[F3] « Nous forts et bons, eux faibles et mauvais ! » : l’ethnocentrisme

Précédemment, les chercheurs ont vu que l’antisémite (= haut score) avait des préjugés, des peurs de contamination, qu’il exprimait ceci en une série d’opinions contradictoires et rationnellement impossibles. Ces préjugés des hauts scores concernent-ils uniquement les juifs ? Est-ce qu’un préjugé en appelle d’autres ? Ces antisémites sont-ils patriotes ? C’est ce que nous allons investiguer aujourd’hui avec toujours Adorno, Frenkel-Brunswik, Levinson et R. Nevitt Sanford et leurs études sur la « personnalité autoritaire ».

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Cet article est le troisième d’un dossier « Facho ! La personnalité autoritaire ». Voici les chapitres précédents :

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Pourquoi dans cette étude a-t-on étudié l’ethnocentrisme et les préjugés ?


Précédemment, les chercheurs employaient beaucoup le mot « préjugé » ou « personne à préjugés » pour décrire les hauts scores ; aujourd’hui, ce mot ne va plus suffire : le haut score n’a pas juste des idées préalables négatives concernant un groupe, des idées qu’il pourrait infirmer ou confirmer par l’expérience et la connaissance. Ses préjugés sont tenaces et sont déconnectés de ses propres expériences ou connaissances.

Le haut score n’est pas également « juste » raciste, c’est-à-dire qu’il jugerait les autres selon leur couleur de peau. Si c’était cela, en tant que blanc, pourquoi jugerait-il si négativement les juifs ?

Les chercheurs, en introduction de cette étude sur l’ethnocentrisme, rappellent que l’emploi du mot « race » est problématique, et si c’est une évidence pour nous autres européens (— en général — il semblerait que le mot revienne à la mode chez certains), ce n’était pas le cas aux États-Unis dans les années 50. Encore aujourd’hui là-bas, le mot « race » est employé de façon relativement banale sans que cela soit lié à un racisme latent de la part de celui qui l’emploie.

Classer les gens en fonction de leur couleur de peau est arbitraire et cela ignore les cultures différentes que des personnes ayant la même couleur peuvent ne pas partager. De plus, cela entretient une confusion, comme celle que l’hérédité transmettrait une certaine psychologie, des modes de vie, ce qui est parfaitement faux lorsqu’on étudie la psychologie humaine : un enfant adopté chinois vivant en France avec des parents anglais ne va pas vivre « naturellement » avec les mêmes habitudes qu’à Hong Kong, ce n’est pas son ADN qui va déterminer sa culture, ce qui relève de thèses essentialistes.

Le concept de race n’est pas utile aux sciences humaines comme l’anthropologie, la psychologie sociale et la sociologie, nous disent les chercheurs : ce qui intéresse ces sciences, ce sont les organisations sociales, les interactions sociales, les personnalités individuelles. Et celles-ci ne sont nullement déterminées par les caractéristiques de l’épiderme, mais par l’environnement au sens large (que ce soit les parents, l’entourage proche et lointain, les situations passagères ou durables, les conditions de vie, les événements particuliers du milieu, l’époque, etc.).

Voilà la raison pour laquelle – il me semble, je ne suis pas à l’abri d’une erreur de traduction/d’interprétation – les chercheurs n’emploient pas le mot racisme également, parce que ce serait une erreur de dire que les hauts scores le sont ; leur logique va bien au-delà de la discrimination vis-à-vis de la couleur de peau, elle est ethnocentrique.

L’ethnie, c’est un groupe qui partage une même culture, c’est-à-dire des manières et façons de faire, des institutions et des traditions. Ses membres suivent avec plus ou moins de vigueur cette somme de normes sociales, d’autres peuvent rejoindre une ethnie sans pour autant être « natifs » de celle-ci, certains peuvent la rejeter, on peut cumuler le nombre d’ethnies d’appartenance (par exemple avoir une façon de manger à la française avec des couverts, des habitudes bretonnes lorsqu’il pleut, c’est-à-dire ne pas avoir de parapluie, une façon de travailler typiquement hacker, et se sentir chez soi dans un temple bouddhiste). L’ethnie n’est pas spécifique à un territoire donné, c’est la culture qui la forme.

Les hauts scores ne sont donc pas juste des racistes ou des personnes à préjugés, elles seraient ethnocentriques et cela va beaucoup plus loin que d’être raciste d’une somme d’ethnies donnée.

L’idéologie (= somme des attitudes, des opinions et valeurs) ethnocentrique est un système où la personne sépare ceci inconsciemment ou consciemment :

  • l’endogroupe : ce sont les groupes auxquels l’individu s’identifie, le « sien ».
  • l’exogroupe : ce sont les groupes pour lesquels l’individu ne ressent pas de sentiment d’appartenance et qui sont considérés comme antithétiques à l’endogroupe.

Jusqu’ici tout va bien, ou presque : c’est assez « normal » de s’identifier plus à un groupe (par exemple les amateurs de beurre salé) et ne pas ressentir de sentiment d’appartenance pour un autre groupe (les amateurs de beurre doux). Cela ne fait pas le lit de la haine pour autant et cela peut même être sujet à plaisanteries de constater ces différences, cela peut permettre des rapprochements sociaux (et ces discussions sans fin sur les différences régionales), cela peut être une amorce pour faciliter la connaissance entre deux inconnus en offrant un sujet de conversation. Mais si la personne est ethnocentrique, elle prendra cette discussion pour une déclaration de guerre, une attaque de sa personne. L’idéologie de l’ethnocentrisme est rigide :

  • l’endogroupe, le groupe auquel s’identifie la personne, se voit en ce cas attribuer uniquement des opinions positives et l’ethnocentrique ne remet jamais en cause ce groupe, ne le critique pas. L’amateur de beurre salé dira des choses telles que « le beurre salé c’est la vie », « les personnes qui mangent du beurre salé sont plus joyeuses » mais jamais n’avouera que les taux de beurre salé dans les kouig amann sont excessifs et que c’est peut-être pour cela que les non-bretons n’en mangent pas tous les jours et à tous les goûters. Non, ce sera de « leur faute », parce qu’ils sont « trop fragiles » par exemple.
  •  l’exogroupe, dans l’idéologie de l’ethnocentrisme, se voit uniquement attribuer des opinions négatives et, dans la hiérarchie sociale, il doit pour l’ethnocentrique, être dominé par l’endogroupe, y être soumis et subordonné, ou encore être chassé le plus loin possible de l’endogroupe. L’ethnocentrique du beurre salé dira par exemple « le beurre doux est si infâme qu’on devrait chasser des métiers de la restauration tout ceux qui l’utilisent car ils sont forcément handicapés des papilles » ou encore « les boulangeries pâtisseries ne devraient proposer que des produits à base de beurre salé ».

Cette dimension « rigide » de l’ethnocentrisme est importante à retenir : c’est cela qui transforme une discussion innocente sur les différences de groupe (pas forcément amorcée dans un but de domination pour le non-ethnocentrique mais juste de curiosité, d’échange ou de sociabilité) ; mais qui pour l’ethnocentrique est prise en déclaration de guerre où il faut tout faire pour dominer tout d’abord la discussion, lui prouver que son groupe est plus légitime à dominer, que son groupe détient la vérité et que l’exogroupe est dans l’erreur (voire l’indécence), que lui et son groupe sont les bons et que l’autre est mauvais et qu’aucun argument ne peut changer cela car l’exogroupe est intrinsèquement corrompu.

L’autre dimension très importante de l’ethnocentrisme, c’est que ce préjugé négatif, ce racisme contre une ethnie, existe non isolément, mais en lien avec la soumission, l’allégeance à l’endogroupe : si l’ethnocentrique hait tant l’exogroupe, c’est parce que les références, les idées, opinions, valeurs de l’endogroupe sont pour lui synonymes de bien, de vérité absolue, de lois naturelles. Il ne peut remettre en cause, critiquer, tempérer les idées de l’endogroupe : le non ethnocentrique se dira qu’utiliser du beurre doux ou du beurre salé, c’est juste une question d’habitude, cela peut être changeant, après tout que ce n’est pas important et que les façons de faire, qu’on utilise uniquement du beurre doux ou du beurre salé, ou un mix des deux, c’est juste une habitude. L’ethnocentrique pensera qu’utiliser du beurre salé est la meilleure façon de faire et que toute autre manière est ignominie, que c’est aller contre la nature des papilles humaines efficientes, donc que l’exogroupe est inférieur car il ne reconnaît pas cette vérité pourtant évidente qui doit dominer car elle est l’attribut des êtres supérieurs.

Autrement dit, s’il y a haine de l’exogroupe par l’ethnocentrique, c’est parce qu’il y a un amour aveugle pour l’endogroupe au point de confondre des habitudes culturelles avec les lois de la nature. Il y a une allégeance totale, au point d’être incapable de se poser des questions sur son groupe de référence et ses habitudes.

La notion d’ethnocentrisme permet de bien mieux cerner la mécanique du potentiel fasciste car elle est toute une logique, un système de pensée qui s’applique pour toutes les choses de la vie. Elle permet de comprendre, bien mieux que la notion de racisme, pourquoi la haine de l’étranger à notre époque et dans notre pays est aussi assortie de la haine du « bobo » qui est décrit comme un blanc français dont le comportement horrible serait d’acheter des légumes bio par exemple. C’est parce qu’il est considéré comme étant de l’exogroupe, quand bien même il serait proche géographiquement, avec le même physique que l’ethnocentrique et la même spiritualité athée.

Mais avant de pouvoir affirmer que le potentiel fasciste était ethnocentrique plus que « simplement » antisémite ou raciste, il a fallu construire une échelle représentative de cette notion.


Méthodologie de l’échelle d’ethnocentrisme


La méthode a été la même que pour l’échelle d’Antisémitisme ; les chercheurs ont donc construit d’abord une très grosse échelle, l’ont testée, ont pu en discuter avec les sujets pour affiner les items, en supprimer certains, en rajouter d’autres plus pertinents pour le haut score, puis ont refait une autre échelle et c’était reparti pour d’autres tests jusqu’à produire une dernière échelle d’ethnocentrisme, courte, mais recouvrant tous les domaines de l’idéologie ethnocentrique et satisfaisant les hauts scores (les bas scores rejetant généralement tout en bloc ou presque).

Les principales différences méthodologiques avec l’échelle d’antisémitisme sont que bien plus de groupes ont testé les échelles, presque tous les sujets de toute l’étude les ont testées.

La conception de l’ethnocentrisme étant centrale pour comprendre le potentiel fascisme, il y a eu également énormément de corrélations testées, et on en parlera encore même dans les phases de l’étude clinique tant elles sont importantes pour cerner la problématique fasciste.

Si vous souhaitez plus d’explication sur la méthodologie, je vous invite à consulter l’article précédent qui explique les statistiques ou, si vous ne trouvez pas les réponses à vos questions, à les poser en commentaire. Ainsi la réponse pourra profiter à tous et nous pourrons mener un débat constructif.


Le contenu de l’échelle


L’antisémite a-t-il d’autres préjugés ? Le haut score rejette-t-il toutes les minorités ? Pour tester ces hypothèses et d’autres, les chercheurs ont donc intégré des items représentant des stéréotypes et des attitudes vis-à-vis de ces stéréotypes. Cette fois, il y a plusieurs minorités représentées, ainsi que des exogroupes non minoritaires (comme les femmes par exemple) ; pour bien cerner l’idéologie ethnocentrique, il s’agissait aussi de créer des items qui indiquent l’allégeance et la rigidité de celle-ci avec l’endogroupe, ici ce sera la nation. Voici donc les trois catégories représentées :

Mode et contre culture issue du monde du Jazz, les zoot suiters interrogeaient (entre autres) visuellement les normes de la ségrégation par leur tenue ; une règle implicite exigeait que les gens de couleur restent « invisibles » dans les espaces publics, alors en réponse, via un pied-de-nez visuel, ils portaient des costumes aux épaules larges, des pantalons gonflés, des tenues audacieuses. L’attitude de confiance dans leur démarche était importante, ils marchaient avec fierté. Cette tenue a été portée par toute sorte de groupes, que ce soit des noirs, des Mexicains, des Philippins, des Italiens…
  • la catégorie N (noirs) : on y trouve des stéréotypes sur les personnes noires et les caractéristiques que leur attribuent les personnes à préjugés (bêtise, flemmardise…) et des attitudes à avoir vis-à-vis d’eux (les éloigner des blancs, leur interdire des fonctions…).
  • la catégorie M (minorités) : ici se trouve des stéréotypes concernant toute sorte de minorités ou d’ exogroupes non minoritaires ou non « géolocalisables » : les Japonais, les Phillipins, les Allemands, les zoot suiters, les femmes…
  • la catégorie P (patriotisme) : la nation (= endogroupe) y est vantée de façon rigide et allégeante. Cette catégorie représente bien les spécificités de la notion d’ethnocentrisme, que ce soit sa dimension soumission à l’endogroupe et de cette volonté de dominer et de subordonner l’exogroupe. Les chercheurs signalent que le vrai terme pour décrire cette catégorie serait plutôt « pseudopatriotisme » : en effet, leurs recherches leur ont ensuite montré qu’il y avait une distinction entre un patriotisme disons « ouvert » qui serait formé de l’amour du pays, l’adhésion à ses valeurs (par exemple pour les Américains, il s’agissait pour certains de la poursuite du bonheur, de l’accès à tous de cette poursuite) mais qui est souple. Ce patriote-là peut être enthousiaste à l’idée que des personnes d’autres pays se joignent à la fête dans son pays, il respecte leurs valeurs différentes voire s’y intéresse sans jugement négatif, il ne souhaite pas que son pays domine le monde sur tous les plans, il est en capacité de critiquer ses congénères américains ou d’émettre des critiques concernant son endogroupe.
Snowden se dit patriote : contrairement à un pseudopatriote, la valeur « liberté » lié à son pays lui était tant importante qu’il a commis un acte de désobéissance civile en dévoilant des documents. Cela montre qu’un authentique patriote n’est pas passivement allégeant, soumis à l’endogroupe, il s’agit d’une adhésion à des valeurs patriotiques mûrement réfléchies.

 

Le pseudopatriote, ethnocentrique, lui ne peut pas par exemple accepter que l’armée de son pays soit plus faible que celle d’un autre, il a besoin que son pays soit dominant pour apprécier en être le citoyen. Le pseudopatriote haïra les autres nations, n’acceptera pas l’immigration, refusera tout mélange, estimera que les valeurs des groupes étrangers sont inférieures à celles de sa nation. Il est rigide et fermé contrairement au patriote souple et ouvert.

Un page facebook pseudopatriote qui explique que les voitures brûlées le sont à cause d’une politique incitant à « vivre ensemble » (avec des personnes d’origines étrangère ? avec des personnes non patriotes ? le mystère est entier). Plus tard dans la conversation, « on aime la France » dit que pour trouver la cause, il faut voir le lieu : les banlieues. Les personnes vivant dans les banlieues sont donc l’exogroupe avec lequel ces patriotes ne veulent pas vivre….

Premiers résultats


Nous allons voir à présent un premier résultat, celui du même groupe vu dans l’article précédent, c’est-à-dire un groupe d’étudiantes, en 1944, qui a testé une première grosse échelle. À noter que dans l’échantillon il y avait 19 personnes issues de minorités.

Pour rappel :

  • le score maximal est de 7 et le minimum est de 1 ; 4 est neutre, ni accord ni désaccord. Au dessus de 4 il y a accord, sous 4 il y a désaccord.
  • le DP (Discriminatory Power) est la différence entre haut score et bas score. Plus il est bas, plus les personnes hauts scores et bas scores sont d’accord, plus il est grand plus il y a désaccord (par exemple, les hauts scores sont tout à fait d’accord, les bas scores pas du tout.

Item

Moy. haut scores

Moy. bas scores

DP

Moy. totale du groupe

1. Quand il y a de trop nombreux partis politiques, cela a tendance à semer la confusion, à ajouter des dépenses aux élections, et à susciter une agitation inutile. Pour cette raison et pour d’autres raisons, il serait préférable que tous les partis politiques, à l’exception des deux principaux, soient abolis.

3,72

2,17

1,55

2,85

2. S’il y a assez de noirs qui veulent assister à un spectacle local de danse d’un groupe de personne non-blanches, une façon d’arranger cela serait de réserver une nuit spéciale aux noirs et comme cela les blancs pourraient danser en paix le reste du temps.

6,17

1,97

4,20

4,04

3. Les plus importants devoirs d’un bon citoyen sont le patriotisme et la loyauté.

6,48

3,86

2,62

5,21

4. Certaines sectes religieuses dont les croyances interdisent de saluer le drapeau doivent être forcées de se conformer à une telle action patriotique, ou bien être abolies.

5,08

1,61

3,47

3,26

5.Les noirs résoudraient beaucoup de leurs problèmes sociaux en n’étant pas si irresponsables, paresseux et ignorants.

3,10

1,53

1.57

3,19

6. Tout groupe ou mouvement social qui comprend de nombreux étrangers doit être surveillé avec suspicion et, si possible, être suivi par le FBI.

4,50

1,69

2,81

3,02

7.Dans le monde, il y aura toujours des nations supérieures et d’autres inférieures : dans l’intérêt de tous les intéressés, il est préférable que la nation supérieure soit au contrôle des affaires mondiales.

3,67

1,25

2,42

2,54

8. Les musiciens noirs sont parfois aussi bons que les musiciens blancs pour la musique swing et pour le jazz, mais c’est une erreur d’avoir des groupes mixtes noir-blanc.

5,08

1,25

3,83

2,77

9. Bien que la présence des femmes soit maintenant nécessaire dans les forces armées et dans l’industrie, elles devraient être renvoyées à leur place, dans la maison, dès la fin de la guerre.

5,86

3,75

2,11

4,76

10.Des petits exercices de formation militaire, d’obéissance et de discipline, tels que l’exercice, la marche et les ordres simples, devraient faire partie du programme éducatif de l’école élémentaire.

5,06

2,47

2,59

3,83

11.Ce serait une erreur d’avoir des contremaîtres et des leaders noirs dirigeant des blancs.

6,05

1,69

4,36

3,99

12. La principale menace pesant sur l’Amérique à notre époque est l’infiltration d’idées et de doctrines étrangères dans nos institutions ainsi que la présence de rebelles.

4,86

1,22

3,64

3,13

13. Le traitement actuel des objecteurs de conscience, des insoumis et des ennemis étrangers est trop indulgent et trop maternant. Si une personne ne veut pas se battre pour son pays, il mérite bien pire que juste la prison ou un camp de travail.

4,64

1,44

3,20

2,90

14. Les noirs peuvent avoir un rôle à jouer dans notre civilisation blanche, mais il est préférable qu’ils restent dans leurs propres quartiers et écoles pour éviter trop de mélange, de mixité avec les blancs.

6,33

1,72

4,61

4,08

15.Une des principales difficultés dans le fait de permettre à toute la population de participer pleinement aux affaires gouvernementales (vote, emploi, etc.) est qu’il y a un grand pourcentage de personnes qui en sont incapables et trop déficientes.

5,06

2,33

2,73

3,71

16. Le travail manuel et les emplois de domestique semblent être mieux adaptés à la mentalité et aux capacités des Noirs que le travail qualifié ou avec des responsabilités.

5,22

1,58

3,64

3,17

17.C’est une erreur de laisser les Japonais quitter les camps d’internement et les laisser entrer dans l’armée où ils seraient libres de commettre des actes de sabotage.

5,86

1,92

3,94

3,87

18. Compte tenu de l’actualité nationale et des nécessités de la nation, il est très important de réserver les emplois gouvernementaux aux natifs américains, aux blancs et aux chrétiens.

4,75

1,08

3,67

2,80

19.Dans une communauté de 1 000 blancs et 50 noirs, un Noir ivre tire et tue un officier qui essaie de l’arrêter. La population blanche doit immédiatement chasser tous les noirs de la ville.

1,86

1

0,86

1,26

20.Les réfugiés européens sont peut-être dans le besoin, mais ce serait une grosse erreur de changer nos quotas d’immigration pour leur permettre de submerger le pays.

6,39

3,50

2,89

5,28

21. Le problème des Oklahomans (« Okies ») qui ont envahi la Californie prouve que nous devrions les renvoyer d’où ils viennent dès que les conditions le permettent.

5,39

1,81

3,58

5,70

22.Les gens qui évoquent dans tous leurs discours le fait de placer les noirs sur un même pied d’égalité que les blancs et leur donner les mêmes privilèges sont pour la plupart des agitateurs radicaux qui essaient de susciter des conflits.

4,53

1,08

3,45

2,51

23. Il est devenu évident que les Allemands et les Japonais sont racistes et recherchent le pouvoir. La seule garantie pour une paix future est de liquider la plupart d’entre eux et de garder le reste sous un contrôle attentif.

5,28

1,50

3,78

3,07

24.Un système de stérilisation à grande échelle serait un bon moyen d’éradiquer les criminels et d’autres éléments indésirables de notre société. Cela permettrait d’élever le standard de notre société et améliorerait les conditions de vie.

3,11

2,03

1,08

2,71

25. Un lynchage occasionnel dans le Sud est une bonne chose parce qu’il y a un grand pourcentage de noirs dans leurs communautés : il est nécessaire d’effrayer les noirs de temps en temps pour les empêcher de faire des émeutes et de perturber tout le monde.

1,81

1

0,81

1,32

26. Le Mexique ne pourra jamais avoir le même niveau de vie que les États-Unis, parce que les Mexicains sont naturellement flemmards, sales et ont un trop grand retard.

3,69

1,06

2,63

2,15

27. Les Philippins sont bien à leur place, mais ils en font trop lorsqu’ils s’habillent somptueusement, achètent de bonnes voitures, et se baladent avec des filles blanches.

5,64

1,22

4,42

3,68

28.Dans l’enseignement scolaire, il serait préférable de limiter les noirs à la grammaire et au commerce, car une plus grande scolarité ne leur donne que des désirs et des ambitions qu’ils sont incapables de réaliser à hauteur des blancs.

1,86

1,03

0,83

1,30

29. Lorsque les zoot suiters reçoivent trop d’argent et obtiennent des libertés, ils abusent de leurs privilèges et créent des troubles. Ils démontrent ainsi qu’ils sont inférieurs.

5,58

1,39

4,19

3,62

30. Les syndicats les plus vicieux, les plus irresponsables et les plus racketteurs sont, dans la plupart des cas, ceux qui ont généralement des étrangers pour dirigeants.

4,08

1,17

2,91

2,42

31.Il y a quelque chose d’intrinsèquement primitif et non civilisé chez le noir, comme le montre sa musique et son extrême agressivité.

3,72

1,17

2,91

2,42

32. Nous dépensons trop d’argent pour le soin des criminels, des fous et pour l’éducation des personnes intrinsèquement incapables.

3,22

1,53

1,69

2,20

33.Il y aura toujours des guerres parce qu’il y aura toujours des races qui tentent sans pitié de saisir plus que leur part.

5,89

2,64

3,25

4,37

34. Si on ne les maintenait pas à leur place, la plupart des noirs deviendraient autoritaires, désagréables et arrogants.

4,75

1,06

3,69

2,67

Moyenne totale

échelle N

échelle M

échelle P

4,70

4,34

4,76

5,07

1,73

1,34

1,89

2,00

2,97

3

2,87

3,07

3,17

2,72

3,32

3,53

 

Les premiers constats que l’on peut faire, c’est qu’il y a toujours une nette division entre haut score et bas score, le DP est souvent très important, à l’exception de quelques items.

Ces quelques items où le DP est quasi nul, sont les plus ouvertement antidemocratiques, par exemple comme l’épouvantable « 25. Un lynchage occasionnel dans le Sud est une bonne chose parce qu’il y a un grand pourcentage de noirs dans leurs communautés : il est nécessaire d’effrayer les noirs de temps en temps pour les empêcher de faire des émeutes et de perturber tout le monde. » : c’est-à-dire ayant trait à un fascisme assumé, « décomplexé », ouvertement violent ; ils sont rejetés par les bas scores comme les hauts scores, ce qui renforce l’idée qu’avaient soulevée les chercheurs lors des études sur l’antisémitisme : les hauts scores sont pseudodemocrates, c’est-à-dire qu’ils ne donnent leur accord voire soutien total qu’à des items certes, racistes, ethnocentriques et pleins de préjugés, mais qui ne sont pas explicitement fascistes. Ils n’ont pas trait à l’imagerie de ce régime autoritaire qui tuerait, violenterait les exogroupes, les items auxquels ils s’accordent ont des allures démocrates mais au fond, ne le sont pas. Autrement dit, les hauts scores acceptent uniquement des postures ethnocentriques non sanglantes qui ont l’apparence de la démocratie, du régime non-autoritaire, mais qui sont mécaniquement identiques au fascisme et qui sont tout aussi violentes psychologiquement parlant par exemple.

Plus tard, les chercheurs précisent que les pseudodémocrates ne sont pas des fascistes qui tentent d’avancer volontairement masqués (pour éviter le rejet par exemple) mais une véritable posture, qui à la fois adhérent à des valeurs de démocratie (liberté, équité) et à des postures fascistes et tentent d’en faire l’addition, ce qui donne lieu justement à des contradictions, des confusions dans leur discours.

On peut constater également une consistance de la position des sujets, ce qui est à noter car sur une échelle traitant de sujets variés, on aurait pu imaginer que ce soit le contraire. Par exemple le raciste aurait pu avoir des hauts scores juste sur la catégorie N et des scores moyens sur la catégorie M parce qu’elle concerne des personnes de sa couleur de peau. On aurait pu imaginer des sujets, qui ayant eu des problèmes avec telle minorité, l’attaquent mais pas les autres. Or ici, les sujets à haut score le sont dans toutes les catégories, l’ethnocentrisme est déjà assez confirmé car tous les exogroupes sont rejetés avec plus ou moins de vigueur, et il y a une adhésion rigide à l’endogroupe (haut score de patriotisme). Quant aux bas scores, il sont bas partout, ils rejettent l’idée de stigmatiser n’importe quel groupe et sont peu rigides d’un point de vue patriotique.

Notons néanmoins que les hauts scores et les bas scores ne sont pas tous pareils, et si pour les uns ils sont en accord avec grand nombre d’items et pour les autres en désaccord avec un grand nombre d’items, il y a des différences individuelles. Les hauts scores remplissent néanmoins le « bingo » ethnocentrique, c’est-à-dire qu’il y a des hauts scores dans chaque catégorie proposée, même si certains items sont à bas ou moyen score.

Les scores de Mack et Larry, notre haut score et notre bas score de référence tout au long de l’étude, sont assez signifiants à ce sujet.


Résultats de Mack et Larry


Ils ont été testé sur la dernière échelle (forme 78) d’ethnocentrisme, raccourcie. Les nouveaux items sont :

  • « 4. Toutes les formes de discrimination raciale et religieuse devraient être illégales et punissables. » ; le score y est inversé, Mack est donc en désaccord et Larry en accord),
  •  « 25. Si une nouvelle organisation mondiale est créée, l’Amérique doit s’assurer qu’elle ne perd pas son indépendance et sa pleine souveraineté en tant que nation distincte. »
  • « 41. L’Amérique peut être imparfaite, mais la voie américaine nous a apporté aussi près que les êtres humains peuvent arriver à une société parfaite. »
  • « 51.La plupart de nos problèmes sociaux seraient résolus si les personnes immorales, corrompues et défectueuses pouvaient en quelque sorte être retirées de la scène. »

Encore une fois, leurs résultats sont assez cohérents avec leurs discours, on peut voir que Mack, qui était antisémite, se révèle ici également ethnocentrique ; les chercheurs notent néanmoins une incohérence sur le score de Larry à l’item 25 : dans des entretiens et à d’autres moments, il ne soutiendra pas cette idée d’une Amérique dominant les autres, il est possible que ce soit une erreur de sa part ou qu’il ait mal compris la question. Quant au bas score de Mack concernant les femmes, cela se comprend par sa situation : sa conjointe étant professeure, il lui aurait été impossible de soutenir une position antiféministe qui voudrait la maintenir à la maison.


Une étude dense


Simplement pour vous montrer l’envergure de cette étude (et pour les curieux qui voudraient décortiquer les résultats) voici une partie des statistiques sur les formes 40 (incluant l’antisémitisme dans l’échelle d’ethnocentrisme) et 45  (premier tableau), la forme 60 et le dernier tableau sur la dernière forme 78.

On détaillera les échantillons plus tard, car toutes ces personnes testées sur l’ethnocentrisme l’ont été sur l’échelle F (Fascisme) qui est le produit de toutes les études sur l’antisémitisme, l’ethnocentrisme et celle qu’on verra plus tard de conservatisme-politco-economique.

Désolée de vous balancer les résultats comme ça, mais remettre en forme, en français et de façon complète (c’est-à-dire avec l’intégralité des énoncés d’items) ces échelles est un travail trop long, très ennuyeux et je ne pense pas que la mise en forme vous soit si utile pour l’intégralité des tableaux ; pour rendre plus clair la lecture j’ai néanmoins souligné certains points, selon le code couleur habituel.

La différence entre les scores de 969 hommes et 599 femmes. Les scores sont plus hauts chez les hommes, notamment certains groupes dont les moyennes sont plus élevées que la population en général (on le verra plus tard ce sont les prisonniers et les militaires).
Voici des groupes aux scores plutôt bas, ce sont des groupes d’étudiants et de professionnelles (l’un des groupes qui comportera le plus de bas score durant toute l’étude et sur toutes les échelles).

Corrélations


Les corrélations sont extrêmement importantes dans l’étude sur la personnalité autoritaire : non seulement comme dans d’autres études elles permettent de valider ou non les échelles (on explique comment les lire ici); Ainsi si par exemple on avait .10 l’échelle serait invalide, parce qu’on ne pourrait prédire aucun score, cela voudrait dire que les gens auraient mis sans aucune consistance leurs réponses, sans aucune logique. Pour l’échelle E sous sa forme 78 (celle testée par Mack et Larry) les corrélations sont de .80 pour les étudiantes de cours oratoire, .74 pour les étudiants de cours oratoire, .80 pour les étudiantes du cours externe, .88 pour des femmes travailleuses. Cela veut dire que l’échelle mesure ce qu’elle doit mesurer, les résultats étant cohérents statistiquement. Les variations s’expliquent par les différences de groupe et leurs tendances.

Mais les corrélations qui nous intéressent le plus sont celles qui permettent de vérifier des hypothèses et de faire des prédictions.

Est-ce qu’un sujet qui a de très hauts scores dans une catégorie aura aussi des hauts scores sur l’échelle entière ?

Est-ce qu’un sujet ayant des très hauts scores à la catégorie patriotisme aura des hauts scores sur la catégorie minorités ?

Oui, un haut score dans n’importe quelle catégorie prédit un haut score dans toute l’échelle, les corrélations sont toutes très fortes. Si quelqu’un met un haut score en patriotisme, on peut prédire sans grande marge d’erreur qu’il aura un haut score d’ethnocentrisme, et s’en est de même pour toutes les catégories.

La plupart des sujets ont également rempli les échelles d’antisémitisme présentées la dernière fois en plus de l’échelle d’ethnocentrisme. Donc, on peut se demander et répondre à la question « est-ce qu’un haut score d’antisémitisme prédit d’un haut score d’ethnocentrisme ? »

N= taille de l’échantillon, nombre de personnes dans le groupe Mean = moyenne

Ici les corrélations sont plus basses car il s’agit de la forme 78, donc l’échelle la plus courte, donc la moins précise. Mais les corrélations restent élevées, donc on peut prédire assez exactement qu’un haut score antisémite sera ethnocentrique également.

La corrélation entre patriotisme et ethnocentrisme résumé en un tee-shirt, vendu 20 euro par la page facebook « on aime la France » https://www.facebook.com/LaFranceAvenir/

L’Ethnocentrisme, une question d’éducation et d’intelligence ?


Bien plus tard dans l’étude ont été testées des corrélations entre le niveau d’intelligence (mesuré par des tests psychologiques que les groupes avaient déjà passés pour leur entrée à l’armée ou encore pour leurs études supérieures) et score d’ethnocentrisme ; les chercheurs ont aussi calculé les corrélations entre le nombre d’ années d’études et scores d’ethnocentrisme. L’hypothèse était de voir si l’intelligence – qu’elle soit « innée » ou acquise via la scolarité -, avait un impact sur les scores d’ethnocentrisme. Car il est assez courant d’entendre dire que l’éducation ou l’intelligence prémunit d’être ethnocentrique, d’avoir des préjugés, d’être raciste etc. Et en effet, il y a une petite corrélation négative entre intelligence ou niveau d’étude, c’est-à-dire que plus les gens étaient intelligents ou avaient passé du temps à étudier, moins les scores étaient élevés en ethnocentrisme.

Mais les chercheurs de cette étude, rappellent que bien qu’il y est corrélation, elle est si minime qu’elle ne colle pas au discours commun qui vante l’éducation comme la solution contre l’ethnocentrisme et le potentiel fascisme (l’échelle F y a été aussi testée).

Les entretiens ont révélé que ce qui faisait la différence chez les non-ethnocentriques, c’était surtout leur curiosité, leur capacité, leur motivation et leur enthousiasme à chercher, apprendre par eux-mêmes hors de toute scolarité ou cadre d’apprentissage.

Donc les chercheurs ne nient pas l’importance de l’éducation, bien au contraire, ils soulignent que le système éducatif a un problème pour être aussi peu impactant sur la pensée ethnocentrique. Même avec les meilleures conditions d’éducation, l’exposition à la salle de classe ne suffit pas à créer la motivation à apprendre par soi-même, la réceptivité à des idées nouvelles qui seraient pourtant les meilleurs remparts contre le fascisme. Selon eux, pour que l’école soit un rempart contre l’ethnocentrisme, les préjugés, etc, il faudrait qu’elle réussisse à transmettre à tous la curiosité, l’enthousiasme pour la connaissance, la motivation intrinsèque à chercher par et pour soi-même les connaissances.

Et c’est également ce que nous pensons ; nous en reparlerons à la fin, mais si vous êtes de voir ce que serait une école qui apprend la motivation et l’enthousiasme pour la connaissance, nous avons traité de ces sujets ici :

Et, quitte à faire un spoiler oui, l’expérience de Céline Alvarez en maternelle, pour quantité de raisons positives, remplit ces conditions pour transmettre motivation, enthousiasme, gestion des émotions  ; tout est détaillé sur son site : https://www.celinealvarez.org/


Ethnocentrisme, antisémitisme et religion


À chaque questionnaire était demandé dans les questions formelles la religion des personnes, il a été donc aisé de mettre en perspective la religion et les différents scores.

Voici un tableau récapitulatif des religions déclarées par les personnes et leur score en échelle d’ethnocentrisme et d’antisémitisme :

Les chercheurs ont donc constaté qu’il y avait plus de préjugés chez ceux déclarant une appartenance religieuse, mais les scores d’antisémitisme et d’ethnocentrisme sont proches du point neutre. C’est-à-dire que l’appartenance religieuse ne fait pas forcément le haut score ou le bas score.

L’ethnocentrisme est très variable, on ne peut pas dire que l’appartenance à une religion soit significative.

La fréquentation d’une église n’est pas très révélatrice non plus, excepté que les personnes qui ont une religion et qui ne fréquentent pas l’église ont des scores inférieurs aux autres. Autrement dit, les gens rejetant l’institutionnalisation de la religion ont moins de préjugés que ceux qui l’acceptent.

Il y a plus d’ethnocentrisme chez ceux dont les parents étaient très religieux que ceux qui l’étaient partiellement : en ce cas, l’acceptation d’une religion semblerait plus le signe d’une soumission à l’autorité parentale et ce serait favorable à l’ethnocentrisme de la personne.

Au final, les faits tels que la religion suivie ou la fréquentation de l’église ont moins d’impact sur les préjugés que les tendances psychologiques sous-jacentes, tels que le conventionnalisme et la soumission à l’autorité. Ce sont des conclusions assez importantes qu’on verra lors de l’échelle F.


Qu’en conclure ?


Au vu des résultats, on ne peut pas dire que le problème serait de la faute des minorités en elles-mêmes, de caractéristiques ethniques incompatibles avec l’ethnie blanche, mâle, américaine et chrétienne ou protestante, ni même un défaut de leur intégration.

La mécanique du préjugé va bien au-delà de la haine, de la peur ou du dégoût d’un groupe qui aurait des torts : tous les groupes différents, qu’ils soient minoritaires ou non, sont accusés et les hauts scores veulent les écarter de leur endogroupe. N’importe quel groupe inconnu qui arriverait alors aux États-Unis subirait le même sort, quoi qu’il fasse, il serait d’abord affublé d’un stéréotype négatif puis rejeté, infériorisé.

La mentalité ethnocentrique du haut score suit toujours le même processus, quel que soit le groupe étranger, ses caractéristiques, le système de pensée est le même, nullement troublé par les faits, l’expérience ou les connaissances : il y a d’abord un pseudodémocratisme, c’est-à-dire une reconnaissance de l’État de démocratie, des droits pour tous, des libertés et d’une petite égalité ou fraternité ; le haut score exprime dans les débuts de ses phrases « Les noirs ont des droits… » « Les femmes ont beaucoup fait pour l’industrie… » « Certains juifs ont beaucoup apporté à la société… ». Puis il y a un « Mais ».

Ce « mais » annonce une opinion qui va à l’encontre des droits de l’homme, qui s’oppose à l’idée que les humains seraient égaux en droit. S’en suit une opinion qui accuse la minorité, la personne différente de l’endogroupe d’être intrinsèquement mauvaise/déficiente/pleine de défaut/de nature à ne pas être libre. Le raisonnement se poursuit alors assez simplement vers l’éviction de la personne, son rejet, son éloignement pour qu’elle « retourne à sa place » : ainsi la femme doit revenir au fourneau du domicile et non travailler, le noir ne doit pas convoiter un poste de cadre, le juif doit s’éloigner du domaine du business, le Japonais doit retourner dans son pays, l’Allemand doit être éliminé, etc.

Un exemple moderne de pseudodemocratisme « je ne suis pas raciste mais… » je suis ethnocentrique ? Voilà pourquoi il me semble important de diffuser le mot « ethnocentrisme » car il est particulièrement lié à un certain patriotisme et il me semble très représentatif de tout un tas de discriminations.

Le haut score ne peut cohabiter avec l’exogroupe, ne peut être en égalité avec lui, il faut qu’il le domine en ayant plus de droits et de liberté, plus de territoire, plus d’opportunités ; il faut qu’il soit son chef, qu’il le domine d’une façon ou d’une autre.

Ce modèle de pensée ethnocentrique n’est pas cantonné à la personne à haut score et à son quotidien : elle pense que c’est un mode de pensée que les nations doivent adopter, que c’est un mode de pensée qui doit guider par exemple la politique internationale : ici, ils veulent que les États-Unis dominent le reste du monde, aient la plus grosse armée, soumettent les autres pays qui doivent en plus adopter ses valeurs. De même pour l’organisation des sociétés privées ou la gestion des institutions, l’exogroupe doit en être écarté ou n’avoir que des miettes de bénéfices (une éducation oui, mais pas dans tout les domaines, un poste oui, mais pas les plus prestigieux, etc.)

Cependant, les chercheurs rappellent que tous les hauts scores ne sont pas strictement identiques, ils peuvent être moins rigides sur certains points ; par exemple Mack, bien que haut score, pense qu’il faut laisser la liberté aux femmes de travailler, contrairement à la majeure partie des sujets hommes de l’étude. Cela se comprend parce qu’il prend en compte la situation de sa fiancée qu’il ne veut surtout pas perdre, il a réussi à considérer son expérience de vie, à la penser sur ce point-là (on verra plus tard que les hauts scores ont beaucoup de mal à intégrer les expériences de vie dans leur jugement, donc c’était important de souligner ce point fort de Mack).

Néanmoins, les hauts scores remplissent le « bingo » de l’idéologie ethnocentrique, c’est-à-dire qu’ils adhérent à la majeure partie du programme et peuvent avoir certes quelques désaccords sur quelques points, globalement les visées, raisonnements ethnocentriques sont adoptés : il aura des préjugés sur toutes sortes d’exogroupe minoritaires ou non, de sa couleur ou non, de sa religion ou non ; il sera patriote car la volonté de domination de l’endogroupe est liée à la volonté de subordination de l’exogroupe.

Il en va de même pour les bas scores : s’ils n’adhèrent pas tous à la même vigueur au programme anti-ethnocentrique, ils sont d’accord pour lutter contre les préjugés, ils pensent que les humains sont égaux et méritent tous les mêmes libertés et leur patriotisme n’est pas synonyme de domination, mais juste d’appréciation des valeurs de leur pays comme ils peuvent respecter et aimer d’autres pays qui sont d’ailleurs les bienvenus.

Cette étude nous montre que le préjugé n’est pas isolé : il est monté en un système idéologique prégnant dans la personne qui se diffuse à tous ses jugements ; ce système, les bas scores le refusent avec vigueur et même font attention à ne pas « tomber » dans ce mode de raisonnement qu’ils estiment très négatif pour la vie en société, la paix, la non-violence.

On peut donc abandonner l’idée que si Untel a un préjugé contre telle ethnie, c’est parce qu’il ne la connaît pas : l’idée qu’il faille apporter des connaissances comme le suggérait Larry à ces personnes, ou même des expériences concrètes, peut ne pas marcher pour le haut score. Quand bien même on arriverait à le faire tolérer une ethnie ou encore le faire accepter qu’un exogroupe acquière un droit (comme Mack accepte que les femmes travaillent), il ferait encore preuve de préjugés sur tout groupe différent, que ce soit un exogroupe voire même un endogroupe qui se mettrait à avoir un mode de vie différent (comme aujourd’hui la haine qu’ont certains Français contre d’autres Français qui essayent de vivre écologiquement).

La stratégie de l’apport de la connaissance et de l’expérience ne peut marcher que sur des scores moyens qui n’ont pas encore totalement adopté l’idéologie ethnocentrique. Mais les études présentes n’ayant pas porté sur eux, il est difficile de savoir ce que ce moyen score signifie. Sont-ils vraiment entre bas score et haut score ? Est-ce un déguisement social ? Est-ce de la méconnaissance ? Ou est-ce simplement qu’ils ne veulent pas penser à ça et ont d’autres préoccupations pour le moment ?

Pour le haut score en ethnocentrisme, les êtres humains ne sont donc pas égaux, il y a une hiérarchie : plus les gens lui ressemblent, plus ils sont en haut, plus ils ont de droits et de libertés car ils sont « naturellement » supérieurs ; les autres sont inférieurs et toute tentative même pacifique est considérée comme une déclaration de guerre, une infamie, un acte contre nature (puisqu’il considère ces niveaux comme naturels, la femme n’est pas faite pour sortir du foyer, le noir ne peut avoir des responsabilités, etc.). Il y a pour lui des natures humaines, il croit à toutes sortes de théories sur l’hérédité et ignore ou rejette toutes théories sur les situations sociales, sur l’arbitraire, sur le poids des situations ou de l’environnement sur l’humain, etc. (on verra plus tard qu’il a tendance à rejeter toute pensée, recherche sur le social, que ce soit la sociologie, la psychologie ou même l’introspection, etc.)

Un exemple de hiérarchisation de l’humain

Donc l’exogroupe « mérite » sa place inférieure, c’est inscrit dans son sang, il est « mauvais » d’un point de vue génétique donc l’endogroupe « bon » par nature, doit se défendre de lui : lui interdire des droits, des possibilités, le chasser s’il veut ou obtient des droits égaux à ceux qu’il a, le haut score doit protéger le « bien », son endogroupe. L’exogroupe est donc considéré par le haut score comme intrinsèquement mauvais, soit il est inférieur dans ses caractéristiques, soit il est sournois et veut voler le pouvoir, ou encore il est narcissique et ne fait les choses que pour se rendre intéressant.

Il pense que si une minorité tente de « s’élever », c’est-à-dire avoir une bonne profession ou les mêmes droits que les autres, c’est pour se venger, écraser autrui par ressentiment. On peut noter là une pré-conscience du fait que l’exogroupe a effectivement souffert des préjugés, mais par contre le haut score ne peut s’enlever de l’idée qu’il est naturellement mauvais et qu’il ne pourra pas faire preuve de résilience, et que forcément il ne peut avoir que des envies de vengeance.

Le haut score pense que le conflit entre humains est permanent, donc que la seule façon de vivre en société, c’est le modèle hiérarchique type militaire : il y a des dominants, on doit s’y soumettre aveuglément (le haut score vante les valeurs de loyauté, de fidélité à la nation par exemple), et on doit exercer sa dominance sur autrui selon son niveau. Ce serait la meilleure et l’unique solution aux conflits, la paix est pour lui synonyme d’un maintien de l’ordre hiérarchique car les gens seraient incapables de bien se comporter de façon autonome. L’autonomie semble totalement étrangère à leur discours, les personnes sont « biens » parce qu’elles obéissent toujours à quelque chose, que ce soit la nation, des valeurs ou un principe, leur nature, etc.

L’ordre, c’est aussi pour le haut score de maintenir l’endogroupe « pur » et « fort » : donc, pas de mariage avec l’exogroupe, pas de mélange au quotidien lors d’évènement (pas de fête mixtes entre noir et blanc), pas de mélange dans les quartiers, etc. L’exogroupe peut « contaminer », même si dans les discours du haut score, on a bien du mal à comprendre ce qu’est la nature mauvaise de cette contamination et ce que c’est concrètement, c’est une idée tenace qui sous-tend énormément de ces discours.

Ce sont les propos d’Henry de Lesquen, rapporté dans cette interview : https://www.vice.com/fr/article/henry-de-lesquen-theories-racistes-delirantes ; on voit bien le refus catégorique de tout mélange quel qu’il soit. Notez au passage l’emploi des termes pseudo-intellectuels pour justifier sa pensée et la faire paraitre  intelligente, on reviendra sur cette tendance qu’on pourrait qualifier de vernis, de façade pseudo-intelectuelle.

Cela n’empêche pas que l’exogroupe soit accusé de ne faire aucun effort d’intégration, ce qui est parfaitement incohérent dans la pensée du haut score, mais qui montre bien ce conflit mental entre le fait d’être pour la démocratie et contre le fascisme mais au fond d’être plus proche de la pensée fasciste que des idées de la démocratie.

Plus globalement, l’irrationalité des discours des hauts scores, leurs contradictions, sont assez révélateurs lorsqu’on les entend de façon psychologique, qu’on se met à les écouter comme un psychothérapeute. Quand le haut score accuse le juif de faire preuve de ressentiment et de n’avoir qu’une envie, c’est de se venger et qu’il faut pour cela le dominer encore plus, ce n’est pas l’histoire d’un blanc contre un juif qu’on entend là. C’est l’histoire d’une projection, d’une pulsion : le haut score a de l’agressivité, il se vengerait si on l’agressait ; cependant, il ne peut pas admettre qu’il ait ses idées, alors il attribue à un groupe étranger cette logique agressive faute de pouvoir assumer que c’est lui qui a cette pulsion. Ce n’est pas juste de l’hypocrisie, cette projection, c’est un signe que la personne, pour des raisons psychologiques, a un psychisme qui lui est inaccessible et le problème est beaucoup plus complexe, voire dramatique, qu’une simple hypocrisie.

Mais on verra cela bien plus tard, il n’y a pas encore assez d’éléments pour entrer dans cette analyse psychologique. Le dernier point qu’il nous reste à aborder, est politique : les hauts scores d’ethnocentrisme adhérent-ils a une branche politique particulière ? Que préconisent-ils pour la société, en dehors de leur traitement des exogroupes ?

C’est ce qu’on verra avec la dernière échelle avant la fameuse échelle « F », l’échelle de conservatisme politico économique.

La suite : [F4] Libéralisme ou conservatisme… une histoire d’ignorance et de confusion

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30 commentaires sur “[F3] « Nous forts et bons, eux faibles et mauvais ! » : l’ethnocentrisme

  1. Bonjour,
    Merci pour l’article.

    On s’attarde ici uniquement sur les conséquences et réactions des hauts/bas scores.
    La définition d’antisémite manque.

    Il serait plus simple (ou plus logique je sais pas) que certains ne soient que bons et d’autres que mauvais, mais il n’en est rien.

    On se rend compte, et ce n’est jamais montré, que par mimétisme ou on ne sait quoi … peut être par preuve sociale (comme dans le précédent article que j’ai lu), que les conditions dans lesquelles sont les hauts scores orientent leur raisonnement (réponses) de la sorte et vice versa pour les conditions des bas scores.
    On ne dira pas systématiquement (pour nuancer un peu), mais un individu dans des conditions similaires à un haut score répondra comme tel et pareil pour les bas scores.

    Maintenant, inversons tout, comme si on claquait des doigts et que les bas scores avaient toujours été dans les conditions des hauts scores et les hauts scores avaient toujours été dans les conditions des bas scores.
    On se rendrait compte que les bas scores (nouveaux hauts) tendraient vers des scores plus élevés et les hauts scores (nouveaux bas) auraient sensiblement les mêmes réactions que les bas scores.

    Un peu, ou exactement, comme le cliché immuable (ou presque 😉 ) de l’ouvrier contre le patron.
    Si on le passe patron, il se comportera de la même manière que ce dernier, faisant perdurer (voire accentuer dans le meilleur des cas) cette spirale indémerdable allègrement fertilisée par l’inconséquence humaine.
    (Et c’est bien entendu valable pour le patron que l’on passe ouvrier.)

    Endogroupe/Exogroupe.

    L’exogroupe de l’un est l’endogroupe de l’autre. J’ai bien compris ?
    Donc, quelque part, chacun est à son tour ethnocentriste.
    Donc en fait que veut démontrer l’étude ?

    Une étude, sincère et objective, focalisée sur les causes serait aussi la bienvenue.

    1. Alors en fait, il n’y a pas de « conditions » (en terme scientifique) de haut score, ce n’est pas une expérience, ce sont les réponses à l’échelle qui font le haut score et le bas score : les hauts scores sont ceux qui sont d’accord avec les propositions comme par exemple « Les juifs doivent faire des efforts sincères pour se débarrasser de leurs défauts évidents et agaçants s’ils veulent cesser d’être persécutés. » pour l’échelle AS et pareil pour cette échelle E. Les bas scores sont ceux qui ne sont pas d’accord avec les propositions, ils ne sont pas ethnocentriques, ils acceptent tous les groupes différent d’eux, ne veulent pas les chasser du pays par exemple, donc non on est pas tous ethnocentrique. Les bas scores voient en autrui des humains avant tout, les hauts scores voient en autrui une jungle avec des groupes en compétition, voire en guerre perpétuelle. Heureusement qu’on est pas tous ethnocentrique 😀
      Si tu parlais des conditions (de vie) qui les ont menés à penser comme cela, a être ethnocentrique, oui on va les voir dans la seconde partie de l’étude avec de longs entretiens sur leur vie 🙂
      L’objectif de l’étude est de comprendre le potentiel fasciste et là on est juste dans l’étape de la définition ; ensuite ils ont passé un temps phénoménal avec les hauts scores extrêmes et les bas scores extrêmes pour comprendre les causes, les déterminations sociales qui faisaient que les uns étaient ethnocentriques et les autres nons. On le verra dans 4 ou 5 chapitre par contre, parce qu’il y a beaucoup à investiguer avant.

  2. Bravo pour ces retranscriptions, c’est prenant et d’utilité publique. 🙂
    Une petite coquille au début: « L’ethnie ne forme pas nécessairement n’est pas spécifique à un territoire donné » => je pense qu’il y a une des propositions négatives qui est restée lors d’une reformulation non ? 😉
    Et un élément de commentaire non constructif mais qui me démange depuis la partie précédente (avec un petit #communautarisme #beurreDouxForever ): « Les amateurs de beurre salé ont juste grandi dans des régions où on produit du beurre trop mauvais pour pouvoir être mangé sans additif. » 😛

    1. Hop c’est réparé ! en effet, c’était la trace d’une reformulation 😀
      En tant que #teambeurresalé, admire la grande tolérance dont j’ai fait preuve en publiant ton commentaire tout à fait déplacé vis à vis de notre ethnie qui a compris le beurre n’est beurre que lorsqu’il est salé, sinon ce n’est que du gras sans âme, sans vie, donc parfaitement illégitime (et hop, je gagne au passage un point d’ethnocentrisme 😀 )

      1. Ahah 😀
        D’ailleurs, ça m’inspire une question, est-ce qu’il y a eu des tests sur l’expression de l’ethnocentrisme en fonction de la « distance » entre valeurs endos et exos groupe?
        Par exemple, si on amorce quelqu’un de la #teamBeurreSalé avec une question sur la #teamLeBeurreCestMalMatiereVegetaleForever, est-ce qu’il scorerait plus bas sur une échelle #teamBeurreDoux derrière parce que bon, « au moins ça reste du beurre » ?
        Pour formuler autrement, on a vu que l’ethnocentré place l’endogroupe au-dessus de tous les exogroupes, est-ce qu’on observe également une tendance à faire un « classement » entre les différents exogroupes ou est-ce qu’ils sont tous logés à la même enseigne ?

        1. Oui tout à fait ! l’ethnocentrique fait des classements, il n’a pas une haine uniforme contre les autres groupes, même si parfois il hésite entre qui et qui est le pire ou quelle « solution » à appliquer. Par contre cela n’a pas été vérifié par des méthodes de psychologie sociale mais « récolté » lors des entretiens type psychologie clinique. On a par exemple le sujet M352, un haut score extrême sur toute les échelles qui dit que les juifs [attention ceci est une citation] »ce sont des gens bizarres – ils n’ont aucune conscience de rien à part de l’argent […] Pour moi le juif est un étranger je le range dans la même classe que -oh j’allais dire les Philippins. Ils observent toutes ces fêtes religieuses auxquelles je ne comprends rien » La solution qu’il préconise c’est de faire quelques lois « pour les interdire ». Pour les noirs il recommande la ségrégation, parce qu’il y aurait selon lui des maladies vénériennes parce qu’ils manquent de « morale » et non pas le sens de la « vie privée » donc qu’ils vivent en s’entassant (erreur ultime d’attribution). Le sujet M352 n’est pas le seul à atteindre ce niveau tel d’ethnocentrisme. On le verra après les parties sur les échelles (il reste encore l’echelle CPE, l’echelle F et encore une article « critique »).

  3. J’imagine que pour collecter ce genre de données et les affiner pour avoir quelque chose d’assez précis et « cohérent » est un travail monstrueux.

    Seulement cette étude n’est valable qu’avec la configuration du monde actuel, donc figée, avec un échantillon de personne à l’instant T dans cette même configuration et avec ces questions.
    D’accord c’est pour avoir un point de départ.

    Dans cette configuration il faut accepter une notion de « bien et mal » déjà orientée.
    -Haut score, pas cohérent, belliqueux, pas bien etc …, bas score bien.
    -Endogroupe méchant autoritaire / exogroupe gentil soumis.

    Nous ne sommes pas tous ethnocentriques. Effectivement une très faible partie de la population ne doit pas l’être.
    Pas parcequ’elle ne l’est réellement pas, mais parcequ’elle arrive à prendre l’ascendant sur « les pulsions » qui la feraient caractériser comme telle.
    L’emploi de « conditions » était pour indiquer un contexte, un environnement, pas seulement matériel, pas seulement social, mais une sorte de tout, caractérisant un sujet et son « profil psychologique ».
    Comprendre le potentiel fasciste.
    C’est à dire la quantité potentielle de fasciste que l’on peut avoir ?
    Ou comprendre le potentiel fasciste de l’individu ? Ou comprendre un individu potentiellement fasciste ?

    Nous avons tous un potentiel fasciste, même si des exceptions existes surement, ne commençons pas à nous exclure du business, laissant la porte ouverte à une dérogation que chacun demandera.
    A bien plus de chance d’être fasciste, raciste ou autre… celui qui, avant toute réflexion, ne se sent pas concerné.
    Le potentiel fasciste est illimité car dans l’équation il y a le facteur humain.

    Comme je l’indiquais dans le message précédent pour l’instant il n’y a que les conséquences ou réactions et avec ça on veut déterminer la cause (on procède à l’envers néanmoins il faut bien commencer quelque par).
    C’est la le travail colossal qu’il y a accomplir tant il faudra prendre de précaution pour ne pas faire de raccourci et étudier autant de possibilités potentielles que l’on puisse en appréhender pour tendre vers ce qui semblera juste.

    Conséquence : « il a mangé ».
    Cause secondaire: « c’est qu’il devait avoir faim »

    mais l’important c’est pourquoi avait il faim et pourquoi as t’il mangé ? C’est la cause première. C’est celle la qui est intéressante.
    Car il aurait pu ne pas manger même s’il avait faim, comme il aurait aussi pu s’il n’avait pas faim.
    On s’aperçoit donc qu’étudier la conséquence pour déterminer la cause première (véritable) n’est pas suffisant, car ca ne mène qu’à un début de réponse mais qu’il faut aller au delà.
    (Et le plus souvent on ne montre jamais le « au delà » satisfait d’indiquer une cause plus ou moins cohérente.)
    Ce qui nous porte à nous attarder sur les mécanismes humains et sur les conditions (humain- faim / humain-environnement / humain-contexte).
    Ainsi ce n’est peut être pas parce qu’il avait faim qu’il a mangé, c’est parceque les conditions dans lesquelles il était (rapport humain- faim / humain-environnement / humain-contexte) ont fait que finalement il a mangé.

    J’ai peur que cet article ne s’arrête qu’à la cause secondaire (comme très souvent) :
    «c’est parceque certains individus sont intolérants, agressifs, inconséquents blablabla » qu’ils sont fascistes ou racistes ou antisémites.

    Il n’y a pas la cause première. Je vais donc attendre la suite  .

    Je m’excuse par avance pour la lourdeur du style. Je fais de mon mieux pour exposer quelque chose de clair ce qui n’est souvent pas tellement réussi.

    1. « Seulement cette étude n’est valable qu’avec la configuration du monde actuel, « 
      Non, clairement les échelles qu’on a vu jusqu’à présent sont parfaitement invalides à notre époque et dans notre civilisation, on pourrait pas les utiliser:) Elle ne concerne que les américains de 1950. Par contre l’échelle finale, l’échelle F est par contre assez intemporelle et elle a été testé dans divers pays à divers époques, là on aura un outil très valide pour mesurer le potentiel fascisme.
      « J’ai peur que cet article ne s’arrête qu’à la cause secondaire (comme très souvent) :
      «c’est parce que certains individus sont intolérants, agressifs, inconséquents blablabla » qu’ils sont fascistes ou racistes ou antisémites. »
      Pour te donner un peu la direction de cette étude en avance, les chercheurs vont donc aboutir en un premier temps à l’echelle F, qui mesure la personnalité autoritaire qui est un profil psychologique attiré par le fascisme (parce qu’il aime l’autorité, la soumission, l’aggressivité etc.). Cette personnalité autoritaire n’a rien de génétique, on ne nait pas potentiel fascite, ce sont les circonstances, le contexte et tout un tas de choses qui conduisent à adopter ce profil.
      Donc non, y a pas une cause determinante, les chercheurs en ont investigué des dizaines « pourquoi cet impossibilité de sortir de la soumission à l’autorité ? » « pourquoi cet orientation vers le pouvoir » « pourquoi voir le monde comme une jungle ? » « pourquoi cette aggressivité ? ». Et aussi l’inverse, pourquoi certaines personnes ne sont pas devenues ethnocentrique. Les réponses, il y en a plein. Certains profils hauts scores ont eu une vie parfaitement épouvantable qui ont empêché leur développement mental, d’autres au contraire ont eu une enfance très appréciable mais ce sont des evenements économiques qui les ont fait devenir ethnocentrique ; des bas scores ont eu aussi des evenement de vies parfaitement épouvantables pour certains (maltraitance, enlèvement…) mais l’amour d’un seul de leur parent a parfois suffit à les faire se développer. Autre point particulièrement dérangeant de l’étude que l’on verra, c’est que le haut score est beaucoup plus adapté à la société que le bas score, sa soumission à l’autorité, sa vision du monde comme une jungle lui permet de « réussir » au travail, de ne pas être considéré comme un marginal etc. Donc il est logique d’adopter une posture haut score dans une société qui la vante et l’encourage, c’est assez logique. Ce constat est celui le plus grave à mon sens. Bref, il n’y aura pas une seule explication, pas une seule cause, mais des dizaines de point d’interrogations et de réflexions sur la responsabilité de notre culture, de notre société, de l’échec des institutions, etc.

  4. Nos constats divergent.

    Je vais essayer d’exprimer ca autrement. Car avec, condition ou configuration je n’arrive pas à exprimer ce que j’essaie d’expliquer.
    « Haut score, non développé
    Bas score, développé. »
    C’est la vision figée, peut être en 1950, valable toujours aujourd’hui, qui est une partie des conditions posées et qu’il faut accepter selon les bases de l’article.

    Ce n’est pas acceptable car tel que c’est présenté ce n’est pas neutre. C’est orienté, donc pas objectif.

    « Pour te donner un peu la direction de cette étude en avance, les chercheurs vont donc aboutir en un premier temps à l’échelle F, qui mesure la personnalité autoritaire qui est un profil psychologique attiré par le fascisme (parce qu’il aime l’autorité, la soumission, l’agressivité etc.). »

    D’accord, cela reste dans la cause secondaire.
    J’espère qu’on attaquera par la suite la recherche de la cause première. (Seulement je crois entrevoir ou veux en venir l’étude et je vais être déçu. ce n’est que mon avis).

    « Cette personnalité autoritaire n’a rien de génétique, on ne nait pas potentiel fasciste, ce sont les circonstances, le contexte et tout un tas de choses qui conduisent à adopter ce profil. »
    Si on peut devenir fasciste, c’est que l’on nait avec cette possibilité.
    Cela évoluera, prédominera ou s’atrophiera selon les influences (conditions). Peut être pourrait on dire, s’activera ou pas.

    Je rebondi sur autre chose car il y a certaines tournures que je ne comprends pas bien :

    « la personnalité autoritaire qui est un profil psychologique attiré par le fascisme (parce qu’il aime l’autorité, la soumission, l’agressivité etc.). »
    « Autre point particulièrement dérangeant de l’étude que l’on verra, c’est que le haut score est beaucoup plus adapté à la société que le bas score, sa soumission à l’autorité […] »

    Il est autoritaire, ou est il soumis ?
    S’il est autoritaire (d’accord il aime dominer), il aime la soumission oui mais celle des autres pas la sienne sinon il ne serait pas autoritaire si ?

    Ce point est dérangeant (bien qu’il ne me dérange pas) car ce sont les interactions extérieures qui façonnent cela, je suis d’accord que c’est logique animalement parlant, que l’humain s’adapte à son environnement donc à la société.
    C’est qui est moins logique c’est que la raison, celle qui est censée nous différencier de l’animal, laquelle devrait intervenir en tant que valeur numéro 1 pour façonner une société plus « humaine » est reléguée au rang « d’idéal » (la oui c’est dérangeant).
    Elle est employée à la va vite pour trouver des causes secondaires moisies.

    Façonnons nous la société, ou la société nous façonne t’elle ?!

    1. Aimer l’autorité c’est aussi la respecter pour gagner en autorité, donc c’est lié à la soumission ; la soumission à l’autorité n’est pas assumée évidemment par personne, par contre on peut la mesurer dans l’échelle F qu’on verra plus tard.

      « Ce n’est pas acceptable car tel que c’est présenté ce n’est pas neutre. C’est orienté, donc pas objectif. » alors si tu parles de ma présentation qui serait orientée, oui en effet, je ne suis pas neutre. Qui peut prétendre l’être ? Hacking social est oui, tourné depuis toujours vers certains engagements a savoir donner des outils de hacking social. Et l’étude non plus, n’est pas « neutre » elle s’oppose clairement au fascisme, par exemple, c’est la raison qui a réunit ces chercheurs. Par contre être engagé à quelque chose ce n’est pas synonyme de pas « objectif », voire « pas sérieux ». Au contraire, il me semble honnête de donner ces objectifs directement, et ce qu’ont fait les chercheurs dés le début. Par contre oui, on a tout à fait le droit de refuser cet objectif de « lutte contre le fascisme » des chercheurs et de passer à autre chose qui nous plairait plus.
      Sinon, je pense que pour le reste, seule l’appréciation de la suite de l’étude pourra t’apporter des pistes pour savoir si tu rejettes cette étude ou non. Si tu te méfies des conclusions ou de mes écrits autour qui ne serait pas assez bons/pas assez objectifs/pas sérieux/orientés etc. (critique à mon encontre que j’accepte volontiers), je t’invite à consulter l’étude originale qui se trouve ici : http://www.ajcarchives.org/main.php?GroupingId=6490 C’est vraiment le meilleur moyen si tu veux te faire ton avis, ce sera bien plus précis, complet. Là tu seras en mesure de juger avec tous les éléments originaux. C’est vraiment une étude passionnante et j’invite tous ceux qui liraient ce commentaire qui ont quelques notions d’anglais à la consulter (en plus c’est rare de trouver une étude aussi grande en libre accès, autant en profiter). Ce sera infiniment mieux que ce que je pourrais en dire évidemment, ça vaut pour presque pour tout ce que je peux écrire ici : si vous avez l’occasion de consulter les sources, faites le, elles seront plus complètes. Rien que la consultation du sommaire du lien au dessus pourra peut te renseigner sur le contenu de l’étude. Pour l’instant je ne peux pas en dire plus que ce ne que je n’ai pas dit déjà, ce serait paraphraser ce que je vais écrire les semaines prochaines.

  5. Merci pour l’article j’attend ceux qui suivent avec impatience.
    Pensé vous faire une/des vidéo(s) concernant ce sujet de la personnalité autoritaire ?
    Sinon puisque vous agrémenté d’exemple contemporaine j’aurai quelque question.
    Peut on au vu d’une étude comme celle-ci pensé des courant idéologique/politique comme étant ethnocentrique ? Est-ce que l’ethnocentrisme peut être plus présent chez une catégorie idéologique en particulier ? Par exemple ethnocentrisme plus fort à droit qu’à gauche du fait des sujet politique et idéologie qui sont représenté ? Plus présente à l’extrême droite qu’à droite ? Ces questions car j’ai toujours pensé, et cette étude est pour moi un biais de confirmation, qu’un individus d’une pensé dite « de droite » me semble plus facile a adhérer au racisme, au sexisme…bref à un ethnocentrisme. Hors de l’étude en elle même je voudrais savoir votre avis la dessus. Par ailleurs, la critique idéologique de gauche de la société me semble tendre à une critique du système capitaliste (je ne sais pas votre avis là dessus non plus mais je fais comme si vous étiez d’accord de qualifier le système de capitaliste, de vivre dans une société capitaliste) et donc les mécanismes, ce qui structure la société, le corps social. Tandis que la critique idéologique de droite de la société s’attache aux individus, à placer la faute sur les êtres humains ou plus précisément sur des groupes d’êtres humains.
    Je sais pas si j’ai été assez clair si besoin d’éclaircissement dite moi ^^ J’aimerais votre avis là dessus.

    1. Merci ! Alors en faire une vidéo n’est pas au programme, par contre on abordera un thème assez proche de l’ethnocentrisme qui est l’erreur ultime d’attribution (on en a parlé ici aussi : http://www.hacking-social.com/2016/09/12/pe3-vers-linternalite-et-au-dela/ )
      Sinon, oui ton intuition et ta réflexion me paraisse juste au regard des meta-analyses qu’il y a eu des recherches sur le potentiel fasciste, la personnalité autoritaire mesurée par Adorno est effectivement d’Extrême droite. la dernière échelle F a été testé dans nos pays européens aussi et plus les personnes sont à droites, plus elles ont un score haut. Les plus bas scores sont à l’extrême gauche. Disons qu’il y a aussi des problèmes de rigidité, de dogmatisme, de moralisme chez certaines personnes à gauche, mais les outils d’Adorno ne sont adaptés pour mesurer les tendances psychologiques des personnes rigides à gauche. Et oui tu as tout à fait raison pour l’accusation des individus, on verra la semaine prochaine justement de la politique (libéralisme VS conservatisme), les conservateurs capitalistes américains (c’est à dire proche de notre droite mais accompagné de libéralisme économique mais pas individuel) sont dans l’erreur fondamentale d’attribution ils disent par exemple que c’est la faute des pauvres s’ils sont pauvres (c’est une posture d’internalité) puisque la machine capitaliste est parfaite à leur yeux (là c’est de l’allégeance, donc ils sont internes allégeants). On verra ça la semaine prochaine un peu, mais c’est compliqué dans l’étude car en 1950 aux USA les choses diffèrent pas mal des catégories politiques que l’on a aujourd’hui. On y reviendra dans 3 articles, là je montrerais des études qui ont investigué sur les hauts scores et leur idéologies politiques en Europe.

      1. Merci de votre réponse.
        Il m’est venu un questionnement on écoutant cette vidéo https://www.youtube.com/watch?v=J52ULHPmveA quand la personne parle de la hiérarchisation des métiers, de la réussite bref de la (soit disant) méritocratie. Non pas que je ne connaissais pas avant mais en faisant le lien avec l’ethnocentrisme. La société capitaliste n’accentue pas le plus, du fait des mécanismes de son fonctionnement/des rapports sociaux qu’il engendre (notamment de domination), l’ethnocentrisme chez les individus ? Que notre société est peut on dire prédisposé à un ethnocentrisme, à un racisme et sexisme institutionnalisé ? Non pas que ça ne peut exister si on changeait le système (on ny est pas…) mais qu’on est en tant qu’être humains « soumis » aux biais de notre environnement, de ce qu’on est et donc que la personnalité autoritaire est une des mieux valorisé dans la configuration actuelle ?
        J’ai déjà un avis là dessus mais j’aimerais avoir le votre même si j »en ai déjà une idée de part la lecture que j’ai de vos commentaires.

        1. Absolument ! C’est un constat absolument dramatique de l’étude, d’ailleurs : les hauts scores sont plus adaptés à la société que les bas scores selon les dires des chercheurs, autrement dit un ethnocentrique a plus de chance de « réussir » sa vie selon les critères de la société qu’un non-ethnocentrique. C’est une meilleure adaptation à la société, même si clairement leur vie n’est pas du tout enviable, leur champ de vision étant réduit, les émotions négatives comme la peur, la colère et la haine dominant leur mental et les faisant se sentir en insécurité tout le temps. Il y a une composante « soumission » et « allégeance » très importante dans leur personnalité qui sert tout particulièrement la société : on peut en faire très facilement des pions. Donc leur comportement est adapté à la société, et inversement on pourrait dire que certains on était surement conditionné à devenir des hauts scores, ne serait-ce que pour reussir sa carrière dans une entreprise très verticale. Il suffit de voir le monde de l’entreprise « à l’ancienne » (quoique c’est encore largement répandu), il y a hiérarchisation des individus, des ennemis sont désignés, il y a des statuts à gagner pour être supérieur et espéré avoir sa part de domination sur autrui, l’affection, la passion c’est « pour les faibles » etc… c’est imbibé d’idéologie ethnocentrique. « Non pas que ça ne peut exister si on changeait le système (on ny est pas…) mais qu’on est en tant qu’être humains « soumis » aux biais de notre environnement, de ce qu’on est et donc que la personnalité autoritaire est une des mieux valorisé dans la configuration actuelle ? » ta réflexion m’apparait là d’une très grande pertinence encore une fois – oui l’ethnocentrisme serait là quant bien même la société, le travail serait sur un modèle d’horizontalité plus anarchiste que vertical, mais comme ce serait une mauvaise adaptation à l’environnement, ce serait beaucoup plus rare.

  6. « Aimer l’autorité c’est aussi la respecter pour gagner en autorité, donc c’est lié à la soumission ; la soumission à l’autorité n’est pas assumée évidemment par personne, par contre on peut la mesurer dans l’échelle F qu’on verra plus tard. »

    Je comprends le raisonnement, ici c’est un peu jouer sur les mots pour orienter le sens n’est ce pas ?. Effectivement lorsqu’on aime quelque chose on y est quelque part « soumis » vu qu’on y est attaché.
    A moins de ne rien aimer, nous sommes tous soumis (et même sans rien aimer d’ailleurs on est toujours soumis à quelque chose, bref).

    « alors si tu parles de ma présentation qui serait orientée, oui en effet, je ne suis pas neutre. Qui peut prétendre l’être ? »

    D’accord, très bien. C’est bon de le savoir. Personnellement j’essaie de tendre vers l’objectivité.
    L’important ce n’est pas de l’être ou pas, c’est de se caractériser justement et donc de l’indiquer pour éviter le fourvoiement.
    Cela n’enlève en rien au sérieux ou l’implication que tu as mis pour écrire cet article, c’est un gros travail.

    « Et l’étude non plus, n’est pas « neutre » »
    Je suis d’accord. C’est ce qui fait que c’est bancal, mais pas inintéressant.
    J’attends d’une étude qu’elle soit objective, si c’est pour se gargariser et abonder dans le sens de la masse, pour moi c’est décevant car ce n’est pas dialoguer dans l’optique de connaître le vrai et confronter sincèrement ses idées, c’est discourir pour avoir raison.

    Je suis allé voir le lien que tu indiques, mon anglais est pas trop vilain mais plutôt technique donc j’ai un peu de mal.
    J’ai compris le pourquoi de l’orientation de l’étude.

  7. Je ne sais pas si j’ai envie de mettre le doigt dans l’engrenage.
    Ceci dit je pense que tu le sais, dans la mesure ou tu as pu m’indiquer sincèrement que tu n’étais pas neutre, c’est que tu sais reconnaître pourquoi c’est orienté.

    1. Engrenage ? pourquoi parles-tu d’engrenage ?
      Je te posais juste la question pour savoir, toi, en quoi tu pensais que c’était orienté parce que je vois bien qu’on a pas la même définition d' »orienter » et de tant d’autres mots ; je suis simplement curieuse d’avoir ton opinion, en plus peut être que j’ai loupé une information importante, on ne sait jamais.

  8. Chouette article. La qualité des images laisse à désirer par contre, je suppose que l’on peut accéder à de meilleures qualités en suivant les liens ?

    J’aime bien l’aspect assez formel de l’article, on n’avance rien sans fournir le pourquoi du comment. Cela dénote comparé à certains articles où j’ai parfois l’impression de lire l’avis de l’auteur plutôt qu’une observation.

    Quand j’étais plus jeune, j’aurais effectivement dit haut et fort que l’éducation prémunit contre le racisme ou l’ethnocentrisme ( j’aurais tendance à englober le deuxième dans le premier par abus de langage). Maintenant que je suis plus mature (j’espère :-D), je peux tristement affirmé sans doute aucun que ce n’est pas le cas. Force est de constater qu’une large portion de personnes éduquées (écoles, universités, etc…) sont racistes. J’aurais même tendance à dire que l’éducation actuelle, où plutôt son cadre que sont nos institutions (écoles, universités, etc … !) renforcent ce genre d’attitudes. Ce n’est apparemment pas vrai, tant mieux. Ce n’est pas le contraire non plus, malheureusement.
    Par contre, si j’ai bien compris, si l’on réalisait cette étude sur un groupe où l’on stimule très fort la curiosité, comme par exemple les étudiants de l’école « Quest To Learn », les scores devraient être très bas non ? C’est ce que je pense l’étude permet de prédire. Ça a été fait, c’est vérifié ?

    Sinon je suis surpris du peu d’influence de l’expérience personnelle :
    Note, je fais l’hypothèse que voter FN dénote du racisme chez le votant, si vous n’êtes pas d’accord, ce que je vais dire n’aura aucun sens.
    Je me souviens avoir lu quelque part, je ne me souviens pas de la source mais ça doit être vérifiable facilement, que le parti français du FN, parti d’extrême droite avait un score élevé dans la campagne, c’est à dire proportionnellement plus élevé qu’un milieu urbain.
    Hors, c’est justement en milieu urbain que les groupes sont les plus homogènes, que les individus ont le moins l’expérience des désagréments supposés (supposés par les individus racistes !) par la présence de groupes externes.
    Tandis qu’en milieu urbain, beaucoup plus hétérogène, où il y aurait le plus de raison (si l’on est raciste) de donner de l’importance à des politiques d’extrême droite, on vote moins FN.
    On peut donc conclure que l’expérience prémunit contre le racisme car les personnes vivant au contact des sujets/victimes de racisme sont moins racistes que les personnes n’ayant pas de contacts similaires.
    Ce qui est donc une observation contraire à votre étude. Evidemment, mon observation est basé sur des arguments moins formels et moins maîtrisés mais c’est tout de même pertinent non? Ou alors, ce sont de phénomènes différents ? Bref, j’ai hâte de lire l’article qui lie tout ça à la politique.

    Merci pour l’article

    1. Oui tout à fait, j’avais lu la même chose, on constate que les grandes villes avec beaucoup de mixité sociale ont des scores plus bas au FN que des petits villages à la population homogéne. Ça contredit en effet l’étude. Aprés les chercheurs disent que l’expérience de la mixité sociale n’y fait rien parce que dans les entretiens avec les hauts scores, beaucoup rapportent avoir des voisins juifs, noirs, des amis de tel ou tel nationalité, mais ils sont tout autant discriminants ce qui est assez étonnant à lire. Ils ne rapportent que des expériences « positives », ne trouve aucune anecdote négative sur leur rapport aux personnes différentes d’eux, mais les haïssent. C’est en cela que les chercheurs étaient assez désespérés, car leurs sujets ne semblaient tenir aucunement compte de leur expérience, de leur vie préférant de loin asséner le stéréotype. C’est ce que j’ai constaté aussi avec des personnes proches assez « ouvertement » nazies : elles avaient un entourage et des amis de toutes les couleurs, les aimaient, et pourtant adhérait à des politique de zero immigration, adhéraient à tous les stéréotypes qu’on peut imaginer, et vantaient des solutions finales à coup d’extermination violente.
      Peut être qu’entre 1950 et maintenant il a eut une évolution positive à ce sujet ou alors que les sujets de l’expérience étaient particulièrement « hauts ». C’est difficile à dire. La dessus, je dirais pour ma part que selon les individus l’expérience, la vie dans un milieu social varié permet parfois la tolérance et parfois non.
      Quant à Quest to learn, je ne sais pas du tout si leur élèves auraient des scores bas, en tout cas leur programme comprend beaucoup d’activités centrées sur l’altruisme, l’aide à la collectivité, l’aide d’autrui, la compréhension de soi et ses émotions, le fait d’apprendre à régler ces propres problèmes, il y a un peu de psychologie et de sociologie. Tout ça ne peut que aider au développement, mais se serait trop s’avancer que de dire qu’ils soient tous tolérants ensuite. Là ce qui compte pour contrer le risque de haut score chez l’enfant à mon sens, c’est l’apprentissage de soi, la connaissance de ses émotions, la gestion de celles-ci, l’investigation posée et sereine de ces conflits mentaux ou dans la vie de tous les jours.

      1. Habitant à la campagne et ayant habité en ville et dans les deux cas, ayant reçut la visite du FN pour m’expliquer la vie, ça peut se comprendre aussi facilement par leurs différences de propagande.
        En ville, leurs militants sont moins rentre dedans et on peur de pénétrer dans les quartiers « de couleurs » ou « mixte ». Sans rire, je les ai déjà vu me suivre en centre ville pour me causer politique à moi et a d’autre, mais n’osez pas faire du porte a porte dans les quartiers pauvres (a part en bande de 10).
        Dans les campagnes, c’est clairement autre chose. Ils n’hésitent a aller chez les gens et leur tenir la jambes pendant des heures. Et aussi le fait qu’en campagne, les mentalités sont légèrement différentes (notamment sur la tranquillité censé être laissé à son voisin), qui permet littéralement dans certains villages de voir des types regretter a voix haute notre Maréchal adoré sans que personne ne le conteste. Et inversement pour des idées plus a gauche qui seront jugé honteuse car trop invasive. Et n’oublions pas non plus la puissance de la religion dans les mentalités, bien plus présente en campagne qu’en ville.
        Donc je pense que au delà du contact entre les gens, c’est aussi la peur des militants d’extrême droite de pénétrer certains secteurs, qui fait baisser le taux de propagation d’idées.

  9. Bonjour,
    Bravo pour ce travail, c’est très intéressant.
    Juste une micro coquille: dans le tableau des premiers résultats la DP de l’item 5 me semble incorrecte 3,19 => 1,57 😉

    Bon courage pour les articles suivants.
    PS: Pour un Breton expatrié, la salinité du beurre est un combat régulier! 🙂

    1. Merci ! C’est corrigé !
      Nous te souhaitons beaucoup de courage dans ton noble combat pour la salinité du beurre, nous te soutenons à distance ! 😀

  10. Bravo pour cet article!
    J’ai découvert votre site il y a quelques semaines, vos publications sont toujours claires, et souvent très documentées.
    Vivement la partie 4.

  11. Bonjour,
    d’abord un énorme compliment pour tout ce travail, j’en suggérerai la lecture.

    Ensuite, du blabla pour introduire une question : l’ethnocentrisme est ici décrit comme la façon dont un individu a une opinion excessivement positive du groupe auquel il appartient (endogroupe) et, par conséquent, a une vision négative des autres groupes (les exogroupes) et, hiérarchise ces groupes avec l’endogroupe au sommet de la hiérarchie.
    Formellement, cette définition ne précise pas que les groupes doivent être des groupes « ethniques » et de fait, l’étude a considéré le groupe « femme » et j’imagine qu’on pourrait facilement lui substituer des groupes non ethniques mais traditionnellement discriminés
    (LGBT, handicapés…).
    La question que je me pose est de savoir si ce que l’on dit ici serait applicable à d’autres types de groupes. Par exemple, est-ce que ça peut s’appliquer avec endogroupe = « gens qui ont fait leurs études à l’ENA, à l’Ecole Polytechnique ou l’école des Arts et Métiers… » ou avec endogroupe = « les geeks ».
    Si je puis raconter une anecdote perso, lors d’un débat entre camarades d’études portant sur les religions, j’ai tiqué sur un passage qui me paraissait empreint de mépris.
    On m’a répondu « non mais on est entre nous, pas la peine de faire des chichis pour se prouver qu’on n’est pas racistes, on le sait » (admiration excessive pour l’endogroupe) et ma réponse (« En quoi réussir un concours de mathématiques ou de physique ou … serait-il une garantie contre le racisme ? Vous savez pourtant qu’un camarade a été condamné pour avoir envoyé une vingtaine de menaces de mort aux accents antisémites, homophobes, sexistes… ») a contribué à me classer hors de leur petit groupe de normaliens geeks.
    Ou pensons aux réactions que cet article (https://cafaitgenre.org/2013/03/16/sexisme-chez-les-geeks-pourquoi-notre-communaute-est-malade-et-comment-y-remedier/) a pu susciter : de ce que j’en ai vu, ça a provoqué, entre autres, une réaction de la défense de la « culture geek » qui est si sympathique et qui est injustement diffamée.
    Ou encore au Gamergate, mouvement de joueurs qui défendent une certaine « identité » du milieu « gamer ».

    Encore merci, au plaisir de lire la suite.

    1. Merci !
      Oui tout à fait c’est applicable à toutes sorte de groupes ; l’ethnocentrisme c’est en quelque sorte un « racisme » vis à de groupes qui ne sont pas siens qu’importe leur caractéristiques « proches » de l’endogroupe. Parfois même ils se ressemblent à tout point de vue : ça peut être la classe de 6eme1 au collège contre la classe de 6eme2. L’ethnie c’est un groupe social dont les individus s’identifient entre eux selon une histoire commune , un vécu commun ou encore une culture commune. Donc oui ton exemple est tout fait révélateur d’ethnocentrisme de leur part : tu as été critique et « non-allégeant » au groupe, rappelant des faits concrets et ils t’ont « éjecté » parce que justement tu étais alors devenu quelque chose qui aurait pu les sortir de leur allégeance par la prise de conscience, les sortir de cet esprit de clan qu’il voulait conserver certainement pour des raisons sociales, pour des raisons narcissiques ou d’estime d’eux mêmes (en groupe ethnocentrique, l’individu se sent fort, il gagne une supériorité de façade). C’est vraiment très difficile de vivre avec des groupes quand on est pas ethnocentrique soi-même, c’est toute une attitude à adopter pour être à la fois avec eux sans tomber dans l’allégeance.
      L’exemple que tu donnes sur le sexisme dans le monde des gamers a été assez frappant aussi, d’autant plus que pour les gameuses ce n’était pas du tout une révélation, les filles geeks ont très rapidement appris à se faire passer pour des mecs dans les mmorpg (peut-être est-ce pour ça qui ne voyait pas le problème?), à ne pas utiliser les micro, etc tout ça pour pouvoir jouer en paix, normalement. C’était assez effarant de voir ce déni, alors que le phénomène était on ne peut plus visible ; mais cela s’explique fort bien par de l’ethnocentrisme : la fille gameuse elle ne faisait pas partie de l’endogroup. Et si elle était un peu tolérée mais quelle osait donner des informations non allégeantes (c’est à dire des défauts de l’endogroupe geek, des faits qu’elle a subi, vécu) et bien elle était éjectée du groupe. Je parle au passé car j’espère que cela a un peu évolué depuis mon temps de gameuse mmorpg.
      Merci d’avoir partagé ton histoire !

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