★ PP16: Tout, partout

Sincèrement, je suis encore en mode bidouillage et recherche pour ce sujet, parce que j’ai le sentiment qu’on peut en créer un outil encore plus situationnel et facile d’accès aux non-chercheurs que nous pouvons être, et ce, afin de nous aider à viser des buts prosociaux. J’ai encore besoin de temps et d’exploration avant d’en reparler, cependant on peut aujourd’hui se permettre d’envisager quelques pistes d’utilisation des notions que nous avons vu au travers de ce dossier, qu’on soit une personne lambda ou hacker social.

La totalité du dossier est accessible en epub : https://www.hacking-social.com/wp-content/uploads/2023/06/La-personnalite-cette-performa-Viciss-hackso.epub

Articles du dossier : 

ça peut servir à contrer des exploitations/manipulations : bien se connaître est toujours un avantage stratégique

Très souvent, les manipulateurs peuvent mieux comprendre leur cible qu’elle-même, et s’appuyer sur un trait de sa personnalité en situation pour l’influencer ou la contrôler. Et ça ne marche que trop bien. Alors, connaissons-nous mieux, non pas de façon abstraite, mais en situation : la wtt nous a montré que nous étions tout à la fois, tout le temps, mais notre singularité réside dans des schémas que nous adoptons typiquement selon les situations, changeant beaucoup ou peu.

Ainsi, savoir que tel contenu angoissant nous attire car nous sommes dans une situation qui rend saillante notre névrosisme permet de prendre de la distance avec ce contenu et de se préoccuper plutôt à investiguer le vrai problème, à savoir traiter les causes qui rendent saillantes ce névrosisme (tout ce qui pourrait être dans le trait EXP, voir schéma au-dessus).

Pour les traits « positifs » qu’on valorise, il ne s’agit pas d’éteindre des élans qui nous apportent du bonheur, mais de voir clairement ce qui se passe « cette histoire d’extraterrestres est génialement construite, ça me fait rêver, mon Ouverture est comblée esthétiquement, dans l’imagination, je veux y croire car c’est nouveau, surprenant, poétique… seulement, ce n’est pas parce que ça m’anime que cela doit être vrai, ce n’est pas parce que cela m’anime que je dois pour autant rejoindre ce groupe fermé, payer ce truc, me faire certainement berner » A la place, on peut noter ce qui afforde, stimule des traits positifs dans leur mécanique, quitte à les employer plus tard pour de meilleures fins prosociales et créatives.

On a tous des coups de mous, c’est pas grave de s’être fait embrigadé dans des trucs louches à cause de notre enthousiasme (et vous pouvez remplacer cet adjectif par n’importe quel trait de la personnalité), l’enthousiasme n’est pas débile pour autant : il y a des éléments précieux à récupérer, à recycler, à laver de leurs fins exploitatrices, à rendre autodéterminateur/autodeterminé.

couv ETP. On m’a reproché l’aspect ésotérique/new age de la couverture d’ETP, mais si j’avais pu j’aurais encore plus renforcé le trait pour que la couverture papier soit enluminée à coup de dorures brillantes, exactement comme certains livres d’astrologie ou de tarot actuel. Je ne vois pas pourquoi on devrait leur laisser ce fun et cette iconographie, alors que cette esthétique peut servir à la science et ses schémas parfois compliqués, abstraits. A noter que les symboles, les formes des lignes, les abréviations renvoient tout simplement au plan du livre

On a tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain lorsqu’on est manipulé à coup d’élans, motivations, de sentiments « positifs », à savoir se haïr de l’enthousiasme dans lequel on a été, de la curiosité, de l’espoir, et de vouloir tout supprimer pour optimiser notre sécurité. Or, le problème reste la manipulation initiale, ses fins égoïstes. Si on a exploité votre empathie, votre altruisme, votre joie, vos espoirs, ce ne sont pas ces caractéristiques le problème. Le problème est la manipulation. Et la manipulation, ça peut se corriger.

On peut décortiquer le contenu manipulatoire et ses effets, pour trier les éléments, voire imaginer une version alternative non manipulatrice. Par exemple, les pubs de voiture jouent pas mal sur la corde des sensations fortes, de l’extraversion (voire de l’ouverture, pour l’esthétique et l’ouverture aux actions). Ils lient l’état de l’extraversion avec l’objet voiture, comme si c’était indisociable ( inconsciemment, on y voit une opportunité de trouver des sensations fortes « je dois avoir cette voiture pour vivre ces sensations fortes »). Or non. On peut accueillir cette influence, sentir nos états stimulés, et décidés de faire mieux en fonction de nos moyens, en organisant une aventure dans la nature, en partant à la découverte de tel lieu avec tels amis. On prends la stimulation, mais on reconceptualise la chose selon nos décisions.

ça peut servir à contrôler et établir des stratégies, car l’information c’est le pouvoir.

Cambridge Analytica a utilisé le champ de la personnalité pour stimuler et orienter les autoritaires (soit A+, O-, C+ ; soit A- ; ou A- O-, voire la triade noire en plus, c’est-à-dire machiavélisme, psychopathie, narcissisme) en fonction de leur trait.

Jamais il ne sont préoccupés de l’extraversion/introversion ou encore de la haute ouverture (assez gauchiste, surtout si elle est couplée à A+). Il serait possible de faire le travail inverse, comme je l’avais déjà évoqué dans cet article mais aussi avec certaines expériences de la SDT (dans ETP, chapitre des orientations). .

On part des traits des autoritaires et, plutôt que d’alimenter et stimuler leurs frustrations, leurs ressentiment et leur haine, on s’appuie sur les facettes pour d’une part éviter toutes les stratégies inutiles (il est inutile de demander à un SDO d’être empathique, il ne le fera jamais, il est inutile d’inciter un RWA a s’intéresser à une œuvre artistique très originale, il se sent en insécurité face à la nouveauté). Comme ils sont rassurés par la tradition, le passé et le « non-nouveau », on peut créer une esthétique conservatrice de valeurs progressistes : par exemple, c’est une tradition française très vieille que de valoriser la fraternité et l’égalité, ainsi le racisme est très clairement une tentative de grand remplacement de l’identité française. Nos (arrières) grands parents français ont toujours lutté contre le fascisme et sa hiérarchisation sociale. Nos ancêtres ont tenu tête contre les monarchies et tyrannie au péril de leur vie. Les patriotes qui ont peur d’un grand remplacement de part d’autre pays sont des pseudopatriotes qui veulent eux-mêmes grand remplacer les valeurs françaises par des valeurs complètement nazie au final.

Et tout un tas de discours de la sorte peut être testé, il y a juste besoin de votre ouverture et de votre agréabilité.

comprendre les autres

On a tendance à projeter la dynamique de trait sur les autres, d’autant plus si on a certains traits hauts de manière chronique. Rolland (2004) dit qu’on a tendance à trouver normal d’être chroniquement agréable ou désagréable par exemple, donc on peut potentiellement ne pas comprendre un individu qui serait dans une dynamique opposée.

La théorie elle-même ne permet pas de comprendre pleinement l’autre, d’une part parce qu’on ne peut pas raisonnablement faire passer un ESM aux autres puis analyser les résultats de tous les gens qu’on croise; d’autre part, même lorsqu’on met le doigt sur une dynamique, elle peut s’avérer très mystérieuse (les A- conflictuels avec leurs amis mais pas avec des inconnus froids).

Mais on peut utiliser préventivement nos propres résultats : si on est extrême sur un score (très bas ou très haut), il est probable qu’un individu à score inverse puisse nous choquer, nous dégoûter, on peut trouver son comportement insensé ou bête, il y aura incompréhension de ses buts, motivations, valeurs. Et même sans en être choqué, on attribue de base à l’autre nos mêmes traits : un haut agréable part en premier lieu de la confiance en autrui parce qu’il est lui-même une personne de confiance, et inversement, le bas agréable se méfie d’autrui par défaut parce qu’il n’est pas de confiance lui-même. Donc, il y a d’une part une prise de conscience que l’autre peut être totalement différent dans sa dynamique de comportement, d’autre part il y a à abandonner le « fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent » : non, l’extraverti chercheurs de sensations qui offre un saut en parachute ne fera pas plaisir à l’introverti casanier.

Mais deviner la moyenne de trait ou état de trait de l’autre ne révèle pas pour autant sa nature ni le rend prédictible à tout jamais : votre pote complètement déprimé, angoissé au lycée est peut-être un rayon de bonheur maintenant qu’il a la trentaine, parce que le N a tendance à descendre avec l’âge. Peut-être que c’était le cadre familial ou scolaire dans lequel il était forcé d’être qui augmentait ses angoisses et que, l’ayant quitté, cela va beaucoup mieux. Un introverti que vous croisez régulièrement dans une bibliothèque ne l’est peut-être qu’en situation bibliothèque.

on peut détecter nos états de personnalité et chercher quels buts nous ont amené à eux, puis travailler sur les buts pour autodéterminer ses performances.

La WTT nous apprend que les buts précédent les traits: par exemple, c’est parce qu’on veut optimiser son temps qu’on va être consciencieux. On pourrait donc à la fois enquêter sur nos comportements pour y voir l’état de trait, puis creuser pour découvrir le but qui y a mené. Ensuite on peut décider si on veut faire persister ce schéma qui serait par exemple d’avoir pour but d’optimiser son temps lorsqu’on voit des amis, donc un état de conscienciosité dans une situation qui demande davantage des états d’extraversion et/ou d’agreabilité. Il ne s’agit pas de se dire qu’on est con, mais d’essayer de comprendre pourquoi on a ce but : peut-être qu’on est surmené par les tâches à faire, et qu’on active sa conscienciosité en permanence pour gérer ce quotidien trop lourd – peut être qu’on a une estime de soi à plat et qu’on se sent obligé de tout gérer en permanence et qu’on ne se permet pas d’être juste là avec ces amis, dans un moment de détente spontanée – peut être que ces amis là nous invitent juste pour nous exploiter et nous faire travailler, d’où nos buts consciencieux pour abattre le travail, etc. Et on peut ensuite décider de tester d’autres buts, ce qui nous amènera à des états de personnalité différentes.

Si c’est la situation qui nous forçait à avoir tel état et qu’on teste ouvertement une autre performance, il risque d’y avoir des fortes résistances, de la surprise, voire du dénigrement ; l’effet de surprise est interessant dans une perspective de hack social, cela fait gagner du temps, permet d’agir. Par sécurité, surtout face à environnement autoritaire et/ou manipulateur, mieux vaut y aller doucement, voire sournoisement (garder ses buts cachés, singer l’état de personnalité habituel quand bien même on se sent différent).

Si l’environnement social est suffisamment libre, voire autodéterminateur, l’individu risque d’accueillir très bien le changement s’il est prosocial et de partager le bonheur qui en découle. Ou bien, il l’acceptera avec indifférence, parce que ces nouveaux buts ou nouveaux états lui semblent évidemment possible, quand bien même lui-même ne les avait jamais testé.

A noter que lorsqu’on investigue sur les buts sous-jacent à nos états de traits, j’ai l’impression qu’on risque de tomber sur des régulations introjectés, et c’est assez perturbant : pour ma part, j’ai un duo malsain de N4+N3 qui s’active par but d’éviter la honte, l’ostracisation, la souffrance et cela dans des situations très précises où instinctivement je sens qu’il faut que je m’autodétruise de la façon la plus dénigrante possible, parce que sinon c’est l’autre qui va me détruire encore plus, prendre toutes les fautes sur le dos, avouer l’horreur que je suis, démontrer quel monstre j’ai été, quelle imbécile je suis, et ce qu’importe les faits. Et ce n’est pas un jeu d’actrice, quand bien même on parle de performance, les états de traits sont réellement vécus, ressentis, ce n’est pas du faire-semblant.

Et ce n’est pas parce que je suis totalement débile que mon N4/N3 s’active selon certains stimuli, c’est parce que cet état m’a effectivement sauvé la vie par le passé, évité des souffrances encore plus grandes. Si j’avais activé ma colère dans ces situations passées, l’autre augmentait ses offenses : j’avais déjà testé face à lui plein d’états variés, et finalement ce N3+N4 est devenu l’état qui m’a épargné le plus de souffrances. Il est donc normal qu’il s’active lorsque je suis dans des situations qui ressemble un tout petit peu à celle où j’ai souffert et où ce pattern était inutile. Là, la solution est de prendre du recul, voire la réalité (=le risque n’est plus là), trouver des preuves matérielles que le risque n’est plus là et ce afin de pouvoir trouver des patterns moins autodestructeurs .

Clairement je pense qu’on peut tomber sur beaucoup d’actions à régulation introjectées, fait pour éviter la honte ou chercher la validation d’autrui : ça se travaille en réfléchissant pour savoir si faire ça compte pour nous et pour quelle visée autre que la validation sociale nous pourrions continuer ou arrêter. Il s’agit de trouver la valeur de ce qui compte pour nous, et non rester tétanisé par le risque de perdre en valeur ou de ne pas obtenir le minimum social de valeur par autrui. C’est vraiment difficile, mais petit à petit, parfois avec l’aide d’une thérapie ou d’un changement d’environnement social, on arrive à sortir des introjections que nous ont refilé les environnements passés. C’est de la déconstruction reconstructive en quelque sorte, on démonte le lego de nos schémas pour en monter un autre qui nous sied plus.

Parfois, on n’a pas accès à ces buts, ou ceux-ci s’avèrent un peu idiots, liés à des conditionnements ou à l’ergonomie : typiquement l’état d’impulsivité (N5 ci-dessous) n’a pas vraiment de but, généralement on craque et on se met à manger trop (ou autre consommation) sans contrôle. Mais cela peut être pour des raisons ergonomiques : si l’environnement dispose des sucreries partout de façon accessible, l’attention est sans cesse sollicitée par l’idée qu’on pourrait les manger, donc à force, on arrive plus à résister. Ainsi, la solution est ergonomique et parfois on obtient plus de résultats en changeant la façon dont sont rangés et accessibles les choses autour de nous.

On peut avoir attraper des habitudes dont on a perdu totalement la trace des buts, comme checker dans les médias tout ce qui va mal dans le monde dès le réveil, ce qui a pour but d’amorcer le névrosisme. Cela couplé à l’ergonomie parfaite (accessible, facile, stimulante, etc.) des réseaux sociaux, on peut garder des habitudes tout en sentant que cela ne nous aide pas, et ne pas réussir à décrocher. On peut aussi essayer de trouver une concurrence ergonomique plus attractive.

Ce genre de conditionnement peut être arrêté, il y a pas mal de solutions diverses en changeant l’ergonomie de notre quotidien, ou en installant des conditionnements autodéterminés qui ont du sens pour nous (on décide soi-même d’une habitude à installer). J’en reparlerai sans doute un jour, mais en attendant si cela vous intéresse ce livre donne des bonnes pistes, très comportementaliste : Tiny Habits, de Fogg BJ.

Quand on commence à changer, il s’agit de tolérer les ratés : Il y aura de nouvelles habitudes avec de nouveau buts ratés, gênants, inefficaces, parce que c’est ainsi qu’on apprend son rapport au monde, ça passe par le guidage de toutes les émotions, négatives comme positives. Mais petit à petit on peut re-concevoir un quotidien plus autodéterminé, ne serait-ce sur quelques points où l’on peut agir.

⇒ on peut tester des états de personnalité inédits

Avec de nouveaux buts, on est amené à mettre en œuvre des états inédits. J’ai l’impression que seuls de nouveaux rôles sociaux peuvent offrir vraiment une palette de nouvelles performances à tester. Sans rien changer à nos rapports sociaux, on va avoir du mal à accéder à de nouveaux rôles. Ou alors cela ressemblera au jeu du faire semblant des enfants, avec un coté artificiel et trop peu impliqué dans l’action. Par contre, si pour être résolue la situation demande intrinsèquement par exemple de s’ouvrir plus et de socialiser plus, là, la performance doit être réelle. Même si on a pas l’habitude de cette performance et qu’on joue de façon maladroite, décalée, le fait que la situation soit réelle, qu’on veuille sincèrement la résoudre ou l’aboutir, on sera attentif aux feedbacks liés et on apprendra.

Ci-dessous une étudiante en doctorat avant et après sa thèse, le changement est assez incroyable :

Ma théorie est que son étude demandait intrinsèquement un contact positif avec une forte diversité de personnes auxquelles elle devait être attentive en toute bienveillance et avec un intérêt sincère pour effectuer sérieusement son travail. Donc elle a sûrement dû apprendre à s’ouvrir plus et être plus agréable pour accomplir ce travail, et c’est resté parce que ces états sont extrêmement bénéfiques dans la vie en général.

On peut prendre ça du point de vue du changement social : si des rôles sapent la personnalité des gens (augmentation du névrosisme, diminution des autres traits), clairement quelque chose ne tourne pas rond dans la structure qui frustre l’individu, l’empêche d’exprimer le meilleur ou le plonge dans les émotions négatives. A l’inverse, lorsqu’on voit le nombre d’études qui montre à quel point la fac a des effets positifs (sur la personnalité mais aussi sur la diminution de l’autoritarisme), il y a à voir ce qui marche et le reproduire ailleurs : clairement, la mixité sociale, les opportunités de se lier à des personnes venant de toute part de façon joyeuse, les opportunités d’apprentissage qui sont moins contrôlantes (l’étudiant est libre de s’organiser comme il l’entend), plus choisies qu’à l’école (on choisit un cursus qui nous plaît et non un amalgame de matières qui nous sont imposés), etc., sont quelques explications possibles. Les états changeants de la personnalité sont une prise de température de l’environnement social ainsi que ce qu’il sape ou nourrit chez les individus.

on peut utiliser les états de personnalité pour traduire la situation et y trouver des solutions

La WTT nous disait qu’à partir de la situation on pouvait prédire les états des personnes. Et clairement, il n’y a pas besoin de faire de grands calculs pour comprendre qu’en examen on peut prédire chez les gens une conscienciosité plus élevée parce qu’ils ont pour but de réussir l’évaluation, qu’ils diminueront leur extraversion (parce que chercher à se marrer serait ici contre-productif), etc. Mais il y a des analyses plus poussées qu’on pourrait faire et dont les découvertes ne seraient pas inutiles. Personnellement, pour tester, j’ai pris le questionnaire Neo Pi, j’ai juste rajouté devant les items « dans tel boulot X » pour voir ma personnalité moyenne dans ce travail. Et j’ai passé le questionnaire pour un autre job dont la structure était totalement différente bien que tous deux concernaient la restauration. Et j’avais à côté les résultats de ma personnalité en passation classique.

Et clairement, j’ai pu voir comment une situation nous fait brider certains traits, et en stimule d’autres.

Ceci n’a pas de valeur scientifique, c’est un juste un test individuel – peut être que je suis plus une girouette que d’autres personnes ou encore peut être que ces situations étaient particulièrement puissantes dans leur positivité ou négativité. En tout cas, si vous souhaitez tester il suffit de précéder les questions d’un questionnaire type big five par « dans telle situation… » et de comparer à vos scores en passation classique.

Les points en plus sont clairement signe de mieux-être dans les facettes A, E, C, O, et signe de mal-être dans les facettes N. Les points en moins sont signes de mal être dans A, E, C, O et de bien être dans N. J’ai mis en jaune les changements important appréciables selon moi et en gras noir les changements dépréciable.

Facettes

%d’augmentation ou de diminution du score de facette en situ pro négative

%d’augmentation ou de diminution du score de facette en situ pro positive

N1

3.13

18.75

N2

28.13

31.25

N3

-9.38

-50.00

N4

-12.50

-37.50

N5

21.88

-9.38

N6

0.00

-25.00

Névrosisme moyen

5.21

-11.98

e1

-53.13

3.13

e2

21.88

0.00

e3

31.25

15.63

e4

6.25

6.25

e5

-9.38

-6.25

e6

-31.25

-18.75

Extraversion moyenne

-5.73

0.00

o1

-78.13

-59.38

o2

-78.13

-34.38

o3

-68.75

-34.38

o4

-53.13

-3.13

o5

-78.13

-25.00

o6

-56.25

0.00

Ouverture moyenne

-68.75

-26.04

a1

-81.25

-53.13

a2

-78.13

-50.00

a3

-21.88

-15.63

a4

-37.50

-6.25

a5

-59.38

-34.38

a6

-78.13

-12.50

Agreabilité moyenne

-59.38

-28.65

c1

9.38

28.13

c2

-3.13

50.00

c3

-25.00

-28.13

c4

-6.25

31.25

c5

6.25

18.75

c6

-31.25

12.50

Conscienciosité moyenne

-8.33

18.75

Ce qui distingue ces deux aperçus de personnalité-situation, ce sont des buts différents qui nous étaient tous imposés : dans la première colonne la priorité était de faire du chiffre par tous les moyens, donc il fallait optimiser tous nos gestes, nos relations avec les clients. On nous imposait de pratiquer des techniques de manipulations, voire de pression, on nous disait de ne jamais faire confiance au client et qu’ils étaient tous des gros cons. Alors que dans la situation de la deuxième colonne, l’agréabilité était à l’honneur, il était même bien vu de passer du temps avec le client quand bien même ça ne rapportait rien directement. Le management était très contrôlant dans la première situation, très autonomisant dans la seconde.

L’avantage de checker sa personnalité en situation et de comparer à d’autres données permet d’éviter des biais d’internalité et de se croire « naturellement » comme ci ou comme ça : la situation peut nous forcer à ne pas exprimer un trait. Par exemple, dans mon test, même dans la bonne entreprise, démontrer de l’ouverture était difficilement possible parce que les activités demandaient surtout des états de conscienciosité.

J’ai fait un autre test où cette fois j’évaluai comment les personnes étaient en général dans la situation : j’ai pris les items des questionnaires et j’ai changé la première personne du singulier pour mettre au pluriel ce qui donnait des items tels que « dans cette situation X les gens étaient souvent inquiets ». Attention, là encore ça n’a rien de scientifique. Très clairement cela va donner des résultats qui passent par notre subjectivité, qui pourraient être potentiellement différents avec une autre personne qui évaluerait la même situation. Mais ce qui m’a intéressé d’un point de vue hack social, ce sont les items pour lesquels je ne savais pas répondre ou encore ceux pour lesquels je pouvais dire « c’est possible dans les deux sens ». Les « je ne sais pas » soulignaient là que je manquais d’observation du terrain à ce sujet, que je n’avais pas été attentive à des gens qui avaient pu performer par exemple une forte chaleur et comment cet état avait pu être accueilli (puni, récompensé, avec indifférence, valorisé, dévalorisé, etc.) ou que je ne l’avais pas testé moi-même.

Là, dans ce « je ne sais pas », il y a des observations à faire, des possibles à tester, des chemins à explorer.

Quant aux points où je pouvais répondre « c’est possible dans les deux sens », c’était souvent lié à de la liberté, un point fort de l’environnement. Par exemple, dans l’environnement cool que j’ai testé, les gens pouvaient être extrêmement introvertis comme extrêmement extravertis, c’était ok. Franchement en repensant à ça, je me demande si celui qui nous recrutait et formait les équipes ne faisait pas exprès de créer des équipes avec mi-extravertis et mi-introvertis. Parce que ça créait vraiment une force sur le terrain, puisqu’ainsi réuni on était disposé à accueillir toutes sortes de clients ayant des besoins différents, certains préférant la festivité des collègues extravertis, d’autres préférant se confier à la discrétion des introvertis. Donc la mécanique vertueuse apparaît très clairement : l’équipe fonctionne mieux si elle n’est pas formatée à un seul type de personnalité. Ça peut paraître évident dit ainsi, mais c’est totalement le contraire qui est poursuivi par certaines entreprises (on en a exposé plusieurs dans l’homme formaté).

Donc pour simplifier cette enquête, je pense que rien que d’avoir la liste des facettes, de checker ces points face à une situation (« est ce que dans cette situation les gens peuvent être haut ou bas sur [facette] »), cela permet de voir ce qu’on pourrait tester ou chercher à observer (si on répond je ne sais pas), de voir les zones de liberté (c’est possible dans un sens ou un autre), de voir les zones rigides (les traits hauts ou bas très fermes, liés souvent à des interdits, des punitions, des dévalorisations ou au contraire à des récompenses, des promotions, des félicitations, etc.).

Face à cette évaluation du game – la structure de la situation -, on peut ajuster notre état de personnalité pour cracker, patcher, tenter de mettre à jour ce système : il s’agit de tester d’autres états liés à nos buts et de voir comment le système social y répond. Si on veut augmenter l’ouverture d’un environnement un peu rigide qui met la priorité sur des aspects consciencieux, il s’agit d’injecter de l’imagination, de l’esthétique, de la nouveauté mais de façon extrêmement organisée et rigoureuse pour que ça passe. Si on veut augmenter l’agréabilité d’un milieu bas agréable, il s’agit de développer un style brutal, d’apparence cynique mais visant l’altruisme, la sensibilité au sort des autres, etc. Et là, on commence à créer une nouvelle dynamique, surtout si les autres commencent à nous imiter et à improviser, comprenant l’aspect stratégique. Et peut-être que certains le font déjà intuitivement ! J’ai vu des hackers sociaux feindre la soumission amicale et la haute conscienciosité pour viser un futur hédonisme collectif et opérer des actes désobéissants qui servaient joyeusement à tous. Il s’agit de créer des états de personnalité très particuliers, assez incalculables/prédictibles par avance.

Si vous avez suivi ce que je disais dans ETP ou que vous connaissez l’autodétermination, vous me direz: et l’authenticité alors ? L’authenticité n’est pas le fait de jouer de la même façon sur toutes les scènes de nos vies, mais d’être animé par des valeurs qu’on a sciemment décidé, des buts autodéterminés prosociaux qu’on a soupesé avec notre cœur, notre tête et nos intestins. La continuité de qui on est authentiquement ne se mesure pas à notre même façon de jouer sur scène mais dans les conséquences qu’on cherche à produire. Pour poursuivre la métaphore, ce n’est pas le fait de toujours bien jouer ce même rôle de comédie qui fait le bon acteur, mais la force, la compétence, l’empathie qu’il met à accomplir son jeu et ce qu’importe la différence des rôles : c’est ce qu’il injecte de puissant dans le rôle qui fait sa singularité, son authenticité, ce qui le fait être un excellent acteur. Il s’agit de jouer en engageant toute notre mana dans le rôle qu’on veut accomplir.

! Ceci étant dit, attention à ne pas chercher à analyser en permanence…

Checker les états possibles d’un contexte précis n’est pas inutile si on veut améliorer la situation, la transformer, ou la combattre si elle est destructrice. Le problème est, je vous l’accorde, la masse d’informations à traiter, même en simplifiant la grille des facettes.

Sur le terrain on n’a pas le temps de calculer 30 variables possibles croisées avec des dizaines d’autres, surtout face à une oppression en train de se dérouler, une autorité qui vous manipule, une situation de détresse. Il y a besoin de trouver une solution rapidement, et de manière créative pour atteindre un résultat notable.

En art1, certains disent qu’il est impossible d’analyser et d’agir en même temps, ce sont des activités opposées : si on se met à analyser, on sort de l’action, donc on ne créée rien. Et lorsqu’on agit ou créée pleinement, en flow, se mettre à analyser ce qui se passe, c’est interrompre l’action. Comprendre cette incompatibilité aide à passer à l’action : il y a un temps pour l’analyse, un autre pour faire. Le faire a besoin d’un cerveau pleinement à sa disposition, sans un nuage continuel de réflexion. Il suffit de se laisser entraîner dans l’action comme dans un courant, lâcher prise dans le mouvement.

Et c’est tout le paradoxe, dans tous domaines créatifs comme en hack social: oui cette plongée dans l’action créative demande en amont des apprentissages, des analyses poussées, des observations, des réflexions, des planification, qu’il faut ensuite savoir stopper au bon moment et faire taire pour laisser place à l’action créative.

Et me voici face à un paradoxe en tant que partageuse d’infos et qui me donne l’impression de vous transmettre un produit qui serait tout autant curatif que toxique : certes je peux vous transmettre des informations que je sais être socialement utile car je teste chaque sujet tant que possible. Mais je sais aussi d’expérience que le travail cognitif que cela nécessite pour être compris, réfléchi, peut devenir toxique si on confond la valeur de l’information avec l’émulsion cognitive qu’elle provoque en premier lieu, cette espèce de révélation autour des mots qu’on peut poser sur des phénomènes auparavant confus. Le danger est de se satisfaire de ce mode grocervo et de le voir comme une fin, car dès lors qu’arrive le besoin d’action, si ce mode est encore saillant, on ne fera rien d’autre que de calculer les variables et on loupera le coche. On ne peut pas analyser et créer dans le même temps, ces modes demandent chacun leur temps, mais ils se combinent très mal, se dégradent l’un et l’autre si on se force à les superposer ou si on privilégie l’un sur l’autre.

Grocervo a besoin de repos de temps en temps.

Quand vient l’action, il va falloir faire confiance à vos processus inconscients2 qui gardent secrètement cette masse d’informations et d’idées, et qui piocheront la carte nécessaire ou déduiront de toutes ces informations une stratégie créative toute nouvelle. Vous aurez l’impression d’avoir totalement improvisé, d’avoir agi de façon aléatoire, au hasard. Ça pourrait être le cas comme pas du tout : lorsqu’on produit quelque chose de créatif, ce n’est clairement pas un processus conscient, le plus gros du travail se fait avec nos processus inconscient. Ainsi, tout comme l’idée créative semble arriver par magie, le comportement créatif – parce qu’il change la situation de façon inédite – a aussi cet aspect impromptu.

Ceci dit, on peut avoir un comportement aléatoire, mais si on analyse après coup, on remarque qu’il a un cadre un peu trop adapté à nos valeurs, nos besoins, nos émotions, notre vision du monde, notre santé, nos buts, nos limites, à ce qu’on veut de la situation idéale, et donc n’est pas si aléatoire que cela. On canalise les choses en amont.

Donc, ces outils et informations sur les états de la personnalité ne peuvent pas être employés pleinement dans l’action, mais en analyse en amont ou après l’événement.

Ce point est très important pour moi, car je m’en voudrais de plonger des personnes dans la sur-analyse intellectualisante, paralysante lorsqu’elle advient au mauvais moment : tout contenu théorique n’a pas à être consciemment présent en permanence dans l’esprit: faites confiance à vos processus inconscients qui ont eux aussi pris note, rangé les savoirs, et sauront vous sortir vous délivrer les cartes adaptées le moment venu. C’est ce qui se passe lorsqu’on a vraiment décidé de façon autodéterminée ce qu’on faisait avec tel élément, lorsqu’on l’a soupesé avec notre cœur et notre tête. Faites confiance à votre capacité à improviser, et si ce n’est pas le cas vous pouvez renforcer votre confiance en tentant de toutes petites choses d’abord. Bon jeu 🙂

C’est tout ?

Comme je le disais en introduction, il s’agissait ici de poser des bases sur la question de la personnalité, parce que quasiment tous les autres thèmes qui peuvent m’intéresser et dont j’ai envie de vous parler à l’avenir (la créativité notamment) sont croisés avec le champ de la personnalité. Et je ne pouvais pas me contenter d’une description sommaire qui n’aurait pas suffit à éclairer les enjeux, notamment au vu du renversement de pensée que suppose des nouveaux modèles comme celui de la WTT, et des préjugés qu’il abat quant à notre vision de la personnalité.

Ainsi, comme vous vous le représentiez peut être déjà, ceci n’est sans doute qu’un prélude à un voyage, une « base » avant d’affronter des « quêtes »3, vers des lieux dont je ne connais pas encore pleinement la destination 🙂

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter les sources !


La totalité de la bibliographie de ce dossier est présente ici : https://www.hacking-social.com/2023/04/03/%e2%99%a6ppx-sources/ 

1 Je pense à un ouvrage de Corita Kent « Learning by heart », mais aussi en game design avec notamment « l’art du game design » de Jesse shell .

2 Lorsque je parle de processus inconscients, je parle de tous les processus de notre cerveau, ses calculs, etc, qui ne sont pas accessibles à la conscience. Cela n’a rien à voir avec l’inconscient freudien.

3 C’est métaphorique mais c’est aussi un lien direct à la structure que j’ai déjà utilisé pour l’ouvrage ETP qui se décomposait en « base » expliquant le théorique, puis en « quête » activant ce savoir avec des exemples concrets d’actions IRL.

Viciss Hackso Écrit par :

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7 Comments

  1. Anonyme
    15 août 2023
    Reply

    Vos états de personnalités ne remplaceront jamais la réobjectivation que permet la psychanalyse dans les Thèses communistes.

    De plus vous déformez le comportementalisme qui à l’origine a pour but de guérir les maux de la société que sont la toxicomanie et le psychotisme (et donc évidemment l’autisme), heureusement que la psychoevo est là pour remettre les pendules à l’heure n’en déplaise aux plus wokes des ignorants.

    • Viciss Hackso
      15 août 2023
      Reply

      Il n’est que 17h45, c’est pas un peu tôt pour troller ? Après on est un jour férié (du moins en France) du coup peut être que la soirée a commencé plus tôt (ou qu’elle ne s’est pas terminée de la veille :D). Sympa aussi l’adresse en « frontpopulaire.fr », l’art du détail c’est important pour augmenter le plein potentiel de confusion.

  2. loky
    4 septembre 2023
    Reply

    Merci beaucoup pour votre travail, je me pose beaucoup de questions sur pourquoi les gens agissent et réagissent comme ils le font, tout ça me donne plein de bouts de réponses en plus 🙂

  3. Anonyme
    29 novembre 2023
    Reply

    Bonjour,
    Je me demande si avec cette série vous ne vous rapprochez pas de l’idée d’un individu rationnel et souverain sur lui-même : notre façon de nous comporter est déterminée par nos buts et finalement les gens se distinguent surtout par leurs buts et les différences de comportements ne s’expliquent que par le fait qu’ils adoptent les moyens adaptés à ces buts. Ce ne n’est pas la première foi d’ailleurs que je me dis que les recherches vont dans le sens de cette idée d’un individu rationnel calculateur, je m’étais déjà dis ça quand vous parliez de l’idée de panique rationnelle dans la série Juger un peu moins Comprendre un peu plus. Je précise que je dis pas du tout ça sur le mode de l’hostilité, j’essaye juste de débrouiller cette question qui me laisse un peu confus.
    Je me demande aussi à quel point les recherches de la Whole Trait Theory sont fécondes puisqu’une part importante de leurs résultats semble assez triviale : notre comportement change suivant la situation et suivant ce qu’on veut faire. Je trouve que ça tranche avec les recherches en psychologie sociales présentées jusqu’ici puisqu’une part importante de ce qu’elle montrait c’est que 1 notre esprit et notre comportement n’est pas accessible à l’introspection, nous ne nous comprenons pas complètement nous-même et nous nous trompons quand nous imaginons comment nous allons agir dans certaines situations et 2 nous nous trompons souvent lorsque nous essayons d’expliquer et d’interpréter les comportements d’autrui. Mais là avec la WTT, on a par exemple l’idée que si on agit de manière extraverti c’est parce qu’on veut passer un bon moment avec les autres, non seulement c’est transparent à l’introspection mais en plus c’est évident pour les autres personnes autour de nous. Encore une fois, je dis pas ça pour rejeter la WTT, je suis juste curieux de mieux la comprendre.
    D’ailleurs, j’en profite pour avancer un autre truc: en cherchant un peu dans la littérature sur la théorie de l’attribution je suis tombé sur l’idée assez intéressante que finalement c’est pas satisfaisant d’expliquer les erreurs d’attribution en disant qu’on sous-estime la situation. En fait, la dichotomie disposition/situation est pas du tout opérante parce que la situation ne nous détermine pas directement, elle ne nous détermine que par le biais d’une disposition à réagir d’une certaine façon (pour prendre l’exemple de l’expérience de Milgram, c’est pas la situation seule qui nous détermine c’est 1 situation + 2 disposition à nous soumettre à l’autorité, il faut un facteur dispositionnel interne). En fait, notre erreur c’est de postuler que les actions des gens reflettent leurs valeurs. Là où on se trompe pour l’expérience de Milgram, c’est pas d’imaginer que la situation ne va pas nous déterminer, c’est d’imaginer que la seule disposition qui déterminera notre comportement ce sont nos valeurs, alors que nous avons aussi des dispositions qui peuvent nous faire agir d’une manière contraire à nos valeurs. Pour revenir à la WTT, elle semble plutôt en conflit avec les recherches que vous avez présenté jusqu’à présent parce qu’elle nous présente des individus où une des principales dispositions opérantes ce sont les valeurs. Paradoxalement, le Big 5 était plus proche par certains aspects de ce que vous aviez présenté jusqu’à présent parce que notre caractère peut parfois rentrer en conflit avec nos buts et valeurs. Je crois que c’est pour cette raison que je trouve que les recherche en WTT dissonnent avec ce qu’a présenté le Hacking Social jusqu’à présent. Mais c’est pas forcément une mauvaise chose, ça pourrait amener beaucoup de renouvellement dans les concepts et stratégies présentées de questions nouvelles.

    • Viciss Hackso
      29 novembre 2023
      Reply

      Si j’ai laissé pensé que le dossier s’approchait de l’idée d’un individu rationnel et souverain de lui même, c’est une erreur de ma part. Le fait que les buts soient corrélés aux états de personnalité dans les expériences ne veut pas dire que hors protocole expérimental la personne a conscience de ces buts ou les décide de façon souveraine. La WTT montre que ce qui amène à un état de personnalité est au contraire filtré par des attentes de la situations, les expériences, les émotions, la culture, des valeurs, des buts (etc), et tout ça n’est pas tenable dans la conscience : on ne ferait rien de spontané sinon, tant ça prendrait du temps à conscientiser 😀
      Peut être que le terme buts fait penser que ça serait décidé consciemment, mais ce n’est pas le cas. La plupart de nos buts sont souvent inconscients et tissés de mille et une influence, que ce soit des choses comme nos besoins physio, psycho, l’ergonomie d’un lieu, etc. On peut implanter le but « s’amuser » chez quelqu’un en plaçant quelque chose de très visiblement amusant dans la rue, par exemple.

      « Mais là avec la WTT, on a par exemple l’idée que si on agit de manière extraverti c’est parce qu’on veut passer un bon moment avec les autres, non seulement c’est transparent à l’introspection mais en plus c’est évident pour les autres personnes autour de nous » Justement c’est pas forcément transparent à l’introspection, la personne peut se voir devenir extravertie, le but de passer un bon moment avec les autres est pas formulé. Par exemple elle peut juste se focaliser sur le plaisir de pouvoir discuter avec untel parce qu’elle ne pouvait pas une heure auparavant, ou avoir en tête des projets futurs. Mais si on lui demande d’y réfléchir aprés, oui elle confirmererait que oui elle voulait passer un bon moment avec untel, c’était pas dans la liste des taches à faire, mais l’alchimie de la situation lui a fait prendre cette voie.

      Sur la dichotomie disposition/situation, comme ce que j’ai pu dire sur la WTT de plus en plus de chercheurs et de psy auraient plutôt à dire que c’est tout à la fois, oui les dispositions jouent, oui les situations jouent, oui notre interprétation de comment jouer la situation compte, etc. Tout le monde n’a pas non plus la même possibilité de s’autodéterminer selon les situations, certains peuvent déployer une forte motivation autonome, d’autres pas du tout, et ce n’est pas qu’une question de dispositions ou de valeurs, mais de notre gameplay des environnements sociaux passés, présents et ceux qu’on imagine futurs – ainsi que des limitations et influences de la situations elle même..
      La WTT ne met pas les valeurs comme déterminant premier, si on revoit le schéma :
      wtt
      L’info extérieure [ex bruit de musique dans la rue le soir ] est traitée à travers les filtres environnementaux [autres éléments extérieurs qui confirment que c’est un evenement musical ouvert à tous ] et interne [on aime la musique, on a envie de bouger, on est en pleine forme], ce qui active les buts [se dire qu’on va aller voir, saisir l’opportunité de faire la fête], initiation homéo’ [rythme cardiaque s’accélere, on s’emballe joyeusement], sortie : augmentation de l’extraversion [peut être même on va appeller un ami].
      Après oui, qu’on parle de personnalité est particulier, généralement ce n’est pas une notion très appréciée en psycho sociale, on a investigué en premier lieu à cause de l’affaire Cambridge Analytica ( https://www.hacking-social.com/2022/01/31/comment-manipuler-les-elections-laffaire-cambridge-analytica/) qui utilisait le big 5 : il nous semblait de bonne guerre de partager le maximum d’informations sur les outils qui sont utilisés dans d’autres contextes pour potentiellement nous influence, et l’apport de la WTT permet de montrer plus de subtilité dans les changements d’états qu’on peut soi même opéré. Si nos buts ne sont pas conscients, rien n’empeche d’essayer de décider en amont consciemment et d’apprendre à flexibiliser tout ceci.

  4. Anonyme
    29 novembre 2023
    Reply

    Merci pour cette réponse ! Je vais pouvoir relire tout ça à la lumière de ces remarques pour m’en faire une meilleurs idée.
    Aussi c’est vraiment une chance d’avoir autant de connaissances rendues accessibles pour tous comme ça. Je fais un mémoire sur le débat situationniste (pas le courant politique d’inspiration communiste mais un débat en philosophie morale qui porte sur la question de savoir si les recherches en psychologie sociale invalident l’éthique de la vertu, pour ceux que ça intéresse il a été lancé par John Doris, Sabini et Silver y on contribué avec Lack of Character? Situationism critiqued, et j’ai trouvé beaucoup d’intérêt à lire Moral Character, An Empirical Theory de Christian Miller) et j’aurais rien pu faire si vos vidéo ne m’avait pas donné une culture en matière de psychologie sociale. Donc vraiment merci beaucoup pour ce que vous faites !

  5. Anonymaxxx
    18 juin 2024
    Reply

    Bonjour,

    Merci déjà pour le travail que vous fournissez ! C’est très intéressant et ça m’apporte énormément d’éléments de réflexion.
    Je viens commenter votre article car je pense avoir détecté une petite erreur d’orthographe (oui c’est pas très intéressant haha)
    Il se trouve dans le paragraphe juste avant l’image du grocervo : « cet espèce » ne devrait pas plutôt être « cette espèce » ?
    Enfin bon, c’est si peu important comparé à ce qu’on apprend dans votre texte (et si ça se trouve vous ne pouvez pas modifier et mon commentaire devient encore plus inutile).

    En tout cas, merci encore de prendre le temps d’écrire !

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