[F7] Une famille au fonctionnement totalitaire

Nous avons vu précédemment que la personnalité autoritaire —  potentiellement fasciste —, a de hauts scores en ethnocentrisme, en soumission à l’autorité, en agressivité, en conventionnalisme et que ceci a été validé scientifiquement par une meta-analyse. Cela explique pas mal de choses sur la façon dont les hauts scores ont recours aux préjugés, mais… Pourquoi ? Qu’est-ce qui a déterminé précisément dans leur vie cette propension à la fois à se soumettre à l’autorité et à « cracher » sur les désignés comme faibles et les personnes différentes d’eux ?

Aujourd’hui, on va plonger directement dans les origines de ces tendances en regardant leur enfance, l’organisation familiale qu’ils ont subie, ainsi que celle des bas scores.

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Cet article est la suite de :

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Mais pourquoi remonter si loin dans le passé ?

On apprend comment se comporter, avec quelle attitude, quelles règles, valeurs ou principes lorsqu’on est enfant, à travers l’apprentissage direct de la famille (leurs explications, leurs punitions, leurs récompenses), l’apprentissage indirect (on imite tel ou tel trait de caractère, on reproduit le comportement du parent dans telle situation, etc.) et aussi par la confrontation, c’est-à-dire les bêtises, les crises, la désobéissance, le débat, etc. où l’on peut voir que tel comportement ne passe pas, ou qu’il est toléré, ou encore que telle idée provoque le désaccord ou encore le dégoût. C’est donc toute une série d’interaction avec l’environnement social, que cela vienne de l’enfant, du parent ou des situations qui construisent notre identité. Ou, au contraire, des interactions qui limite, casse, bride le développement de l’individu.

Aux États-Unis des années 50, les chercheurs rapportent que ce qui est attendu d’un enfant est très variable selon les familles : pour certains, l’obéissance est primordiale et pour d’autres, non ; parfois le manquement aux règles est permis, mais il y a intransigeance sur les principes ; les valeurs diffèrent selon les familles, arriver en retard peut être considéré comme de l’irrespect qu’importe ses causes, tout comme être excusé selon la validité des causes. Tout ce système familial de règles, de normes, de principes, a un impact sur la structure psychique, cela peut déterminer des besoins (être terrifié d’un possible retard ou non va faire naître le besoin d’être à tout prix à l’heure) qui vont influencer les convictions politiques, sociales, économiques (« les gens en retard sont irrespectueux, il ne faut pas les garder en entreprise » c’est un exemple assez grossier, les choses sont plus complexes généralement).

Les chercheurs, via les entretiens, vont enquêter sur la famille, l’enfance des hauts scores et bas scores afin de répondre à ces questions : la tendance des hauts scores à glorifier l’endogroupe se reflète-t-elle dans leur attitude avec leurs parents ? La soumission à l’autorité est-elle effective au sein de la famille du haut score ? Comment les problèmes de rébellion, d’hostilité, de conflit, d’émotions négatives sont-ils traités dans les familles des hauts scores et des bas scores ? Le conformisme est-il loi dans la famille des hauts scores et l’autonomie dans les familles des bas scores ? Qu’en est-il de l’amour, de l’affection dans ces familles ?


Méthodologie


Suite aux réponses de 2099 personnes aux échelles permettant de distinguer les personnes selon leur propension à penser en stéréotypes, à avoir des préjugés, à rejeter les groupes différents d’eux, à valoriser les groupes d’appartenance et, à l’inverse, les personnes non ethnocentriques, ouvertes, préférant l’égalité et s’opposant au fascisme sous toutes ses facettes, il a été sélectionné 150 sujets : les 25 % des plus hauts scores sur les échelles et les 25 % des plus bas scores.

Les prochaines études que nous allons voir sur la famille, l’enfance, le sexe, les autres et le moi portent sur 80 personnes ayant eu un haut score en échelle d’ethnocentrisme et un très bas score sur l’échelle d’ethnocentrisme. Ce sont des sujets dits « extrêmes ».

Ces personnes ont donc eu un entretien clinique qui pouvait durer entre 1 h et 3 h : les personnes étaient libres de parler comme elles le voulaient, l’intervieweur avait juste un guide répertoriant tous les sujets à aborder, des exemples de questions pour chaque sujet et des indications notamment sur les contenus sous-jacents à faire révéler par la personne (par exemple, si le travail de la personne était investi libidinalement, c’est-à-dire qu’elle y mettait de la passion ou si au contraire elle n’y voyait qu’un tremplin vers un statut enviable ou encore si ce n’était qu’une corvée pour gagner de l’argent).

Il y a eu 9 intervieweurs différents, tous formés aux techniques d’entretien clinique, à la psychologie clinique ou encore à la psychologie sociale. Afin que les sujets soient en confiance et parlent sans se censurer ou uniquement pour « séduire » l’intervieweur, les intervieweurs hommes interrogeaient les hommes et les femmes interrogeaient les sujets femmes. Étant donné qu’il y avait un nombre conséquent de personnes testées comme ayant de très forts préjugés, seuls des intervieweurs blancs et non juifs interrogeaient les hauts scores. Il n’y avait pas cette précaution pour les bas scores.

Les entretiens ont été principalement réalisés dans des bureaux de Berkeley, mais parfois les intervieweurs se déplaçaient pour aller à la rencontre des sujets (par exemple pour les sujets prisonniers à St Quentin).

Les sujets ont également passé des tests projectifs (TAT : il s’agissait pour les sujets d’élaborer une histoire à partir d’images) ; nous ne les détaillerons pas, mais ils ont nourri l’étude et les analyses, renforçant par exemple les hypothèses d’une hostilité vis-à-vis des parents par le sujet haut score par exemple.

Un petit mot sur l’entretien clinique

C’est une expression qui peut faire peur « entretien clinique » comme évoquer des stéréotypes infondés. Or ce n’est juste qu’une discussion un peu particulière ; en thérapie, le patient va raconter ses souffrances et le psy va l’écouter vraiment, d’une écoute que l’on ne trouve pas dans le quotidien généralement, pas parce que les gens sont des salauds, mais parce que c’est une écoute « intense », très concentrée. Le psy ne jugera pas moralement/socialement ce qui lui est raconté, ne va pas donner des injonctions, ne sera pas dans l’autorité morale/sociale/médicale, il sera neutre, bienveillant (dans le sens non-malveillant, c’est-à-dire qu’il ne va pas pousser la personne à culpabiliser, à s’autohumilier, etc.). Il va chercher à comprendre l’individu et il y a déjà un effet thérapeutique à expliquer ses problèmes à une personne qui écoute vraiment sans jugement de valeur.

L’attitude du psy doit être irréprochable, parce que toute grimace peut être interprétée par le patient, et c’est d’autant plus important de le préciser ici ; les hauts scores ont dit aux intervieweurs des choses épouvantables sur les minorités, ils vantaient parfois Hitler ou des actions affreuses, les entretiens ont dû être un sacré exercice de self-control pour ces intervieweurs.

Sujet 5006 (élève de l’école dentaire et entrepreneur) : « je pense que ce que Hitler a fait aux juifs est juste. Quand j’ai eu des ennuis avec un entrepreneur concurrent, j’ai souvent pensé, comme j’aimerais qu’Hitler vienne ici ! Non, je ne suis pas favorable à la discrimination par le biais de la législation. Je pense que le moment viendra où nous devrons tuer ces salauds ».

Études sur la personnalité autoritaire, Adorno.

Il est donc normal dans les extraits que l’on va voir, que les intervieweurs se contentent de poser des questions neutres ou rebondissent sur des atrocités sans réagir à celles-ci, juste en demandant des précisions pour comprendre : ce n’est pas des êtres insensibles, c’est parce qu’il s’agit d’entretiens cliniques et que la parole doit être écoutée le mieux possible pour bien comprendre la personne, pour qu’elle continue de parler sans blocage ni peur d’être jugée, pour qu’elle se sente libre d’exprimer ses idées. En soi, un entretien clinique sur ces questions est un défi, les thématiques liées au fascisme étaient déjà à l’époque taboues, cachées, personne n’allait facilement revendiquer vouloir détruire toute une population ou avoir les mêmes idées que l’ennemi des États-Unis, les nazis.

L’entretien clinique ne porte pas que sur les fantasmes, les rêves, les perversions ou les traumatismes, ça, c’est un stéréotype qu’on trouve dans les films ; ici des thèmes parfaitement formels ont été abordés comme le travail, le salaire, la composition de la famille, les idées politiques, etc. Également en psychothérapie, ces thèmes sont tout aussi importants, l’intime n’est pas forcément le seul sujet de discussion.


La famille chez les hauts et les bas scores : vue générale et méthodologie


Alors je vous mets d’abord tous les tableaux pour vous expliquer la méthodologie et des points sur les « chiffres », ensuite on détaillera de façon plus limpide, plus littéraire. Encore une fois, je trouvais intéressant de vous donner plus de liberté en montrant bien les données brutes, mais je comprends également que ces questions de méthodologie et ces chiffres puissent être repoussants ou compliqués à certains non formés aux statistiques, donc je l’expliquerai de façon plus littéraire aprés cette partie.

Catégories

Hom’Haut score

fem’Haut score

Total haut score

hom’bas score

fem’bas score

Total bas score

1. idéalisation conventionnelle des parents

55 %

36 %

44,5 %

10 %

0 %

5,71 %

Jugement objectif des parents

5 %

24 %

15,55 %

65 %

73,33 %

68,57 %

2. victimisation par les parents

30 %

32 %

32,11 %

20 %

26,66 %

22,85 %

Rejet ouvert des principes parentaux

5 %

8 %

6,66 %

15 %

20 %

17,14 %

Affection authentique ou affection bloquée

20 %

12 %

15,55 %

60 %

66,66 %

62,85 %

3. soumission à l’autorité parentale

70 %

36 %

51,11 %

10 %

6,66 %

8,57 %

Indépendance des principes

10 %

0 %

4,44 %

50 %

53,33 %

51,42 %

Rébellion capricieuse

45 %

24 %

33,33 %

20 %

6,67 %

14,28 %

4.Dépendance matérielle aux parents

65 %

52 %

57,77 %

5 %

13,33 %

8,57 %

Recherche d’affection

5 %

20 %

13,33 %

70 %

53,33 %

62,85 %

Sens de l’obligation et du devoir

25 %

4 %

13,33 %

5 %

6,67 %

5,71 %

Conception de la famille en tant qu’endogroupe

30 %

28 %

28,88 %

10 %

6,67 %

8,57 %

Il y avait 45 hauts scores (20 hommes, 25 femmes) et 35 bas scores ( 20 hommes, 15 femmes), donc un total de 80 sujets sélectionnés sur la base de leur haut score ou bas score sur l’échelle d’ethnocentrisme. Deux psychologues (un homme et une femme) ont comptabilisé par sujet la présence ou l’absence de l’idéalisation des parents par exemple ; par exemple, il y a eu 11 sujets qui idéalisaient de façon conventionnelle leurs parents sur 20 hommes haut score et 2 fois idéalisation des parents par 20 hommes à bas score. Pour retrouver les scores neutres sur la catégorie 1, il faut additionner les mentions tant d’idéalisation que de jugement objectif et les soustraire au total de l’échantillon. Pour les hommes il y a 13 neutres concernant ce sujet sur un total de 40.

Les échantillons variant en taille, j’ai transformé en pourcentage les chiffres. Autrement dit, pour l’idéalisation des parents, on peut dire que 55 % des hommes à haut score idéalisent leurs parents et 10 % des hommes à bas score idéalisent leurs parents, ou encore que 44,5 % des hauts scores (femmes et hommes compris) idéalisent leurs parents. Pour retrouver les neutres, il faut additionner les scores (et pas les pourcentages) et pour la catégorie 1, il y a 33 % de personnes neutres. Les chercheurs n’ont pas fait le calcul dans leur tableau parce que les données neutres ne sont pas très signifiantes ni informatives, donc je n’ai pas non plus indiqué ces pourcentages.

Je n’ai pas mis les « sums of instances » qui sont une vérification statistique :

  • les instances positives sont par exemple, des hauts scores qui abordent des thèmes désignés hauts scores ou des bas scores abordant des thèmes désignés bas scores.
  • les instances négatives sont par exemple des hauts scores qui abordent des thèmes désignés bas scores ou des bas scores abordant des thèmes désignés hauts scores.

Il y a généralement une majorité d’instances positives, cela veut dire que les hypothèses que tel thème désigné « haut score » est bien préféré des hauts scores et inversement. Mais les instances négatives, même si elles contredisent les chercheurs, sont parfaitement normales et n’invalident pas la recherche, c’est simplement que les vies des sujets ne sont pas complètement stéréotypées.

Les catégories sont en couleur (rouge pour les hauts scores, bleu pour les bas scores), car les chercheurs ont postulé que ces catégories seraient choisies par les hauts ou les bas scores. Comme on peut le voir, certaines sont en effet signifiantes (la soumission à l’autorité par exemple) et d’autres beaucoup moins (le sens du devoir par exemple).

J’ai colorisé les pourcentages hauts (au dessus de 50%), car ils sont représentatifs du haut score/bas score, mais également les pourcentages bas (en gris), qui sont tout aussi significatifs pour comprendre la vie des sujets.

À noter que ces chiffres et pourcentages sont à prendre en tant qu’indicateur des tendances générales de cet échantillon, ils ne sont certainement pas une loi immuable, et ils sont intrinsèquement moins solides que dans les études précédentes, car c’est une étude clinique. Non seulement c’est difficile parfois de qualifier un discours, mais certains sujets étaient très complexes à comprendre ; il y eut par exemple un haut score très antisémite qui s’est avéré être juif, on peut imaginer qu’il était très particulier en entretien. Certaines personnes avaient également des tendances psychopathologiques (trait psychopathe, discours paranoïaque…), d’autres étaient peu disert. Donc il faut prendre ces chiffres comme une indication générale, par exemple que les hauts scores extrêmes ont une plus forte tendance à être plus soumis à l’autorité parentale que les bas scores extrêmes en 1950. Il serait erroné de dire que ce serait la même chose en 2017, on ne pourrait que faire l’hypothèse qu’un ethnocentrique est probablement plus soumis à l’autorité parentale qu’un non-ethnocentrique, mais il faudrait mener de nouveau ces études et reconstruire toutes les échelles (car elles sont inappropriées pour la plupart, à notre époque et notre culture) pour la vérifier.

Voici ci-dessous les chiffres sur l’organisation familiale ; ici les tableaux sont scindés selon le sexe, car les chercheurs n’ont pas répertorié les mêmes conceptions (ce qui est dommage à mon sens, mais qui s’explique selon leurs croyances psychanalytiques), mais néanmoins on arrive à des profils relativement comparables. La méthodologie et les échantillons y sont les mêmes.

Catégories

hommes

haut score

hommes

bas score

Conception du père : distant, mauvais caractère

60 %

25 %

Conception du père : démonstratif de ses sentiments

5 %

35 %

Conception du père : modèle moral

25 %

5 %

Conception du père : principes puritains

5 %

20 %

Conception du père : pseudomasculin [=virilisme]

30 %

20 %

Conception du père : calme, doux

5 %

45 %

Conception de la mère : soumise, se sacrifiant pour la famille

45 %

10 %

Conception de la mère : modèle moral

30 %

10 %

Conception de la mère : chaleureuse, aimable

0 %

45 %

Conception de la mère : compréhensive

10 %

20 %

Conception de la mère : intellectuelle, sensibilité artistique

0 %

25 %

Déni des conflits avec les parents

30 %

35 %

Verbalisation des conflits avec les parents

20 %

40 %

Foyer organisé autour d’un père dominateur ou d’une mère dominatrice

60 %

15 %

Foyer égalitaire (pas de rapport dominant/dominé entre les parents) ou foyer guidé par la mère (sans dominance)

5 %

50 %

Punition des parents sur l’enfant à cause de la violation de règles

70 %

30 %

Punition des parents sur l’enfant à cause de la violation de principes

5 %

25 %

Discipline par la menace et le trauma pour respecter les règles

65 %

20 %

Discipline basée sur l’intégration de principes

0 %

45 %

catégories

femmes

haut score

femmes

bas score

Conception du père : travaillant dur pour fournir la famille ou tendance psychopathe

24 %

6,67 %

Conception du père : modèle moral

16 %

26,66 %

Conception du père : chaleureux, sociable, aimable

16 %

23,33 %

Conception du père : compréhensif

8 %

6,67 %

Conception du père : intellectuel, sensibilité artistique

4 %

40 %

Conception de la mère : restrictive

40 %

13,33 %

Conception de la mère : modèle moral

24 %

6,67 %

Conception de la mère : douce, pseudoféminine

8 %

6,67 %

Conception de la mère : démonstrative, chaleureuse

12 %

40 %

Conception de la mère : compréhensive

20 %

26,66 %

Conception de la mère : intellectuelle, sensibilité artistique

16 %

20 %

Déni des conflits avec les parents

32 %

6,67 %

Verbalisation des conflits avec les parents

20 %

23,33 %

Foyer organisé autour d’un père dominateur et mère dominée

28 %

13,33 %

Foyer égalitaire (pas de rapport dominant/dominé entre les parents)

16 %

40 %

Punition des parents sur l’enfant à cause de la violation de règles

48 %

13,33 %

Punition des parents sur l’enfant à cause de la violation de principes

8 %

13,33 %

Discipline par la menace et le trauma pour respecter les règles

36 %

26,66 %

Discipline basée sur l’intégration de principes

12 %

26,66 %


L’organisation familiale : gestion des punitions, conflits et rôles des parents


À travers la description de leur enfance et de leurs parents, on peut reconstituer l’organisation familiale, à savoir les rôles de chacun, parents comme enfants, comment ils sont gérés via les punitions et la forme de la discipline.

Voici un aperçu global de la famille des hommes hauts scores (la deuxième case représente le pourcentage de bas score ayant fait part de la même catégorie) :

Catégories

hommes

haut score

hommes

bas score

Foyer organisé autour d’un père dominateur ou d’une mère dominatrice

60 %

15 %

Punition des parents sur l’enfant à cause de la violation de règles

70 %

30 %

Discipline par la menace et le trauma pour respecter les règles

65 %

20 %

On a ici une organisation totalitaire, un régime autoritaire. Les parents dominent l’enfant qui doit se soumettre aux règles (il est menacé pour cela) et s’il ne les suit pas, il est puni de façon traumatisante, c’est-à-dire violemment et sans explications.

Parfois il n’y a nulle discussion, la discipline est pure réaction :

[note : les sujets, par anonymat sont « codés ». « F » sont les femmes, « M » sont les hommes. En rouge les hauts scores, en bleu les bas scores.]

F66 rapporte : « J’étais un peu capricieuse quand j’étais petite. J’ai eu des crises de colère si je n’obtenais pas ce que je voulais. Ma mère les guérissait ; elle me plongeait sous le robinet d’eau jusqu’à ce que j’arrête de crier. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

On note que le sujet ici a accepté l’interprétation parentale que ces crises étaient un caprice, donc qu’elles n’avaient pas de sens du tout et que la réaction des parents était convenable selon elle.

Ici l’explication est donnée après des jours et des jours de coups :

M58 : « Eh bien, mon père était un homme très strict, il n’était pas religieux, mais sévère dans l’éducation des jeunes, sa parole était la loi, et chaque fois qu’il était désobéi, il y avait punition. Quand j’avais 12 ans, mon père me battait pratiquement tous les jours parce que j’utilisais le coffre à outils dans la cour arrière, et les outils étaient un peu partout… Finalement, il a expliqué que ces choses coûtaient de l’argent, et que je devais apprendre à les mettre à leur place. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

La violence n’y est pas que physique :

F36 rapporte un type de châtiment psychologiquement très cruel : « la mère du sujet critiquait tous ses amis et interférait avec toutes ses amitiés. Le sujet F36 avait un petit ami huit ans plus âgé qu’elle avec qui elle avait rendez-vous. Sa mère l’a grondée à propos de l’heure à laquelle elle était rentrée à la maison — elle lui a dit qu’il était une ou deux heures du matin, mais elle n’est jamais rentrée plus tard que 23 h. Sa mère lui a dit que tout le monde en ville parlait de sa relation du sujet avec cet homme et qu’elle ne serait pas autorisée à travailler en tant que professeur l’année prochaine (dans une petite ville). Cela inquiétait le sujet F36, de sorte qu’elle se rendit finalement auprès de la vice-directrice de la commission scolaire qui lui avait confié le poste et lui demanda si elle avait entendu parler d’elle. Elle lui a dit que, non, que tout le monde l’aimait bien et aimait aussi son petit ami. C’est ainsi qu’elle a su que sa mère fabriquait toutes ces histoires. Sa mère pensait sans doute qu’elle ne vérifierait jamais ses propos. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

La discipline chez les hauts scores « fonctionne » par une domination de l’enfant auquel on inflige un traumatisme. La règle est forcément perçue comme arbitraire par l’enfant parce qu’il n’y a pas eu d’avant explicatif. Les parents sont traumatisants pas forcément par sadisme, mais qu’ils résolvent ainsi leur besoin d’adulte, mais pas ceux des enfants. Ces règles et les traumatismes détruisent petit à petit l’individualité, le « moi » que tente de construire l’enfant : toutes ses pulsions, ses élans sont contrecarrés pour être réduits à la stricte obéissance, en cela l’enfant finit par refouler ses élans et le sens qu’il y avait associés (par exemple l’attirance pour le bricolage pour M58). C’est une discipline de destruction de l’ego, où la pensée, les idées personnelles de l’enfant sont abattues sur le champ pour être remplacé par des régles qui satisfont les adultes.

Cependant, la punition physique est courante à cette époque, les bas scores en rapportent également, comme Larry (dont on a parlé au tout début du dossier) par exemple :

Larry : « Je me souviens qu’à l’âge de 2 ans et demi mon père a fouetté mon grand frère très sévèrement et ma mère a pris tous les enfants et est allée en ville pour se séparer de mon père. Je me souviens que nous sommes allés au bureau de l’avocat et nous avons dû rester la nuit parce que nous n’avions nulle part où aller. Le lendemain matin, mon père est venu, et lui et ma mère ont réglé leurs différends. C’est la seule difficulté que j’ai jamais connue entre eux. Après, il n’y a jamais eu de disputes. J’ai eu une maison merveilleuse. (Votre père était-il très sévère ?) Il n’était pas strict dans le sens qu’il y avait beaucoup de règles, mais quand il nous disait de faire quelque chose, nous devions le faire. Quand nous ne le faisions pas, nous avons eu quelques coups de fouet, ils étaient vraiment durs. (Et vous ?) Je n’en ai pas eu autant que mes frères. Je faisais en sorte de ne pas en avoir. Je n’en ai pas eu après l’âge de 12 ans. Je me souviens que mon frère en a eu quand même jusqu’à l’âge de 15 ans. C’est à ce moment-là que j’ai appris à éviter les punitions. Quand j’étais plus jeune, j’ai fait tout ce qui pouvait éviter sa punition. Ma mère nous frappait plus souvent, mais pas si sévèrement. Nous craignions notre père pas notre mère, c’est-à-dire, nous craignions qu’elle lui dise ce qu’il s’était passé et il nous punirait. Sa principale menace n’était pas « Je vais vous donner la fessée », mais « Je vais le dire à votre père. » Ses fessées étaient si douces que nous les aimions presque. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Ici, le père est dominant, mais la mère, insoumise, veille au grain en évitant que les enfants soient trop violemment punis. Plus petit dans la fratrie, Larry a pu également apprendre à éviter les punitions en observant ses grands frères, ce qui a dû rendre les choses moins arbitraires. L’amour de la mère et l’apprentissage indirect par la fratrie ont donc contré en partie la destruction de l’ego de Larry. Rappelons que si Larry est bas score, il n’est pas le plus bas et a un fort conventionnalisme qui s’explique sans doute par cette discipline relativement rude.

Catégories

hommes

haut score

hommes

bas score

Conception du père : distant, mauvais caractère

60 %

25 %

Conception du père : démonstratif de ses sentiments

5 %

35 %

Conception de la mère : soumise, se sacrifiant pour la famille

45 %

10 %

Conception de la mère : chaleureuse, aimable

0 %

45 %

Dans les discours des hauts scores, il n’y a pas d’amour véritable qui transparaît. L’affection du parent pour l’enfant n’est pas là, les parents sont « froids ». La chaleur humaine n’est pas présente dans leur discours ou concerne un parent mort à présent ou disparu. Il n’y a pas forcément de punition violente, parfois c’est juste un silence radio sur les caractéristiques internes des parents, comme s’ils étaient absents, lointains. C’est le cas de Mack qui rapporte l’amour de sa mère avant qu’elle ne décède, mais qui est peu explicite sur le père.

Conception du père : calme, doux

5 %

45 %

Conception de la mère : chaleureuse, aimable

0 %

45 %

Foyer égalitaire (pas de rapport dominant/dominé entre les parents) ou foyer guidé par la mère (sans dominance)

5 %

50 %

Discipline basée sur l’intégration de principes

0 %

45 %

L’organisation familiale est très différente chez les bas scores : la domination VS la soumission des enfants est hors de propos : soit le foyer est égalitaire, c’est-à-dire que les décisions sont prises à plusieurs, que les besoins de chacun sont écoutés ou discutés ; soit le foyer est « orienté » par la mère, c’est-à-dire qu’elle guide les décisions, mais qu’elle ne domine pas les autres membres pour autant. Il y a des punitions si les principes sont violés et non les règles, les sens de ces principes sont explicités, il y a possibilité de discussion, parfois même les parents acceptent que leurs enfants prennent des voies complètement différentes de la leur et cela très jeunes :

M16 : « ma mère prenait la religion vraiment très au sérieux. Mais je n’ai jamais voulu aller à l’église. À partir de 6 ans, j’ai développé des techniques pour fuir et traîner non loin. Il y avait des sortes de collines derrière la ville – vous connaissez la région X, dans le sud ? Le dimanche matin, je partais à l’aube et je ne rentrais pas à la maison jusqu’au soir. Juste assez de temps pour ne pas aller à l’église. (Pourquoi ?) Je suppose que c’était surtout parce que je m’y ennuyais. Je ne voulais pas m’asseoir et écouter tous ces non-sens – le salut, Jésus-Christ et tout le reste. Ma mère a toujours prié pour moi »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

C’est ainsi que les bas scores ne voient pas en leurs parents des modèles moraux contrairement aux hauts scores : ils ont pu exprimer, discuter leurs conflits, car ils n’étaient pas traumatisés par les punitions, et ainsi ils ont pu développer leur indépendance mentale, développer leur personnalité et leur ego.

L’exemple de M16 montre un amour très grand : malgré que la mère jugeait si importante l’église, elle n’a pas forcé l’enfant à y aller, elle ne l’a pas puni, elle s’est contentée de prier ce qui est une forme d’expression d’amour dans sa conception religieuse et montre une certaine patience.

M53 : « (avez-vous des souvenirs agréables avec votre père ?)  Beaucoup de souvenirs agréables, car il nous a gâté quand il était à la maison, en faisant de la très bonne cuisine et ils avaient de merveilleuses idées concernant les activités qu’on pouvait faire. »

M59 : « (Comment était l’entente entre votre père et vous ?) Eh bien, une relation très amicale, c’était comme un copain, nous aimions aller à la pêche ensemble, jouer à des cartes, etc. Nous avons eu beaucoup de bons moments. »

M50 : « (quel genre de personne est votre mère ?) Une intellectuelle et une personne très instruite, son principal don semble être celui de la perception, et elle est musicienne (piano)… […] (Qu’est-ce que vous admirez le plus chez elle ?) Sa capacité intellectuelle. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Les parents n’y sont pas stéréotypés : le père est doux, il aime l’art ; là où une telle caractéristique serait rejetée chez les hauts scores (dû à l’anti-intraception et l’idée qu’un homme doit être rude) ; les deux parents sont aimants et expressifs de leurs sentiments, leur éducation n’est pas un apprentissage de la soumission à leur autorité et à leurs besoins, mais une transmission de principes. Les conflits ne sont pas déniés, les enfants sont au courant des conflits parentaux et ils peuvent se disputer avec eux également (car ils n’ont pas été traumatisés par les coups arbitraires notamment).

Cette discipline arbitraire, traumatisante, basée sur la terreur ou encore entourée d’un vide affectif apprend une seule leçon à ces hauts scores : la soumission à l’autorité parentale. Et celle-ci va agir comme un mur infranchissable dans l’esprit de ces hauts scores, qui ferme la personne, la rigidifie et lui fait développer toute une série de mécanismes de défense pour protéger cet espace si réduit (à cause des traumatismes les brisant) de leur personnalité.

Soumission VS indépendance

Catégories

Hom’Haut score

fem’Haut score

Total haut score

hom’bas score

Fem’

bas score

Total bas score

3. soumission à l’autorité parentale

70 %

36 %

51,11 %

10 %

6,66 %

8,57 %

Indépendance des principes

10 %

0 %

4,44 %

50 %

53,33 %

51,42 %

Chez les hauts scores, surtout les hommes (70 % d’entre eux), la soumission à l’autorité parentale semble obligatoire, les enfants qu’ils étaient devaient obéir sans discuter au point que cela paraît avoir supprimé l’idée même de réfléchir à la légitimité de ces ordres :

M41 : « (Discipline ?) Eh bien, il n’y avait pas grand-chose à faire, nous devions faire ce qu’il nous disait. »

M43 : « Nous faisions ce que les plus âgés nous disaient de faire (vous avez déjà questionné ceci ?) Hé bien, je n’ai jamais remis ça en question. »

M47 : « Eh bien, pour dire la vérité, je ne pense pas qu’elle ait été assez stricte avec nous… Je sortais, je courrais, je rentrais plus tard que prévu, elle ne m’a jamais battu. Ce qui était pire. J’ai seulement été battu une fois, pour avoir volé la montre de mon frère quand j’avais 10 ans. (Dans quel domaine il y avait de la discipline ?) Pour le travail scolaire, et pour faire ce qu’on m’avait dit de faire. Elle était assez sévère concernant le fait d’être à l’heure à la maison. (Et qu’est ce que vous répondiez ?) Ça faisait juste mal. Je ne la sollicitais jamais ni lui ne disait des choses méchantes… »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

La soumission et son corollaire, la discipline sévère et non expliquée, sont intégrées, mais également acceptées et vantées : les hommes à haut score s’identifient au punisseur et gardent l’idée que c’est une bonne éducation de punir sévèrement, sans laisser à l’enfant une place à la discussion ou l’interrogation.

À noter également l’absence dans leur discours d’une indépendance de principes, ils n’ont pas pu développer leurs propres idées (sans doute parce qu’ils étaient tenus d’obéir et c’est tout) et ainsi être indépendants des idées des parents. Évidemment c’est tout le contraire chez les bas scores :

M44 : « (vous parlez beaucoup avec votre mère ?) Ouais (rire), bien que nous soyons souvent en désaccord. Mais elle était très douée pour la discussion… Maintenant j’ai presque arrêté d’écrire des choses concernant le religieux à ma mère… pour éviter de la perturber… Elle était prête à accepter mes idées sur les choses, même si elles ne les aiment pas. Elle suit sa route et moi la mienne. Je pense qu’elle est d’une grande sagesse pour cela. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Ils ont pu exprimer leurs idées différentes, en discuter et choisir leur propre voie, il y a une indépendance concernant les valeurs, les opinions et les principes. Parents et enfants peuvent être en désaccord, mais il y a une sorte d’acceptation mutuelle et l’affection n’est pas perdue.

Là où l’insoumission, le désaccord étaient liés à la terreur et la violence dans le contexte familial des hauts scores, là chez les bas scores, il persiste toujours un amour malgré les tempêtes :

M16 : « ma mère prenait la religion vraiment très au sérieux. Mais je n’ai jamais voulu aller à l’église. À partir de 6 ans, j’ai développé des techniques pour fuir et traîner non loin. Il y avait des sortes de collines derrière la ville – vous connaissez la région X, dans le sud ? Le dimanche matin, je partais à l’aube et je ne rentrais pas à la maison jusqu’au soir. Juste assez de temps pour ne pas aller à l’église. (Pourquoi ?) Je suppose que c’était surtout parce que je m’y ennuyais. Je ne voulais pas m’asseoir et écouter tous ces non-sens – le salut, Jésus-Christ et tout le reste. Ma mère a toujours prié pour moi »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Alors que la religion est primordiale pour la mère, plutôt que de punir son enfant ou le contraindre à aller à l’église, elle prie pour lui. Autrement dit, elle emploie une stratégie qui l’apaise elle, et qui montre son affection, son amour, selon ses croyances.

À noter qu’en conséquence, les bas scores, ayant pu se construire mentalement en indépendance des parents (en rejetant la religion, en refusant certaines valeurs comme l’exemple plus haut de la fille qui refusait de se sociabiliser via des fêtes, etc.) leurs propos sont souvent accompagnés de condescendance, mais aussi de culpabilité et de doute. Ces sentiments négatifs leur permettent de retrouver et reconstruire l’affection malgré les désaccords, de faire des concessions (comme le bas score ayant fini de débattre de religion pour laisser sa mère tranquille).

Parfois les hauts scores expriment leur désaccord, tentent la discussion, mais l’indépendance mentale n’est pas gagnée, comme l’exprime par exemple cette femme :

F39 : « Je devais me lever tôt avec ma mère pour cuisiner et nettoyer toute la journée. J’avais l’habitude de dire que c’était particulièrement injuste parce que mon frère lui, jouait. Ma mère a dit,  »tout à fait, c’est un garçon », et cela m’a vraiment rendue folle. […] Ma mère était terriblement stricte avec moi pour apprendre à s’occuper de la maison… Je suis reconnaissante maintenant, mais j’avais du ressentiment à l’époque. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

La soumission à l’autorité parentale verrouille complètement la psyché, l’empêche de développer ses idées ; ici, cette femme, pour respecter l’autorité parentale tout en intégrant cet épisode de rébellion, a cantonné le sentiment négatif à son enfance. En quelque sorte, c’était parce qu’elle était enfant qu’elle n’acceptait pas la situation et maintenant qu’elle est adulte elle se rendrait compte que c’était en fait une bonne situation. Évidemment cette soumission à l’autorité n’est pas conscientisée en tant que telle, les hauts scores font leurs les idées auxquelles ils sont pourtant soumis.

Cette absence de rébellion, cette absence d’indépendance concernant leurs idées, cette soumission qui bloque leur individualité comme un mur dressé autour de leur personnalité, et bien elle s’étend à tous les domaines par la suite. Cela explique beaucoup de choses concernant leur patriotisme rigide qui est une forme de soumission à l’autorité, leur soumission professionnelle, leur perméabilité à la manipulation, dont la propagande fasciste.

Des parents idéalisés VS des parents jugés objectivement

Catégories

Hom’Haut score

fem’Haut score

Total haut score

hom’bas score

fem’bas score

Total bas score

1. idéalisation conventionnelle des parents

55 %

36 %

44,5 %

10 %

0 %

5,71 %

Jugement objectif des parents

5 %

24 %

15,55 %

65 %

73,33 %

68,57 %

Lorsque les intervieweurs demandent « quel genre de personnes étaient vos parents ? », les hauts scores (surtout les hommes) les glorifient, par exemple :

F24 : « Père – il est merveilleux ; il ne peut pas être mieux. Il est toujours prêt à faire quelque chose pour vous. Il a X années, il fait X de taille, il a des cheveux noirs, il est mince, il a un joli visage et il a des yeux vert sombre. »

M52 : « (qu’est que vous admiriez le plus chez votre père ?) hé bien, voyons voir… Hé bien il n’y a pas un point en particulier que j’admirais le plus… J’ai toujours été très fier d’être son fils. (Quelle sorte de personne était votre mère ?) La plus formidable personne dans le monde pour moi. (Défauts de la mère ?) Eh bien, je ne pense pas vraiment qu’elle en ait, sauf peut-être son agitation excessive dans sa maison, et elle ne s’intéressait pas plus que ça des affaires sociales… Je ne peux sincèrement pas dire qu’elle ait des défauts bien définis. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Les glorifications sont généralistes, pleines de superlatifs « merveilleux » « meilleurs » et comme l’exemple ci ci-dessus, elles ont tendance à ne concerner que des caractéristiques extérieures, soit physiques, soit liées à des actions :

M47 : « (quelle sorte de personne était votre mère ? ) Hé bien, la meilleure du monde… elle était bonne, en fait, c’était la meilleure. En d’autres mots, elle était parfaite avec moi. Elle était amie avec tout le monde. Elle n’était jamais dans les ennuis. Elle faisait tout ce qu’elle pouvait faire pour moi. Elle m’écrivait tout le temps. (Qu’est ce que vous admiriez le plus chez elle ?) À peu près tout. Quand mon père est parti, elle a pris soin de moi toute sa vie. […] Elle est toujours restée avec moi lorsqu’il y avait des ennuis. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

On aperçoit déjà que les parents sont appréciés pour ce qu’ils procurent matériellement ou en service (ce sera plus explicite dans d’autres catégories). Mais ce qui reste le plus révélateur c’est la façon dont cette glorification s’accompagne de caractéristiques pourtant négatives :

F79 : « mère était, évidemment, une personne vraiment merveilleuse. Elle était tout le temps très nerveuse. Elle était irritable seulement lorsqu’elle faisait trop de choses. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Les chercheurs ajoutent que cette présence de caractéristiques négatives dans un discours idéalisant les parents n’est pas perçue comme une critique par celui qui les prononce. Cette glorification apparaît comme un vernis cachant au contraire des ressentiments contre les parents, d’où cette émergence de critiques non conçues comme telles. Mais ces signes sont plus explicites lorsqu’on compare les discours des hauts scores avec les bas scores :

M72 : « (quel genre de personne est votre père ?) Oh, c’est le genre de gars qui n’a jamais été très heureux de travailler pour quelqu’un d’autre. Cela a été toujours un peu difficile, en particulier avec les grandes entreprises (rires). Il a juste une haine venimeuse pour toute « grande tenue »… Il a un sens viscéral de la justice et l’honnêteté, et il ne peut pas supporter les pressions pratiquées [par les grandes entreprises]. »

F65 : « Ma mère s’intéresse beaucoup aux gens, elle est pragmatique et raisonnable, mais elle s’intéresse trop aux modes… Sur certains points, je ne suis pas du tout d’accord avec ma mère. Ma mère voudrait que je sois plus sociable. Comme porter du rouge à lèvres, sortir à des fêtes, etc. Je suis trop paresseuse pour faire toutes ces choses. Elle est très gentille, agréable, mais je n’aime pas son tempérament. Elle est folle une minute et la suivante elle ne l’est pas. Elle me donne trop de conseils. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Le discours est chez les bas scores personnel, les caractéristiques des parents qu’ils racontent ne sont pas généralistes, ils s’intègrent à leur histoire de vie et la critique est ouverte.

F70 : « (Quel genre de personne est votre père ?) Papa ne s’est jamais vraiment senti concerné par la situation à la maison. Il a fait plus attention à moi entre les âges de un à six ans. Je pense qu’il voulait un garçon, donc ça n’a probablement pas beaucoup influencé mon attitude. Décrire mon père est assez facile. C’est un type plus ferme que ma mère. C’est une personne d’une grande intolérance ; Il est d’ « une grande autorité sur tous les sujets » (prononcé avec ironie) y compris la médecine et la physiologie. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Le conflit avec les parents est accepté par la conscience des bas scores, il a été réfléchi et il a été exprimé devant les parents. Non pas parce que ces bas scores seraient plus réfléchis que les hauts scores, mais parce que l’environnement leur a permis de s’exprimer : les parents étaient moins terrifiants, plus ouverts à la discussion, plus à l’écoute. Le haut score a été bloqué et en conséquence, cache son ressentiment sous cette idéalisation artificielle, ce stéréotype de la glorification.

Dépendance matérielle VS dépendance à l’amour

Catégories

Hom’Haut score

fem’Haut score

Total haut score

hom’bas score

fem’bas score

Total bas score

4.Dépendance matérielle aux parents

65 %

52 %

57,77 %

5 %

13,33 %

8,57 %

Recherche d’affection

5 %

20 %

13,33 %

70 %

53,33 %

62,85 %

La soumission à l’autorité, l’absence de rébellion, l’absence de prise d’indépendance sur les idées sont connectées à une dépendance matérielle des hauts scores à leurs parents. C’est-à-dire que le parent est perçu comme un fournisseur de bien et service, qu’il est bon parent s’il fournit ce qu’il faut, qu’il est injuste s’il ne fournit pas ou qu’il fournit plus les frères et sœurs.

C’est une relation qui s’apparente à un marché, qui est totalement extériorisé, qui n’a pas de rapport avec l’affection, les sentiments, les moments où les interactions sont partagées.

Cette dépendance n’est pas conscientisée chez le haut score, c’est son discours qui le montre.

F68 : « J’ai toujours dit que ma mère prenait soin de moi, c’est le cas encore. Vous devriez voir mes placards – remplis avec des fruits, des confitures, des cornichons — et chaque semaine il y a du poulet, œufs, crème, et tout ce que vous pouvez imaginer. Elle adore rendre service aux gens. »

F7 : dit au sujet de son père : « Actuellement, je suis son favori… il ferait n’importe quoi pour moi – me conduire à l’école et passer des invitations pour moi. »

F79 : « Oui, comme je l’ai dit sur mon questionnaire, j’étais plus proche de ma mère à 6 ans, 9 ans et à 12 ans. Mais maintenant j’ai échangé et me suis tournée vers mon père, c’est-à-dire depuis que j’ai 20ans. C’est lui qui a le portefeuille. Si je veux faire quelque chose, c’est lui que je dois aller voir. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

En résulte parfois une attitude d’exploitation et de manipulation des parents dont il faut tirer quelque chose, comme le montre le dernier exemple. Le ressentiment dû à la discipline dure, à la soumission à l’autorité, au manque d’affection, à l’impossibilité de se développer mentalement à cause des murs de la soumission s’exprime ici, comme une sorte de vengeance : le sujet à haut score réclame son dû matériel qu’il mérite, comme le salaire qu’on reçoit de s’être soumis aux demandes d’un employeur. Ce ressentiment est déguisé, les individus n’ont pas conscience de ce mode de fonctionnement – déguisé, car ainsi exprimé, il n’entrave pas l’obligation de soumission, il ne met pas en péril, il ne crée pas de conflit qui remettrait en cause tout le « système », comme un salarié qui plutôt que de réclamer juste une hausse de salaire, accuserait la domination, les conditions de travail, l’organisation et s’activerait à briser tous les facteurs qui le rendent dépendant a cet environnement malsain.

En cela, cette forme déguisée de ressentiment permet de maintenir le mental du haut score tel qu’il est, permet de ne pas questionner l’organisation familiale, mais néanmoins apporter une satisfaction d’avoir « récupérer son dû ». Il y a un conservatisme mental, dû aux peurs et à la réduction du moi qui empêche de voir d’autres horizons possibles.

Le bas scores eux ne mettent pas l’accent sur les choses matérielles, les échanges de bien et service, mais sur l’affection, dont ils prononcent le mot régulièrement. Cet amour est grand et il n’est pas sans souffrance selon les circonstances :

F63 : « Mais je me souviens quand mon père est parti [divorce], elle [mère] est venue dans ma chambre et a dit : « Tu ne verras plus jamais ton papa ». J’étais folle de douleur et je sentais que c’était sa faute. J’ai jeté des choses, vidé des tiroirs par la fenêtre, tiré l’écarte du lit, puis jeté des choses au mur. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Il y a une indépendance des idées et une indépendance matérielle chez les bas scores, mais le besoin d’affection est prégnant, parfois très excessif, on le verra surtout dans le chapitre suivant, dans leurs relations amoureuses où leur demande d’affection authentique peuvent les tourmenter.

Note : nous n’avons pas détaillé certaines catégories, car elles se sont révélées peu « marquantes » en termes quantitatifs, mais ce n’est pas la seule raison. Malgré une séparation en catégorie, tout est entremêlé dans l’individu, par exemple l’affection est un moteur chez le bas score qui influence positivement sa prise d’indépendance, ainsi qui permet l’expression d’une vraie rébellion. Généralement les catégories d’apparence « non traitées » (comme l’affection) le sont en fait dans les autres catégories ou abordées dans le bilan voire carrément d’autres sections où ces signes sont plus clairement explicites (par exemple l’indépendance à l’affection).


Concluons…


Les hauts scores ont reçu une discipline plus sévère, plus menaçante et qui a été vécue par l’enfant comme arbitraire. Dans leur famille, les relations sont basées sur des rôles de dominant/soumis contrairement aux bas scores dont la famille est plus « horizontale ». Les hauts scores sont serviles envers la demande des parents et ont tenté de supprimer les impulsions et élans qui sont inacceptables à leurs parents. Mais les impulsions ne meurent pas, elles finissent toujours par ressurgir sous une forme ou une autre, dans une circonstance ou une autre.

Les buts des parents sont hautement conventionnels, conformistes : ils sont anxieux et rigides au sujet de valeurs « extrinsèques » comme le statut professionnel, la classe sociale, l’apparence ; en cela, pour eux, ce qui est « bon » c’est ce qui est utile à l’escalade sociale et ce qui est marginal, différent, décalé est considéré comme mauvais. Cette vue étroite d’esprit fait que les parents sont intolérants à toute manifestation d’impulsions et élans de leur enfant qui s’éloignerait de cet objectif de conformiste. Plus les besoins sociaux des parents (d’apparaître bien aux yeux de la société par exemple) sont urgents, plus le comportement de l’enfant est perçu en fonction de leur besoin à eux ; les besoins de l’enfant sont absents de leur perception. Mais les valeurs des parents sont hors de portée de la compréhension de l’enfant et lui sont imposées : il va développer un comportement de façade, son ego est désintégré, refoulé, empêché d’être développé.

La soumission à l’autorité est induite à la fois à cause de l’impatience des parents et par la peur de l’enfant de déplaire ou subir des conséquences traumatiques.

En conséquence, les pulsions refoulées du haut score émergent avec intensité dans les domaines sociopolitiques. Parfois, avec peu de déguisement d’ailleurs :

« [extrait des propos d’un haut score sur l’échelle F] eh bien, si j’avais été en Allemagne, je crois que j’aurais fait pareil… Je suppose que j’aurais pu être un nazi… je pense que la discipline est une bonne chose… »

Études sur la personnalité autoritaire, Adorno, 1950

Ici, on voit très clairement que la soumission à l’autorité parentale est devenue une soumission à l’autorité en général.

L’indignation, le ressentiment refoulé par le haut score dans son enfance émergent dans sa considération des exogroupes ; c’est en quelque sorte une identification négative à eux :

« [extrait des propos d’un haut score sur l’échelle F] je n’ai jamais compris pourquoi Hitler s’est montré brutal avec eux [les juifs]. Il faut bien qu’il y ait une raison, quelque chose qui l’a provoqué. Certains disent qu’il voulait montrer son autorité, mais j’en doute. Je soupçonne les juifs d’avoir joué un grand rôle dans tout ça ».

La personnalité autoritaire, Adorno, 1950

On voit ici dans cette considération politique toute l’enfance du sujet : il n’a pas compris pourquoi ses parents étaient si brutaux envers lui, mais il pense qu’il y avait forcément une raison, ça ne peut pas être qu’une question d’autorité (parce que le sujet ne peut pas remettre en question l’autorité, ne peut pas la croire arbitraire, son inconscient lui interdit parce que c’est synonyme de traumatismes, parce qu’il n’a pas l’énergie pour cela ni l’horizon mental pour cela) ; alors c’est que c’est de sa faute. Et tout ce discours est projeté sur le juif, Hitler, etc.

L’absence pour le haut score d’une éducation qui apporte des principes, qui est personnalisée en fonction de l’enfant et de ce qu’il exprime, couplée à une transmission autoritaire de règles conformistes, a entravé le développement d’une identité personnelle bien définie. À la place, il y a un conformisme de surface qui s’exprime avec des stéréotypes, le tout dépourvu d’affect réel dans presque tous les domaines de la vie. Même d’un point de vue cognitif, les clichés remplacent les réactions spontanées : comparés aux bas scores, les hauts scores manquent d’imagination, de spontanéité, d’originalité, ils sont comme contraints dans le jeu d’un personnage rigide, conventionnel.

Le régime autoritaire du domicile familial, les rôles prescrits, les obligations sont calqués sur un modèle de « marché », ou les échanges d’affections et d’émotions sont hors sujets. Cela génère chez le haut score un opportunisme, une dépendance à ce qu’on prenne soin d’eux matériellement parlant, et provoque des attitudes d’exploitation et de manipulation d’autrui pour des avantages matériels. Il y a une sorte de vision capitaliste des relations sociales, un appétit pour le matériel (faute d’avoir pu apprécier l’affection, l’amour authentique), mais qui n’est pas reconnu et qui est projeté encore une fois sur les exogroupes :

« [extrait des propos d’un haut score sur l’échelle F]  Bien sûr qu’il y a un problème. Les nègres se reproduisent tellement vite qu’ils vont finir par peupler le monde entier, pendant que les Juifs auront tout l’argent. »

Études sur la personnalité autoritaire, Adorno, 1950

Ils ont cette peur de la perte matérielle de leurs avantages parce qu’ils projettent leur conception capitaliste sur ces minorités, comme si le monde était un marché et que le groupe était une entreprise concurrente qui, en vivant, lui volerait des parts de marché.

Les hauts scores ont un ressentiment fort contre les parents, une hostilité refoulée qui d’ailleurs se comprend aisément lorsqu’on prend acte de ce qu’ils ont subi. En réaction à cette hostilité qui leur est interdit d’exprimer (à cause de la soumission à l’autorité parentale et également parce que ces sentiments négatifs sont très violents) il y a une glorification rigide des parents en des termes stéréotypés et concernant des caractéristiques extrinsèques : il en va de même pour leur considération de l’endogroupe, de la patrie.

Cette admiration stéréotypée est la seule acceptable à leur conscience, il y a donc surconformité aux autorités en général, aux coutumes, aux institutions ; le ressentiment étant refoulé, ils sont incapables de critiques vis-à-vis de l’endogroupe. Les autorités extérieures assurent en quelque sorte la fonction du surmoi et en partie celle du moi : ils n’ont pas d’autorité intérieure, ainsi l’autorité extérieure peut leur faire faire n’importe quoi, le meilleur pour eux comme le pire. Une autorité extérieure peut très facilement libérer la destructivité du haut score de cette cave de ressentiment et de sentiments négatifs, il suffit de l’ordonner à la destructivité en se basant sur les schémas existants chez les hauts scores.

Le haut score est également attiré par le pouvoir et il méprise les faibles ou inférieurs désignés : il a en quelque sorte calqué le modèle parental, et se veut dominant sur les faibles comme ses parents étaient dominants sur lui. Autrement dit, ce qu’il dit par exemple sur les juifs c’est ce qu’auraient pu dire sur lui ses parents. Le fait que son impuissance d’enfant ait été exploitée par les parents, qu’il ait été forcé de se soumettre renforce son attitude « anti-faible », il ne s’identifie plus à l’enfant-victime qu’il a été (parce qu’il considère qu’il a mérité ces traumas), mais au parent dominant.

Faute d’avoir pu développer une indépendance mentale aux règles, au moralisme de ses parents, il compense par un idéal viriliste, « dur », « fort », « rude », etc. Il conçoit les rôles dans la famille de façon binaire (père au travail, mère au foyer).

À noter qu’on note des différences dans une même famille, un frère devenant haut score et la sœur bas score, c’est sans doute une question d’identification à tel ou tel parent ; une sœur peut s’identifier peut-être plus à sa mère qui ne sera pas autoritaire et le garçon à son père ou vice versa.

Chez les bas scores, moins d’obéissance est attendue des parents, les parents sont moins à cheval sur les statuts et donc montrent moins d’anxiété en ce qui concerne la conformité, sont moins intolérants aux comportements de l’enfant qui ne seraient pas acceptables socialement. Au lieu de les condamner, les parents les guident, leur apportent du support, aident l’enfant à travailler ses problèmes. Cela permet un meilleur développement de la sociabilisation et une sublimation des pulsions : c’est-à-dire que par exemple le comportement très agité peut être par exemple transformé et maîtrisé pleinement via la passion pour un sport collectif, ce qui construit la propre identité de l’enfant au passage, parce que cette énergie est à lui et que le parent n’a fait que le guider pour qu’il la façonne.

Le fait de ne pas être préoccupé par le statut pour la famille des bas scores va souvent de pair avec une plus grande richesse de la vie et une libération de la vie affective. Il y a plus d’amour inconditionnel, la relation est plus personnelle, plus internalisée, car il y a moins de conventionnalisme. Cet aspect là de l’amour prend parfois des formes extrêmes et se transforme en un refus total des normes et coutumes ; parfois également les bas scores ont des demandes irréalistes d’amour, car ils tentent de retrouver cet amour qu’il y avait au sein de leur famille.

Les rôles familiaux étant souples, mère comme père pouvant par exemple être doux, l’homme bas score n’a pas besoin de compenser par une attitude viriliste ou être anti-faible, ce qui est lié également à un sentiment de « sécurité mentale » : l’amour des parents les sécurise, ils peuvent s’assumer dans toute leur identité sans feindre une rudesse de surface. Cette sécurité de l’amour des parents leur permet d’exprimer plus facilement leurs désaccords sans crainte de représailles ou de perte d’amour. Cela est souvent accompagné de culpabilité et d’angoisses, mais tout ceci permet une indépendance mentale, plus de liberté pour le bas score de choisir une voie qui lui est propre. L’autorité est intérieure, personnelle, en cela il est en mesure de s’opposer à des autorités extérieures qui s’opposeraient à ses principes.

Les chercheurs rajoutent un message primordial à cette analyse :

« il ne faut pas que le haut score soit blâmé en tant qu’individu à cause de ces biais. Au contraire, la structure psychologique du haut score doit être considérée comme le résultat de notre civilisation. La disproportion croissante des diverses  « agences » psychologiques au sein de la personnalité autoritaire est sans aucun doute renforcée par les tendances de notre culture telles que la division du travail, l’augmentation croissante des monopoles et institutions et la domination de cette idée de marché, de succès et de compétition. »

Parents and Childhood as Seen Through the Interviews. The Authoritarian Personality, Studies in Prejudice Series, Volume 1. (1950)

Autrement dit, si le haut score est ainsi, ce n’est pas parce qu’il serait un individu intrinsèquement « mauvais », mais bien parce que l’environnement familial, mais aussi la société l’a moulé ainsi. Et n’allez pas en conclure qu’expliquer ces déterminations c’est « excuser », au contraire, investiguer, c’est avoir toutes les cartes en main pour agir.

À suivre…

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3 commentaires sur “[F7] Une famille au fonctionnement totalitaire

  1. Une bonne conclusion pour une super série d’articles, merci Viciss 🙂
    J’ai juste une petite question, tu dis que « chez les bas scores, [mais] le besoin d’affection est prégnant, parfois très excessif, on le verra surtout dans le chapitre suivant, dans leurs relations amoureuses où leur demande d’affection authentique peuvent les tourmenter. »
    Qu’entends tu par là exactement? Que des bas score peuvent s’enfermer dans une relation fusionnelle néfaste pour eux, qu’ils sont trop exigeant avec leurs partenaires?
    Merci encore et bon courage pour la suite!
    PS : est-ce que l’équipe d’hack’soc compte suivre la présidentielle ou faire un article dessus? Je dois avouer que je suis assez curieux 🙂

    1. Ah c’est pas encore la conclusion finale 😀 en principe ça ira jusqu’à [F14]. Oui certains bas scores sont « accro » à l’amour dans l’étude, c’est à dire qu’ils peuvent être dévastés dans des situations où l’amour leur est retiré. Ce n’est pas forcément une relation fusionnelle nécessaires ; certains vont avoir du mal à trouver un.e partenaire, d’autres sont trop exigeant avec eux-même et culpabilisent énormément pour tout. Il y a pas mal de profils variés chez les bas scores, les prochains chapitres seront plus explicites (on verra la façon dont se considèrent les bas et hauts scores, comme ils considèrent leurs partenaires, comment ils considèrent l’environnement social en général).
      Sinon concernant les élections, on va sans douter traiter quelques sujets mais pas forcément de la façon attendue ou traditionnelle en ces périodes (bref on ne va pas donner notre opinion, on va plutôt regarder dans les rouages) 🙂

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