement l’hostilité, l’agressivité et le ressentiment sous-jacent envers l’autre sexe, des sentiments que l’on trouve chez les hauts scores adeptes des stéréotypes qui nuisent à leurs relations interpersonnelles ainsi qu’à eux-même.

La suite : [F10] L’enfer, c’est les autres

Si vous souhaitez nous soutenir, c’est par ici :

tipeee hacking social

Viciss Hackso Écrit par :

Attention, atteinte de logorrhée écrite et sous perfusion de beurre salé. Bisounours destructrice de choux-fleurs à temps partiel.

7 Comments

  1. Périclès Gribeauval
    3 avril 2017
    Reply

    Bonjour. Pour commencer je tiens à dire que mon commentaire ne porte que sur cet article, n’ayant pas lu le reste de cette série d’articles. Je tiens également à dire que je respect et estime l’auteur pour son travail détaillé et sérieux.
    J’ai cependant relevé quelques points sur lesquels je voudrai réagir.
    – Je suis issu du milieu que vous dénoncez. Avec vous idées que j’ai eu l’impression de lire une somme de clichés , certes approfondis, que l’on peut entendre chez tous ceux qui ne sont pas d’accord avec ce milieu?
    Je ne suis pas choqué ou indigné, et je comprend bien pk l’auteur/vous si l’auteur me lis, arrivez à de telles conclusions, et moi même je critique allègrement ce milieu en permanence et sur bon nombre de sujets. Je suis même d’accord avec vous que la soumission sans comprendre, le refoulement et donc la peur du désir est bien trop présent dans ce milieu, et je vous félicite de terminer en disant que chaque groupe social à ses défauts.
    Mais:
    1- Vous semblez oublier l’importance de la religion catholique dans ces milieux, qui, bien suivies est une religion prônant un amour infini. Et si bcp de jeunes de ces milieux suivent des clichés néfastes, je puis vous certifier que bcp de jeunes tentent de suivre ce chemin, prônant entre autre non pas la manipulation et autres mauvais rapports entre les sexes, mais le don total.
    2- l’on sent, et j’espère que vous ne serez pas offensé, que vous n’êtes pas de formation scientifique, notamment en science humaine.
    Parce que, l’on sent que vous avez déjà votre parti pris, que vous étalez tout au long de l’article, parti pris que vous ne remettez pas en question. Vous ne prenez pas de recul sur le sujet que vous étudiez, car, si l’objectivité parfaite est impossible, le scientifique en science humaine y tend toujours. Votre discours n’est pas neutre, il est engagé. Cela ne pose aucun problème, d’être engagé, c’est quelque chose de beau, mais avec votre graphiques, le côté presque scientifique, les références à la psychologie, vous ne donnez pas l’opportunité au lecteur , surtout au lecteur n’ayant pas les systèmes de réflexion nécessaire, de bien distinguer si votre article est a but scientifique ou militant. Faire un mix des deux est possible, mais plus dangereux, les émotions prenant facilement le pas sur la vérité.
    Enfin, vous n’hésitez pas , a contrario du scientifique en sciences humaines, à tirer très vite de grandes généralités présentées dans l’article comme intangibles, et ne visez pas l’impartialité en donnant des bons côtés de ce milieu.
    Par conséquent votre article ne peut que conforter celui qui pense comme vous dans sa position, et celui qui n’est pas d’accord à vous donnez immédiatement le qualificatif peu glorieux de gauchiasse qui ‘y connaît rien: votre article n’invite pas à la réflexion de tous mais encourage au contraire la haine et l’incompréhension entre ces milieus et le reste de la société.
    J’oubliais, que vous ne semblez pas avoir été au contact de manière longue et sérieuse de ce milieu sans parti pris, ce qui est très important quand on étudie un groupe social.
    Enfin, vous ne vous posez jamais la question de pourquoi ces milieux réagissent, pensent comme ils le font.

    Monsieur, madame l’auteur, habitué(e) peut-être à ne croiser que haters dans les commentaires, je vous en prie, ne vous offensez pas de mon propos, je vous critique comme je pourrai critiquer un membre de la discipline, l’Histoire: dans le but de vous permettre de vous améliorer, et celui de faire avancer le sujet dont nous traitons.
    Ainsi, je vous laisse juge de mon commentaire, et croyez bien que si je vous ai critiqué de manière si détaillée, c’est pour vous permettre , vous aider, d’écrire de meilleurs articles encore, car vous avez le talent, les capacités, d’en écrire d’excellent… y compris en continuant de critiquer les milieux que vous dénoncez dans votre article 🙂 .
    Je vous souhaite une excellente journée, vous remercie pour votre article et vous félicite pour vos efforts.

    • Viciss0Hackso
      3 avril 2017
      Reply

      Alors cet article ne dénonce pas le milieu catholique, je me vois surprise qu’on puisse le penser ; la référence à la manif pour tous ne concerne que l’image sur les stéréotypes ; il y a des témoignages de haut scores chrétiens, mais il y a aussi des bas scores chrétiens, nous avons parlé de la religion précédemment et elle n’a pas vraiment d’influence tangible sur le haut ou bas score dans ces recherches : http://www.hacking-social.com/2017/01/30/f3-nous-forts-et-bons-eux-faibles-et-mauvais-lethnocentrisme/ C’est la façon de prendre ces croyances, qu’elles soient politiques, religieuses ou autre qui peut être un problème.
      Pour cette étude, il n’y a absolument presque aucun mot subjectif de ma part, je suis restée collée serrée au l’étude originelle, vous pourrez le constatez en lisant le chapitre ici : http://www.ajcarchives.org/AJC_DATA/Files/AP14.pdf (la totalité de l’étude ici : http://www.ajcarchives.org/main.php?GroupingId=6490 ) d’ailleurs c’est à ce point que j’ai parfois culpabilisé de peut être trop paraphraser les chercheurs. Ce n’est pas une « référence » à la psychologie, c’est une étude de plusieurs chercheurs en psychologie sociale, sociologie et philosophie. Et oui, elle est engagée contre le fascisme, et elle est très explicite sur le sujet (j’en parle dès le chapitre F1)
      « Vous ne prenez pas de recul sur le sujet que vous étudiez »
      Ici les premières critiques de l’étude : http://www.hacking-social.com/2017/02/27/f6-le-facho-est-il-celui-qui-traite-de-facho-critiques-de-lechelle-f/ les autres viendront quand on aura terminé cette partie de psychologie clinique.
      « vous n’êtes pas de formation scientifique, notamment en science humaine »
      J’ai pour ma part une licence en psycho, Gull un master en philosophie. Mais ça ne devrait pas avoir tant d’importance, ça me brise un peu le cœur de devoir faire des références à ces choses extrinsèques alors que l’on a appris tellement en autodidacte.
      Pour le reste des accusations (malgré quelques appréciations sympathiques à la fin – merci d’ailleurs – ça en reste néanmoins des accusations) comme « vous ne semblez pas avoir été au contact de manière longue et sérieuse de ce milieu sans parti pris« , je crois que cela vient d’une mauvaise compréhension de cette partie de l’étude (si vous n’avez pas vu un peu le reste, c’est compréhensible) : ce n’est pas nous qui l’avons mené, nous rapportons aussi fidèlement que possible, sans subjectivité, les résultats et commentaires de l’étude.
      Je reste encore très surprise que cet article ait pu être considéré à charge contre les chrétiens, alors que les chercheurs étudient les hauts scores c’est à dire des personnes testées sur l’échelle F, à personnalité autoritaire, et qui proviennent de tout sorte de religion ou sont parfois athées ou agnostiques. Il en va de même pour les bas scores, leurs religions ou absence de religion est très variable, ce n’est en rien un déterminant sur leur comportement en tout cas lié à la personnalité autoritaire. Pouvez-vous me dire quelle phrase, quel paragraphe ou que sais-je, qui ait pu faire croire à cette horreur (parce que oui je crois que c’est vraiment horrible de penser cela) que les chrétiens seraient tous haut scores/à personnalité autoritaire ? Il me semble que c’est cela qu’il faille que je corrige de toute urgence car ce n’est nullement mon intention d’affirmer ces horreurs, au contraire.

      • Périclès Gribeauval
        3 avril 2017
        Reply

        Je vous remercie tout d’abord de répondre à mon commentaire et me permet de vous dire combien il est agréable de discuter autrement que bêtement dans des commentaires sur internet.
        Je reconnaîs vous avoir mal jugée, et ayant lu vos autres articles, je me suis rendu compte que certains de mes arguments sont caducs.
        Je vous remercie de reprendre patiemment ce que j’ai dis, et d’argumenter, je viens de jeter un coup d’oeil aux études que vous mettez en lien, elles ne manquent pas d’intérêt. Je trouve intéressant l’histoire des bas et hauts scores, mais je me pose la question suivante: pk haut et bas scores sont placés en parallèle ( je n’ose dire à la même échelle) alors que l’individu haut score, dans un cadre approprié, au calme, et face à un interlocuteur adapté; ou en situation de faiblesse, pourra tenir des propos de bas scores et être plus « sincère » et en adéquation avec son moi, avec ses émotions etc.
        Pour vos études, je m’en voudrais vraiment de vous briser le coeur, et je vous présente sincèrement mes excuses, je ne suis moi même dans un stade d’études moins avancé que le vôtre et autodidacte. Si j’insistais sur les études, c’est qu’elles donnent un cadre de réflexion, et comme je suis en découverte du site j’ai oublié un instant que bcp de membres du hacking social sont des gens compétents a l’opposé des premiers rageux que l’on trouve sur internet.
        Et cela m’ouvre sur le point suivant.
        Votre article, avec les arguments que vous venez de développer, et le reste de la série d’articles sur le fascisme, n’est pas en soi à charge contre le milieu chrétien, catholique, contre la manif pour tous etc… Mais je veux ici attirer votre attention sur quelque chose de précis. Je critique pas mal ce milieu, je fait attention au recul, j’ai l’habitude de la pêche au savoir sérieuse sur internet et je pratique bpc la remise en question. Mais, je me suis fait avoir. Je me suis fait avoir parce que les affiches de la manif pour tous sont placées (encore) à coté du mot fascisme, parce que dans l’article on parle pas mal des hauts scores, de pk c pas bien etc, et mes capacités d’analyse étant déja amoindries par la présentation, n’ayant pas encore lu le reste de vos articles, je me suis fait avoir lamentablement. Et, si j’ai pu regarder attentivement, le contenu a anéanti la forme.
        J’ai cru retrouvé dans votre discours ce que vous qualifiez vous même d’horreur, et c’est un discours que l’on retrouve souvent sur internet comme ans le débat public… Vous devez connaître le phénomène: un animal qui se sent attaqué, agressé attaque.
        Or je ne pense pas être aussi… réactif sur ce genre de sujet que la plupart des personnes adhérent pleinement à ces milieux, n’ayant parfois pas l’habitude de la réflexion etc… Pour répondre à votre question c’est juste une erreur de présentation, et même sans changer la présentation, vous pourriez rédiger un petit quelque chose en début ou en fin de texte pour prévenir le lecteur.
        Une dernière chose, presque subsidiaire: mes appréciations ne sont pas des accusations.. ou plutôt je ne les vois pas comme telle… plus comme des constats sur mon ressenti premier et rapide, pour lancer les bases d’une réflexion. Mais je conçois qu’elle aies pu vous paraitre comme telles avec le ton que j’ai employé.
        Je vous demande une fois de plus pardon de vous avoir mal jugée, et vous remercie de la leçon d’humilité que vous m’avez donné.

        • Viciss0Hackso
          3 avril 2017
          Reply

          Il n’y a pas de problème 🙂 les critiques quand bien même elles seraient des malentendus sont toujours des occasions de discuter voire de partager ou encore d’en dire plus de façon différente. Parfois ça ne marche pas, et là j’ai l’impression que si 🙂 Merci à toi pour ta franchise, c’est toujours très agréable de pouvoir comprendre autrui avec clarté, et ta sincérité a permis cela.

          « pk haut et bas scores sont placés en parallèle ( je n’ose dire à la même échelle) alors que l’individu haut score, dans un cadre approprié, au calme, et face à un interlocuteur adapté; ou en situation de faiblesse, pourra tenir des propos de bas scores et être plus « sincère » et en adéquation avec son moi, avec ses émotions etc. »

          Les bas scores et hauts scores ont eu exactement les même protocole d’entretien : les psys les écoutaient ne les jugeaient pas ( ici pour le protocole : http://www.hacking-social.com/2017/03/13/f7-une-famille-au-fonctionnement-totalitaire/ ), étaient bienveillants et sécurisants (garantie d’anonymat par exemple). Les questions étaient neutres au possible pour libérer la parole de tous et cela ne prenait pas du tout la forme d’un interrogatoire, mais d’une discussion (les psys avaient juste des thèmes à aborder et suivaient les souhaits de conversation de l’autre). Ils avaient tout le temps qu’ils souhaitaient. Donc cela durait parfois trois heures par personne.

          « Je me suis fait avoir parce que les affiches de la manif pour tous sont placées (encore) à coté du mot fascisme »
          Nous apportons un soin particulier sur presque toute nos images d’entête : nous espérons qu’elles suscitent la réflexion ; l’illustration est un bon moyen de penser les choses différemment ou d’apporter un plus. En entête nous avons accolés des parodies et une vraie affiche de la manif pour tous. Parce que celle-ci est particulièrement choquante en défendant les stéréotypes qui causent tellement de torts aux personnes, qui qu’elles soient, on a tous subis les affres des stéréotypes et ses humiliations. Ce n’est souvent que souffrance, que ce soit via la moquerie, le rejet parce qu’on ne serait pas « conforme » au stéréotype, etc. Ce laisser-aller (parce que le stéréotype est un moule de pré-pensée, il n’est pas une réflexion) dans le stéréotype est à combattre, et le « decomplexer » en le vantant, pour nous, c’est insupportable à concevoir quand on sait quelles souffrances, quelles haines et humiliations elle sous-tendent. Choisir cette illustration est une forme de rappel, pour dire que cette vieille étude de 1950 n’est pas périmée, notre époque est lourde de stéréotype, de préjugé, et oui, il faut le souligner lorsqu’un mouvement, quel qu’il soit, rend acceptable l’innaceptable, ici que les stéréotypes seraient « bons » et qu’il faudrait ne jamais les changer voire, implicitement, les faire régner plus fort.

          Je ne comprend cette association chrétien/manif pour tous. Il me semble qu’il y ait dans ce mouvement des non-chrétiens et que certains chrétiens s’opposent à la manif pour tous. Pourquoi associer la religion forcément à ce mouvement ? Cela me semble être dommage pour tous les profils variés qu’il peut y avoir de croyants ainsi que d’athées ou d’agnostiques, les personnes se sentant mises dans des cases qu’elles ne souhaitent peut-être pas (que ce soit être rejeté du mouvement parce qu’ils ne sont pas croyants comme être croyant et être affilié à des idées politiques qu’on ne partage pourtant pas). Est ce qu’il y a quelque chose qui m’échappe là dedans ? Je sais bien que le pape n’est pas très pro-mariage homosexuel, mais il y a des chrétiens (il me semble, à toi de me dire le contraire, ce n’est pas ma spécialité) qui ne suivent pas le pape ou l’Église, qui ont une foi hors institution. Faudrait ils les séparer du groupe « les chrétiens » alors ? Ce sont de réelles questions -peut-être paraissent-elle naïves-, je suis étrangère à la religion mais j’ai un respect sincère (et parfois une grande curiosité) pour tous les croyants.

          • Périclès Gribeauval
            6 avril 2017

            merci, je vous en prie 🙂 d’accord , merci.
            J’ai bien compris l’attention que vous portez aux illustrations, mais disons que chacun à ses sujets sur lesquels il est…chatouilleux.
            Pour l’association manif/religion… Disons que déja on as réduis la manif aux catholiques.. Pour ces même catholiques, ca as été un mouvement fou parce que 1 c est la première fois qu ils se réveillent vraiment depuis 1905 (et croyez moi il y a bcp de ressentiment subis pour pleins de choses en un siècle, et meme en 128 ans pour certains) . 2 les catholiques ( de droite et conservateurs), ceux qui se nomment « les gens biens » : nobles, haute bourgeoisie, tradis, intégristes, et des tas d autres courants) ont pu s’unir et montrer leurs forces: élément fondateur et vu comme mythique ( et dans ces milieus la parmi la jeunesse le « mythe » est super important.
            Je précise catholique parce qu il y a de grosses différences avec le reste des chrétiens.. Ces catholiques sont meme divisés en plusieurs églises et courants. Dans le courant des « gens biens » qqn pour la mariage pour tous, un chrétien de gauche etc.. c’est ni un bon catholique ni un bon chrétien puisque qu’il n’obéit pas à Rome.et par conséquent si ils sors des canons de L’Eglise alors qu il se dis catholique ce n’est effectivement pas un bon catholique ( meme si c qqn de bon) . Quand on dis catholiques et surtout dans ceux liés a la manif pour tous, c’est qu ils sont liés au pape. les autres ont dis juste les chrétiens ou on précise orthodoxes, protestants etc.. Et non il ne faut pas les séparer du groupe les chrétiens. Il faut juste comprendre que dans le christianisme des courants extrèmement différents.. Pour vous donner une allégorie en musique il y a des courants qui n ont rien a voir ( le métal et le romantique par ex.) mais pourtant ca reste tjrs de la musique. Et pour être franc, étant moi même catholique pratiquant, je défend mon « camp » , même si je le critique aussi, et plus que tout je trouve dommeage et très triste que les chrétiens et les catholiques soient si divisés, alors qu’ils pronent au fond le même message d’Amour.

  2. Georgia
    14 avril 2017
    Reply

    Bonjour,
    J’aurai deux remarques suite à cet article et aux échanges ci-dessus dans les commentaires :
    – La première (assez anecdotique par rapport à l’étude décrite ici), c’est l’importance de la place de la voiture dans les débuts de la vie amoureuse et sexuelle des jeunes Étatsunien⋅ne⋅s des années 50. Ce n’est donc pas qu’un cliché cinématographique !

    – La seconde, c’est que je prends conscience que les catégories « hauts scores » et « bas scores » sont totalement décorrélées des classifications par classe sociale, catégorie socio-professionnelle ou socio-culturelle, puisqu’on constate même des différences importantes de score au sein d’une même famille. Les hauts ou bas scores ne constituent donc pas des groupes sociaux en tant que tels. Mais je me demande si pour autant les chercheurs ont observé des biais ou des critères favorisant les hauts ou les bas scores ? Je pense par exemple au fait d’appartenir à un groupe social qui est (ou qui se sent) en déclassement, en perte de pouvoir dans la société, qui est ou se sent menacé, et au sein duquel il pourrait donc y avoir des phénomènes de crispation autour d’une identité et un ethnocentrisme plus fort ?

    Merci encore pour ce fabuleux travail !

    • Viciss0Hackso
      14 avril 2017
      Reply

      Merci ! En effet pour la voiture c’est assez frappant de voir que tous les témoignages ou presque rapportent leur première fois dans une voiture 😀
      « je me demande si pour autant les chercheurs ont observé des biais ou des critères favorisant les hauts ou les bas score »
      Oui en effet pour le déclassement, il y a quelques sujets dans l’étude sans doute devenus hauts scores au cours de leur vie. Adorno parle pour eux de « ressentiment de surface », c’est à dire qu’ils sont autoritaires, à préjugés, etc pour des raisons économiques, mais ce n’est pas dans leur psychisme profond, c’est vraiment lié aux circonstances de leur vie et les problèmes de la société. On parlera de ça en F11, ce sont des personnes qui ont pu avoir une enfance tout à fait convenable, sans traumatismes, mais qui après un Krach boursier ce sont vu perdre leur richesse et « tomber » dans la classe moyenne ou avoir des difficultés. Ils attribuent ensuite la faute à un exogroupe (ici dans l’étude, les juifs, les noirs, les pauvres, les latinos, etc) et ça en devint une sorte d’obsession, sûrement alimentée par certains partis/mouvements politiques de l’époque.
      Mais pour les autres, les déterminations sont d’ordre psychologique (traumatismes, développement empêché, solitude extrême, psychopathologie, etc…) plus que sociologique. D’où le fait qu’en effet, les classes sociales n’ont pas vraiment de déterminations sur le haut score, et même lorsque dans des environnements on trouve plus de hauts scores (en prison et chez les militaires dans l’étude de 1950 par exemple, mais il y a aussi des bas scores) on peut toujours se demander si ce n’est pas le fait d’être haut score qui les as incité à poursuivre ce genre de carrière dans un monde autoritariste ou s’il le sont devenus en cours de route par conformisme/conditionnement à un groupe à plus haut score que le reste de la population. En tout cas, les chercheurs disent que leur étude ne permet pas de conclure quoique ce soit d’un point de vue strictement sociologique (mais en psycho, si) parce que les échantillons ne sont pas représentatifs et l’échelle n’était pas faite dans ce but là.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *