[JR5] La justice transformatrice

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Photo d’entête : Graffiti sur un mur de Minneapolis juin 2020, source : https://www.politico.com/news/magazine/2020/06/12/abolish-defund-police-explainer-316185

Contrairement à la justice réparatrice, la justice transformatrice s’inscrit dans un cadre abolitionniste et critique du système pénal, en cela on va voir qu’elle est beaucoup plus militante.

Cet abolitionnisme et cette critique radicale ne sont pas nés de nulle part, ils s’inscrivent dans un contexte de violences extrêmes aux États-Unis que nous allons rappeler en premier lieu.


Un contexte d’oppression par la police


En 2020 à Minneapolis aux États-Unis, George Floyd, 46 ans, père de deux jeunes enfants, est interpellé par quatre policiers dans sa voiture, menotté et plaqué au sol sur le ventre. Derek Chauvin l’immobilise dans cette position en exerçant une pression du genou sur son cou pendant près de neuf minutes, alors que Floyd déclare plusieurs fois « I can’t breathe  » (« je ne peux pas respirer »). L’interpellation et l’agonie de Floyd sont filmées par des passants, qui signalent aux policiers présents que la victime est mourante mais ces derniers les empêchent d’intervenir. Les images se propagent sur les réseaux sociaux, puis dans les médias, et à l’international. Deux autopsies concluent à un homicide.1

Les policiers étaient venus l’interpeller car des employés d’une épicerie l’avaient soupçonné d’avoir utilisé un faux billet ; mais durant l’interpellation George Floyd n’avait strictement rien fait de menaçant, il était simplement stressé. Le policier qui l’a tué, Derek Chauvin, avait déjà été impliqué dans 3 interpellations mortelles, avait fait l’objet de 18 plaintes dans sa carrière notamment à cause de son ton humiliant, et seules deux de ces plaintes avaient abouti à des « sanctions » (des courriers de réprimandes).

Le lendemain, les policiers présents sont licenciés de la police et deux enquêtes sont ouvertes. Les circonstances entourant la mort de George Floyd conduisent à des émeutes et à des manifestations contre le racisme et les violences policières dans l’agglomération de Minneapolis-Saint Paul, puis dans le reste du pays et enfin dans le monde entier.

La vague de protestations a pris une ampleur considérable, car ce n’est pas la première fois qu’une telle injustice se produit et que des mouvements (Black lives Matter par exemple) émergent : par exemple, il y a eu en 2014 les meurtres par la police d’Éric Garner, Michael Brown, Tamir Rice(12 ans) ; en 2015 Walter Scott ; en 2016 Alton sterling, Philando Castile ; en 2018 Stephon Clark. Certains ont également été tués dans des circonstances parfois très similaires d’étouffement et surtout d’injustice totale. De plus, il y a un racisme systémique sur les contrôles : par exemple, alors que les Afro-américains ne représentent 67 % des habitants à Ferguson, 89 % des contrôles les visent directement, 92 % des personnes interpellées à la suite d’un contrôle routier sont noires2 ; à Philadelphie, une enquête portant sur les années 2007-2013, a conclu que 80 % des individus tués par balles par les policiers étaient noirs, et ces meurtres ne conduisent pas à la suspension des policiers3. Dans 70 services de police, les noirs sont arrêtés 10 fois plus souvent que les autres citoyens. Et tout cela alors que la criminalité est en baisse sur certains points 4

Des personnes tuées par la police aux Etats-Unis ; Source de l’image : https://www.workers.org/2016/07/26119/

Actuellement5, les revendications des manifestants varient, mais tous sont d’accord pour changer la police et les deux messages qui reviennent le plus souvent sont d’un côté « defund the police » et « abolition »  ; cela oscille entre une posture demandant des réformes et une autre qui demande l’abolition de la police. On trouve par exemple chez le mouvement Black Lives Matter une demande de définancement et un investissement dans les communautés afin qu’elles puissent dépasser la survie et se développer.

8 can’t wait (un projet de campaign zero) propose des solutions qui sont davantage réformiste qu’abolitionniste. Par exemple :

  • Interdire les prises d’étranglements
  • Prioriser la désescalade : « Obliger les agents à désamorcer les situations, dans la mesure du possible, en communiquant avec les sujets, en maintenant la distance et en éliminant par ailleurs le besoin de recourir à la force. »
  • Avoir un avertissement avant les tirs
  • Utiliser toutes les alternatives non-meurtrières avant l’usage des armes
  • Faire intervenir des agents supplémentaires lorsque les policiers constatent que leur collègue est violent, et qu’ils le signalent à leurs supérieurs.
  • Interdire les tirs sur les véhicules en mouvement
  • Faire des rapports dès lors qu’il y a usage de la force
Source photo : https://www.npr.org/sections/live-updates-protests-for-racial-justice/2020/06/26/884149659/minneapolis-council-moves-to-defund-police-establish-holistic-public-safety-forc

Et de façon générale Campaign Zero propose ces solutions6  :

  • 1. La fin de la police « des vitres brisées », c’estàdire une police qui se focalise sur les délits mineurs ce qui « conduit à la criminalisation et au contrôle excessif des communautés de couleur et à une force excessive dans des situations autrement inoffensives ».
  • 2. La surveillance communautaire : il s’agit de mettre en place des structures de contrôle civil efficaces, des commissions, rendre l’information sur la police transparente
  • 3. Limiter l’usage de la force
  • 4. Investigation et poursuite judiciaire indépendantes
  • 5. Représentation de la communauté
  • 6. Filmer les policiers, caméra au corps
  • 7. Formation
  • 8. Mettre fin à la police « pour le profit »
  • 9. Démilitarisation
  • 10. Contrats de police équitables

8 to abolition7 va plus loin que la réforme et proposent des modes de fonctionnement différents, dans une perspective abolitionniste :

  • 1. Définancement de la police : il s’agit de ne plus étendre les budgets de la police, ne plus réembaucher les policiers ayant commis des violences, d’arrêter tout financement lié à la police.
  • 2 . Démilitariser : il s’agit de désarmer les policiers y compris la sécurité privée ; supprimer la police des vitres brisées ; retirer les policiers des hôpitaux ; interdire les échanges de formation entre les forces de l’ordre américaines et les entités militaires et policières mondiales ; abroger toutes les lois qui dissimulent, excusent ou permettent les fautes policières.
  • 3. Retrait de la police des écoles : retirer la police, publique et privée, de toutes les écoles ; Appeler les universités à dissoudre les relations avec les services de police ; Supprimez la technologie de surveillance et les détecteurs de métaux de toutes les écoles.
  • 4. Libération des prisonniers : libérer toutes les personnes de la détention involontaire, y compris dans les prisons, les centres de détention pour migrants, les services psychiatriques et les maisons de soins infirmiers. Mettre fin à la détention des migrants, cesser de séparer les familles.
  • 5. Abroger les lois qui criminalisent la survie : Abroger les ordonnances locales qui criminalisent les personnes impliquées dans le commerce du sexe, le trafic de drogue ; Abroger les ordonnances locales qui criminalisent l’occupation des espaces publics ; dépénaliser immédiatement toutes les infractions délictueuses, qui représentent actuellement 80% du total des rôles des tribunaux.
  • 6. Investir dans l’autogouvernance communautaire : Promouvoir les conseils de quartier comme organes représentatifs au sein de la prise de décision municipale ; Investir dans des ressources multilingues pour les communautés d’immigrants et de demandeurs d’asile ; Évaluer les besoins de la communauté et investir dans des ressources communautaires, y compris des groupes allant des syndicats de locataires aux commerçants locaux et aux vendeurs de rue, en donnant la priorité aux groupes marginalisés ; Investir dans des conseils d’intendance des terres pour superviser la restitution des terres aux communautés autochtones ; Investir dans des approches communautaires de sécurité publique, y compris des programmes de prévention et d’intervention en matière de violence non carcérale et une formation axée sur les compétences, sur l’intervention des témoins, le consentement et les limites, et les relations saines.
  • 7. Permettre un logement sécurisant pour tous : Réutiliser des bâtiments, des maisons, des appartements et des hôtels vides pour loger des personnes sans domicile ; Interdire les expulsions ; Fournir un soutien et des ressources sans équivoque aux communautés de réfugiés et de demandeurs d’asile ; Rendre le logement public, accessible à tous, en abrogeant les lois discriminatoires interdisant aux personnes d’accéder aux ressources en fonction du revenu, de l‘origine, du genre, de la sexualité, du statut d’immigration ou des antécédents d’incarcération ; Veiller à ce que les survivants de la violence sexiste aient accès à d’autres options de logement au cas où leur logement principal deviendrait dangereux ; Offrir des options de logement non coercitives aux jeunes victimes de violences ou de rejet familial à cause de leur identité queer ou trans.
  • 8. Investir dans le care et non dans la police : Allouer le financement de la ville aux infrastructures de santé (y compris les soins de santé mentale non coercitifs), aux ressources de bien-être, aux centres de traumatologie de quartier, aux programmes de traitement non coercitif de la toxicomanie et de l’alcoolisme, aux réseaux de soutien par les pairs et à la formation des professionnels de la santé. Rendre ces services accessibles gratuitement aux résidents à faibles revenus. Investir dans l‘enseignement et l’assistance sociale, dans la garde universelle d’enfants et dans le soutien à toutes les structures familiales ; Transport en commun gratuit et accessible ; Assurer l’investissement dans les banques alimentaires communautaires, les coopératives d’épicerie, les jardins et les fermes ; Assurer des transports publics gratuits et plus étendus, en particulier pour les communautés marginalisées et à faible revenu ; Investir dans des programmes pour les jeunes qui favorisent l’apprentissage, la sécurité et les soins communautaires.8
source photo : https://harvardcrcl.org/why-8-wont-work/

Le point commun à l’ensemble de ces revendications porte finalement sur une réduction du pouvoir de domination de la police, notamment son surarmement, sa présence partout aux États-Unis (hôpitaux, école notamment), ses liens avec le privé, ses financements… pour au contraire donner plus de pouvoir d’agir sur les problèmes de fond, propre aux domaines sociaux (communauté -ici entendue comme communauté de lien affectifs, relationnels ou vivant dans un même lieu- , santé, éducation, logement). Et évidemment, il y a une demande de justice quant aux offenses et crimes de la police, ainsi qu’une demande de restriction de leur force destructrice.

Les abolitionnistes vont plus loin, pas simplement pour des raisons partisanes, mais parce que de nombreux groupes et mouvements ont déjà depuis de longues années pensé cette alternative au système pénal en travaillant dans une optique sociale, et estiment donc qu’il est possible de révolutionner le système pénal classique pour le remplacer par une justice dite transformative. Autrement dit, ce qu‘ils proposent– par exemple la prévention de la violence, les approches communautaires de sécurité – ont déjà été testées ou sont en cours d’exécution dans certains lieux.

Cette justice transformatrice est assez proche de la justice restauratrice, mais avec des ambitions de transformation de la société, notamment en prenant en compte les causes profondes liées aux problèmes. Par exemple, Ruth Morris (sociologue abolitionniste) donne l’exemple d’un vol par un jeune9 : la justice réparatrice mettrait en place un processus pour qu’il y ait réparation de ce vol ; la justice transformatrice mettrait aussi en place ce processus mais chercherait à trouver des solutions pour sortir ce jeune de la pauvreté, pauvreté qui était la cause première de ce vol. Les abolitionnistes non seulement ferait ce processus de justice transformatrice, mais réfléchiraient aussi à comment améliorer la sécurité du quartier de la personne volé, et ce d’une façon sociale (par exemple en mettant en place une veille de personnes qui s’assureraient que tout le monde va bien, voire en organisant des petits événements sociaux en distribuant de la nourriture).


La différence entre justice transformatrice et justice réparatrice


Howard Zehr (criminologue)10 résume le débat sur les différences entre JT et JR. Pour lui, il y aurait 4 points de vue chez les chercheurs : le premier étant que JR et JT sont deux choses radicalement différentes ; le deuxième que le processus de restauration porte en fait intrinsèquement la notion de transformation, qu’elle soit personnelle, interpersonnel voire sociale ; le troisième que la justice réparatrice est en fait placée sur un continuum juste après la justice rétributive et juste avant celle transformatrice ; et le quatrième point de vue serait qu’au fond JR et JT serait la même chose. Il espérerait que la proposition 4 soit la plus vraie, mais dans les faits, ce n’est pas le cas : la JR n’est pas encore assez transformatrice, car si certes elle provoque effectivement des prises de conscience sociales, il n’y a pas encore de transformation sociale à proprement parler.

Au fond, la différence entre les multiples approches de justice peut se saisir à partir des questions que l’on peut se poser face à un crime, et que l’on peut résumer ainsi :

Justice rétributive Justice réparatrice Justice transformatrice
L’incident est une violation du système politique, définie par le non-respect des règles. La résolution consiste à examiner l’incident, à déterminer le blâme et à en administrer les conséquences.

  • Quelle règle a été enfreinte ?
  • Qui est à blâmer ?
  • Quelle punition mérite le couplable ?
L’incident est une violation des personnes et des relations. Cela crée des obligations à bien faire les choses. La résolution consiste à examiner le préjudice causé par l’incident: préjudice causé à la ou aux personnes qui ont été victimisées, préjudice à l’instigateur / aux agresseurs et préjudice à la communauté dans son ensemble.

«Comment ce préjudice peut-il être réparé ? »

Qui a été blessé et quels sont leurs besoins?
Qui est obligé de répondre à ces besoins?
Qui a un «enjeu» dans cette situation et quel est le processus pour les impliquer dans la correction des problèmes et la prévention de futures occurrences?

L‘incident peut être le résultat, en partie, de relations et de systèmes sociaux malsains. Cela crée des obligations à nouer de nouvelles ou de meilleures relations. Cela doit se faire non seulement au niveau individuel mais aussi au niveau des structures sociales et des politiques institutionnelles. La résolution implique de modifier les systèmes sociaux plus larges de manière à aider à prévenir l’apparition et la réapparition d’incidents préjudiciables.

Quelles circonstances sociales ont favorisé le comportement préjudiciable?
Quelles similitudes structurelles existent entre cet incident et d’autres similaires?
Quelles mesures pourraient empêcher de futurs événements?

On voit bien que JR et JT peuvent bien fonctionner ensemble même si la perspective est différente, elles peuvent se compléter et s’opposent intrinsèquement à la vision propre à la justice rétributive.

Pour les chercheurs et militants de la justice transformatrice (JT), la JR, en s’institutionnalisant, a pu perdre de vue les causes premières, voire se calquer sur le modèle punitif/rétributif de la justice habituelle ; par exemple Ruth Morris11 parle d’un juge qui, avant le processus de médiation, avait hâte de faire « payer » l’offenseur pour ses délits. Il est reproché à la JR une vue courte, trop centrée sur le présent, et de ne pas voir les problématiques vastes comme les discriminations, les oppressions, les problèmes sociaux distaux, politiques, et donc de ne pas en tenir compte aussi pour comprendre le délit, y répondre.

Elle reproche notamment le mot « réparateur » qui induit chez les victimes le fait que le passé puisse être rétabli comme avant ; or ce n’est pas le cas avec certains traumatismes qui laissent des traces irrémédiables, et il est plus sensé d’espérer pour eux une transformation : le monde ne peut pas être rétabli comme avant, la douleur est là, et la transformation est une construction nouvelle prenant en compte ces deux faits tels qu’ils sont.

Ruth Morris dit aussi que la JR ne prend pas en compte l’injustice structurelle du système judiciaire, qu’elle parle peu du racisme structurel, du classisme, or ne pas prendre cela en compte c’est possiblement reproduire des mécaniques problématiques ; elle donne l’exemple d’un voleur : la JR traiterait le fait afin qu’il répare la personne volée, et l’affaire serait alors soi-disant réglée. Mais s’il est pauvre, c’est ajouter une violence supplémentaire que d’ignorer que c’est la problématique de la pauvreté qui a déterminé son comportement. N’est-ce pas toute la thématique de la précarité qui est à étudier ici ? On verra que la JT non seulement pense la réparation, mais aussi traite ces problématiques.

Le collectif Generation 5 (collectif s’occupant des abus sexuels) rejette aussi les processus institutionnalisés de la JR, non pas pour leurs méthodes, concepts, valeurs (qui sont gardées au cœur de la JT) mais parce qu’ils s’interrogent sur les relations de pouvoir, sur les pressions sociales de la communauté dont les normes peuvent être oppressantes et qui ne sont pas pensées durant le processus :

« Dans le même temps, l’accent mis sur la restauration suppose que les conditions qui existaient avant un incident individuel d’abus sont souhaitables et devraient être rétablies. Cela ne tient pas compte du manque commun de droits des enfants, des abus de pouvoir, de l’inégalité entre les sexes, des héritages de l’esclavage et de la colonisation, et d’autres types de violences qui précèdent et coexistent avec les incidents de violence en cours. En tant que tels, ces modèles se concentrent souvent sur la restauration du statu quo et ignorent le défi de transformer les conditions d’injustice sociale, économique et politique qui sont le contexte et la cause de la violence. »12

Cependant, les processus sont concrètement les mêmes en JT et JR : on a vu que les cercles de détermination de la peine étaient considérés comme de la justice réparatrice dans les documents de l’ONU, mais Ruth Morris13 dit qu’il s’agit avant tout de justice transformatrice.

On le verra, les militants abolitionnistes utilisent la philosophie, les valeurs et les processus de justice restauratrice, excepté qu’ils ne font pas appel au système pénal officiel (police-tribunaux-prison) et ont des programmes qu’on ne trouve pas forcément en JR : par exemple, la responsabilisation des offenseurs, la sécurité des cibles, l’aide à la construction d’une communauté de soutien, la formation à des situations d’urgence, etc.

Autrement dit, même si les termes de JR et de JT peuvent parfois être employés de façon synonyme pour décrire un même paradigme novateur de la justice, la JT peut avoir des ambitions plus radicales et peut engager des façons de faire supplémentaires qui portent sur la transformation, le tout en opposition avec le système pénal officiel.


La justice transformatrice (JT)


Generation 5, est un collectif qui veut mettre fin aux abus sexuels chez les enfants, notamment en stoppant son impact à travers les générations. Avec d’autres collectifs14, ils ont travaillé à poser les fondements d’une justice réellement transformative, fondements à présent appliqués par de nombreux collectifs pour résoudre des questions de violence et pour établir des formes de justice à la fois individuelle et collective, à travers des formations, ateliers, rencontres, actions.

Les buts de la JT sont les suivants :

  • Sécurité des survivants15, guérison et action
  • Responsabilisation et transformation des délinquants
  • Réponse et responsabilité de la communauté
  • Transformation de la communauté et des conditions sociales qui créent et perpétuent les abus sexuels sur les enfants, c’est-à-dire les systèmes d’oppression, d’exploitation, de domination et de violence de l’État.

Elle se base sur 7 principes : libération, transfert de pouvoir, sécurité, responsabilité, action collective, respect de la diversité et durabilité.

La libération :

« Nous cherchons des méthodes pour atteindre la justice, qui remettent en question la violence étatique et systémique plutôt que de tenter de la réformer ou de la réorienter. Notre tâche consiste à créer des conditions de coopération, de respect, d’autodétermination et d’accès équitable aux ressources tout en construisant des institutions communautaires fonctionnant dans le cadre de valeurs et de pratiques qui rendent possible un monde sans abus sexuels sur les enfants. () Nous envisageons que nos organisations et mouvements soutiennent la guérison, la responsabilisation et la transformation des individus et des relations tout en engageant les gens dans une action collective pour remettre en question les conditions d’oppression et de violence vécues par les communautés. »16

Le terme libération semble employé ici de la même façon que Paulo Freire, qui utilisait l’éducation, l’apprentissage aux personnes afin de les rendre acteur de la libération de leurs oppressions17 ; très concrètement il leur apprenait par exemple à lire et écrire en s’exprimant sur leurs difficultés, l’injustice perçue, leurs oppressions, en un travail de conscientisation sociale et politique : autrement dit, de façon générale, un travail social libérateur (éducatif ou non) vise à la fois à aider la personne à s’émanciper d’une difficulté à travers une prise de conscience systémique, et à prendre son pouvoir, progressivement, afin de changer, de transformer ou de lutter contre les oppressions dont elle est victime.

Le déplacement de pouvoir :

Par déplacement du pouvoir, concrètement, il s’agit d’enlever le pouvoir de domination des abuseurs qui pèsent sur les épaules des survivants, et dans l’idéal transformer cette domination en une responsabilisation de l’abuseur : il s’agit de lui faire prendre de conscience de l’acte, l’éduquer vers plus d’empathie, lui faire réparer ses torts, et faire transformer son pouvoir en un autre qui n’est pas basé sur la domination, mais sur l’équité, la coopération et l’autodétermination. Le pouvoir d’agir des survivants est reconstruit, ils sont empuissantés :

«  Un élément-clé du changement de pouvoir consiste à soutenir l’autodétermination des survivants. En pratique, cela signifie soutenir la décision des survivants de contester, de prévenir ou de réagir à une violation destinée à leur enlever leur pouvoir. »18

La responsabilité du collectif est fondamentale également, étant donné que l’on parle ici d’abus sur les enfants, tout le monde doit veiller et engager sa responsabilité à intervenir, aider :

« Nous considérons que la responsabilité d’intervenir et de prévenir les abus sexuels et autres formes de violences à l’encontre des enfants est de notre responsabilité collective. Plus largement, quel que soit l’âge du survivant, nous ne pensons pas que l’intervention et la prévention doivent relever de la seule responsabilité des survivants. »19

Il y a donc tout un travail concret notamment sur la question du spectateur (comment intervenir), la recherche d’alliés, la question des liens familiaux…

On parle aussi d’effet spectateur ou d’effet témoin ; nous avons abordé cette question ici :

Le survivant n’est pas obligé d’avoir ensuite un engagement sur la résolution systémique des problèmes. Ils citent par exemple des cas la victime, adulte ou enfant « préfère passer à autre chose » plutôt que de suivre un processus de JT ; dès lors, elle ne sera pas impliquée dans l’intervention, mais pour l’intérêt collectif , d’autres s’en chargeront :

« L’abus sexuel d’enfants est une attaque non seulement contre ses survivants, mais aussi contre notre sécurité, nos valeurs, nos politiques et nos engagements collectifs. Par conséquent, nous avons collectivement un intérêt vital à intervenir. »20

La sécurité

Pour eux, la sécurité se manifeste au niveau individuel (le survivant doit être mis en sécurité face aux menaces de violence tout aussi bien à nouveau sexuelle mais aussi économique par exemple), au niveau de la communauté qui pour l’augmenter nécessite la promotion de normes et de pratiques qui s’opposent à la violence, la rejette et qui aide à la libération. Au niveau interpersonnel dans la communauté et dans les collectifs, la sécurité est produite grâce à une responsabilité mutuelle, la remise en question des dynamiques de pouvoir de domination, l’établissement d’alliances solides afin de se soutenir mutuellement contre les ciblage par l’État notamment.

«  Nous reconnaissons que la sécurité absolue n’est pas quelque chose que nous pouvons garantir aux gens. La résistance aux abus de pouvoir et à l’exploitation – tant dans leurs manifestations individuelles que collectives – exigera inévitablement un certain risque pour notre sécurité. Cependant, la prise de ces risques est essentielle pour transformer nos relations, nos communautés et nos mouvements. Les risques sont également un acte de courage et d’autodétermination lorsqu’ils sont pris en pleine conscience des conséquences et du potentiel de libération. Nous sommes conscients que la sécurité est relative. S’engager dans la justice transformatrice signifie que les individus et les collectifs peuvent risquer la sécurité à court terme qui accompagne le fait de ne pas contester la violence ou d’être de connivence avec elle. Mais, à long terme, nous pensons que le fait de prendre ces risques nous rapprochera de la libération à long terme des abus de pouvoir, de l’exploitation et de l’oppression. Cependant, la décision de prendre ces risques ne peut être prise que par les individus et les communautés les plus susceptibles de subir les conséquences de l’inaction – et non par ceux qui sont moins touchés »21

On verra que leur notion de sécurité repose sur l’établissement de forts liens sociaux, de coopération et de care, une entraide forte qui rejette radicalement la violence interpersonnelle, qui n’est pas nécessairement exempte de force pour stopper la violence (par exemple, dans des dispositifs de sécurité autonomes, certaines personnes doivent avoir des compétences en arts martiaux pour stopper la violence si besoin).

La responsabilité :

Ils estiment que les personnes qui commettent des actes de violence ne sont pas nées ainsi, que cette violence a émergé au sein de leur histoire personnelle, de l’exposition à des violences proximales et distales, qu’elles soient physiques, économiques, etc. Le processus de responsabilisation que la justice transformatrice leur propose, doit mener à :

« Reconnaître le mal fait, même s’il est involontaire ;

  • Reconnaître son impact négatif sur les individus et la communauté ;
  • Réparation appropriée de ce préjudice pour les individus et la communauté ;
  • Transformer les attitudes et les comportements afin d’éviter de nouvelles violences et de pouvoir contribuer à la libération »

La responsabilité consiste aussi à ce que les spectateurs puissent voir la responsabilité et s’engagent à modifier les institutions et les conditions communautaires qui perpétuent et permettent la violence ; et de façon générale, pour tout le monde, à construire des mouvements qui peuvent modifier les conditions sociales pour prévenir d’autres préjudices et promouvoir la libération, notamment en rendant l’État responsable de la violence qu’il perpétue et conçoit.

« Les interventions de la justice transformatrice visent à responsabiliser concrètement les individus qui sont violents. Les interventions de justice transformatrice cherchent à responsabiliser les spectateurs pour leur collusion avec la violence tout en faisant preuve de compassion pour leur propre histoire et leurs relations de dépendance, de peur ou d’amour envers les personnes qu’ils ont laissé abuser sexuellement des enfants qu’ils connaissent. L’objectif de ce processus est d’amener un spectateur non protecteur à prendre des mesures pour mettre fin à la violence, à créer une responsabilisation et à s’engager dans la transformation des dynamiques de pouvoir abusif. »22

Il y a aussi, si besoin, tout un travail d’éducation qui est mené auprès des offenseurs, notamment si leur offense est liée à un manque d’empathie vis-à-vis de certaines cibles, ce qui leur permet de pouvoir prendre une responsabilité consciente, basé sur une profonde reconnaissance du mal qui a été fait.

Le processus de responsabilisation en résumé ; nous consacrerons un article pour le détailler ; sur l’image, cela commence par l’identification des comportements, l’acceptation du mal fait, la recherche de patterns/modèles similaires ; le dés-apprentissage des vieux comportements ; apprentissage de nouveaux comportements ; Source : Creative interventions toolkit, A Practical Guide to Stop Interpersonal Violence https://transformharm.org/wp-content/uploads/2019/05/CI-Toolkit-Complete-FINAL-2.pdf

L’action collective

Il s’agit du travail militant qui vise à remettre en question les pouvoirs qui causent l’oppression, à construire des environnements qui soutiennent l’autodétermination et la libération, à construire de la coopération et du soutien entre divers mouvements et collectifs. Cette dimension de soutien et de coopération est fondamentale, car le travail transformatif et de libération est très intense :

« Il est peu probable qu’un collectif isolé soit en mesure de supporter les pressions émotionnelles et politiques liées à l’engagement dans un travail de justice transformatrice au fil du temps. En construisant une action collective, nous démontrons notre engagement à remettre en question le ciblage d’autres communautés. Nous construisons des mouvements puissants qui seront finalement capables de contester la violence et les abus de l’État. »23

Par exemple à Oakland, le collectif Oakland Power a travaillé à lever les couvre feux de la police et la criminalisation de la flânerie qui affectaient les communautés noires à cause d’un racisme systémique de la police24. Une fois criminalisée – que les raisons soient fondées ou non –, la personne peut avoir du mal à trouver un emploi, un logement, peut être sous tension dans sa famille, ce qui peut amorcer le début d’un engrenage dans la violence à la fois subie et proférée, d’où l’importance de ce travail militant sur les environnements distaux en plus du travail sur les environnements proximaux.

Honorer la diversité 

Ils valorisent la diversité, ainsi les approches de la JT sont à l’écoute des expériences singulières de chacun, aux besoins propre aux cultures particulières ; ils sont à l’écoute des différences géographiques, locales.

« Bien que les approches efficaces de la justice transformatrice remettent en question les normes culturelles qui favorisent les abus, modifier les normes culturelles ne signifie pas rejeter les cultures en bloc, ni qualifier certaines cultures de plus « civilisées », morales ou récupérables que d’autres. Nous sommes convaincus que les traditions culturelles peuvent être modifiées par ceux qui font partie de la culture et réorientée vers la libération de ceux qui la partagent et la pratiquent. »25

Concrètement, avant d’installer un programme à un endroit, ils vont parfois à la rencontre des personnes, les écoutent quant à leurs besoins particuliers ; en travail de face à face, ils s’adaptent à ce que la personne a besoin dans sa singularité (par exemple, si la personne est hyperactive, alors ils discutent en se baladant, car ce faisant elle sera plus à l’aise). Cette prise en compte de la singularité individuelle, de la culture, ne signifie pas un rejet de l’universalisme qui pourrait tendre vers un ethnocentrisme, au contraire ; par exemple, ils s’opposent au relativisme culturel :

« Le relativisme culturel manipule la valeur de la diversité et de l’intégrité culturelles dans le but de préserver les arrangements traditionnels de pouvoir qui sont nuisibles. Le relativisme culturel suppose que la culture est statique et qu’il y a un danger, plutôt qu’une libération, dans le déplacement des traditions. Il suppose que les pratiques nuisibles sont inhérentes à la culture plutôt qu’importées ou qu’elles sont le reflet de relations de pouvoir abusives. Des personnes ayant des programmes différents peuvent utiliser des arguments relativistes pour justifier et minimiser la violence, le mal causé, l’intention et le caractère délibéré des actions. Les personnes les mieux placées pour contester le relativisme culturel sont celles qui font partie de la culture dans laquelle les pratiques ou les comportements ont lieu. Les tentatives de contestation des pratiques culturelles par des personnes extérieures à la communauté ou à la culture peuvent entraîner une attitude défensive. »26

Autrement dit, si une norme culturelle favorise des abus, elle doit être transformée, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il y ait rejet de toute cette culture. Ce n’est pas la culture elle-même le problème, mais les arrangements du pouvoir autour de l’abus qui s’y sont formé avec le temps ; et le leadership de cette transformation ne peut qu’être souhaité et mise en œuvre que par les personnes de cette culture, sans quoi il pourrait y avoir une attitude défensive quant à cette transformation dictée par autrui.

Durabilité 

La JT pense au long terme : le soutien doit être pensé comme devant durer aussi longtemps que nécessaire pour assurer la sécurité et la guérison des survivants, la responsabilisation des personnes qui abusent, des spectateurs et de la communauté ainsi que pour assurer la transformation des normes.

« Cela peut inclure des éléments tels que :

  • Des relations stratégiques
  • Méthodes de guérison individuelle et collective
  • Mécanismes de responsabilité
  • Infrastructure organisationnelle et communautaire pour soutenir l’action collective
  • Possibilités de sensibilisation individuelle et collective ou d’éducation politique
  • Des engagements internes forts en faveur du processus collectif et plus large

Les différentes communautés ont des relations différentes avec les ressources, les institutions, la violence et le soutien de l’État. Leur accès à des options alternatives autres que l’État peut varier. Par exemple, les familles disposant de plus de ressources peuvent se permettre une thérapie pour lutter contre les abus sexuels plutôt que de s’engager avec l’État. Les personnes qui ne bénéficient d’aucun soutien de la communauté pour contester leur expérience de la violence peuvent considérer l’État comme leur seule ressource. Face à la dévastation et à l’urgence causées par la violence dans nos vies, il peut être difficile de faire le travail de manière durable. Cependant, nous pensons que le travail lui-même peut nous soutenir si nous obtenons un soutien par une action collective – avec la vision d’une sécurité immédiate et d’une transformation au fil du temps. »27

Le temps est important, on verra qu’ils prennent parfois plusieurs années pour tenter de responsabiliser et transformer un offenseur, il y a des suivis importants.


La justice transformatrice en action : exemple d’un vol


Voici un exemple de processus de JR visant la transformation, qui s’est complétement déroulé en dehors du système pénal :

Ethan Ucker, cofondateur de Circles & Ciphers raconte :

« Il y a eu un cambriolage dans un magasin communautaire. L’une des personnes travaillant dans ce magasin a dit : « Écoutez, je ne veux pas appeler la police. Est-ce qu’il y a quelque chose qu’on peut faire ? […] Il a découvert qu’un jeune vendait les biens dérobés sur Facebook. Et il s’est avéré que ce jeune était scolarisé dans une école où étaient organisés des cercles, si bien que je connaissais un des professeurs et était en mesure d’intervenir.

Finalement, dit-il, cambrioleur et cambriolés se sont réconciliés : ce jeune a rendu tout ce qu’il n’avait pas vendu, puis a travaillé au magasin pour rembourser le reste. Il s’est avéré par la suite qu’il appréciait vraiment travailler dans ce lieu. Après que leur arrangement a atteint son terme, il a continué à s’y rendre bénévolement. Voilà comment une relation s’est construite. » 28

Il y a transformation parce que le processus s’est déroulé de façon totalement autonome (pas d’appel à la police ni aux tribunaux, y compris pour l’investigation), que les parties prenantes ont tout été empuissantées (la victime a été écoutée dans son besoin et ses décisions ; l’offenseur a été aidé à se responsabiliser), la réparation est allée au-delà d’un simple dédommagement dans le sens où l’offenseur semble s’être vraiment impliqué dans le magasin et a transformé son attitude à son égard (il a réellement aimé y travailler, y participer, puisqu’il continue à aider bénévolement). Et il y a eu en plus réconciliation. Une menace tant pour le magasin que pour le jeune (l’habitude de voler qui l’éloigne d’un chemin de vie constructif avec les autres) a été transformée en une chose extrêmement positif pour les deux protagonistes : une relation positive s’est créé, le magasin bénéficie d’une aide, le jeune a appris qu’il aimait ce genre de travail, cela construit quelque chose de nouveau dans sa vie. La communauté est rassurée et empuissantée, parce qu’elle sait qu’en réglant ensuite les difficultés, il peut en ressortir du mieux vivre ensemble, des choses positives.

La suite : [JR6] La justice transformatrice en action : abus sexuels à Hollow water

 


1Mort de George Floyd, Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Mort_de_George_Floyd

2Mark Berman, « The Breaking Point for Ferguson »,Washington Post, 12 août 2014.

3Matt Apuzzo, « Justice Dept., Criticizing Philadelphia Police, Finds Shootings by Officers Are Common »,New York Times, 23 mars 2015.

4inimai M. Chettiar, « Locking More People Up Is Counterproductive », The Atlantic, 11 février 2015.

5J’ai rédigé cette partie en 2020.

9Dans « Stories of transformative justice », Ruth Morris

10Dans une note de blog, Restorative justice or transformative justice ?, Howard Zehr, 10 mars 2011 https://emu.edu/now/restorative-justice/2011/03/10/restorative-or-transformative-justice/

11Dans « Stories of transformative justice » Ruth Morris

12Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

13Stories of transformative justice, Ruth Morris, 2000

14Georgians for Choice ; Breaking the Silence Project ; Queer Progressive Alliance and Project South ; INCITE! Women of Color Against Violence ; Critical Resistance ; Justice NOW! ; Raksha’s Breaking the Silence Project ; Creative Interventions ; Harm Free Zones ; CONNECT ; CARA ; Stop it NOW! ; Sista II Sista ; The Black Church and Domestic Violence Institute

15Sont nommés survivants toutes les personnes ayant subi des abus sexuels ; le terme survivant est parfois employé à la place de victime en général, pour les personnes ayant été agressées, mais cela concerne surtout les victimes d’abus sexuels.

16Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

17Pédagogie des opprimés, Paulo Freire, 1974 ; disponible notamment ici : http://la-trouvaille.org/pedagogie-des-opprimes-paulo-freire-1974/

18Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

19Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

20Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

21Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

22Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

23Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

25Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

26Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

27Toward Transformative Justice, A Liberatory Approach to Child Sexual Abuse and other forms of Intimate and Community Violence, Generation 5, 2007 http://www.usprisonculture.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/G5_Toward_Transformative_Justice.pdf

Viciss Hackso Écrit par :

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