Comment manipuler les élections ? L’affaire Cambridge Analytica [CA1]

Peut-on utiliser Facebook, les réseaux sociaux, Internet pour changer le cours d’une élection ? Oui.

Peut-on utiliser Facebook et les autres réseaux sociaux pour créer et stimuler des mouvements extrémistes haineux, harcelant en masse et diffusant des fakes news ? Oui.

Peut-on utiliser conjointement les apports académiques de la psychologie (sociale, de la personnalité notamment), des mathématiques, du numérique pour détecter les opinions politiques à l’insu des personnes et jouer avec ? Oui.

Peut-on mettre la main sur des millions de données personnelles d’un autre pays historiquement « ennemi », jouer avec, et les faire adhérer à une image positive de notre leader ? Oui.

Peut-on exploiter notre personnalité, nos vulnérabilités, nos biais pour changer notre probable vote ? Oui.

Peut-on stimuler ce qui nuit à notre bien-être, accentue nos problèmes, nous enfonce dans le pire, nous coupe de ce qui nous ferait du bien dans le but de créer du chaos ou faire remporter un candidat ? Oui.

Si je me permets d’affirmer tout ceci, c’est qu’en 2018, on a découvert que c’est bien ce que faisait Cambridge Analytica (une entreprise parmi d’autres de la galaxie SCL), et ce au mépris des lois, des règles démocratiques, de toute éthique. Grâce aux journalistes, aux lanceurs d’alerte, aux témoignages conséquents au congrès américain et au parlement anglais, aux milliers de pages de leaks de documents de l’entreprise, on en sait aujourd’hui beaucoup sur ces manipulations politiques internationales.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que, d’une part nous allons subir des élections dont les campagnes sont d’ores et déjà assez pénibles, mais aussi parce que c’est un cas d’école sur comment les connaissances scientifiques en psychologie – par ailleurs souvent dénigrée ou perçue avec dédain – peuvent être exploitées et avoir un pouvoir considérable. Non, les études sur les Big Five et la personnalité, quand bien même elles peuvent paraître pour certaines « stupides », ne sont pas bullshit : mises bout-à-bout, elles peuvent être transformées en instrument de contrôle et de manipulation.

À cette histoire, les lanceurs d’alerte, les institutions qui ont été chargées d’enquêter sur CA/SCL ont fait des recommandations politiques pour protéger les données. Au niveau citoyen et militant, c’est une mis en lumière pour un plus large public des questions de sécurité numériques.

Excepté le fait de vous exposer cette histoire totalement ahurissante pour vous informer en cette période électorale, mon but sera de tenter de vous livrer de quoi permettre une analyse que CA pouvait avoir sur vous concernant votre personnalité. Plus on se connaît, plus on peut décider et se refuser d’être entrainé dans un courant de manipulation. Or, il me semble qu’il y a très peu de moyens de connaitre sa personnalité : quand bien même on aurait passé les Big Five sur un site internet, on déduit rarement tout ce que cela implique comme force d’attraction, de répulsion, d’inaction ou d’actions. Au passage, attention aux tests psy sur Internet, car non seulement ils ne sont pas fiables, mais plus encore comme nous le verrons ils peuvent être un vrai cheval de Troie pour récolter des données privées.

De plus, quand on parle de personnalité, on peut croire que ses traits sont rigides, or on sait aujourd’hui qu’il y a une plasticité de la personnalité, que celle ci peut changer selon les contextes, voire carrément se transformer (et ce, sans que ce soit pathologique, cela peut même être une très bonne nouvelle). Même si vous avez passé le test avec un psychologue ou dans le cadre professionnel, je doute qu’on vous ait restitué l’aspect politique lié au détail de votre personnalité, alors c’est aussi ce dont je parlerais à terme.

C’est donc ce que j’essayerai de vous livrer dans ce dossier, avec cette théorie un peu folle que si on pouvait s’approprier les connaissances propres à sa personnalité, alors peut-être aurait-on plus de latitude de décision et d’autonomie quant à céder ou non face à une manipulation se basant sur ces mêmes connaissances.. Par ailleurs, se connaitre ne me semble jamais inutile, cela permet d’affuter ses forces, surmonter des vulnérabilités, exister plus vivement, mieux interagir avec autrui.

Mais avant cela, on va chercher à comprendre cette affaire d’ingénierie sociale politique, ce hack des psychologies et de la démocratie, ce « dark » nudge politique des réseaux sociaux, cette exploitation massive des données personnelles.

La totalité du dossier ici en PDF : CA.pdf  ; ou en epub : CA.epub


C’est quoi Cambridge Analytica, SCL ?


Cambridge Analytica (CA) n’est qu’une « marque » étasunienne noyée dans une galaxie d’entreprises nommées généralement SCL (Strategic Communication Laboratorie), entreprises partageant de mêmes équipes, de mêmes techniques, de mêmes données. Ces mêmes groupes pouvaient avoir différents noms selon les opérations en cours (par exemple aggregateIQ s’appelait par ailleurs SCL Canada). Les employés pouvaient avoir plusieurs cartes de visite : par exemple, la lanceuse d’alerte Brittany Kaiser se présentait différemment selon les opérations et clients, travaillant soit pour CA, soit pour SCL group.

Un « échantillon » de la galaxie d’entreprises SCL ; à noter que le lanceur d’alerte Christopher Wylie, face à ce schéma, a rapporté qu’il y avait sûrement bien d’autres entreprises à y rajouter. Selon les leaks que j’ai pu voir, on pourrait par exemple rajouter SCL canada /AiQ, SCL defence, SCL india, SCL.cc, etc.

La multiplication des groupes permettait de surmonter les lois de chaque pays, cela a permis par la suite de brouiller les pistes en cas d’accusation, ce qui a été notamment le cas dans l’affaire du Brexit1. Cambridge Analytica a été créée parce qu’il est interdit aux États-Unis qu’une entreprise étrangère participe de près ou de loin à des élections nationales, il fallait donc une filiale étasunienne.

CA/SCL était donc l’un des organismes privés de stratégie de communication oeuvrant dans le cadre d’élections dans divers pays. Ses clients provenaient du champ militaire, politique ou du monde des affaires, et il s’agissait de faire gagner le candidat que les clients souhaitaient voir gagner. SCL a travaillé sur 200 élections à travers le monde.

Document de CA à destination des clients ; leak disponible ici : https://archive.org/details/ca-docs-with-redactions-sept-23-2020-4pm/page/n12/mode/2up

Comment CA manipulait-elle les élections ?


  • Elle captait et utilisait une masse énorme des données personnelles. Cette utilisation des données provenant en partie des réseaux sociaux (surtout de Facebook) et cette aspiration des données s’est faite sans consentement éclairé des usagers (notamment pour l’usage politique).
Ici une liste des données récupérées : d’une part, les données démographiques (âge, genre, ethnicité, religion, éducation, revenus, propriété, statut socio-économique, facteurs géographiques) et d’autre part celles psychographiques (données de consommation, style de vie, styles et patterns d’achat, engagement politique et/ou civique, opinions, etc.). Pour ces données, il s’agit de tout ce qui peut être capté via les réseaux sociaux, mais aussi tous les services liés aux loisirs (abonnement à des clubs, à des journaux, etc.). Et enfin il y a les données de personnalité qui ont pu être captées directement via des tests (le NEO-PI échelle raccourcie) ou par déduction algorithmique (à partir des réseaux sociaux). Les logos sous les listes représentent là où les données ont été achetées (ou captées). La fin de la dernière colonne (Persuasion) représente quelles notions peuvent être utiliser pour manipuler (réciprocité, autorité, peur, preuve sociale, rareté). Cependant, dans sa conférence, il ne détaille pas ces points. Source : https://www.youtube.com/watch?v=n8Dd5aVXLCc et https://www.youtube.com/watch?v=6bG5ps5KdDo
  • Les données ont permis de mesurer la personnalité des gens (Big Five). Pour 320 000 profils Facebook cela a été fait directement par le test de l’app « thisisyourdigitallife« , pour les autres données cela pouvait être déduit par algorithmes construits à partir de cette base de données. À partir d’un certain nombre de likes, de posts, l’algo peut déduire la personnalité que vous montrez sur ce réseau en question (vous pouvez d’ailleurs le tester ici : https://applymagicsauce.com/demo ; je vous conseille de la désactiver après utilisation, cela a beau être mis à disposition par le champ académique, selon les sources que j’ai pu lire, Cambridge encourage la monétisation des travaux parmi ses chercheurs, donc je ne peux pas vous garantir l’usage de cet algo ).
D’un côté, le haut de l’iceberg (données démographiques, géographiques, données de consommation, de médias) donne une toute petite image du comportement de la personne. Or, c’est là ce qui est uniquement utilisé traditionnellement pour les campagnes ; Alexander Nix, le PDG de CA/SCL argumente en disant qu’il est ridicule de penser que toutes les femmes, parce qu’elles sont femmes, auront le même comportement, et ainsi de suite pour les groupes étudiés selon uniquement leur âge, leur ethnicité etc. C’est ce qu’il y a dessous, soit la partie immergée, qui fera le comportement : les valeurs, les motivations, les leviers de persuasion, la sociabilité, l’attachement, l’amorçage, approche/évitement BIS-BAS, les affiliations normatives, la cognition implicite, le locus de contrôle, cadres ethnoculturels, la personnalité, etc. implicitement, il dit donc que c’est sur la psychologie qu’il faut se baser en plus des données habituelles pour influencer les comportements, les données socio-politiques classiques n’étant pas suffisantes. Source : https://www.youtube.com/watch?v=6bG5ps5KdDo
  • L’application mesurant la personnalité (« thisisyourdigitallife ») a permis également de collecter les profils Facebook des amis. De 320 000 profils collectés, CA/SCL a pu entrer en possession de 87 millions de profils (contenant donc toutes les données tels que l’âge, le genre, la ville, les likes, les posts, les pages aimées, les messages privés, etc.).
  • CA/SCL avait une méthode scientifique (et une équipe de chercheurs en psychologie) pour mesurer en amont quels messages passerait bien ou non : à partir d’échantillon de 40 000 personnes dont ils avaient d’immenses sommes d’informations, ils recueillaient des réponses à des questionnaires, mesuraient l’opinion favorable ou non face à un message pour savoir s’ils allaient l’utiliser pour la campagne.
Issu de « L’affaire Cambridge Analytica » de Brittany Kaiser
  • Connaissant la personnalité des gens sur leur réseau social préféré et ceci couplé à des tas d’autres données et tests, il était facile pour eux de les pousser à voter pour le candidat client de CA ou SCL, avec des messages extrêmement personnalisés : c’est le microciblage comportemental.
Ici deux campagnes de pubs différentes pour défendre le port d’arme. À gauche un profil à haut névrosisme et haute conscienciosité a été ciblé par une image anxiogène d’attaque ; à droite une personne hautement agréable et hautement fermée (ce qui pourrait être un profil autoritaire/RWA) a été ciblé par un message accès sur la tradition et la famille. Source : https://www.youtube.com/watch?v=n8Dd5aVXLCc
  • Les campagnes de CA ou SCL consistaient parfois à décourager certains électeurs à voter pour un candidat en le dénigrant.
Ici leur campagne contre Hillary Clinton ; les articles et les publicités ont fait 50 millions d’impressions sur Facebook, 25 millions sur display, 8 millions sur Search (= via Google), 3 millions de vues sur Youtube, 3,6 millions sur Snapchat, 1 million sur Twitter. Cela a augmenté de 8% les intentions de vote pour Trump en Floride, parmi ceux qui ont vu cette campagne ; le leak est disponible ici : https://twitter.com/HindsightFiles/status/1317155497364115456
  • Les messages de campagne étaient changés en fonction de la population-cible, à travers les réseaux sociaux, mais aussi IRL.
Personne ne recevait le même message ni voyait les mêmes pubs (y compris TV). Le candidat-client (par exemple Trump) ne parlait pas des mêmes thèmes selon la zone où il allait, sachant quel genre de population indécise s’y trouvait et ce à quoi elle se préoccupait. Alors que l’immigration était le thème majeur, si CA avait repéré que dans telle zone a forte population d’indécis la préoccupation était l’éducation, alors le candidat ne parlait que d’éducation ; c’est peut-être pour cela qu’on voyait tant d’américains se sentir si compris par Trump durant la campagne.
  • Les recherches Google étaient orientées pour faire en sorte que les personnes tombent en premier sur les messages pro-trump, anti-hillary :
Par exemple, si les gens tapaient « trump guerre irak » alors ils tombaient sur une page disant que Clinton avait voté pour la guerre en Irak, que Trump y était opposé. Il s’agissait de « contrôler la première impression », « aller vers le négatif concernant les positions de Clinton et exposer les scandales », « conduire le trafic vers les questions pertinentes » (s’ils tapaient plan économique de Trump, ils étaient envoyés vers la page de présentation de son plan). Source, plaquette de CA à destination des futurs clients, le leak est disponible ici : https://twitter.com/HindsightFiles/status/1317155497364115456

Une entreprise d’extrême droite ???


Cambridge Analytica n’a œuvré que pour des candidats républicains et son conseil d’administration était politiquement d’extrême droite (financement par le clan Mercer ; Steve Bannon a créé et dirigé un temps CA). Breibart, un magazine en ligne d’extrême droite dont Bannon était à la tête, était aussi client de CA/SCL ; le lanceur d’alerte Christopher Wylie rapporte aussi des expériences pour un client « mystère » où il s’agissait carrément de stimuler certains profils pour finalement construire des groupes de l’Alt Right (on y reviendra).

Les employés, notamment ceux qui ont lancé l’alerte, étaient progressistes, voire d’ex-militants démocrates, ce qui est aussi un phénomène étonnant.

Le tableau de bord auquel le candidat client pouvait avoir accès (ici Ted Cruz, républicain), ici pour l’Etat d’Iowa. Il y avait indiqué la présence de démocrates (bleu), de républicains (rouges) et en blanc les indécis. Dans la conférence il montre un groupe de 45 000 personnes qui est caractérisé par un bas névrosisme, une basse ouverture et pour les autres traits, moyens. Pour eux, il a été décidé de les cibler sur le droit au port d’armes (qui est traditionnel aux USA, donc qui peut plaire à des personnalités basses en ouverture ; sans doute qu’ils n’ont pas appuyé ici sur la peur car ce groupe avait un bas névrosisme, de tels messages n’auront donc pas eu grand effet).

À noter que l’utilisation des données personnelles pour établir une campagne politique n’a pas été l’exclusivité de CA ou de SCL, déjà Obama le faisait. Et cela a fait l’objet d’un débat lors des témoignages devant le congrès où les républicains ont fortement argumenté sur ce point2. La lanceuse d’alerte Brittany Kaiser, qui a participé à la campagne de 2007 d’Obama, rapporte néanmoins qu’il n’y avait pas de campagne de dénigrement de l’adversaire. Techniquement, l’équipe démocrate n’avait pas accès non plus aux traitements via la personnalité qui a été importé par le chercheur en psychologie sociale Kogan à travers sa société GSR pour SCL elections.

Cependant, comme Wylie l’a dit au congrès américain, qu’importe le parti qui l’utilise, cette captation des datas et leur traitement, puis le microciblage qui inondait l’univers des personnes de pubs et liens, pose un problème au processus démocratique lui-même. Les personnes sont alors mises dans un compartiment informationnel qui les coupent du reste des préoccupations du pays, et ses biais sont exploités pour que jamais elles n’en sortent, croyant davantage aux fake news qu’aux informations crédibles, accusant les informations solides d’en être des fausses, et les algorithmes alimentant leurs motivations à demeurer dans cet unique compartiment car ils ne leur proposent qu’un même univers.


Est-ce possible en France ?


À noter que CA a essayé de démarcher des politiciens français, mais sans succès (du moins sur les informations que l’on a3). Pour les élections 2017, à l’issue de leur présentation, l’équipe de Sarkozy a refusé de faire appel à eux arguant qu’en France une telle exploitation des données provoquerait un scandale énorme. Dans le conseil d’administration de CA, Bannon aurait préféré démarcher Lepen ; il a, d’ailleurs été vu à ses côtés.

https://www.bfmtv.com/politique/elections/europeennes/europeennes-interrogee-sur-ses-liens-avec-bannon-le-pen-accuse-les-medias-de-complotisme_AN-201905200018.html

A l’audition de Wylie (disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=X5g6IJm7YJQ ) , le journaliste Paul Olivier Dehaye a déclaré qu’en France un moyen de collecter massivement des données (pour ensuite les monétiser) pouvaient se faire via les partis politiques, puis que cela pouvait ouvrir l’accès aux listes électorales.

Globalement, la lanceuse d’alerte Brittany Kaiser signalait qu’en Europe, il y a plus de protection de données et de lois empêchant une telle collecte et utilisation des données. Est-ce que cela veut dire qu’un genre de CA ne pourrait pas advenir en France ? Je ne sais pas.

Récemment Facebook a fait stopper une campagne publicitaire de Zemmour pour l’adhésion à son parti, elle ne semblait pas employer un ciblage particulier et semble avoir eu peu de succès mais ça m’a beaucoup rappelé l’imagerie des campagnes de CA.

Source : https://www.numerama.com/politique/801419-les-pubs-politiques-du-parti-deric-zemmour-sur-facebook-sont-elles-legales.html

En France, il y aurait environ 70 personnes ayant utilisé « l’app thisisyourdigitallife » et à partir de cela 211 000 profils français ont été récupéré par CA/SCL environ vers 2014 ; vous pouvez vérifiez via facebook si vous avez été touché avec ce lien : https://www.facebook.com/help/1873665312923476?helpref=search&sr=1&query=cambridge ; plus d’infos ici : https://www.numerama.com/tech/343243-a-partir-daujourdhui-vous-saurez-si-cambridge-analytica-a-mis-la-main-sur-vos-donnees.html et là https://www.numerama.com/politique/340758-mark-zuckerberg-les-memes-reglages-de-confidentialite-seront-deployes-dans-le-monde-entier.html

Néanmoins attention aux sondages, questionnaires, applications qui vous demandent actuellement de vous connecter à Facebook – d’autant plus s’ils ont des fins/liens politiques. Par prévention, je conseillerais de ne les faire que sur un PC avec un navigateur configuré pour supprimer tous les cookies et historique à chaque session, et qui ne se connecte pas automatiquement aux réseaux sociaux /google (et vérifiez qu’ils sont bien déconnectés). N’utilisez pas les boutons « like » « partager » se trouvant sur les sites et applications. Préférez ouvrir des comptes avec une adresse mail que passer par votre compte google ou Facebook. Utilisez votre VPN si vous en avez, et ne répondez pas aux questions concernant votre vie privée (ou mentez si c’est forcé).  Le plus risqué reste les liens pouvant être fait avec la connexion avec Facebook, Google ou d’autres réseaux sociaux, restez déconnecté de ceux-ci tant que possible (sinon vous faites de toute façon cibler, notamment par les annonceurs).


Et maintenant ?


  • En 2018, Alexander Nix, à la tête de CA est suspendu suite à un reportage fait en caméra cachée où Nix dévoilait à des clients comment il utilisait des pots-de-vin, des prostituées et d’anciens espions pour piéger des candidats. On peut voir le reportage ici :

Il a été interdit de poste de direction pour sept années. https://www.theguardian.com/uk-news/2020/sep/24/cambridge-analytica-directorship-ban-alexander-nix

  • En 2018, Cambridge Analytica, puis ses autres groupes (SCL), se déclarent en faillite suite aux révélations et scandales.

Des journalistes se demandent où les données vont atterrir et craignent que l’entreprise renaisse de ses cendres à travers la société d’Emerdata ; il y a énormément d’ancien de CA et SCL à sa tête, et l’entreprise offre des services similaires : https://fr.wikipedia.org/wiki/Emerdata_Limited https://www.theregister.com/2018/05/02/cambridge_analytica_shutdown/

Les entreprises liées à CA/SCL actuellement. Source : https://wsiegelman.medium.com/chart-scl-and-cambridge-analytica-active-and-related-companies-2020-6f38e2e3100c

Collusion russe ???


À noter que les étasuniens ont été très préoccupés aussi par la question de la collusion russe via CA/SCL, plusieurs éléments leur laissant à craindre que les données des 87 millions de profils facebook américains auraient pu tomber dans les mains des Russes.

Le professeur Kogan (qui s’est renommé depuis « Spectre »), qui avait aussi ces données, travaillait avec les chercheurs russes pour contrer le cyberharcèlement (recherches qui pourraient hypothétiquement tout à fait être retournées pour faire l’inverse, et nourrir des opérations de trolling qui, elles, ont été effectivement révélées). Étonnamment, à l’audition au parlement anglais, il a été révélé que l’entreprise de Kogan (GSR) était domiciliée à une adresse inexistante mais connue pour être utilisée par des oligarques russes. Kogan n’a pas donné d’explications à ce sujet prétextant qu’il n’était pas au courant.

Nix, le PDG de SCL a fait des présentations à des entreprises russes, dont Lukoil, une compagnie pétrolière que le congrès américain a signalée être en rapport avec les services de renseignements russes. Le lanceur d’alerte Wylie qui a assisté à ces présentations, a trouvé cela très intriguant, parce que Nix leur a présenté des opérations de désinformations hautement politiques (or, il s’agissait d’une compagnie pétrolière, pourquoi tenter de lui vendre ce genre d’opération?). Lorsque Wylie lui a demandé les vrais buts derrière cette présentation, Nix n’a jamais voulu lui répondre.

Wylie a aussi constaté que lors de tests qu’ils faisaient à SCL/CA pour mesurer l’opinion des personnes, il y avait beaucoup de questions sur Poutine, sur leur opinion au sujet de la Russie. Il ne savait pas du tout d’où cela venait, qui avait fait cette requête ; par ailleurs, bien que SCL travaille pour de nombreux autres pays, il n’a jamais vu ça pour d’autres leaders politiques. Ce qui est amusant, c’est que même en France j’ai l’impression d’avoir vu cette vague « pro-poutine » sur les réseaux sociaux, un temps où il était perçu et vendu comme « cool ».

Autre fait étrange, l’affaire d’ingérence russe « Internet Research Agency« , œuvrant notamment durant la campagne de Trump. Il s’agissait d’une agence de trolls professionnels russes qui se chargeaient de monter les Américains les uns contre les autres en se faisant passer pour soit des profils hautement progressistes, soit d’extrême-droite. Ils déployaient massivement des fakes news (parfois RT par Trump lui-même), organisaient des manifestations via Facebook d’une façon qu’elle dégénère. Étonnamment, le congrès américain révèle qu’ils ciblaient les mêmes profils que CA : peut-être qu’ils avaient le même set de données que CA/SCL (donc ce qui supposerait qu’ils l’ont eu soit via CA/SCL, soit via Kogan, de façon directe ou par hack). Zuckerberg a confirmé aussi au congrès américain qu’il semblerait il y avoir un lien. Wylie pose l’hypothèse que peut-être que les russes avaient leurs propres algorithmes ayant détecté que ces profils étaient les « meilleures » cibles, ce qui est aussi probable. Il y a des profils psychologiques plus « aptes » à réagir vite, à partager tels types de fausses nouvelles ou à s’engager dans telle opération).


Voilà donc le début d’un dossier disparate, qui explorera plusieurs thèmes ; je vais essayer de faire des articles indépendants (je rajouterais au fur et à mesure ici les thèmes en hyperlien), et ensuite je vous lâcherais un gros dossier sur la question de la personnalité.

La suite  :

COMMENT MANIPULER LES ÉLECTIONS AVEC L’ABSTENTION, L’INTIMIDATION ET LE DÉGOÛT

 


Sources de cet article | Notes de bas de page


Leaks et documents

Les témoignages au parlement britannique ou au congrès américain (Christopher Wylie, Brittany Kaiser, Aleksandr Kogan (ou Spectrum/Spectre), Alexander Nix, Arron Banks, Andy Wigmore Mark Zuckenberg) :

 

 


Notes de bas de page 

1 C’est AiQ qui s’est occupé des partis pro-brexit, mais l’entreprise a pu nié avoir les datas de SCL puisqu’elle était une « autre » entreprise. Or, c’est impossible qu’elle n’ait pas eu accès à de ces données parce que ses équipes ont construit Rippon, un logiciel qui permettait de traiter les datas, donc impossible de faire le logiciel sans ces données. AiQ est introuvable sur le Net sauf à la contacter sous son autre nom qui est « SCL canada » qu’on pouvait retrouver sur le site de SCL group. Cela a été beaucoup discuté au parlement anglais : https://www.youtube.com/watch?v=X5g6IJm7YJQ et https://www.youtube.com/watch?v=wqxx_Ixo1bo

2Ici, au témoignage de Wylie devant le congrès en 2018 : https://www.youtube.com/watch?v=PCpDi57x4uc

3Cf Brittany Kaiser, l’affaire Cambridge Analytica, 2019

Viciss Hackso Écrit par :

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